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H. H. DUFOUR. — KECOLORATION DES ALPES APRES LE COUCHER DU SOLEIL

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de l'échairago direct, la montagne paraît pAlc, les tons des rochers sont d'un firis verdàlrc, la neige est d'un blanc' mat, il semble qu'aucune coloration ne soit encore possibli'. Cependant il arrive quelquefois — le phénomène n'est nullement constant — que la montagne s'éclaire do nouveau, au bout d'un nombre de minutes variable avec l'altitude ; elle reprend une teinte rose plus foncée que celle due au coucher du soleil, mais assez lirillanle. Ci'ltc teinte disparaît, comme la première, en <|uittant en deniicr lieu les sommets. C'est à ce nouvel éclairage, séparé par une période d'oljscurité de l'illumination due aux derniers rayons directs du soleil, qu'on donne dans les Alpes le nom de seconde coloration ou souvent simplement coloration; c'est ce phénomène que Necker de Saussure aiipelle la rccoloration . Le nom allemand lïAlpcngltïhcn no s'ajiplique pas nécessairement à la ifcoloration pour laquelle le ternie de Nachijlaln'ii indiqué par von liezold devrait éiro réservé.

Dans quelques cas très rares, après un affaiblissement de la recoloratiou, il y a un nouvel accroissement de lumière plus pourpre encore que le précédent, moins intense, et plus diffus.

Pendant ([ue ce phénomène se passe sur la face de la montagne regardant le couchant, les teintes caractéristiques du coucher du soleil se produisent à l'oecident, leur succession a été très exactement décrite par Neekor de Saussure et par von lîezold; nous ne reproduirons pas leurs descriptions; rappelons seulement que lors([ue lo soleil est à 4 ou i" au-dessous de l'horizon une coloration pourpre vient se souder à la coloration jaune de la région du ciel où le soleil a disparu, cette coloration pourpre {das er^te Purpurlicht, de von Rezold) est très éclairante, « elle colore en rouge les objets placés devant l'observateur qui tourne le dos au soleil », dit cet auteur.

Ajoutons que cette coloration du couchant coïncide en général avec la recoloration de la montagne.

C'est cette coloration rose du couchant qui, d'après la plupart dos auteurs, est la vraie cause de la coloration de la montagne, qui s'illumine sous l'influence de l'éi-lairement de la région du ciel placée vis-à-vis d'elle ; cette opinion est celle de M. H. Wolf et de von Bezold qui la précise en disant : « Dièses Phuuomen, das sogenannte Nacliylfihcn tritt imracr gleichzeitig mit deni orsten Purpurlicht auf, iind isl nur durck daaselLe herrnnjcbracht. »

Cotte phrase résume le point fondamental de la théorie ordinairement admise à laquelle se rattache M. Maurer.

M. Amslor explique le phénomène de seconde coloration par une action directe des rayons solaires; il admet que. dans certaines conditions favorables, lorsque l'air a été fortement échauffé, il peut exister un abaissement de température très rapide à mesure qu'on s'élève, quo par conséquent l'indice de réfraction de l'air augmente à me-

sure qu'on monte, malgré la diminution de pression et qu'au moment du coucher du soleil les rayons réfractés s'élèvent, formant une ligne convexe du côté du sol; il en résulte pour les régions basses un coucher du soleil anticipé et l'obscurité qui l'accompagne s'élève graduellement. Après cette période du phénomène, le refroidisseniont de la masse d'air inli^rvenant, les rayons solaires no subissent plus la même inflexion et rentrant dans la partie dovenue sombre, ils produisent une seconde coloration qui est la recoloratiou.

Ootic nouvelle illumination commence par h; 6«s et s'élève, graduellement. X l'appui de son explication M. Amslor cite le fait d'une observation de ré:i|iparilion du soleil après un coucher apparent.

.M. Maurer soulève de nombreuses objections contre la théorie de M. Anlslor, entre autres: i" l'improbabilité d'un aliaissoment do température aussi grand que celui exigé par cette théorie pour expliquer la recoloration ; 2" le fait de la simultanéité des colorations intenses du couchant et de la seconde coloration, et le fait que lorsque les phénomènes lumineux du couchant ont été très intenses (hiver 1883-8i), les colorations des Alpes étaient aussi très accentuées ; 3° le fait que les conditions météorologiques générales de février 1894 où de belles colorations ont été observées ne sont nullement favorables au rapide abaissement de la température qu'exige la théorie de M. Amslor.

C'est aux critiques de M. Maurer que M. Amsli;r-LatTon a voulu répondre en envoyant à Zermatt son second mémoire intitulé : « Zu der Abhandlung dos llerrn Maurer iiber das Alpengliiben. »

M. .Vmsler accorde qu'il est probable que souvent les phénomènes d'éclairement dos Alpes puissent s'expliquer par la coloration pourpre du couchant ou par la présence de bandes do nuages; mais que cette explication ne suffit pas pour rendre compte do l'intensité et de la couleur d'un certain nombre des phénomènes qu'il a observés. Il fait reuiarciuor en outre que les variations de la température nécessaires pour produire les phénomènes de réfraction sur lesquels s'appuie sa théorie, sont beaucoup plus faibles qu'on ne le suppose au premier abord : il suflil deO°,01 à 0°,03 par mètre pour obtenir un relèvement prononcé des rayons traversant la couche d'air. Les conditions de rapide variation de température dans une faible hauteur verticale doivent se réaliser souvent, et il en cite plusieurs manifestations; celles-ci ne peuvent d'ailleurs être constatées par les observations météondogiques qui ne donnent pas de renseignements sur les variations de température dans une verticale. Mais le fait le plus important est une nouvtdle observation bien constatée de deux couchers de soleil successifs par M. Ilefli Ruch depuis le Rigi Kaltbad. Cet obsen*ateur a été frappé de ce phénomène qui attirait pour la première fois son attention, quoiqu'il ait obser\'é, dit-il, de nombreux Alpengliihen.

CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE

On peut, comme le fait M. Amslcr lui-même, conclure qu'il est probable que deux phénoiuènos dill'érents peuvent produire un second édairement après le coucher du soleil, l'un serait l'éclairement général dû à la coloration du couchant et pour lequel les explications anciennes seraient suffisantes, l'autre probablement plus rare serait le phénomène de réfraction étudié par M. Amsler. Le premier serait un phénomène général, le second, plus localisé, serait observable dans un nombre de cas plus limité.

Divers signes permettront de reconnaître ce qui appartient à l'un ou à l'autre, M. Amslcr lui-même on indique quelques-uns. Le phénomène de second édairement des Alpes après le coucher du soleil sera un phùnomène général, se produisant également sur tous les sommets visibles s'il est produit par la coloration du couchant, car ce ])hénomènc optique des hautes régions de l'atmosphère éclairera toutes les Alpes et sera indépendant des conditions atmosphériques locales des couches inférieures.

La seconde coloration étudiée par .M . Amsler sera au contraire un phénomène plutôt local dépendant des conditions spéciales des couches d'air des régions inférieures ; il pourra être, le même soir, intense dans une région et faible dans une autre.

Des observations attentives de couchers de soleil depuis des sommets élevés tels que le Siintis et les Rochers de Naye pourront fixer la fréquence des conditions de la répartition atmosphérique anormale signalée par M. Amshr.

.Notre rôle étant, comme nous l'avons dit à la session de Zi'rmatt, de résumer les opinions en présence, nous nous abstenons de donner ici le résultat des nombreuses obsoi-vations que nous avons faites sur r.Mpengliihen. La question étant maintenant introduite, nous nous i)romedons plus tard de résumer dans un mémoire spécial les résultats de nos observations et de nos mesures. Pour le moment nous croyons qu'il serait peu scientifique, en présenc»' di; faits d'observation, de rejeter sans étude plus com)>lètc l'explication que M. Amsler propose d'un certain nombre de cas de seconde coloration; l'ingénieuse liyiiollièsc du savant de SchafThouse invile au contraire à de nouvelles obsi'rvations aussi précises que possible. Si ce résultat e>t atteint, les discussions qu'ont soulevées 1>'S théories nouvell(!s de l'Alpengliihcn nous apprendront à mii.'ux connaître un des jilus beaux phénomènes optiques de l'atiiiosplière.

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