‹ La morphologie de la cellule nerveuseChapitre 12 sur 27 · M. D'ENJOY. — UNE INCURSION CHEZ LES MOL · texte numérisé non relu

M. D'ENJOY. — UNE INCURSION CHEZ LES MOL

Ces barbares sont installés en Indo-Chine depuis les temps les plus reculés; ce sont peut-être les singes luttant contre les dieux, dont parlent les livres sacrés de l'Inde et que représentent les b;is-reliefs des pagodes cambodgiennes.

Divisés en tribus aulonoims, réunis comme des troupeaux errants autour des chefs élus, les Moi se qualifient dans leur langue de Puissants, de Nobles, d'Agiles, d'Invincibles et même d'Esprits civilisés.

Les tribus les plus connues sont celles des Stièn^j; et des Cham qui habitent les forêts voisines de nos arrondissements cochinchinois, au nord de Tày-Ninh, à l'est de Thu-Dàu-Môt.

La province de Bièn-Hoa renferme un certain nombre de cantons moï soumis à l'autorité française.

Cependant ce serait une erreur de croire que les populations qui habitent ces pays soient exclusivement composées de sauvages.

A la vérité, les gens de ces cantons — ofliciellement dénommés cantons mo'i — sont fort arriérés, leur intelligence obtuse, leurs mœurs primitives. Ils ont la peau brune, le teint foncé, le nez aquilin des Moi; mais leurs yeux sont taillés en amande et leurs pommettes saillantes; le sang annamite coule dans leurs veines.

Ce sont des métis, si tant est qu'on puisse employer cette expression à leur égard.

Ces Moi ont conservé de leur origine la voix rude, le prolll allongé, la timidité et la lourdeur d'esprit.

Ils ont pris à la race jaune ses paupiûres bridées, son amour delà culture et sa soumission à la hiérarchie littéraire.

Les Moi de l$ii'n-Iloa sont à demi civilisés.

Leurs têtes sont couvertes de turbans; des cai-ao (tuniques) enveloppent leurs bustes, et leurs jambes sont recouvertes d'amples cai-qudn (pantalons) chinois.

Les Moi de la province de Bièn-lloa sont des Moi civilisés; ils paycntdi's impôts, cultiventdes rizières, portent des vêtements, vendi'iilau marché et achètent dans des boutiques.

Leur crédulité enfantine est naturellement exploitée par les commerçants asiatiques ; mais leur finesse est cependant assez grande pour déjouer les ruses des escrocs quand ceux-ci les traitent un peu Uay légèrement en sauvages imbéciles.

Les Moi indépcndanl» subissent au contraire les conditions de la vie animale: la loi du plus fort est la seule (|ui frappe leur es]irit.

A la saison sèche, (juand le eiul toujours bien reste toujours sans nuage, les Annamites partenten barque sur b' Dong-.N.ii (traduction : région du citI) et remontent ce fleuve qui prend sa source au milieu des territoires mm.

Des jiarapluies en cotonnade rouge, des colliers rn verroterie, des couverlurea de laine et surtout des bauleilles, dcH pots cassés et do vieilles cruches ébréchécs constituent les pacotilles do eus aventuriers.

Prêts à tout événement, capables d'accomplir tous les méfaits, les colporteurs annamites tirent toujours un profit considérable de leurs marchandises avariées.

Les Moï s'acquittent par des échanges et payent généreusement en résine, en bois, en gomme, en ivoire ou en poudre d'or.

Quand les échanges se font honnêtement, rien n'est à craindre; mais si le colporteur est un bandit, s'il viole les lois de l'hospitalité, les représailles sont sanglantes.

Je fus chargé un jour d'instruire une affaire de meurtre. Dans une bagarre causée par les rapines des mercantiles, quatre de nos sujets annamites avaient été massacrés.

Deux Moi furent arrêtés. C'étaient de solides gaillards, musclés comme des hercules. Ils étaient nus; en guise de ceinture, une étroite ficelle rouge ; en guise de bracelets, deux cercles de rotin.

Leurs barbes étaient incultes. Leurs cheveux tombaient en désordre sur leurs épaules: leurs ongles semblaient être des grifTes et leurs chevilles des ergots de cO(|.

J'eus beaucoup de peine à découvrir un indigène qui comprît leur dialecte, mais je ne regrettai point mes efTorls, quand je pus apprécier l'originalité de leur caractère.

Invités par l'interprète à saluer, suivant le mode oriental, le mandarin qui les interrogeait, les Moi réj)ondirent en grognant « qu'un homme ne devait jamais se prosterner devant un autre homme «.

.l'ordonnai de passer outre, affectant de mépriser cette insolente réponse.

«Ce sont des chiens», me dit l'interprète, et je procédai, avec son assistance, à l'interrogatoire des incul-

Les Moï avouèrent sans restriction le crime qui li'ur était reproché. Leur candeur éclatait dans leurs réponses. Ces gens-là semblaient ne pas comiirendre qu'on osât leur reprocher un meurtre.

o Celui qui tue peut tuer, puisqu'il lue », répétaient-ils sans cesse, et aucun raisonnement ne put modifier leur morille étrange.

Quand je leur lis expliquer que la détention dont ils subissaient les rigueurs était le commencement de leur cliAtiiTh'Ut, ils me répondirent joyeusement en battant des mains :

n Jamais nous n'avons l'té aussi heureux. Il n'y a pas de chef qui puisse rêver un palais plus somptueux que la prison. Pour y deiiu'urer toute notre vie, bien vêtus et bien nourris, nous sommes prêts à tucrcelui <jucvou> luuis désignerez ! "

Tels sont h-- sauvages sur Ir. territoire desquels je ui'aventuiai en (|uitlant Tri-,\n.

Xou> remont.ïines le cours du Doufi-.Nai, en passant par les rives rocheuses du lleuve, guidés sous les bois tonlTus parle bruit des cataractes.

Au conlluenl du Song-llé, nous vimes dos Chinois qui

Page 1