‹ La morale utilitaire; exposition et critique des doctrines qui fondent la morale sur l'idée du bonheurChapitre 29 sur 45 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

Depuis Epicure jusqu'à nos jours , les moralistes de l'intérêt se sont toujours donnés comme les fidèles disciples de la méthode expérimentale. Ils prétendent observer les faits, parler au nom des faits; rien de plus. Ils se disent étrangers à toute métaphysique : généraliser l'expérience est leur unique ambition ; constituer la morale expérimentale par la connaissance des phénomènes de l'ordre psychologique et de l'ordre social , tel est leur but. Ils sont aujourd'hui dans ce grand courant qui emporte toutes les sciences vers les procédés de la méthode positiviste , et les arrache l'une après l'autre aux assises immobiles des notions absolues. Là est lour force apparente et le secret de leur faveur auprès de bons esprits.

Nous ne voulons pas discuter ici d'une manière gêné-

raie la valeur et la portée de la méthode expérimentale : notre objet, c'est uniquement de rechercher si cette méthode peut aboutir à déterminer le principe qui doit diriger l'activité humaine.

Les utilitaires soutiennent que ce principe est donné par l'expérience ; mais, dès à présent, nous devons distinguer deux sortes d'expérience en matière de morale : l'expérience interne et l'expérience externe.

Certains utilitaires prétendent que l'observation psychologique ne peut donner aucun résultat scientifique. M. Gourcelle-Seneuil parle avec dédain de « l'incomparable stérilité des travaux des psychologues * . » — La seule manière de constituer la science de la morale , selon les philosophes de cette école , serait d'étudier l'homme par le dehors , de le suivre dans les manifestations extérieures de son activité. Gomme nulle part l'homme n'existe absolument seul ; qu'il naît dans la société , qu'il vit par elle et pour elle , c'est l'activité sociale dont il importe par-dessus tout de déterminer les lois. La morale est condamnée à tourner éternellement dans un cercle de subtiles et impuissantes hypothèses ou de lieux communs déclamatoires , si elle ne s'empresse de demander à l'histoire , à l'économie politique et aux sciences qui s'y rattachent, les faits vraiment scientifiques qui doivent servir de base à ses inductions.

Nous n'avons pas à examiner ici jusqu'à quel point cette critique de la méthode d'observation intérieure est fondée. Ceux qui la font ne peuvent eux-mêmes se passer de l'analyse des faits internes ; ils sont psychologues sans le savoir et sans le vouloir. D'ailleurs, presque tous les moralistes utilitaires ont cru qu'il est possible de

1 Etudes sur la science sociale, p. 28.

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