CHAPITRE II
On peut trouver étrange que nous fassions figurer Hume parmi les philosophes utilitaires i : Hume est un sceptique : un sceptique peut-il poser et développer dogmatiquement les principes de la science des mœurs? Hume, s'il a une doctrine, est plutôt un partisan du système de la sympathie : ce système n'est-il pas précisément en opposition avec celui de l'intérêt ?
Nous répondrons d'abord que Hume n'est pas sceptique on morale comme en métaphysique ; nous répondrons ensuite que Hume, le premier à notre connaissance, a formulé le principe de l'utilité générale comme fondement de la moralité. — C'est à ce titre que nous avons cru devoir lui donner une place dans notre exposition.
Hume n'est pas sceptique en morale ; en effet, réfutant cette proposition sceptique que la distinction entre le bien et le mal n'est qu'une invention des législateurs, conservée, entretenue et fortifiée par l'éducation, Hume ajoute : « Rien de moins solide que ce paradoxe des
1 Les Essais de Hume parurent avant le livre de l'Esprit d'Helvétius. Si nous avons interverti l'ordre chronologique, c'est que ce changement, d'ailleurs sans conséquence, nous permet de mieux marquer le développement logique de la doctrine , et aussi de ne pas interrompre la série des utilitaires anglais depuis Hume jusqu'à M. Darwin.
sceptiques, et nous serions fort heureux si en logique et en métaphysique nous pouvions nous défendre aussi aisément des chicanes de cette secte qu'en politique et en morale, deux sciences fondées sur la pratique et l'expérience, et par conséquent beaucoup plus intelligibles i. »
Hume va plus loin et il consacre un petit dialogue assez agréable à montrer que la diversité des jugements moraux, chez les différents peuples et aux différentes époques, ne prouve rien contre l'universalité et l'évidence des principes de la morale. Sa démonstration peut ne pas paraître suffisante, mais sa conclusion est aussi dogmatique que possible. « Gomment, dit-il, établir une règle sûre qui fixe nos jugements à cet égard ? C'est en examinant les premières règles que chaque nation établit pour le blâme et la censure. Le Rhin a son cours vers le nord, et le Rhône vers le midi ; cependant ces deux fleuves prennent leur source dans la même montagne, et par conséquent sont poussés par le même principe de gravité ; le terrain leur offre des plans diversement inclinés. Cette différence cause celle de leur cours. — Dans combien de circonstances un Athénien et un Français qui a du mérite s'accorderaient-ils? Ils seraient d'accord pour le bon sens , la science , l'esprit , l'éloquence, L'humanité, la fidélité, la véracité, la justice, le courage, la tempérance, la constance, la grandeur d'âme, etc. 2. >,
Hume n'est donc pas sceptique en morale ; il admet l'existence d'un principe universel qui détermine le blâme et la louange, le vice et la vertu. Ce principe, tout homme en a l'intuition claire ou confuse ; c'est l'utilité générale, ou le bonheur du genre humain.
1 Essais de morale, t. V. tr. franc., Londres. 1764. p. 69-70.
2 Ibid., p. 208-209.
Mais tout système suppose une méthode ; la méthode de Hume, en morale, c'est l'expérience. Seule l'expérience donne la certitude dans les sciences de fait, et c'est parce qu'elle est une science fondée sur l'expérience et la pratique que la morale échappe aux objections du scepticisme. Hume, en proclamant l'excellence de la méthode expérimentale, ne fait que répéter ce que Bacon, Locke, Helvétius, avaient dit, ce qu'ont dit en tout temps tous les sensualistes , tous les utilitaires. Mais il ne paraît pas avoir déterminé avec plus de précision ni de profondeur que ses successeurs ou ses devanciers les conditions véritables de l'expérience en psychologie. Sur cette importante question de la méthode, il se borne aux généralités les plus vagues. « Il ne sera peut-être pas possible de suivre un ordre ou une méthode aussi précise que les sciences l'exigent, c'est-à-dire de donner d'abord des définitions exactes de la vertu et du vice qui sont les objets de nos méditations. Mais nous prendrons une route qui ne doit pas paraître moins satisfaisante ; nous considérerons notre matière comme susceptible d'expérience, et ainsi nous appellerons vertueuse toute action qui sera accompagnée de l'approbation unanime des hommes, et nous nommerons vicieuse toute qualité qui sera l'objet du blâme et de la censure. Nous tâcherons de comparer ces notions , et après avoir examiné les circonstances dans lesquelles elles s'accordent, nous pourrons espérer de parvenir à la connaissance de la base de la morale et à découvrir les principes universels d'où dérivent l'approbation et le blâme. Toutes ces questions roulent sur des faits et ne sont point une science abstraite, mais nous ne pouvons nous promettre quelque succès, qu'en suivant la route de l'expérience et eu tirant des maximes générales de l'analogie des exemples particuliers. L'autre méthode scientifique commence par
établir un principe général abstrait pour en tirer ensuite des conséquences qui en partent comme des rameaux de la tige; cette méthode peut être plus parfaite, mais elle convient certainement moins à l'imperfection de l'esprit humain, et en ce genre comme en beaucoup d'autres elle est communément une source d'erreur et d'illusion. Les hommes sont actuellement guéris des systèmes et des hypothèses de physique ; ils ne prêtent l'oreille qu'aux preuves tirées de l'expérience. Il est temps do mettre dans la morale la même réforme et de rejeter tout système, quelque ingénieux qu'il puisse être d'ailleurs, lorsqu'il ne sera point fondé sur des observations et des faits i. »
On peut trouver étrange que Hume se déclare modestement incapable de définir avec exactitude le vice et la vertu, et que, deux lignes plus bas, il en donne une définition qui n'est, ce semble, ni provisoire ni approximative. Mais, sans insister sur cette petite contradiction, que devons-nous penser de ces définitions ellesmêmes ?
Locke avait déjà dit que l'approbation et le blâme sont la mesure de la vertu et du vice, mais Hume le corrige et le complète très heureusement en ajoutant le mot unanime à la définition. Par là, en effet, il cesse de donner prise au scepticisme ; on ne peut plus lui objecter que les hommes, selon les temps et les lieux, blâment ici ce qu'ils approuvent là.
Il essaie de poser en principe qu'il y a des actions que les hommes approuvent à toutes les époques, dans tous les pays. Il y a donc, suivant lui, des vertus universellement reconnues comme telles, et par conséquent il existe une règle universelle et immuable du bien.
Cette règle, quelle est-elle ? L'approbation et le blâme ne sont que des effets. Il faut en rechercher la cause. Si certains actes, certaines qualités, sont partout et toujours objets de louange et d'estime , c'est apparemment qu'elles ont un caractère commun qui les en rend dignes. L'approbation et le blâme n'ont pas en soi leur raison d'être ; Hume , plus exact et plus profond que Locke, comprend la nécessité de remonter jusqu'au principe dont ils dérivent, et qui les explique.
Conformément à la méthode d'observation , il s'agit d'examiner en détail toutes les actions ou qualités généralement reconnues comme vertueuses et de chercher par où elles sont jugées dignes de louanges. Or, sans épuiser la liste, ce qui serait infini , on s'aperçoit bien vite que le caractère qui les rend telles, c'est l'utilité.
Nul doute, par exemple, que la bienveillance ne soit une vertu ; or, dit Hume, « on peut observer que lorsqu'on fait l'éloge d'un homme humain et bienfaisant, il y a toujours une circonstance sur laquelle on ne manque point d'insister, c'est le bonheur et la satisfaction que la société retire do son commerce et de ses bons offices, etc. i. »
Cette première observation est confirmée par bien d'autres. N'est-ce pas faire l'éloge d'un animal, d'une plante, que de dire qu'ils sont utiles ? Inutiles ou nuisibles, ils nous inspirent de la répulsion. Des champs chargés d'épis, des coteaux couverts de vignobles, des pâturages où paissent les chevaux et les brebis, charment les yeux, qu'offusquent au contraire des buissons arides, repaires des loups et des serpents.
La beauté d'une machine, d'un meuble, d'un vête-
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ment, vient de leur utilité ; c'est parce qu'ils sont utiles que nous leur donnons notre approbation.
Quel plus bel éloge faire de l'industrie, du commerce, que de montrer les avantages que la société en retire?
« Dites à un homme qu'il est inutile ; fût-il un moine ou un inquisiteur, vous le rendez furieux. » L'historien fait valoir l'utilité de ses travaux ; le romancier même s'efforce de prouver que ses romans sont utiles, ou tout au moins qu'ils ne nuisent pas. « En général, quel éloge n'est point renfermé dans la simple épithète d'utile ! Quel reproche ne se trouve-t-il point dans la qualification contraire ' ! »
C'est la considération de l'utilité qu'on a surtout en vue dans les déterminations morales ; c'est en montrant de quel côté se trouve l'utilité qu'on met fin à toutes les discussions sur les devoirs et les droits. Nos jugements relatifs h la moralité se modifient à la suite de ceux que nous portons sur les vrais intérêts du genre humain. Faire l'aumône à un pauvre est une action louable en elle-même, nous la blâmons pourtant le jour où nous avons compris qu'on encourage ainsi la paresse et la mendicité. Les anciens comblaient de gloire les meurtriers des tyrans. Quoi de plus utile en apparence que de purger l'humanité des monstres qui l'infestent ! L'expérience a montré aux modernes que ce violent remède rend les princes plus jaloux, les peuples plus malheureux ; une notion plus exacte de l'utile a eu pour effet d'attacher la réprobation publique à des actes qui méritaient autrefois des louanges sans fin aux Brutus et aux Timoléon.
On estime un prince libéral, on le blâme si sa libéralité se répand sur quelques-uns aux dépens du plus
grand, nombre. L'antiquité croyait voir dans le luxe la cause de la décadence des mœurs, de la faiblesse des gouvernements , des guerres civiles , de la ruine des empires. On a fini par s'apercevoir que le luxe développe la politesse, les arts, l'industrie; on a compris son utilité, on a cessé de le proscrire et de déclamer contre ses funestes effets.
Telles sont les principales observations sur lesquelles s'appuie Hume pour établir qu'on loue tout ce qu'on regarde comme utile, qu'on blâme tout ce qu'on regarde comme inutile ou nuisible. Ces observations sont loin d'avoir toutes une grande valeur. Il est possible , par exemple, que nous ayons plaisir à voir des plaines chargées d'épis, des coteaux couverts de vignobles; mais s'ensuit-il que la beauté de ces sortes de paysages ait uniquement sa source dans l'utilité que le vin et le blé peuvent procurer aux hommes ? Est-il bien sûr d'ailleurs que la beauté d'une contrée soit en proportion de la richesse de ses produits ? La Beauce avec ses moissons, la Flandre avec ses champs de betteraves, valent-elles pour l'artiste la masse éternellement stérile du Mont- Blanc ?
On pourrait multiplier les critiques contre les prétendues observations de Hume ; et ces critiques mettraient facilement à nu l'impuissance d'une méthode qui se contente de rapporter des faits, sans les soumettre au préalable à une suffisante analyse. Hume se livre ici à cette prem ière vendange dont parle Bacon, ramassant de toutes parts, empruntant à l'histoire, à l'opinion commune, aux préjugés, les éléments particuliers d'où il prétend tirer sa conclusion générale. Vendange inféconde, travail sans valeur scientifique : pour faire la science de la morale, il ne sert de rien de sortir du moi et de chercher à saisir les motifs d'action dans les manifestations les
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plus extérieures de l'activité humaine; il suffit d'observer sa propre conscience, de s'interroger soi-même, mais de telle manière qu'on saisisse , à travers la multitude des phénomènes qui se jouent à la surface, les faits vraiment générateurs, ceux qui déterminent tous les autres et sont, pour ainsi dire, à la racine même de la moralité.
Quoi qu'il en soit, Hume croit avoir solidement établi cette proposition : Le principe et la condition essentielle de la louange, c'est l'utilité vraie ou supposée de ce qui est l'objet de louange ; et comme le bien moral ou la vertu, c'est ce qui est unanimement jugé digne de louange, il s'ensuit que l'utilité est la seule mesure du bien moral, Tout ce qui est utile est moralement bon; tout ce qui est inutile, moralement mauvais. La formule de la règle des mœurs, dans le système de Hume, serait donc celleci : Fais en sorte de conformer autant que possible tes actes à l'utilité.
Mais de quelle utilité s'agit-il ? Est-ce de celle qui se rapporte particulièrement et uniquement à l'agent libre ? De ce que nous mesurons toutes choses à l'utilité, s'ensuit-il que la seule règle de conduite soit l'intérêt personnel? Nullement ; Hume discute le système égoïste, et au nom de l'observation des faits, il le réfute avec une rare vigueur t .
L'utilité qui, selon Hume, est le vrai fondement de la morale, c'est donc l'utilité générale, la nôtre aussi bien que celle des autres hommes. Sans doute, les hommes agissent presque toujours en vue de leur intérêt propre; l'utilité d' autrui ne fait sur la plupart qu'une impression fort languissante et ne les détermine guère à l'action,
1 La section II des Essais de morale contient une remarquable réfutation du système de Larochefoucauld.
surtout s'il leur en coûte quelque chose ; il reste néanmoins établi que nos louanges vont à ce qui est utile, et non pas uniquement à ce qui nous est utile; notre blâme, à ce qui est nuisible, et non pas exclusivement à ce qui nous est nuisible.
Voilà donc pour la première fois, dans l'histoire de la doctrine utilitaire, le principe de l'intérêt général nettement posé. La morale de Hume se dégage de l'égoïsme où s'enfermait celle d'Epieure, de Hobbes, de Larochefoucauld, même de Locke, où retombait, malgré un timide effort, celle d'Helvétius. Un progrès s'est accompli ; on eu fait ordinairement honneur à Bcntham ; nous croyons qu'il y a lieu de restituer à Hume ses titres un peu trop méconnus.
On remarquera cependant que Hume se contente de poser l'utilité comme principe de l'approbation et du blâme ; il a constaté qu'en fait il en est ainsi ; il n'est pas allé jusqu'à déduire de ce fait une loi qui s'impose à la volonté. Il n'a pas dit, comme le dira Bentham : L'homme doit agir en vue de l'intérêt général, ou du plus grand bonheur du plus grand nombre ; il n'a pas donné une formule scientifique de la règle des mœurs ; il s'est borné modestement à rechercher l'origine des vices et des vertus. — On voit sans peine tout ce qu'il a laissé à faire après lui.
Nous reconnaissons donc volontiers que si Hume ouvre une voie nouvelle, il n'y fait que quelques pas; le mérite de Bentham n'en demeure pas moins entier, car en morale on n'invente rien : le tout consiste à amener les idées au plus haut degré de précision, à marquer toutes leurs conséquences , et à les enchaîner entre elles rigoureusement.
Hume ne se contente pas de dégager par l'observation le principe de l'utile conçu dans sa généralité la plus
haute ; il se propose de rechercher comment nous arrivons à concevoir ce principe , d'où nous vient cette notion même, qui seule rend possible le blâme et la louange, et détermine la moralité des actions humaines.
Hume, avec cet esprit d'impartialité et cette modération d'opinions qui caractérisent d'ordinaire les moralistes anglais, Bentham excepté, met en présence deux doctrines qui paraissent au premier abord également plausibles : l'une qui rapporte à la raison et au raisonnement la connaissance du principe de la morale ; l'autre qui la dérive d'un sentiment intime et immédiat, analogue dans sa nature au sentiment du beau.
Les partisans de la première doctrine allèguent la diversité des jugements des hommes sur le bien et le mal et le caractère moral des actions ; les disputes incessantes qui s'élèvent sur ces matières; la possibilité de réformer des opinions mal fondées, d'invoquer l'expérience, l'analogie, de s'appuyer sur le raisonnement. Comment prétendrait-on prouver et convaincre, si la morale ne dérivait que de l'instinct ? Est-ce que les questions de goût prêtent à la controverse? Est-ce que le beau ou le laid se démontrent? On dit qu'ils se sentent ; et celui à qui manque le sentiment du beau sera toujours rebelle à tous les raisonnements du monde. « On peut démontrer des propositions de géométrie, on peut disputer sur des systèmes de physique ; mais l'harmonie des vers, la tendresse de la passion, le brillant du génie, sont de nature à exciter un plaisir immédiat. Les hommes ne disputent guère sur la beauté ou la laideur des autres ; mais souvent ils raisonnent sur la justice ou l'injustice de leurs actions i. »
D'autre part, ceux qui regardent le sentiment comme
la source do la morale prétendent que la vertu est par elle-même aimable, et le vice odieux, antérieurement à tout raisonnement, et qu'en fait d'amour et de haine, le cœur seul est juge. L'entendement ne peut soumettre les affections; faculté purement spéculative, il décide du vrai et du faux, non du beau et du laid. Ce qui est intelligible, ce qui est évident, ce qui est probable, ce qui est vrai, n'obtient qu'un consentement froid de la part de l'entendement, et en satisfaisant notre curiosité met fin à nos recherches. « Eteignez tous les sentiments qui échauffent en faveur de la vertu et tous les dégoûts que fait naître le vice..., la morale ne sera plus une étude de spéculation et ne tendra plus à régler notre conduite et nos actions *. »
Entre ces deux hypothèses , Hume se prononce pour la seconde ; mais en faisant du sentiment la source de la morale et en admettant qu'il existe dans l'homme une sympathie désintéressée pour ses semblables, Hume se place en dehors du système utilitaire. Aussi n'avons-nous pas à nous occuper de cette partie de sa doctrine. Nous devons seulement faire observer qu'il est en contradiction avec son propre principe, le principe d'utilité. Que dit-il en effet ? qu'en conséquence de cette sympathie qui nous unit à l'humanité tout entière, nous désirons nécessairement le bonheur des autres et que nous jugeons bonne et vertueuse toute action qui nous paraît y contribuer. Mais je lui objecterai que pour savoir qu'une action est conforme au bonheur d'autrui, il faut connaître quelles sont les conditions de ce bonheur : ce qui suppose l'expérience, et même une longue expérience, qui va s'accumulant à travers les siècles et qui n'est pas encore parvenue à des conclusions évi-
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dentés pour tous les esprits. Donc, le vrai principe de la inorale sera, dans sa doctrine, non pas le sentiment de la sympathie, mais l'idée que nous nous formons des conditions du bonheur général; celte idée, nécessairement très complexe, et qui ne peut venir que de l'expérience, n'a rien de spontané ni d'instinctif, et le jugement moral n'est possible que par une comparaison entre les conséquences de l'acte qu'il s'agit d'apprécier et les conditions connues ou supposées du bonheur universel. C'est donc dans l'entendement, non dans la sensibilité, qu'il faut chercher le principe de la morale.
Donc, la doctrine du sentiment et de la sympathie désintéressée est incompatible avec le principe de l'utilité. Le calcul seul, œuvre de raisonnement, peut déterminer ce qui est utile ou nuisible; c'est ce que Hobbes et Epicure avaient déjà compris ; c'est ce que Bentham mettra en pleine lumière.