CHAPITRE II
Tableau général des instincts personnels.
Toute fonction biologique est l'expression d'un mode particulier de relation de l'organisme avec le milieu.
Cette loi générale de la physiologie se vérifie dans la vie cérébrale aussi bien que dans la vie de nutrition et dans la vie animale ; le fait est évident en ce qui concerne l'intelligence et l'activité qui nous permettent de percevoir le milieu cosmologique et social et d'agir sur lui ; il ne l'est pas moins pour les instincts les plus personnels qui, lorsqu'on les examine avec quelque sagacité, révèlent tous un mode particulier de relation de l'homme avec les choses ou avec ses semblables.
C'est pour cette raison qu'Auguste Comte, adoptant, en cette matière, les vues de Gall, a réduit ces instincts au nombre de sept, en prenant pour base l'observation des animaux autant que celle de l'homme, sain ou malade.
Voici leur énumération, combinée avec leur ordre de classement :
Instinct de la conservation de l'indiindu, dont la forme la plus constante et la plus accusée est l'instinct nutritif, mais qui se manifeste aussi sous la
forme de la peur instinctive et de l'instinct de propriété.
Instincts de la conservation de V espèce qui se décomposent : en instinct sexuel, qui pousse à la reproduction, généralement plus développé chez l'homme ; et en instinct maternel, plus développé chez la femme. Non seulement l'amour de la progéniture, mais encore l'amour aveugle que nous éprouvons pour tous les produits de notre intelligence et de notre activité, résultent du dernier de ces instincts.
Instincts du perfectionnement qui ont pour organes :
1" h'instincl destructeur, qui nous pousse au renversement des obstacles opposés à nos entreprises, et qu'on peut tout aussi légitimement dénommer, comme le propose Auguste Comte, instinct militaire, parce que la guerre l'a systématisé et qu'il est devenu, sous cet aspect, aussi intensif que possible ;
2" Vinstinct constructeur, qui pousse à l'utilisation des matériaux et qui, à ce titre, peut être regardé, dans l'espèce humaine, comme l'instinct de l'industrie.
Enfin, instincts de V ambition, ainsi nommés d'après la considération spéciale du cas humain, bien qu'ils existent avec plus ou moins de développement chez les animaux supérieurs. Ce sont : l'orgueil, ou besoin de domination ; la vanité, ou besoin d'approbation.
Ces deux derniers instincts, quoique personnels dans leur inspiration et dans leur but, comme les précédents, ne peuvent être satisfaits que par des moyens sociaux et ils peuvent être considérés comme
la source naturelle des deux grands modes suivant lesquels l'homme agit sur l'homme. L'orgueil est l'origine première du pouvoir temporel ; la vanité, celle du pouvoir spirituel.
Cette analyse générale des instincts personnels, dont la synthèse forme l'égoïsme, nous fournit une direction toute naturelle pour l'étude des règles auxquelles il faut recourir pour modérer celui-ci et la méthode suivant laquelle nous allons maintenant procéder à cette élude, en nous maintenant en face des cas moyens, se trouve implicitement contenue dans les appréciations qui précèdent.