‹ La morphineChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Toxicomanie

chez les Morphinomanes

En général, lorsqu’un morphinomane est déjà invétéré, les bonnes sensations produites par la morphine, sont, comme nous l’avons déjà dit, très faibles si elles n’ont point complètement disparu; c’est alors que le morphinomane cherche par tous les moyens à en obtenir d’autres. A ce moment, il joint à la morphine d’autres toxiques, tels que l’alcool, la cocaïne, l’éther, le tabac, l’opium ou tout autre poison qui peut donner un effet passager.

En général, ceux qui sont employés sont l’alcool et la cocaïne, surtout cette dernière et parfois les deux.

Prenons l’alcool d’abord, soit qu’il l’absorbe par la voie œsophagienne, soit qu’il se l’injecte, il éprouvera ainsi l’ivresse alcoolique qui lui rappellera, mais diminuée, l’ivresse morphinique et ce qui montre bien

la passion qu’il a pour les sensations, c’est qu’il prendra n’importe quel alcool.

Nous pourrions citer comme exemples :

1° Un morphinomane qui faisait de la chimie avec un de ses amis ; ce dernier le pria d’aller chercher une bouteille de 250 grammes d’alcool à 90°, il la rapporta et profitant d’un moment d’inattention, il absorba le contenu, le remplaçant par de l’eau. Lorsque sonlarcin fut découvert, il protesta de son innocence malgré son état d’ivresse.

2° Un autre morphinomane qui s’alcoolisait avec des parfums, de l’eau de Cologne ou tout autre produit contenant de l’alcool.

Ce qui est plus bizarre dans ces deux cas, c’est que l’un et l’autre des morphinomanes niaient énergiquement leur passion pour ce .

dernier ; n’empêche qu’ils s’enivraient lorsque 'l’occasion se présentait, mais ils mettaient toujours leur état d’ébriété sur le compte d’un phénomène ou d’un malaise quelconque (maux de tête, d’estomac, etc.).

Le toxique qui est peut-être le plus employé par les morphinomanes, est la cocaïne et ceci pour les raisons suivantes :

La cocaïne est un alcaloïde qui possède quelques propriétés calmantes et qui p§ut corriger l’état comateux du morphinomane, en dissipant les douleurs physiques, mais il lui en crée d’autres d’un ordre plus terrible.

Nous avonsdit «en dissipant sesdouleurs», car la cocaïne insensibilise l’organisme, si bien qu’un morphinomane qui sera cloué sur son lit par des abcès, pourra se lever et marcher en s’injectant de la cocaïne, recouvrer ses forces physiques, mais nous verrons dans un autre chapitre à quel prix il obtient cette énergie factice.

Pour montrer l’effet que produit la cocaïne, nous pourrions citer un morphinomane qui, vu l’état dans lequel la morphine l’avait jeté, ne pouvait plus faire un mouvement sans pousser des cris de douleur, tant ses abcès le faisaient souffrir ; il prit alors de la cocaïne et put ainsi effectuer des parcours relativement longs.

La cocaïne rend donc insensible à la souffrance, à la fatigue,- et c’est pour cette raison que ' les planteurs d’Amérique donnaient à leurs nègres ce poison qui leur permettait de travailler jour et nuit sans fatigue, mais lorsqu’ils arrivaient à de fortes doses, la plupart de ces malheureux perdaient la raison.

Ether, Chioral

Quelques morphinomanes emploient l’éther. Ils se servent de ce produit pour obtenir lé sommeil qui les fuit.

L’éther, a en effet, la propriété d’engou-r-

dir, de plonger dans une béatitude qui calme les sens. C’est surtout ce que cherche le morphinomane; les souffrances ne lui laissant pas de répit, il est obligé d'avoir recours aux produits qui l’insensibiliseront ou qui lui donneront quelques heures de repos.

Le morphinomane de longue date reste parfois plusieurs jours sans avoir une heure de sommeil; c’est alors qu’il joint à la morphine d’autres toxiques pour reprendre un peu de force, de sommeil.

D’autres, pour combattre l’insomnie, prennent du chloral et acquièrent pour ce dernier une réelle passion ; celui-ci produit un sommeil lourd qui ne repose pas. Au réveil, ils sont comme assommés. Donc, le morphinomane qui l’emploie se trouve en se réveillant dans l’état de besoin et très incommodé.

A là coexistence de l’alcool, de la cocaïne, de l'éther et du chloral avec la morphine, nous pouvons en ajouter d’autres, mais qui sont employés par quelques morphinomanes seulement.

Nous pouvons citer l’opium, le tabac, le chloroforme.

Opium

C’est le corps qui est le plus employé après ceux que nous avons cités précédemment ; c’est lui qui est l’origine des quelques bonnes

sensations qu’a eues le morphinomane au début et aussi des années de souffrances qui leur succèdent ; le morphinomane emploie donc l’opium comme narcotique, mais comme nous vous l’avons dit, tous les composés de l’opium et l’opium lui-même ne produisent aucun effet sur le morphinomane de longue date.

Comme exemple, nous pourrions citer un morphinomane invétéré qui fumait de l’opium et qui n’éprouvait aucune sensation, et pourtant la dose était massive.

Nous citerons aussi le hachisch, qui est obtenu par une préparation spéciale du chanvre indien, qui a des propriétés enivrantes, soporifiques, stupéfiantes, anesthésiques et est employé quelquefois par le morphinomane.

Puisque nous parlons de ce poison, nous allons voir immédiatement, pour ne pas être forcé d’y revenir, les effets qu’il produit sur l’organisme.

Le hachisch provoque la dilatation de la pupille et à haute dose les lois de la perspective semblent renversées. Ainsi le malade qui l’emploie verra les maisons bordant une rue s’écarter par éloignement. Les hallucinations se portent surtout sur la vue et l’ouïe.

Pour la première, toute surface brillante

représente un château, une figure, qui se transforment et deviennent des tableaux, des êtres animés, etc...

Le hachisch plonge dans un état cataleptique; il détermine à la longue un empoisonnement qui peut aboutir à l’idiotisme.

Mais, heureusement, le hachisch ne se trouve pas aussi facilement que la morphine; aussi ceux qui en consomment sont-ils en nombre très restreint. Ils l’emploient par vice pour les hallucinations, pour cet êta.t cataleptique et pour l’ivresse qu’il produit.

Chloroforme et Nicotine

Le chloroforme est aussi employé comme * narcotique par les morphinomanes; mais beaucoup d’entre eux le craignent.

Ils ne l’emploient qu’en petite quantité pour obtenir une légère somnolence.

Ils se servent de la nicotine sous forme de tabac, surtout à priser après la piqûre, pour provoquer des éternuements, prétendant que ceux-ci activent l’action de la morphine.

Nous .pourrions vous citer un morphinomane qui faisait maçérer du tabac dans de l’eau. Il s’injectait de ces solutions à petites doses. Nous ne voyons pas les effets que pouvaient produire ces, injections, mais nous garantissons l’authenticité du fait.

C’était un toxicomane passionné qui s’in-

jectait tous les poisons qu’il pouvait se procurer. S’il ne s’est pas tué, c’est qu’en sa qualité de chimiste, il évitait de s'injecter des doses mortelles.

- Un fait caractéristique de la passion qu’il avait pour les toxines est le suivant : Il prit un ballon de verre contenant 200 gr. d’eau, dans laquelle il fit barboter du gaz d’éclairage pendant une demi-heure, puis il se fit une injection de cette liqueur.

Nous croyons que les sensations qu’il éprouva alors ne furent pas de l’ordre de celles qu’il demandait.

. Il eut bel et bien un commencement d’em-poisonnement caractérisé par des vomissements, des douleurs stomacaleSvet abdominales très violentes.

Voilà des exemples qui montrent jusqu’à quel point peut aller un homme qui a cette ignoble passion : la morphinomanie.

Il y a encore un fait à citer chez les morphinomanes; c’est le plaisir qu’ils éprouvent, lorsqu’ils s’injectent.

Pour certains, c’est un réel bonheur que de sentir la piqûre. Ce sont des picomanes ou mieux des êtres qui ont le sadisme de la piqûre.

Nous citerons un morphinomane qui se trouvait dans ce cas : Il aimait à ce point à se piquer, qu’il s’enfoncait avec férocité les ai-

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guides qui presque toutes se cassaient. Il en avait des quantités de morceaux dans le corps.

Voilà, chers lecteurs, à quelles autres passions peut arriver le morphinomane et vous verrez dans les chapitres suivants les accidents qu’entraîne la coexistence d’un de ces vices à la morphinomanie.

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