‹ La morphineChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Accidents mentaux

Vu l’état du morphinomane et les ravages que cause la morphine sur le corps et dans l’organisme, il en résulte que ses facultés intellectuelles ne sont pas indemnes.

D’abord ce que l’on remarque chez lui, c’est cet état d’inertie, d’abattement.

Tout mouvement semble lui nécessiter un grand effort; s’il parle, on sent qu’il se fait en lui un travail pénible pour fixer des idées qui sont flottantes. Il existe donc un affaiblissement mental assez prononcé et nous allons voir de quelle manière ses facultés sont atteintes.

La mémoire

C’est en général la première des facultés qui s’émousse; c’est surtout au début qu’elle s’affaiblit en ce -qui concerne les faits récents ; seule, la mémoire des dates reculées subsiste.

Par exemple, un morphinomane se sou-

viendra parfaitement de ce qu’il a fait il y a quinze ans, mais très souvent il sera dans l’impossibilité de dire l’emploi de sa journée.

La Sensibilité

Celle-ci est aussi atteinte. Chez quelquesuns, elle augmente, chez les autres elle diminue. Les premiers ne peuvent pas voir de sang sans s’émouvoir et même se trouver mal; ils s’attendriront pour des niaiseries,mais ils sont surtout égoïstes. Il leur faut le bien-être. Les parents, les amis ne sont plus rien pour eux, ils recherchent la solitude, les endroits retirés et sombreë, ils ne pensent qu’à leur piqûre.

Non seulement, les facultés intellectuelles s’émoussent chez les morphinomanes, mais ils ajoutent à leur ignoble passion, une foule de défauts qui les rendent insupportables.

Ils mentent avec une facilité extraordinaire et avec un cynisme sans pareil, racontant les histoires les plus invraisemblables qu’ils finissent par croire et cela, en général, pour cacher leurs vices, les méfaits qu’ils ont commis, etc., etc.

Au mensonge, ils joignent la gourmandise pour les douceurs, les friandises qu'ils mangent gloutonnement et en grande quantité.

Quelques-uns iront même jusqu’à voler pour se procurer leur poison. En effet, on voit journellement dans les hôpitaux des morphinomanes profiter du manque de surveillance pour dérober de la morphine.

Enfin nous pourrions résumer tout ceci en disant qu’un morphinomane devient avec le temps un être amoral , capable de tout, , même d’impulsions le poussant au meurtre et quelquefois à des actes de bravoure.

Mais ce qui montre que le morphinomane n’est pas en complète possession de ses facultés, ce sont les hallucinations ou plutôt les visions qu’il a à l’état de veille lorsqu’il fixe un point; les objets qui lui passent devant les yeux et qui se reproduisent partout, les langues de feu qu’il aperçoit, les cauchemars nocturnes qui le hantent. Ces accidents sont encore plus accentués lorsque le morphinomane devient cocaïnomane. Les hallucinations deviennent terribles, elles ne sont plus seulement visuelles, mais aussi auditives, toutes ont de la ressemblance avec celles produites par l’alcool; ellesjettent le morphino-cocaïnomane dans un réel délire de persécution. Nous pourrions vous citer le cas d’un malade qui, intoxiqué par ces alcaloïdes, voyait un homme qui le suivait pas à pas, armé d’un fusil. Il se voyait mettre

en joue; il entendait la détonation et le sifflement de la balle.

D’autres se croient persécutés par les personnes qu’ils fréquentent, par leurs parents ou leurs amis, et ce délire est tellement intense qu’il impressionne le malade à un tel point que parfois même, après la suppression de la morphine et de la cocaïne, il perd la raison et reste persécuté. Voilà donc un des funestes résultats de cette passion : la Folie.

Nous avons vu dans le chapitre précédent et dans celui-ci les accidents physiques et mentaux produits par les toxiques, mais nous n’avons pas cru devoir nous étendre sur chacun d’eux et signaler les souffrances horribles qu’ils produisent, car nous nous réservons de le faire dans les chapitres suivants.

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