c. Bastian. T. 1, p
sait, d'après les mensurations de Broca, que l'augmentation des capacités crâniennes indique en général une intelligence plus développée ; on sait qu'un cerveau de cheval n'a presque pas de circonvolutions cérébrales ; que les cerveaux des Boschimans sont relativement dépourvus de sinuosités et que le public n'a peut-être pas tort, en voyant de grands fronts plats, de pronostiquer que leurs propriétaires sont des imbéciles. Mais la structure interne du cerveau est encore fort mal connue.
Les deux hémisphères ont une action indépendante : mais jusqu'où va cette indépendance?
On croyait, il y a peu de temps encore, que la substance grise était partout identique à elle-même ; or on constate aujourd'hui Cinq couches dans la substance grise de la troisième circonvolution gauche du cerveau. On distinguait autrefois le cerveau en lobes : maintenant on déclare que cette distinction n'a rien de réel, la substance cérébrale étant continue. Broca, Ferrier, Gharlton Bastian, Gharcot, sont arrivés à localiser certaines facultés de l'homme. En 1861, Broca a placé la faculté du langage articulé dans la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale de l'hémisphère gauche. Les faits postérieurs ont confirmé. Ferrier a localisé le centre perceptif de la vue dans la circonvolution angulaire et une partie du lobe supra-marginal, et le centre perceptif de l'ouïe dans la moitié supérieure de la circonvolution temporale supérieure. Quant au centreperceptif de l'odorat il dit : « La connexion de la bandelette olfactive avec le sommet du lobe temporal pourrait être regardée en elle-même comme donnant des bases sérieuses à une connexion physiologique entre cette région et ce sens de l'odorat. » Le centre du goût immédiatement contigu à celui de l'odorat, est situé
dans la partie inférieure de la circonvolution temporosphénoïdale moyenne, au sommet du lobe temporal.
Mais aux mécanismes perceptifs complexes, en relation avec les cinq sens, viennent s'ajouter d'autres centres cérébraux, probablement situés dans quelques portions de Técorce cérébrale, pour les impressions différentes dont certaines sont complètement dépourvues de tout accompagnement conscient : telles sont les impressions viscérales qui se divisent en deux principales catégories, les alimentaires et les génitales.
Il faut y ajouter les. impressions kinesthétiques (1). Ces impressions évoquent des mouvements qui, à leur tour , occasionnent diverses impressions centripètes. Quelques-unes, comme celles occasionnées par les contractions du cœur et du canal alimentaire, ne donnent lieu, chez l'homme en santé , à aucune phase consciente appréciable ; quelques-unes très probablement n'arrivent jamais au cerveau. D'autres , donnant naissance à des états conscients plus ou moins distincts , atteignent par conséquent les centres kinesthétiques situés dans l'écorce des hémisphères. Ces impressions étant, en partie, de nature distinctement tactile , ont leur siège dans des portions du centre tactile; celles qui sont le moins conscientes émanent probablement des muscles eux-mêmes.
La présence du mouvement est pour le sens kinestliétique ce que la présence d'un objet est pour le sens visuel; et l'inaptitude à connaître les impres-' sions occasionnées par le mouvement, — qu'il s'agisse des impressions conscientes ou des inconscientes, ou des deux sortes à la fois — est un défaut du sens
(<) Sensalion du mouvement. Voir Charlton Bastian. Le cerveau et la pensée. L'homme, t. ii, p. 203.
kinesthétique analogue à ce que la cécité est pour le sens de la vue.
Nous ne savons pas encore les moyens par lesquels les mouvements de notre corps suivent les commandements de notre volonté , mais nous connaissons les chemins que traversent les stimulivolitionnels. Chaque corps strié transmet les incitations volitionnelles pour les mouvements des membres de la moitié opposée da corps. On les suit dans leur parcours (1).
Le cervelet coordonne les mouvements guidés par la vision , ou combine les mouvements généraux du corps , qui sont rendus nécessaires par des actions spéciales ordonnées par la volition.
Chaque centre perceptif est susceptible d'être mis en jeu de trois manières : 1® au moyen d'impressions extérieures ; 2^ par « association », c'est-à-dire par des impulsions communiquées par un autre centre , pendant quelque acte de perception, ou par quelque processus mental ; 3* par le rappel « volontaire » des irapressions passées, comme dans un acte de souvenir.
L'excitabilité des centres , c'est-à-dire la mobilité moléculaire des éléments constituants de leurs tissus, peut varier beaucoup avec l'âge, l'état de santé ou diverses conditions morbides.
Les actes volitionnels ne sont que des actes automatiques en voie de formation, d'abord pour l'individu , et d'une manière subséquente pour la race.
• Le germe ou l'œuf, produit par un organisme, tend toujours à se développer en une forme similaire de celle de l'ascendant, non seulement dans sa forme extérieure, mais dans sa structure intime ; par conséquent, les générations successives des descendants, à travers leurs
(1) Charllon Bastian. t. II, p. 184.
diverses phases, sont le développement d'une seule vie.
C'est ainsi que déjeunes organismes, à peine arrivés à maturité, sont souvent mieux adaptés au milieu dans lequel ils se trouvent que leurs prédécesseurs. Certaines actions appropriées suivront certaines impressions avec une précision et une régularité infaillibles.
Chez les organismes doués de propension à prendre de la nourriture et des canaux alimentaires, les contractions de l'intestin se sont succédé à brefs intervalles, en réponse aux stimuli fournis par la nourriture. Depuis que des cœurs contractiles ont été formés pour la première fois, ils n'ont jamais cessé de battre chez les générations innombrables de types animaux lentement modifiés. Il en est de même pour les contractions de l'oviducte et de la matrice.
Puis des mouvements exécutés d'abord lentement et irrégulièrement, deviennent, après des répétitions nombreuses, rapides et réguliers, surtout si les stimuli sont semblables. Les contractions des viscères ont lieu automatiquement, même en réponse à des impressions non senties. Le stimulus, sous forme de sang artériel ou veineux , provoque l'action du cœur. Nous ne nous apercevons que nous avons besoin de respirer que si nous venons à manquer d'air. Le stimulus du canal alimentaire n'e«fc pas toujours présent; quand son besoin se fait sentir, c'est l'appétit pour la nourriture. A des intervalles plus éloignés, la même cause détermine l'appétit sexuel.
Toute tendance, à un si faible degré que ce soit, est héréditaire; si les expériences demeurent les mêmes, chaque génération successive lègue une tendance un peu plus accentuée (1).
(i) Herbert Spencer. Principes de psychologie.
Le canard, couvé par une poule, va à l'eau malgré l'opposition de sa mère adoptive : le poussin élevé par une cane refuse d'aller à l'eau malgré les appels et les excitations de celle-ci. Le petit chat a horreur de l'odeur du chien avant qu'il en ait vu, etc*.
Ce sont ces faits qu'on appelle l'instinct : en réalité, comme dilfH. Spencer, l'instinct est une habitude organisée héréditaire, une action réflexe accumulée, et moins letype de l'animal est avancé en évolution, plus il obéit à ces impressions héréditaires , moins il se guide d'après son expérience personnelle.
Si telle ou telle impression fait vibrer tel ou tel faisceau de fibres nerveuses, il provoque l'éréthisme de telle. ou telle série de cellules: ce sont elles qui mettront notre être en mouvement; si, soit par éducation, soit par conformation héréditaire, telles et telles séries de cellules sont atrophiées ou frappées d'une lésion, certains anneaux pourront faire défaut à l'association des idées, et l'homme pourra être incapable de certaines perceptions et de certains actes.
De la combinaison de ces diverses impressions actuelles et passées, résultent nos jugements, notre volonté, nos actes.
Ea un mot, tout acte simple ou composé est un phénomène réflexe, toujours en rapport avec l'intensité de la sensation éprouvée, soit que cette intensité résulte de l'accumulation antérieure, soit de la nouveauté du choc.
Nous avons donc à étudier comment les actions réflexes se sont produites dans l'humanité ; comment elles peuvent être modifiées à un double point de vue : au point de vue de l'individu et au point de vue de l'hérédité.