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CHAPITRE IX

Le Morphinomane peut-il guérir

Morphinomane ! Quel que soit votre état, ne désespérez pas, il est peut-être encore temps de renoncer à votre funeste passion, de vous guérir, de reprendre votre énergie, une vie active, utile à tous; de redevenir un homme pour réparer vos fautes et oublier à jamais la morphine.

Donc, courage, tâchez de vous ressaisir avant d’avoir touché au fond de l’abîme.

Pour cela, il n’y a qu’un moyen, un seul :

prendre une grande résolution en vous faisant interner au moins pendant six mois dans un asile où l’on traite la morphinomanie.

Nous regrettons amèrement qu’il n’existe point de maisons spéciales pour soigner cette maladie, car le morphinomane, pendant la démorphinisation, ne doit être en contact avec personne autre que celles chargées de sa guérison ; il faut surtout lui éviter la compagnie d’autres morphinomanes; car la réunion de deux êtres semblables est une plaie.

Comme traitement, nous conseillons celui qui donne le .minimum de souffrances, la démorphinisation progressive où l’on n’emploie que la morphine et point de somnifères qui donnent un sommeil factice. "

Le malade traité par cette méthode pourra se considérer comme guéri lorsqu’il aura recouvré, après la suppression de la morphine, un sommeil naturel de sept à huit heures, et qu’aucune inquiétude ne le troublera.

Tout morphinomane qui retombe après avoir été guéri de la sorte, ne guérira jamais.

Donc, morphinomanes I S’il reste encore en vous quelques lueurs d’intelligence, lâchez de vous guérir. Y arriverez-vous ? Nous en doutons, car sur vingt malades que nous avons vus se faire démorphiniser, 'trois seulement, après six mois de guérison, n’étaient pas retombés dans leur vice.

Ce qu’il faut donc, c’est une grande énergie et rester le plus longtemps possible dans l’asile où la cure s’est opérée.

Et retenez bien ceci : c’est qu’il est absolument indispensable, pour votre guérison, de vous faire interner.

Jamais elle nè s’effectuera autrement; il ne faut point vous faire traiter chez vous ou dans votre famille ; là il est évident qu’on ne pourrait point vous surveiller suffisamment.

que vous seriez trop en contact avec le monde et point assez éloignés de votre pharmacien ; qu’à la moindre souffrance, à la moindre inquiétude, vous sauriez tromper la surveillance pour recourir avec empressement à à votre maîtresse chérie « la morphine ».

Parents ou amis des morphinomanes :

si vous voulez sauver votre malade, suivez nos conseils, car nous vous avons indiqué le seul remède qui peut-être le ramènera à son état primitif, c’est-à-dire plein d’énergie, de force, d’activité, peut-être sera-t-il àjamais guéri de sa terrible passion. Nous le souhaitons ardemment, mais nous vous avons déjà dit que les chances sont minimes, et nous vous le répétons, pour ne pas vous laisser trop vous illusionner.

Lorsque le morphinomane sortira de l’asile où il aura ôté soigné, il faudra lui trouver immédiatement un emploi qui occupe son esprit, ne point le laisser inactif et surtout ne pas le quitter les premiers jours après sa sortie, pour permettre à celui qui fut rayé du nombre des vivants pendant un certain temps de s’habituer, petit à petit, à la vie active. Pour cela, il lui faudra quelques distractions .

Si, après avoir fait ce que nous venons de vous conseiller, votre enfant ou votre ami retombe dans son vice, tout espoir sera

perdu, mais Vous aurez fait ce qui était en votre pouvoir pour le sauver, et votre conscience sera tranquille.

Nous allons voir maintenant les différents modes de traitement, sans toutefois vous donner trop de détails, pour ne point influencer les malades qui auraient l’intention de guérir, et ne pas nuire à la rapidité de leur guérison.

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