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CHAPITRE II

Caractères permanents de tous les autres devoirs sociaux.

Or, la question, si complexe, si confuse, en apparence, des devoirs sociaux, distincts du devoir mili-

taire, se trouve subitement simplifiée et illuminée quand on reconnaît, avec Auguste Comte, que « l'activité publique constitue la véritable destination de l'homme, comme la vie privée, celle de la femme », et qu'en réalité, « tout digne citoyen est un fonctionnaire social qui, tout en exerçant une fonction spéciale, participe à l'économie générale ».

// n'y a pas de fonctions privées.

Qui que nous soyons, agriculteurs, industriels, commerçants, financiers,artistes, publicistes, savants, théoriciens ou praticiens, nous travaillons pour la société, au même titre que le fonctionnaire préposé à des services administratifs d'ordre général. De plus, nous ne sommes pas maîtres de travailler autrement ; car, seules, les fonctions, utiles à la société, procurent des satisfactions matérielles, intellectuelles ou morales, et les oisifs, riches ou mendiants, sont, par surcroît, des parasites.

La raison, autant que la morale, nous commandent donc de faire sciemment, volontairement, ce que nousfaisonsspontanément. Ainsi, le premier précepte de la morale civique n'est, à proprement parler, qu'une généralisation des règles les plus fondamentales de la morale personnelle et de la morale domestique.

Dans la vie pacifique, comme dans l'activité guerrière, nous devons subordonner notre intérêt particulier à l'intérêt collectif.

Les devoirs sociaux sont des devoirs généraux, de tous les instants, auxquels nul ne peut se soustraire.

Quand on scrute convenablement les conditions naturelles de notre existence sociale, on ne peut nier que Vhomme n'a réellement d'autre droit que celui de faire son devoir (1), et que, philosophiquement conçu, le droit n'est que l'ensemble des devoirs des autres vis-à-vis de chacun.

Cette transformation de la notion du droit en devoir exige seulement « que chacun, sans devenir habituellement enthousiaste, sente profondément sa participation réelle et celle de tous les autres à l'œuvre sociale. Or, une telle conviction peut certainement résulter d'une sage éducation universelle » (2).

Cette conception du devoir social, universel et permanent, est, en effet, solidement assise sur l'observation qui montre qu'aucun de nos instruments de travail, aucune de nos connaissances, aucune de nos productions ou de nos ressources, ne peuvent être regardés comme une propriété individuelle, exempte de redevance.

Ainsi que Swift le faisait déjà remarquer, en dépeignant la situation de l'Angleterre, sous la reine Anne, « nous portons sur notre corps l'ouvrage de cent ouvriers ; un millier de mains ont contribué à bâtir et à meubler notre maison ; il en faut cinq ou six fois plus pour la parure de nos femmes ».

(1) Auguste Comte : Politique positive, vol. I, p. 361.

(2) Auguste Comte : Catéchisme positiviste, p. 216.

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