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CHAPITRE V

Culte du passé : l'Éducation nationale.

Enfin, l'un des attributs les plus caractéristiques de la morale civique est le développement du sentiment social, au moyen du culte du passé, d'autant plus légitime que a les vivants sont toujours et de plus en plus dominés par les morts » (1).

Ce respect des ancêtres a, pour moteur initia], le culte de la tombe, dont l'importance philosophique et morale est telle que les municipalités ont le devoir élémentaire de rechercher les moyens de lui donner les plus grands développements, au lieu de démoraliser les hommes en comprimant son essor, comme il arrive trop souvent.

11 faut, par exemple, socialiser les cimetières : en les rendant plus accessibles à la piété des visiteurs, dans les grandes villes ; en diminuant le prix des terrains concédés aux familles ; en augmentant la durée des concessions ; en supprimant surtout la cruelle institution de la fosse commune, qui prive précisément les plus infortunés de la bienfaisante

Ç[) Auguste Comte : Philosophie positive, vol. II, p. 61.

consolation de rendre à leurs morts des hommages prolongés.

Mais notre vénération pour le passé ne doit pas seulement s'adresser à nos ascendants directs ; elle doit aussi se manifester : envers tous les ancêtres collectifs, anonymes ou illustres, qui ont construit^ consolidé, amélioré sans cesse, la société dont nous faisons partie ; envers les monuments qu'ils nous ont laissés ; envers les lieux qui ont été le théâtre de leurs actes décisifs ; en un mot, envers l'ensemble des conditions dans lesquelles nos pères ont vécu et qui sont les plus propres à nous permettre de les commémorer et de communier avec eux.

Il faut organiser des pèlerinages philosophiques aux lieux et aux monuments historiques, et incorporer, ou maintenir énergiquement, dans le domaine public, tous les châteaux, palais, parcs, forêts, sites et vestiges, qui sont de nature à éveiller en nous des idées et des émotions sociales, collectives.

Le concours simultané de tous ces procédés, combiné avec l'enseignement de l'histoire, constitue la véritable éducation nationale, nécessaire à la systématisation de la morale civique. Cette éducation, cependant, doit être maintenue dans des limites rationnelles, imposées par l'existence même des autres patries. La religion moderne de la patrie n'est plus de la même nature qu'au temps de la civilisation Romaine, où toute l'activité publique avait la cité pour centre et la conquête pour objectif ; l'histoire et la vie d'une société ne sont plus qu'un cas particulier

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de l'histoire et de la vie de cet ensemble de patries auxquelles le nom général d'Humanité convient de plus en plus légitimement.

Dans ce nouvel état de choses, l'amour de la patrie ne se confond plus avec la gloire militaire et avec la haine de l'étranger ; il peut s'élever à la dignité d'un sentiment altruiste, véritable, et il en résulte que, de même que la morale domestique doit être subordonnée à la morale civique, cette dernière peut être subordonnée à la morale universelle.

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