‹ La mort de Louis XIIIChapitre 3 sur 10 · LA DERNIÈRE MALADIE DU ROI. - SA MORT · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE MALADIE DU ROI. - SA MORT

(1) « Do Saint- Germain-en-Laye, le 20 février 1643.

Le Roy ayant demeuré à Versailles depuis le 8 jusqu’à l’unzième de ce mois, et y estant retourné de cette ville le 14, en revint icy le 18 en bonne santé, grâces à Dieu : y ayant donné à souper à sa table dimanche dernier, quinzième du courant, à Monsieur son frère : où estaient aussi l’Evesque de Metz, lemareschal de Schoinberg et six autres seigneurs. Le mardi précédent, Sa Majesté avait aussi honoré de sa table le cardinal Mazarin, ledit Evêque de Metz, le mareschal de Guiche, le sieur de Chavigni, secrétaire d’Estat, et quatre autres seigneurs. »

21 février . — (2) « Le samedy, vin gt-uniesme février 1643, le Roy est tombé malade d’une longue et mortelle maladie qui paraissait comme flus épatique, les autres la nomment fiebvre etique, laquelle ensuitte causa des abceds dans le corps, laquelle maladie néantmoins donnait toujours quelque espérance de guérison. »

(3) « De Saint-Germain-en-Laye, le 27 février 1643.

27 février. — Sa Majesté est à Saint-Germain qui se porte bien d’une légère indisposition qu’elle a eue ces jours passés. »

(1) Renaudot, Gazette , 1643, p. 151.

(2) Dubois, Manuscrit deChantilly, n° 1842, f° 1.

(3) Renaudot, loc. cit., p. 172.

En effet le roi va mieux, il se lève tous les jours et circule.

(I) « De Saint-Germain-en-Laye, ie 20 mars 1643.

Cette semaineffe R.-P. Dinet, jésuite d’une insigne piété et doctrine a este choisi par le Roy pour son confesseur-, le R. P. Sirmond ayant obtenu permission de Sa Majesté de se retirer pour son grand âge.

Le roy est ici en bonne santé, grâces à Dieu. »

(3) « De Saint-Germain-en-Laye, le 27 mars 1643.

25 inars. Le 25 de ce mois, le Roy ayant entendu dans sa chapelle la messe qui fut célébrée par l’Evesque de Meaux (3) son premier aumônier, il communia par ses mains avec sa piété et la ferveur de son zèle ordinaire. Puis Sa Majesté disna ici en public, et selon sa bonté naturelle, donna audiance à tous ceux qui eurent affaire à Sadite Majesté. »

3 avril. 11 se lève et fait un tour dans la galerie (4).

« Ce fut la dernière promenade que fit Sa Majesté. Après il se leva de fois et d’autres, mais il ne s’habilla plus et alla toujours souffrant et affaiblissant jusqu’au 19 avril qu’il dit avoir très mal passé la nuit. »

19 avril. — Il dit qu’il se sent perdu et s’adressant à M. Bouvard « (5) son premier médecin, il lui dit : Vous savez qu’il y a longtemps que j’ai mauvaise opinion de cette maladie icy, et que je vous ai prié et meme pressé

(1) ld. ibid., p. 232.

(2) Id., ibid., p. 260.

(3) Dominique Seguierde Ligny, évêque de Meaux.

(4) Dubois, loco citalo.

(5) Dubois, loc. cit. Dorénavant les citations sans nom d’auteur seront extraites du journal de Dubois.

de m’en dire votre sentiment, ce queM. Bouvard avoua et lui dit, il est vray sire. Leroy reprit la parole et dit : Je vois bien qu’il faut mourir, je ne m’en suis pas apperçu de ce matin puisque j’ai demandé à M. de Meaux et à mon confesseur les sacrements, qui m’ont différé jusques à présent ; et continua son discours par les plus beaux termes du monde qui faisaient voir qu’il était fort préparé à bien mourir. »

« (1) Son mal s'augmenta le 19e de ce mois, de telle sorte que sa piété le convia de penser à la fragilité de la vie humaine ; pour laquelle ayant fait plusieurs excellentes méditations sur le sujet de la mort, il fit ouvrir les fenêtres de sa chambre du Chasteau-Neuf de Saint-Germain-en-Laye ou il est à présent ; et voyant par là l’Eglise de Saint-Denys : Voilà, dit-il, en la montrant, ma dernière maison, où je me prépare pour aller gaycment. Le soir du même jour, au lieu de la vie des saints qu’il se faisait lire les jours précédents par l’un des secrétaires de son cabinet, il lui commanda de lire le 17° chapitre de l’Evangile selon Saint Jean où est ce passage : « Ego te clarificavi in terra, nunc igitur clarifica me Pater. » Puis il lui fit prendre l’introduction à la vie dévote et lire le chapitre Du mépris de ce monde ; et ensuite lui commanda de prendre le livre de Kempis : lequel ce secrétaire voulant lire par ordre des chapitres, Sa Majesté lui mit la main sur celui de la méditation de la mort. »

Il songeait bien aussi un peu au temporel, tout en voyant venir la mort avec un beau calme chrétien, il faisait tout pour lutter contre la maladie. C’est lui qui, ce jour là, manifesta le désir d’avoir en consultation

G) Renaudot, loc cit., p. 342.

avec ses médecins ordinaires deux médecins de la Faculté de Paris. C’est par son ordre que le lendemain turent mandés auprès de lui le doyen Michel de la Vigne, et René Moreau -, ils le disent nettement à la lin du procès-verbal inscrit aux commentaires de la Faculté : « Ejus imperio vocati in consiliuin et Lutetia evocati die lunœ, 20 april. » Vautier (1), médecin de la l'eue reine-mère, fut mandé avec eux.

Dubois ni Renaudot ne parlent de cette consultation, ni de ce qui y fut décidé au point de vue du traitement. Rien en tous cas ne fut administré comme remède par ticulier ; les apothicaires ne furent pas mandés car le roi avait des diarrhées profuses ; et les barbiers ne pratiquèrent pas de saignée, car le fidèle valet de chambre l’aurait sûrement consigné dans ses notes.

Il ne fut, nous le verrons plus loin, tiré que deux fois du sang* au roi pendant toute sa dernière maladie ; il n’est pas probable qu’il ait pris de lavements. Que fai sait donc la Faculté réunie avec les médecins premiers et ordinaires du roi ?

20 avril . — Le 20 avril, il déclarala reine régente après sa mort. Après avoir songé à son âme et à son corps, il pense à régler les affaires de l’État. Ce jour-là, son visage « vermeil, content et sans inquiétude marquait bien qu’il n’avait nulle appréhension de la mort, et tout le monde voyait le plus grand Roy de la terre, chargé de conquêtes et de victoires, quitter son sceptre et sa couronne avec aussi peu de regrets que s’il n’eût laissé qu’une botte de foin pourrie. »

Renaudot consacre une gazette extraordinaire à cette

(1) Sur Vautier, voir plus loin le chapitre des médecins qui approchèrent le roi. ,sj

déclaration de régence (1). Après des louanges dithyrambiques du roi « qui aime tant ses peuples qu’il ne se contente pas d’avoir prodigué sa santé pour leur défense et pour la dignité de sa couronne -, imitant la providence divine il porte ses soins jusque dans l’avenir pour lui établir un repos assuré, et une fermeté qui ne puisse jamais être ébranlée » ; après des éloges pompeux à la reine « qui n’a signé cette disposition que de larmes de sang et n’a répondu que de sanglots aux instantes prières que le roi lui fit de l’accepter » ; au prince de Condé, à Monsieur et au cardinal Mazarin « dont le zèle et l’intelligence aux affaires d’Etat sont au-delà de toute créance » ; après de lyriques considérations sur le bonheur que cette régence prépare au peuple et au pays... — Et l’on sait comment furent suivies les dernières volontés du roi, son testament cassé par le Parlement, etc... — Renaudot «retourne au récit de ce qui s’est passé, en cette action, la plus mémorable de notre fige.

Le vingtième de ce mois d’avril 1643, sur les deux heures après midi, le roy étant dans son Chasteau- Neuf de Saint- Germain-en-Laye fit assembler dans sa chambre en présence delà Reine, des enfants de France, de Monsieur son frère, du prince de Condé, tous les ducs et pairs, mareschaux de France et autres officiers de la couronne et principaux seigneurs qui se trouvèrent lors à la cour, en fort grand nombre : entre lesquels

(1) Renaudot, loc. cil., p. 313. — L’assemblée faite à Saint- Germain de la Reine, des princes du sang, des ministres de Sa Majesté, du Parlement et des autres principaux officiers de ce royaume, le 20 d’avril 1643 : pour entendre la déclaration de Sa Majesté sur le gouvernement de ses Etats.

étaient le cardinal Mazarin, le chancelier de France, le surintendant des Finances et le sieur de Chavie-ni, se-

crétaire d’Etat ; devant tous lesquels le sieur de la Vrillière, aussi secrétaire d’État, fit lecture par commandement de Sa Majesté de sa déclaration par laquelle le roi déclare qu’à l’exemple des bons rois ses prédécesseurs qui avaient aimé l’État, et étant travaillé depuis longtemps de plusieurs incommoditez et présentement d’une fâcheuse maladie, désirant pourvoir à la sûreté, bien et repos de son Etat, il entend que lorsqu’il aura pieu à Dieu disposer de lui, la Reine soit régente de ses Royaumes, pendant la minorité de Monseigneur le Daufin ; que sous son autorité Monsieur, frère unique de Sa Majesté soit lieutenant général du roy mineur en toutes les provinces de sesdits Royaumes, et chef du Conseil ; et le prince de Condé, le cardinal Mazarin, le chancelier de France, le surintendant des Finances et ledit

sieur de Chavigni, ministres d’Etat, pour tenir avec la Reine et Monsieur ledit Conseil (1); duquel en l’absence de Monsieur seront chefs lesdits prince de Condé et cardinal Mazarin. Ce sont là les points principaux de cette déclaration...

Le Roi la fit signer ensuite à la Reine et à Monsieur, et les fit jurer d’entretenir et observer le contenu en icelle.

Puis le Parlement qui avait été mandé le jour précé-

(1) « Hier fut vérifiée en Parlement la déclaration du Roy

par laquelle Jesieur de Longueville a été ajouté au nombre de

ceux que Sa Majesté avait nommés dans sa déclaration du

mois d’avril dernier, pour être du Conseil, cas avenant que la

Régence ait lieu. Le Roy l’avait nommé à même temps pour chef de la députation pour la paix générale. »

Renaudot, Gazette ordinaire du 9 mai 1643, p. 380.

dent et était représenté par le premier président, les présidents au mortier et deux conseillers de chacune chambre avec les gens du Roi, entra dans ladite chambre de Sa Majesté, qui lui ht entendre qu’elle avait fait cette déclaration, et donna charge à Monsieur, au Prince de Condé et audit Chancelier d’entrer le lendemain 21 dans son Parlement et la faire enregistrer, comme elle le fut hier.

Ce qui fut prononcé par le Roy d’un ton le plus intelligible, le plus grave et le plus majestueux qu’on ait jamais remarqué en sa plus parfaite santé. Il n’y eut aucune de ces vénérables testes blanchies dessus les Heurs de lys, qui ne versât des larmes de compassion, lesquelles cet, auguste corps convertit en larmes de joie voyant que la fin de cette action avait de beaucoup acreu les forces du Roy.

De fait : soit que Sa Majesté, reconnaissant aux visages et aux gestes de tant de seigneurs et officiers le ressentiment qu’ils avaient de son indisposition, se confirmât en la créance de leurs sincères affections -, soit quelle se trouvât l’esprit plus libre, après avoir découvert ses pensées, qu’elle tenait auparavant secrètes, et exécuté ce qu’elle avait résolu-, ou que Dieu bénissant cette action y donnât visiblement ses suffrages ; la santé du Roy parut ensuite grandement augmentée, et Sa Majesté, grâces à Dieu, se porte beaucoup mieux à présent. De sorte que la joye et la liesse parut incontinent peinte sur le visage de toute la cour, dont une grande partie en vint faire part à cette ville, couvrant le chemin de plus de carosses, de litières et de chevaux qu’il ne s’en est vu depuis longtemps.

A Paiis, du bureau d’Adresse, le 22 avril 1643 avec Priv. «

Il nous a semblé curieux de donner ces détails qui montrent bien quelle tranquillité d’esprit possédait le roi. Puis (mais ceci va devenir de l’histoire) ne pourraiton en conclure que Louis XIII fut un peu méconnu. Richelieu était mort alors et cependant le roi savait prendre des décisions par lui-même, en vrai grand homme d’état, prévoyant et sage. Ce monarque toujours en tutelle, ne démontre-t-il pas, au moins par ces actes, que seul il aurait peut -être été capable de grandes choses? Il est vrai que la réponse est facile : Richelieu n’était plus là, mais Mazarin tenait sa place.

21 avril. — « Le mardi 21, il dit qu’il avait bien mal passé la nuit et se trouvait faible des grandes évacuations qu’il avait faites et faisait encore. » Considérant son corps, il dit : « Mon Dieu, que je suis maigre ; comme, en effet, il ne se pouvait pas davantage, il n’avait plus que les os et la peau et lui voyait -on les cuisses et les jambes si menues de haut en bas qu’il n'y avait que les genouïls qui faisaient remarquer en cet endroit seulement un peu de gros, le reste semblait une squelette. »

La journée de la veille n’était pas faite pour reposer le malade ; il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il ait eu à la suite une mauvaise nuit. Mais avant de mourir, il lui reste encore quelque chose d’important à régler : le dauphin son fils n’est pas encore baptisé-, Louis XIII décide que cette cérémonie, le premier sacre d’un roi, aura lieu le même jour.

(1) « Pour cet effet, le vingt unième de ce mois d’avril 1643 \ sur les quatre à cinq heures après midi, la Reine

(1) Renaudot, loc. cit., p. 324.

accompagnée de la princesse de Coudé, de la comtesse deSoissons, de la duchesse de Longueville, et d’autres princesses et daines de la cour passe par la porte qui répond de son appartement dans l’Eglise du vieil Cliasteau de Saint-Gei main, dont le chœur et la nef, le jubé et tribunes ou galeries étaient déjà remplis de plusieurs seigneurs et dames et autres personnes accourues en grand nombre pour assister à cette cérémonie.

Monseigneur le Dauphin marchait devant Sa Majesté, et la dame de Lansac, sa gouvernante, derrière lui. 11 était vêtu par dessus son habit ordinaire d’une robe de taffetas d’argent.

A leur arrivée, la musique du Roy, qui était au Jubé, son lieu ordinaire, chanta un Motet, fort harmonieusement... Puis le cardinal Mazarin, qui avait aussi accompagné la Reine, passa à la main droite de Monseigneur le Daufin, et la Princesse de Condé de l’autre costé, selon l’ordre observé en l'Eglise entre les pareins et mareines , de laquelle dignité il a plu au Roy les honorer; Sa Majesté leur ayant témoigné de sa propre bouche que c’était pour obliger encore plus étroitement le Prince de Condé et Son Eminence à son service et à celui de Monseigneur le Daufin son fils, qu'elle leur faisait cet honneur, qui est le plus 'grand qu’eux ni autres pouvaient jamais recevoir. » Baptême par l’évêque de Meaux, mais on omet l’infusion de l’eau, car le jeune prince avait été ondoyé le jour de sa naissance (5 septembre 1638) (1).

(1) Il ne faut pas s’étonner qu’on ait attendu si longtemps avant de baptiser le dauphin; de même Louis XIII n’avait reçu le baptême qu’à près de 5 ans.

Voir à la Bibliothèque nationale au manuscrit 4324 du fonds

22 avril. — Le 22, mauvaise nuit encore. « Le Roy demande dans la journée à Monsieur Bouvart si ce serait pour la nuit suivante ; sa réponse fut que ce n’était pas sa croyance s’il n’arrivait quelque accident. »

(1) « Le 22, le Roy se trouvant affaibli par la grandeur et continuation de sa maladie, à la première mention qui lui en fut faite, dit au père Dinet jésuite : Je suis ravi d’aller à Dieu : allons, mon père, confessezmoi; et récita le psaume « Lætatussum inhisquæ dicta sunt mihi ». Ce fait, il délibéra de communier pour le viatic: en laquelle action il ne montra pas moins de prudence qu’en toutes les autres de sa vie. Car Sa Majesté prévoyantles différends qui pourraient arriver entre plusieurs seigneurs présents à qui tiendrait la nappe de communion, dont les deux coins plus près du Roy ont accoutumé d’être tenus par les deux seigneurs plus qualifiés, et les deux autres par deux aumosniers de Sa Majesté , elle avait dit à l’évêque de Meaux, son prefnier aumônier, qu’il ne mît point do nappe et n’étendît qu’un voile sur le lit de Sa Majesté, qu’elle seule tiendrait. Ce qu’on allait faire, lorsque Monsieur, frère unique du Roi, et le prince de Condé arrivèrent en la chambre de Sa Majesté : laquelle, selon la présence de son esprit, dit à l’Evêque de Meaux, lorsqu’il lui alla donner de

français, fol. 28 : « L’ordre tenu au baptême de M. le Dauphin fils de Henry le Grand et de Mmes Elisabeth et Chrestienne (Christine), ses sœurs, à Fontainebleau le 13 septembre 1606 ». Le lendemain il v eut une nouvelle cérémonie à Paris à Notre-Dame. Voir ibid f° 334 l’ordre des baptêmes des Enfants de France de Mgr le Dauphin et de Mmes ses sœurs le 14 septembre 1606. »

(1) Renaudot, 1. c., p. 343.

l’eau bénite à son ordinaire avant que de la communier, que ces deux princes ayant par leur arrivée terminé le différend que l’on appréhendait, il pouvait faire mettre la nappe sur son lit : ce qui fut fait, et le coin de la main droite du Roi tenu par Monsieur et l’autre par le prince de Condé. Les deux autres coins furent tenus par les sieurs de Lesseville et Hyacinte, aumosniers du Roy étant de présent en quartier. »

La Reine était là qui assista à la messe et à la communion de Sa Majesté. Ensuite de quoy le Roy demanda — 23 avril — l’extrême onction... on ne la lui donna que le jeudi suivant, 23 avril, à neuf heures et demie du matin...

Aussi la cour de s’émouvoir, et les intrigues de se donner carrière. Les mémoires du temps ont donné à cette journée le nom de « grand jeudi », et aux menées des courtisans le nom de « cabale des importants ».

(1) « Il eut meilleure nuit du 23 au 24 que l’on craignait le plus.

24 avril. — Le 24, il fut exempt de l’accès en redoublement qui lui était arrivé les jours précédents sur les dix à onze heures du matin . »

Dubois nous dit que « le vendredi 24 il ne voulut pas prendre une médecine de rhubarbe qu’il refusa aux prières de Monsieur son frère, de Monsieur le Prince (de Condé) et de celles de Messieurs les Ministres, ce qui faisait désespérer tout le monde de sa santé ; néanmoins il se porta si bien l’après-dînée qu’il chanta des pseaumes en s’accompagnant au luth. »

(2) « 11 se trouva si bien qu’il commanda au sieur de

(1) Renaudot, 1. c. p. 348.

(2) Renaudot, 1. c., p. 348.

Nielle, premier valet de sa garde-robe, d’en remercier Dieu, comme il fit, chantant sur l’air que Sa Majesté lui avait autrefois elle-même donné, cette paraphrase du sieur G-odeau qui commence : Seigneur à qui seul je veux plaire \ et lui aida, et aux sieurs Campefort, et Saint- Martin, à faire un concert en sa ruelle sur de pareils cantiques. »

Louis XIII avait toujours aimé la musique, et luimême était musicien, puisque dans le ballet qu’il dansa le mardi gras 1018, il avait composé un air de danse dont Beaucliamp, un des vingt-quatre violons du ltoi, fit la basse. Une chanson de lui quatre voix, bien écrite et d’une harmonie pure, a été publiée par le P. Kircher. On a même conservé un livre de ses compositions musicales, écrit de sa main. Il avait fait aussi des airs de chasse et mis des psaumes en musique (1). « Le feu Roi, de glorieuse mémoire, dit Etienne Godeau dans la préface de sa paraphrase des psaumes de David ( 1 048) n’avait pas dédaigné d’employer la parfaite connais sance qu’il avait de ce bel art, sur quatre de mes psaumes, qui ont été imprimés; et les plus excellents maîtres ont admiré cette composition. » 11 avait aussi composé des chansons pour Mademoiselle deHautefort.

25 avril. — Amélioration apparente pendant trois jours.

(2) « Le 25, Pamendement de la maladie du Roy continuant, Sa Majesté fit faire collation de ses confitures de Versailles à la Reine, à la princesse de Coudé, aux duchesses de Lorraine, de Longueville, de Vendosmeet autres dames... et toute la Cour commença de mieux

(1) Paul Lacroix, XVIIe siècle, lettres, sciences et arts,p. 480.

(2) Renaudot, 1. c., p. 348.

espérer, comme elle fait encore à présent (30 avril), et cette convalescence, nonobstant les appréhensions, continue de bien en mieux, Dieu exauçant visiblement les prières de quarante millions d’âmes. » Dans les nouvelles ordinaires du 25 avril , on lit en effet : « Les prières de quarante heures se continuent en toutes les églises de cette ville et fauxbourgs pour la santé du Roy, avec un zèle et ferveur si grande de tous les bons Français, que l’on espère de la bonté divine qu’elle se laissera fléchir à leurs prières. Aussi nos péchés, plutôt que ceux de ce bon prince, le tenant au lit, c’est bien la raison que chacun s’adonne à cet œuvre de piété avec la même affection qu’il a toujours employée au bien et salut de son peuple. »

(i) 26 avril. — « Le 26e ensuivant, Sa Majesté se porte encore un peu mieux, mais le 27 notre joie fut troublée par une nouvelle appréhension de fièvre accompagnée des mêmes accidents que par le passé.

Toutefois, ils furent de peu de durée, car par la grâce de Dieu qui protège ouvertement la personne de Sa Majesté, tous ces accidents se diminuèrent d’eux-mêmes le lendemain 28, et tout alla de bien en mieux, avec un tel progrès que le 29 Sa Majesté se trouva en beaucoup meilleur état qu’elle n’avait fait depuis longtemps. Cet amendement s’accrut encore le jour suivant. »

27, 28, 29 avril. — Dubois dit de même. Le 27 et le 28 il se trouve « plus mal que de coutume », les nuits sont mauvaises. Le 29 et le 30, mieux.

Jusqu’ici, le Roi a toujours donné les ordres nécessaires aux affaires de l’Etat, et il a toujours reçu les seigneurs et les dames qui le venaient visiter.

(1) Renaudot, 1. c., p. 359.

1er mai. — « Le vendredil#r jour demay il se trouve mal pour n’avoir pas bien passé la nuit. »

(1) « Les cinq jours suivants (1er au 5 mai), diminuèrent beaucoup de la joye que l’amendement des précédents nous avait fait concevoir. Car encore que le Roi eut quelques notables relasches, si est-ce que le redoublement de sa lièvre lui arrivant tous les jours, et les autres accidents de sa maladie persévérant, la rendaient grandement périlleuse...

...Et bien que ses veilles et le peu d’aliment qu’il prenait lui dûssent naturellement causer quelque rêverie, il en a été exempt comme par une grâce spéciale, la force de son esprit ne s’étant jamais relâchée, même aux moindres choses. »

Il avait une résignation exemplaire et répétait souvent les paroles de Job : « Tædet animam mearn vitæ meæ ». Le 5 mai, le duc d’Angoulême s’étant approché de son lit, le Roy lui montra son estomac amaigri par la longueur de sa maladie, lui faisant remarquer comme la qualité de Roy n’exemptait aucun des infirmités attachées à la condition humaine. Et montrant au sieur de Liencour ses bras décharnés, lui dit cette belle sentence : « Memento homo quia cinis es et in cineremreverteris. «

7 mai. — Le jeudi 7° il se trouva fort mal,ildit à M. Chicot, l’un de ses médecins : Quand me donnera-t on les bonnes nouvelles qu’il faille partir pour aller à Dieu?

8 mai. — Le vendredis6 il fut très mal et eut beaucoup de peine à prendre des aliments et pria que l’on le laissât mourir en patience.

(1) Renaudot, 1. c., p. 401.

Le même soir sur les onze heures, il vomit des eaux, où j’eus l’honneur de luy tenir la tête.

9 mai. — Le samedi 9e il fut très mal tout le jour, le soir sur les neuf heures, il lui prit un grand assoupissement. Messieurs les médecins n’en étaient pas bien satisfaits, ils firent beaucoup de bruit pourl’éveiller, ilslui tâtaient le poulx, il ne s’éveillait point, et jugèrent à propos qu’il fallait l’éveiller, et en donnèrent la commission au père Dinet. » Son confesseur le réveille, et le roi a un mouvement de mauvaise humeur. On le conçoit \ il faut avouer que le pauvre malade avait affaire à de terribles médecins. Pour toute médication, ils l’empêchaient de reposer lorsque par hasard ses souffrances lui laissaient un peu de répit.

« 11 s’adresse à son premier médecin et lui dit beaucoup de choses que je laisse au bout de ma plume. » Renaudot ne parle pas de ces reproches à ses médecins, mais les gazettes étaient publiées, elles étaient en quelque sorte un organe officiel, et tout n’était pas bon à dire alors, puis il ne faut pas oublier que, quoique mal avec la Faculté, le journaliste n’en faisait pas moins partie du corps médical et de la maison du roi. Dans la relation d’Antoine nous lisons :

« Le samedi 9° jour de mai, le Roi se trouve plus mal à son réveil. Il s’adresse au sieur Bouvard, son premier médecin, disant : « C’est, par votre ignorance l’état où je suis à présent, de m’avoir accablé de remèdes qui m’ont ruiné le corps tant en santé qu'en maladie. J’avoue que j’ai eu le malheur des grands de m’être fié à la conduite et l’ignorance des médecins, et au hasard de leurs remèdes qui m’ont réduit en Pétât où je suis, quoique je les aie accablés de mes bienfaits (1) pour me

(1) Voir appendice III.

défaire de l'importunité ordinaire aux médecins. Sa Majesté dit ces paroles avec beaucoup de chaleur, n’ayant pas la parole fort libre naturellement, et rayant

encore beaucoup affaiblie de sa maladie, en telle façon quelle avait le visage enflammé et les yeux étincelants, ayant eu peine à s’exprimer-, ce qui obligea le père Dinet son confesseur de lui dire : « Ali, Sire, il faut pardonner pour l'amour de Jésus-Christ qui a pardonné à ses ennemis. » A ces paroles, le Roi s’apaisa un peu de temps et dit : « De toute mon âme je lui pardonne, mon père, mais il fallait que je déchargeasse mon cœur, afin qu'il y prenne garde à l’avenir. 11 dit encore plusieurs choses fâcheuses contre le sieur Bouvard, que j’ai voulu taire ici pour le laisser dans l’oubli. »

Il semble que ce que rapporte Antoine était déjà suffisamment grave. Quels pouvaient donc être ces autres reproches, que n’ont osé redire ni Dubois, ni Antoine? Nous reparlerons plus tard des soupçons que ces réticences autorisent presque. Peut-être ne faut-il voir là qu’une indication de plus de la manière défectueuse dont était soigné le Roi par son entourage. A ce propos de Pontis, dans ses Mémoires , est très catégorique :« On le servait fort mal durant sa maladie, à peine prenait il jamais un bouillon chaud. J’avais une peine extrême de voir un Roy, au milieu d’un si grand nombre d’officiers, beaucoup plus mal servi que le moindre bourgeois de Paris. » Voltaire dit aussi de Louis XIII (1) : « Ce prince malade et chagrin n’avait été ni servi, ni logé, ni meublé en roi. . . »

Et cependant le personnel ne faisait pas défaut, nous

(1) Voltaire. Siècle de Louis XIV , ch. XXV, édit, de 1775, t. xvnr, p. 502.

empruntons au bibliophile Jacob les détails suivants sur les charges de cour, qui donneront une idée d’une partie de la maison du roi (1) ; le Grand Chambellan réunissait sous ses ordres tous les officiers de la chambre et de la garde-robe du roi, ceux des cabinets, antichambres, etc... Comme maître de la chambre du roi, il lui donnait la chemise à son réveil, et la serviette quand le roi déjeunait dans sa chambre (2). Il avait 3.600 livres de gages, mais cette charge était toujours remplie par un duc et pair qui touchait une pension du roi.

Après le Grand Chambellan il y avait quatre premiers gentilshommes ordinaires de la chambre, servant par quartier (3) et faisant le service du Grand Chambellan en son absence, — mêmes gages.

Il y avait, en outre, 28 gentilshommes ordinaires de la chambre du roi servant par semestre et touchant 2.000 livres de gages. Les quatre premiers valets de chambre (4), aux gages de 700 livres, gardaient les clefs des coffres de la chambre et couchaient par quartier dans la chambre du roi. Les autres valets de chambre (5) au nombre de 32, servant aussi par quartier aux gages de 660 livres, faisaient différentes fonctions autour du roi, lorsqu’on l’habillait ou le déshabillait tenant la robe de chambre, lui présentant le miroir, etc.

(1) Lacroix, XVIIe siècle institutions, usages et costumes, p. 194.

(2; Voir appendice IV, de curieux details sur la forme pour servir le roi lorqu’il est malade.

(3) M. deSouvré était alors en quartier.

(4) Le premier valet de chambre lors en quartier s’appelait Fores t.

(5) Dubois était l’un d’eux.

Ils faisaient aussi le lit du roi avec les tapissiers de quartier. Les 16 huissiers de la chambre servaient également par quartier et se tenaient le jour et la nuit aux portes de la chambre du roi, où ils faisaient entrer les personnes que désignaient les premiers gentilshommes de la chambre.

Les six garçons de la chambre (1), les deux lavandiers du corps, les porteurs de la chambre, etc., appartenaient au service subalterne. Quand au service de médecine, il comprenait les médecins, les chirurgiens, les apothicaires et les barbiers, ayant titre de valets de chambre, et servant par quartier. La fonction des barbiers consistait à peigner le roi, à lui laire le poil, c’està-dire la barbe, à le coiffer et à l’essuyer au sortir du bain.

Le premier médecin avait 3.000 livres de gages, les huit médecins par quartier 1.200 livres chacun. Ils devaient se trouver au lever, au coucher et au repas du roi. On trouvera les noms des médecins et chirurgiens de service au commencement du procès-verbal d’autopsie.

10 mai. — Mais reprenons notre relation de Dubois : « Le dimanche 108 fut très mal et lorsque l’on le voulut presser de prendre des aliments, qui était une gelée fondue dans un certain verre qui avait un grand bec courbé, de façon qu’il pouvait prendre de la nourriture sans qu’il fallut lui lever la tète, tout le monde le près sait d’en prendre pour prolonger sa vie, et pour espérer toujours quelque soulagement, et il leur disait : « lié obligez-moi de me laisser mourir en patience. »

L’après-dinée, le roi dort, mais avec la bouche ou-

(1) Antoine n’était que garçon de la chambre.

verte et les yeux tournés, particulièrement le gauche ce qui donnait des marques de sa mort prochaine (1).

« Sur les dix heures du soir, le roi était assoupi, les médecins le trouvèrent froid et quelques-uns d’entre eux crurent que c’était le froid de la mort ». Mais il revient à lui.

Sur les trois à quatre heures après minuit, il se plaignit d’une douleur du côté gauche ; elle était si violente qu’il dit : « Si j'avais ma tousse ordinaire avec cette douleur, je mourrais tout présentement, n’ayant pas la force de supporter les deux, mais c’est Dieu qui ne le veut pas. »

Il était sujet à une certaine tousse seiche qui le tourmentait beaucoup.

Nous fîmes chauffer du lait et le mîmes dans des vessies de porc et les posions sur sa douleur -, après il dit que cette douleur s’élargissait et continua de se plaindre et lui prit un vomissement où j’eus l'honneur de lui tenir la tête... le reste du jour fut très mauvais.

11 mai. — Le lundi onzième, il fut désespéré de tous les hommes, et sentait de grandes douleurs, et ne pouvait rien prendre et passa ainsi le jour; chacun pleurait et se plaignaient les uns aux autres. Enfin il prit son orge

(1) G’esl ce jour-là, dit-on, que Louis XIII eut un songe singulier : « Le 10 mai, le roi rêva que le jeune duc d’Enghien, parti récemment pour aller prendre le commandement en chef de l’armée du Nord, remportait une victoire sanglante, opiniâtrement disputée, mais décisive. L’opinion des anciens sur le don de prophétie accordé aux mourants, fut, cette fois, confirmée par le fait ; mais Louis ne vit pas la réalisation de son rêve : la bataille de Rocroi fut livrée le

19 mai; le roi était mort le 14 (Henri Martin, Histoire de

France , t. XI, p. 585.

mondée qui pourtant ne lui ôta pas sa tousse ; de là, à deux heures, il prit son petit lait qui lui ôta et le fit un peu reposer, mais bientôt après ses douleurs de ventre lui redoublèrent et nous lui appliquâmes des vessies de porc avec le lait ; tout le jour fut très mauvais et passa très mal la nuit.

12 mai. — Le mardi douze fut très mauvais, et croyaiton, qu’il ne passerait pas la nuit; ceux qui étaient lors auprès de lui le prièrent instamment de vouloir prendre des aliments, il les refusa, il leur dit : « Mes amis, c’en est fait, il faut mourir », et se tourna la vue de l’autre côté.

Sur les sex>t heures du soir, l’on lui apporta le saint viatique croyant qu’il devait mourir ».

« (1) Chacun avait encore la mémoire toute rccente de sa confession, de sa communion et des autres actes d'un roy véritablement très chrétien (notre second Saint-Louis, comme l’appelle Renaudot) ; il n’y a que lui qui en trouve la répétition nécessaire. Ayant donc demandé instamment la communion le douzième dudit mois, et lui ayant été accordée, Sa Majesté qui s’était confessée tous les jours de la dernière semaine de sa maladie, se réconcilia encore le matin de ce jour-là ; et le père Dinet jésuite, son confesseur, lui ayant donné l’absolution, il communia par les mains de l’Evêque de Meaux.son premier aumônier avec son zèle ordinaire... En même temps, le Roy appela l’évêque de Lisieux d’entre les autres prélats, lui communiqua durant quatre ou cinq heures tout ce qui regardait sa conscience, et lui mar qua l’endroit où sont les prières pour les agonisants, afin qu’on les lui dit lorsqu’il serait en cet état. »

(1) Renaudot, loc, cil.} p. 405.

13 mai. — « Le mercredi 13e fut mauvais et ne pouvait prendre d’aliments. . . La Reine ne bougea tout le jour du chevet de son lit et elle ne s’en éloignait que lorsqu’il fallait changer de bassin au Roy qui en gardait toujours un sous lui ; nous avions fait un trou au premier desmatelats de la grandeur des bassins avec un bourrelet fort large de sorte que cela ne l’incommodait point.

11 y avait dans ses cèles force pux d’ulcères qu’il avait dans le corps et le tout faisait une puanteur si horrible que cela faisait quasi mal au cœur.

Le soir, il rêvait dans son sommeil et parlait dans ses rêveries par des mots interrompus dont j’en entendais quelques, un entre autres de Monsieur de Souvré, premier gentilhomme de la chambre en année; et souvent de ses médecins, qu’il avait tout à fait dans l’esprit qu’il avait dit quelque chose à Monsieur Vossier (1), l’un d’iceux, et après sa rêverie et son sommeil passé il me demanda où il était. Je lui dis : « Sire, il n’ose se montrer, il a peur que votre Majesté soit en colère contre lui » alors le Roy dit : « Faites le moi venir ». Sitôt qu’il le vit il lui tendit la main et lui parla; il avait peur de l’avoir fâché comme sa maladie était longue et l’avait rendu chagrin.

Sur les deux heures après minuit il retourna dans son assoupissement et dans ses rêveries, il avait sous lui force oreillers... et cela le tenait la tête assez haute et les reins ».

Il fallut plusieurs fois le remonter dans son lit car il glissait, se réveillait et demandait à être soulevé.

(1) Ce doit être Vauthier ou Vaultier, le premier médecin de la feue reine-mère. Il n’v avait rien d’étonnant à ce que sa présence préoccupât le mourant. Voir chapitre : des médecins

14 mai. — L’aube arriva « et comme le jour s’augmenta l’on vit que sa vue paraissait égarée ce qui fit croire qu’il ne vivrait plus guère ». Il se lit dire la messe bien plus tôt que d’habitude, et fit lire par son confesseur la passion de Jésus-Christ.

« Le roy fut pressé par ceux qui étaient auprès de lui pour l’obliger à prendre son petit lait dans un verre fait exprès ; il voulut pourtant que l’on le soulevât un peu dessus ses oreillers, ce que nous fîmes les Noyers et moi, et comme il fut peu contraint il perdit l’haleine et pensa rendre l’esprit entre nos bras ; nous en étant aperçus nous le remîmes en diligence et avec douceur sur ses oreillers. Il fut longtemps sans pouvoir parler et puis il dit : ;< 8’ils ne m’eussent bientôt remis, je rendais l’esprit ». Alors il appela ses médecins et leur demande s’ils croyaient qu’il pût aller jusqu’au lendemain, disant que le vendredi lui avait toujours été heureux... et qu’il avait toujours cru mourir ce même jour-là.

Les médecins après l’avoir fort considéré et touché ils lui dirent qu’ils n’étaient pas assuré qu’il put aller jusques au lendemain, en ce que son redoublement avait coutume de lui venir sur les deux à trois heures après midi et que s'il était grand il l’emporterait et qu’il n’avait pas de forces pour y résister. » Alors le roi fit ses adieux aux siens, toujours avec la même absolue sérénité dont il ne s’était guère départi pendant sa maladie que pour s’emporter, peu longtemps il est vrai, contre ses médecins!

« Après il demanda à faire de l’eau, il ne pouvait plus se servir de ses mains, la chaleur commençait à se retirer, tellement que j’eus l’honneur de le servir et lui en fis faire dans certain verre fait exprès qui est un peu gros et comme une bouteille platte par en bas, un

col un peu gros et large courbé de sorte que l’on peut faire de l’eau sans se hausser ni se remuer ; ce fut le Roy lui-même (1) qui s’avisa de cette commodité, et de celle de Bicquiers avec lesquels il prenait de la nourriture ».

Il continua ses adieux à ses gens et s’entretint avec les Evêques de Lisieux et de Meaux, et les pères de Vantadour, Dinet et Vincent (2) (supérieur de la Mission).

« Puis le Roy appela M. Bouvart et lui dit : touchez moi et me dites votre sentiment ; ce que fit M. Bouvard les larmes aux yeux, il lui dit les mêmes parolles : Sire, je crois que ce sera bientôt que Dieu délivrera Votre Majesté • je ne trouve plus de poulx ».

Il fait dire les prières de l’agonie et s’entretient encore avec le père Dinet (3). « La parole lui manqua à une heure et demie après midi; depuis lequel temps les

Evêques de Lisieux et de Meaux lui continuant des admonitions chrétiennes, que le roi témoignait par signe bien entendre un quart d’heure durant, il demeura encore demie-heure avant que d’expirer ; comme il fit fort doucement entre les bras desdits évêques de Lisieux et de Meaux, de son Père confesseur et du Père Vincent, très saintement, et comme il appartenait au fils aîné de l’Eglise ».

(1) C’est là la description de burinai, et du biberon pour faire boire les malades, tels que ceux que l’on emploie encore aujourd’hui. Il serait curieux de savoir si par ces mots : « Le roi s’avisa de cette commodité », il faut entendre qu'il en serait l’inventeur; ou seulement que c’est lui qui pensa à les réclamer. Dans ce cas, il nous semble que les rôles étaient renversés; à quoi songeaient et les médecins et les serviteurs qui le soignaient?

(2) Saint- Vincent de Paul, fondateur de la congrégation de Saint-Lazare.

(3) Renaudot, loc. cit. p. 406.

Dubois décrit d’une manière merveilleuse l'agonie de Louis XIII; on voit bien qu’il y a assisté. « Après cela peu à peu perdant la parolle, il perdit aussi l’ouïe et n’entendait plus. Monsieur d’Orléans et Monsieur le Prince (de Condé) emmenèrent la Reine dans sa chambre, et sortit à leur prière, outrée de douleur.

« Le Roy était dans l’agonie qui ne parlait ni n’entendait, et tout le monde était en prières; nous voyons peu à peu les esprits de la vie se retirer, il commença à ne plus remuer les jambes ni les bras, et ne vit-on plus remuer le petit ventre, après l’estomach; toutes ses parties se mouraient les unes après les autres, et le Roy agonisait fort doucement... Le Roy diminuait à vue et ses hocquets étaient loin à loin les uns des autres de sorte que l’on le croyait passé, qu’à (jusqu’à ce que) quelque peu de temps après il jeta le dernier à deux heures trois quarts après midi, le jeudi quatorze may 1643, jour de l’Assention, au bout des trente- trois ans de son règne à une heure près ».

« Ainsi, écrit Renaudot, expira ce bon prince... et ce qui ne se peut concevoir sans merveille, le même jour du même mois, la même après-dînée et environ la même heure que mourut Henry le Grand son père, tous deux d’éternelle mémoire (1). »

« L’Évêque de Meaux ayant dit ensuite les prières de l’absoute des morts, l’Lvêquede Lisieux et lui, fermèrent les yeux du Roy, et l’évêque de Meaux lui ayant baisé la main et fait une grande révérenee, donna les ordres nécessaires pour accompagner le corps d’ecclésiastiques... »

(1) Voir appendice VI, la lettre par laquelle l’ambassadeur Vénitien annonce la mort du roi.

« Le lendemain sur les neuf heures du matin, Ton ouvrit le corps du Itoy, ce que je n’avais point de curiosité de voir, dit Dubois, mais un garçon de la Chambre me dit que M. de Souvré me demandait, qui était là présent, de façon que je jettai la vue sur ce triste spectacle.

« Je vis le corps du Roy qui m’avait été si prétieux, étandu sur une table en la galerie, le coffre tout ouvert, et proche de là sur un billard dans des bassins les entrailles, les boyaux dans l’un, le foye, la ratte et le cœur dans l’autre ; je vis un de ses boyaux percé, le bas mésantère quasy poury, dans le haut mésantère un ulsère et quantité de vers; que l’on lui avait aussi trouvé le foye assez beau pourtant un peu pâle, la ratte belle, les poulmons assez seins et le cœur fort beau. Je vis dans le corps qu’il y venait encore un ulsère dans les reins. Dans ce temps, M. de Souvré m’appelle et me commanda d’aller auprès du Roy d’aprésent pour le suivre et le servir comme j’ai fait du depuis.

« Voilà les remarques véritables que j’ai faittes et les assure telles pour les avoir vues de mes yeux et entendues de mes oreilles ».

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