CHAPITRE X
Des différents traitements
de la Morphinomanie
Celui que nous citerons le premier est le traitement progressif qui est employé dans quelques asiles et que nous préconisons comme le plus humain, car il donne le minimum des souffrances et la convalescence marche de pair avec la démorphinisation ; il n’est pas rare en effet, de voir le malade, pendant ce traitement, augmenter de poids très sensiblement, et nous pourrions citer plusieurs cas où cette augmentation a dépassé 10 kilogrammes durant la cure.
Les souffrances endurées sont supportables, elles se bornent à quelques malaises, quelques inquiétudes, à quelques insomnies.
Le traitement sera plus ou moins long, suivant la dose de poison employée par le malade, son tempérament, son énergie et surtout la volonté qu’il aura de guérir.
Le patient pourra se considérer comme tel,
lorsque, ayant résolu de ne plus retomber dans son vice, il aura recouvré un sommeil naturel de sept à huit heures, qu’aucune inquiétude ne viendra troubler.
Alors sa guérison ne sera plus qu’une question de moral.
Il est évident que, si, après avoir subi ce traitement, il retombe, ce sera sciemment; il est certain qu’en sortant, il sera complètement guéri, car le médecin ne lui donnera son exeat que deux ou trois mois après la suppression totale de la morphine.
S’il le lui donnait avant ce délai, il commettrait une grande imprudence.
C’est donc la démorphinisation progressive que nous conseillons aux morphinomanes résolus à se guérir et de jeter l’anathème à la morphine, alors ils redeviendront hommes à mesure qu’on leur diminuera les doses et que le sommeil reviendra.
Démorphinisation brusque
Cette méthode qui fut d’abord appliquée en Allemagne par Leveinstein, se répandit et trouva des adeptes parmi les. célébrités médicales de différents pays qui en firent l’apologie.
Quoique n’étant pas médecin, nous pouvons donner notre avis sur celle-ci, à cause des nombreux cas que nous avons observés.
Nous trouvons ce traitement d’une cruauté inouïe ; c’est livrer le patient à un long supplice dont nous avons décrit en partie les souffrances, dans un précédent chapitre et que nous reverrons avec plus de détails à la fin de ce livre.
Le médecin employant cette méthode ne gagnera pas de temps, au contraire, car la convalescence sera de longue durée.
Nous réfutons donc ce traitement dans tous les cas, même pour le morphinique qui n’aurait consommé que dix centigrammes par jour et pour le morphinomane atteint de cachexie morphinique. Le premier souffrira beaucoup de la suppression brusque de son aliment et le second, bien souvent, ne pourra pas réagir contre les accidents qui se produiront; une issue fatale serait à craindre.
Nous ne dirons que quelques mots des autres traitements, qui sont tous inférieurs, comme résultats, à ceux obtenus par la méthode prdgressive.
Nous les dénommerons « traitements par substitution », car là, l’opium ou le chloral sont substitués à la morphine.
Ils ont le désavantage de procurer au malade un sommeil factice et de lui faire contracter l’habitude de ces somnifères, sans lesquels il ne peut plus reposer.
Donc, nous croyons que le meilleur traitement pour guérir la morphinomanie, c’est la démorphinisation progressive , qu’a préconisée et appliquée avec tant de succès le Professeur Joffroy de la Faculté de Médecine.