CHAPITRE VIII
Abstinence morphinique
L’état d’abstinence morphinique est celui dans lequel se trouve le morphinomane qui, pour une raison quelconque, est obligé de cesser brusquement ses piqûres.
Dans ce cas, il se produira tout un cortège de. symptômes plus ou moins dangereux, suivant le tempérament de l’individu, car il est évident que l’on ne peut priver l’organisme de morphine subitement, lorsqu’il y est habitué depuis quelque temps.
Les symptômes sont plus ou moins sérieux, suivant la dose journalière injectée. Examinons ces phénomènes : il faut comprendre que la suppression brusque peut être mortelle L ou tout au moins occasionner des accidents graves, car abstinence morphinique est synonyme de suppression brusque.
Or l’organisme qui avait pour aliment, pour soutien, la morphine, se trouve, par sa suppression, sans son stimulant habituel. Il se produit dans celui-ci une sorte de détente,
tout est dérangé, tous les symptômes d’un violent empoisonnement apparaissent. Les vomissements continuels, des diarrhées accompagnées de douleurs intestinales violentes, les sécrétions abondantes, les sueurs froides, les tremblements, etc., etc., sont le début de cette terrible chose qu’est la suppression brusque. Les douleurs deviennent ensuite tellement intenses et intolérables qu’elles influent sur le cerveau du malade, au point de troubler sa raison, de le pousser à des impulsions irrésistibles qui lui feront accomplir des actes de folie, tels que : s’échapper en vociférant, en hurlant de douleur, de briser tout ce qui se trouve sous sa main, quelquefois elles le pousseront à voler, à commettre des crimes et. très souvent à attenter à ses jours. Le suicide est toujours àredouter lorsque le morphinomane se trouve dans l’état de besoin,, vu qu’à ce moment les douleurs sont atroces et qu’il est moins que tout autre disposé à les supporter. Enfin, si •cette période de terribles souffrances se passe sans accidents qui sont toujours à craindre, le patient sera déprimé ; le moral et le physique seront gravement atteints. Cet état est toujours précédé par la période d’excitation. Le malade tombe alors dans un état comateux, il ne peut plus remuer ni bras ni jambes, ses idées sont floues.
C’est à ce moment qu’il faut redouter le plus encore une issue fatale.
Nombreux sont, en effet, les cas où la suppression brusque a eu une issue mortelle ; les symptômes qui se produisent alors sont semblables à ceux que l’on rencontre dans le delirium tremens.
Le malade souffre longtemps d’insomnie et, s’il s’endort, c’est avec appréhension, car au réveil, tous les accidents de l’abstinence se reproduisent.
Mais ces souffrances sont souvent exagérées, parce qu’il cherche à apitoyer le médecin sur son état pour obtenir de la morphine.
N’entrons pas plus avant dans la description des accidents causés par cet état, nous les reverrons en détail dans la seconde partie de ce livre. Nous avons voulu vous montrer dans ce chapitre à quelles horribles souffrances s’expose le morphinomane qui ne pourra plus prendre de morphine, soit qu’il ne puisse s’en procurer, soit qu’il ait cassé sa seringue ou qu’ayant ôté arrêté dans une bagarre, on la lui ait confisquée.
Il aura alors un avant-goût de la démorphinisation brusque.