‹ La mort aux berceauxChapitre 3 sur 5 · SCENE II WALBURGE GODELIEVE · texte numérisé non relu

SCENE II WALBURGE GODELIEVE

GODEL1EVE

C'est pour ton enfant, Walburge, que ce rêve t'épouvante ?

Elle la prend par la taille.

Ne crains rien ! Vois comme les flammes sont claires et léchantes autour des bûches : on dirait des chiens familiers : vois les belles étincelles de notre foyer heureux; écoute le crépitement des bois auxquels le feu arrache leurs flamboyants trésors. Tout cela ne te parle-t-il pas de bonheur? Vois la journée rassurante, la lumière candide ! Comme elle inonde ta chambre et vient caresser

ton enfant! Est-ce présage de malheur ! Fit ce ciel ! Regarde !

Bile se dirige vers la fenêtre et Gooelieve montre le ciel.

C'est un chœur Je topazes ! (L'est une âme d'archange épanchée au firmament ! Que ce ciel est

sans présage î Jusqu'à l'horizon vierge, il n'est que feu etbanderolles d'azur ! Contemple la plaine — et la neige, comme un long manteau deféeîEtsur l'Escaut, là-bas, les navires qui passent! Le soleil leur fait traîner un songe d'or entre les rives... Ainsi, depuis que ton enfant est ne tout n'a-t-il pas été souriant? Et n'est-ce pas l'image de ton bonheur même que tu vois aujourd'hui dans ce pays aime, voué, en ces temps, à Dieu sait quel événement grandiose, et dont nous avons vu si souvent verdir les arbres, fleurir les aubépines, mûrir les fruits?

WALBURGE

Les choses restent indifférentes aux événements qui arrivent aux hommes.

GODEI II VE Tu as tort. Walburge. Ce matin de dimanche

ne porte en lui que joie et bon augure. Les comtes deZélande, de l'autre côté de l'Escaut, ont arboré des bannières aux tours de leurs châteaux. Les vieilles guerres sont finies.

WALBURGE

Quels sont cesgens qui traversent la campagne, là-bas, là-bas, près des moulins ?

GODELIEVE

C'est une femme assise sur un Ane. Un homme suit.

WALBURGE La femme serre un enfant dans ses bras !

GODELIEVE Oui.

WALBURGE EEê a un grand manteau bleu.

GODELIEVE

Que.

WALBURGE

L'homme porte une scie sur l'épaule. Il semble bien las !

GODEL1EVE

Oui.

WALBURGE

Où vont-ils par ce froid? Et pourquoi l'enfant n'a-t-il pas l'air d'être ne sur la terrer 11 brille î

GODEL1EVE Je ne sais.

WALBURGE

C'est eux ! Ceux de la crèche !

GODELIEVI Oui, c'est eux !

WALBURGE Mais ils fuient !

GODELIE\ Le dimanche les appelle aux villages voisins !

WALBURGE

Leur allure est si rapide! Les voilà le long ces saules, les voilà le long des remparts... Ils escaladent la digue... L es voilà près du phare... Les voilà au bord de l'Escaut...

GODELIE\

Une barque les attendait.

WALBURGE Ciel! un ange !

Une pause. GODELIEVE Un ange tout blanc qui les fait entrer dans la barque !... Ils s'éloignent de la rive ! WALBURGE

J'étouffe ! Ce miracle me fait trembler.

Une pause.

GODELIEVE

Ma sœur, est-ce présage de malheur que de voir, là-bas, ces grandes ailes d'anges reflétées par l'eau de notre Escaut?

Une pause.

Walburge retourne s'asseoir près du berceau.

WALBURGE

Cette fuite me terrifie ! Pourquoi ont-ils quitté l'étable? Pourquoi Marie cache-t-elle aujourd'hui l'enfant qu'elle offrait à l'adoration des mendiants et des bergers? Pourquoi l'ange les arrache-t-il à ce pays ?

GODELIEVE

Ils vont en Zélande montrer au peuple l'enfant dont on parle mystérieusement.

'. >;< r AUX BERCl

WALBURGE

Ah ! Non ! Non ! Non ! Cette fuite verse son ombre dans ma poitrine. Il me semble qu'avec eux

tout mon bonheur passe le fleuve !

Regardant Tentant .

Pauvre innocent !

GODELIEVE

Tu as tort de te chagriner ainsi, ma soeur ! O le mignon ! On lit sur sa douce ligure le bonheur qui l'attend. 11 sourit, dans son sommeil, comme

s'il entrevoyait le paradis.

WALBURGE

Peut-être.

GODELIEVE

11 grandira. Tu le verras, un jour, poursuivre les sangliers dan s la [Maine. Tu verras sa barbe blonde dorer son menton et ses lèvres. Tu l'entendras

chanter aux cours d'amour avec les trouvères. 1 I

peut-être le duc de Bourgogne le voudra parmi Ses pages.

WALBURCE

Oui, Godclieve, ce que tu dis là : des rêves autour d'un berceau!

La porte s'ouvre avec fracas et entre Ursule effarée.

SŒNF III WALBUR'il G< ŒLIEVE, URSULE

WALBURCI . se levant effrayée.

Ursule ! Ursule! qu'ya-t-il !... Non. ne me le dis pas! Je n'ose l'entendre!... Si, dis-le-moi. vite, qu'y a-t-il !

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