‹ La morphineChapitre 12 sur 14 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Complicités de certains

médecins et pharmaciens

Nous venons d’étudier un terrible vice et les ravages qu’il fait.

Nous déplorons qu’il puisse s’étendre, grâce au concours de gens qui, connaissant tout le cortège des accidents qu’il traîne à sa suite, devraient être.les premiers à le combattre; nous voulons parler de certains médecins et de certains pharmaciens.

Nous avons vu les premiers délivrer des ordonnances à des malades pour se procurer de la morphine, sans s’inquiéter de leur maladie, simplement dans un but de lucre, poussant la complaisance jusqu’à inscrire sur celle-ci : à renouveler.

Certains ont de la morphine chez eux, qu’ils vendent clandestivement.

Nous pourrions citer le cas d’un médecin, habitant un port de mer important,’ qui est toujours prêt à piquer les passagers à leur arrivée pour n’importe quel malaise

Il se fait ainsi une clientèle, car, bien souvent, celui ou celle qui a été soulagé par ce poison,' en contracte la funeste habitude.

Un morphinomane nous a cité un médecin qui, sur sa simple demande, lui a délivré deux ordonnances pour ses solutions de morphine et de cocaïne, dont une de 20 centigrammes, de chacun de ces toxiques pour ses besoins journaliers.

L’autre de 1 gramme de chaque alcaloïde pour le cas où il serait obligé de voyager et voudrait emporter avec lui des provisions de ces poisons. Les deux ordonnances portaient : à renouveler.

Quelques pharmaciens se font une clientèle parmi les morphinomanes en leur délivrant de la morphine sans prescription ; en n’annulant pas ces dernières, de manière à leur éviter de retourner chez le médecin pour s’en faire délivrer une autre, en les approvisionnant pour plusieurs semaines, en diminuant le prix des solutions, quitte à les leur fournir de mauvaise qualité.

D’autres poussent la complaisance jusqu’à leur montrer la manière de se piquer et mettent à cet effet un local à leur disposition.

Nous terminons en vous citant le cas d’un pharmacien de province qui, ne voulant pas.

perdre un bon client, lorsque celui-ci alla

habiter Paris, il lui envoyait ses doses quotidiennes par colis postal.

Comme un jour les flacons arrivèrent cassés, le malade lui envoya une dépêche pour l’en informer.

Il lui répondit une lettre ainsi conçue :

Monsieur,

Vous pouvez faire retirer chez M. X..

droguiste, rue ...., un petit paquet de trois flacons que vous m’avez demandés en remplacement. Les fournitures dans ces conditions n’ont rien de séduisant pour moi. ' Recevez mes salutations empressées. J Signé : Docteur X...

Nous possédons cette lettre et nous sommes prêts à la communiquer à ceux des médecins qu i voudraient se joindre à nous' pour' combattre la propagation de la morphinomanie.

Tous les faits rapportés ci-dessus sont authentiques et nous nous faisons forts d’en prouver la véracité.

Nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples, mais ce serait nous répéter.

Ces médecins, ces pharmaciens qui profitent de l’immunité que. leur donne leur diplôme pour faire un vil métier, en encourageant le vice, devraient être chassés du corps médical qu’ils déshonorent.

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