H. H. DUFOUR. - RECOLORATION DES ALPES APRÈS LE COUCHER DU SOLEIL
sur les côtes et, armés du tonnerre, avaient chussé les Moi devant eux.
Battus, traqués, exterminés, les régnicoles s'étaient réfugiés dans les forêts de l'est, préférant la misère à l'esclavage.
C'est tout ce que put me traduire l'interprète inexpérimenté.
Invité ù boire, après son récit, notre prisonnier refusa :
« L'euu distille la fièvre, » dit-il.
Nous eûmes beau lui aflirnier que notre eau était excellente, que nous l'avions apportée tout exprès de notre pays, pour éviter de boire celle qui coule dans les forêts, le Moï s'entêta et suça le suc d'une liane.
Ni vin, ni liqueurs, ni alcool de riz ne le tentèrent.
— Comment connaissez-vous la fièvre? inlerrogeui-je.
— C'est le mal dont meurent les maudits qui affrontent nos forêts, répondit-il.
— Vous-mêmes, n'en souffrez-vous jamais?
— Quelquefois, mais nous avons un remède qui la coupe instantanément.
— Kt quel l'St ce remède?
— Une liane, comme celle que je liens; mais d'une espèce différente.
— Pouvcz-vous mêla di'signer?
— Demain, dit le Moi en riant.
Je remarquai ce rire que je i)ris pour une satisfaction d'orgueil.
Je me trompais; le lendemain, le Moi avait disparu; son gardien avait le délire et la fièvre; il vomissait abonJ dammcnt.
Dans un ;monienl d'accalmie, il nous raconta que le prisonnier lui avait offert de goîkter au suc d'une liane qui tombait d'un arbre voisin. « Cela rend fort », avait (lit le sauvage. Kl le niais avait cru son prisonnier sur parole.
« Les Moi sont trop bêles pour savoir mentir, " disent les Annamites.
Pris par le soiiimcil, aussitùt après avoir sucé la liane, le gardien s'était assoupi et ne s'était éveillé que pour retomber dans un état de prostration complète. J'essayai de lui administrer une dose de quinine; mais le malade ne |)ut la garder.
Effiayé de son état, ji^ donnai inimédialemenl l'ordre de rallier Biên-Iloaoù nous arrivâmes quatre jours après, à marches forcées, ayant repris exactement le chemin que nous nous étions frayés et que seuls quelques pachydermes, dont nous retrouvions les traces dans la vase, avaient foulé depuis nous.
Le malade guérit, mais resta longtemps comme hébété.
I'ali. ii'Knjov C).
(I; Kxtraildu Butlelin delà Sociéli' de (léogra)ihie.