‹ La morale socialeChapitre 4 sur 27 · INSTINCT SEXUEL · texte numérisé non relu

INSTINCT SEXUEL

Malgré la discrétion que la civilisation a fini par lui imposer, cet instinct se montre toujours très perturbateur et son règlement doit être, de la part de la morale positive, l'objet d'une sérieuse attention.

Il faut remarquer, en effet, que, pour la généralité des animaux supérieurs, l'exercice de cet instinct est périodique et strictement limité aux besoins essentiels de la reproduction, tandis que, dans l'espèce humaine, cet exercice est continu et, ordinairement, sans destination biologique.

Le règlement moral de l'instinct sexuel s'impose d'autant plus que, selon les judicieuses remarques de Gall (1) :

Les organes de cet instinct sont subordonnés au cerveau, car le désir qui lui est propre est un phénomène cérébral ;

Par conséquent, c'est dans le cerveau qu'il faut chercher tout ce qui a rapport à cet instinct, aussi bien dans l'état de santé que dans l'état de maladie ;

Le cerveau explique tous les phénomènes qui le concernent ;

(1) Gall : Fonctions du cerveau, vol. III, p. 226 et suiv.

Le cerveau règle tout ce qui s'y rattache ;

C'est en agissant sur le cerveau qu'on peut modifier les diverses manifestations de cet instinct.

Et Gall ajoute que les causes qui réveillent le plus fréquemment les organes de l'instinct sexuel sont les idées, les conversations, les lectures lascives, les réunions de sexes différents, les spectacles, les bals, les rapports plus ou moins directs.

Dans la grande majorité des cas, enfin, l'excitation de ces organes est précédée de la pensée de l'acte lui-même.

En résumé, l'instinct sexuel ne doit pas être excité, parce qu'il n'engendre ordinairement que des besoins factices, et tout ce qui peut stimuler l'imagination, en ce qui le concerne, doit être réfréné, parce que c'est l'imagination qui réveille ses organes.

C'est pourquoi l'obligation générale de la pudeur et de la décence doit d'abord être sévèrement imposée dans les sociétés humaines.

L'instinct sexuel doit, de plus, être réglé, préventivement, par la proscription des excitations malsaines qui résultent des lectures, des discours, des images et des spectacles obscènes.

Le Code pénal de tous les peuples réprime déjà, depuis de longs siècles, en raison de leurs dangers publics, les écarts graves de cet instinct, les exhibitions libidineuses, les outrages et les attentats à la pudeur, les excitations de mineurs à la débauche, les viols; mais ces répressions sont insuffisantes et la loi doit encore châtier avec rigueur tous ceux qui

font commerce d'illustrations ou de livres pornographiques.

Les moralistes et les ])hilosophes doivent, à cet égard, énergiquement appuyer le législateur quand il ose réagir contre la corruption contemporaine.

Enfin, l'instinct sexuel doit être réglé, volontairement, dans ses manifestations etïectives, au cours desquelles l'un et l'autre sexe ne doivent jamais oublier ni la dignité humaine, que ravalent les relations dégradantes et les plaisirs orduriers, ni les conséquences physiologiques et sociales possibles de cet acte.

De cette dernière obligation, il résulte que l'instinct sexuel doit être aussi réglé spontanément, en dépit des alarmes que cause la dépopulation, par la limitation volontaire de la paternité, qui doit toujours être proportionnée aux ressources de la famille. On ne doit pas avoir plus d'enfants qu'on ne peut en nourrir et élever convenablement ; souvent même, l'abstention complète peut s'imposer comme un devoir social, quand les générateurs sont incapables de procréer des enfants sains, ou quand la mère est hors d'état de mener une grossesse à terme, sans danger pour sa propre vie.

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