POMPE FUNÈBRE ET OBSÈQUES
Procès-Verbal d’autopsie
Le roi est mort; c’est maintenant que va commencer le rôle du gardien des traditions et de l’étiquette. Le maître des cérémonies, agissant au 110m du grand maître de France, va entrer en scène. Nous allons suivre désormais le manuscrit du sieur de Sainctot.
Il semble que c’est presque à regret que Von ait renoncé au grand cérémonial usité jusque-là à la mort des rois de France; mais les intentions du roi étaient formelles :
(1) « Considérant alors la misère de son peuple, il déclara qu’il ne voulait aucune des cérémonies qui se font à la mort des Roy s à cause de l’excessive dépense qu’on ne peut éviter, et ayant plus estimé les prières que les pompes, il recommanda qu’elles ne fussent point oubliées après sa mort, ordonnant qu’il serait montré simplement et sans cérémonie en son lit de trespas et assisté pendant ce temps de gens d’Eglise avec prières et messes continuelles et conduit de Saint-Germain à Saint-Denis sans appareil ».
D'abord, on trouve la lettre de cachet de Louis XIV au sieur de Sainctot, lui « ordonnant qu’il ait à préparer
(1) Manuscrit de Chantilly, n° 437, folios 369 à 448.
Bibliothèque nationale, fonds français Mss. 18538 et Mss. 23939.
toutes les choses nécessaires et qui de tout temps se sont faittes en pareilles occasions ». Le roi lui adjoint, pour lui servir d’aide, son frère, maître d’hôtel. Cette lettre est signée Louis et de Guénégaud.
Sainctot dresse alors « l’état général de tout ce qu il cenviendra faire pour l’ordre au decedz du roy Louis XIII. » Tout est prévu : le rôle du grand aumônier, les religieux qui viendront prier, les autels et les cierges, le service des gardes dans la chambre et à la porte, le service de bouche « comme si le roy était encore vivant », le service des logis tant à Saint-Germain qu’à Saint- Denis, le service des carrosses, chevaux et chariots nécessaires, les chaises et bancs autour du lit, etc... Il s’occupe aussi du deuil que chacun doit porter selon les qualités et conditions des personnes.
Une fois dressé, cet état fut soumis à M. le Prince, Grand Maître de France, qui l’approuva ainsi que M. Duplessis de Guénégaud, secrétaire d’État; la reine fut consultée.
On y relève les détails suivants :
« Le Roi sera mis dans son lit en l'antichambre, Sa Majesté étant revêtue d’une camisolle de satin blanc, son bonnet de nuit en tête et le visage découvert, afin que tout le monde le voye.
« Et d’autant que la chaleur ne permet pas que l’on garde si longtemps un corps mort, vingt-quatre heures après (1) ou plus si l’on veut, sera ouvert le corps du feu Roy et embaumé par les médecins et chirurgiens qui ont assisté en sa maladie et du premier médecin, et où M. de Souvray fde Souvré) premier gentilhomme de la Chambre sera présent et les officiers de la Chambre -,
(1) Notes en marge du manuscrit mises par M. le Prince sur le mémoire à lui soumis par le sieur de Sainctot : Le corps sera et demeurera jusqu’à dimanche soir.
outre ce il y sera appelé un prince et un officier de la la Couronne (1) pour être présents à cette ouverture et embaumement.
« L’ordre est aussi que la Faculté des médecins et chirurgiens de Paris y soient appelés, que le Maître des Cérémonies fera avertir suivant le j our qui sera arrêté (2) .
« Iceluy corps embaumé il sera enseveli et mis dans le cercueil par MM. les premiers gentilshommes de la Chambre et officiers d’icelle (3)
« Faudra un cercueil de plomb qui soit couvert de mastic aux jointures, par-dessus aussy un de bois mastiqué de même aux fentes, et sera couvert de velours noir avec une grande croix de satin blanc, et cette couverture clouée de mêmes (doux avec huit anneaux de fer attachés à scavoir, quatre de chaque côté pour aider à plus aisément et sans difficulté porter le cercœuil.
« Et sur ledict cercœuil de plomb sera posée et soudée une platine de cuivre ; il y aura ces mots : Cygist etc... » Suivent les décisions prises pour le convoi et les tentures à Saint-Denis, décisions mi peu nouvelles à cause de la dérogation demandée par le roi au grand cérémonial. De même l’ordre des séances, rien que pour les religieux, en la chambre de parade. Il n’y restera ni prince ni officier de la Couronne. En marge est noté : « Suffira que M. de Souvray y soit et non d’autres. »
En bas de ce mémoire est écrit: « Fait à Paris le XIIII0 jour de may 1643, signé Henry de Bourbon, et plus bas, signé de Guénégaud. »
Muni de cet arrêté qui lui fut délivré à Paris, où il
(D En marge ; M. de Nemours et M. le maréchal de Vitry. G) En marge : Seront les gens de la Faculté mandés.
(3) En marge : Accordé.
s’était rendu sitôt le décès du roi, le sieur Sainctot prend toutes les mesures nécessaires.
Le roi mis sur son lit, le même où il était décédé, le même où était né son fils le Dauphin, plus tard Louis XIV, vêtu d’une camisole et d’un bonnet de nuit de toile blanche, sans sceptre, ni couronne, ni main de justice, les mains jointes sur une croix de bois, des religieux furent mandés et des évêques; les portes furent ouvertes à tout le monde et l’on y vint jeter de l’eau bénite sans rang ni cérémonie.
« Ce même jour fut avisé par le premier gentilhomme de la Chambre avec les médecins du Roy et le Maître des Cérémonies présent, du jour, de l’heure et du lieu pour l’ouverture et embaumement du corps, et fut ainsi résolu que ce serait pour le lendemain 15 may à cinq heures du matin, en la gallerie qui est proche du cabinet dans lequel le roi était mort.
Sur quoy le sieur de Sainctot avertit que la coutume était d’y appeler des médecins et chirurgiens de Paris. » Nous insistons sur cette phrase, parce que selon nous, elle permet de rectifier une erreur jusqu’ici admise par le Dr Corlieu et avant lui par Dupuy. Ce dernier dit (1) : « Ce fut à la mort de ce roi que la Faculté fut appelée pour la première fois k assister à cette opération. En effet les registres ne mentionnent nullement la présence de cette compagnie (représentée par son doyen) à la mort des rois prédécesseurs de Louis XIII. Pour Charles IX, on n’appelle même pas le doyen, alors Joannes Lecomte, avec les trois médecins qui signèrent le procès-verbal ; c’est donc seulement à Louis XIII que remonte cet usage ; la Faculté fit insérer dans ses registres et le récit de cette faveur qu’elle venait d’obtenir, et le procès-verbal en entier ».
(1) Dupuy, Revue médicale , 1829, p. 370. :
Nous nous permettrons de faire observer qu’au point de vue des usages, la tradition était certainement aussi bien observée à la Cour de France parle maître des cérémonies qu’à la Faculté par le doyen. Et si Sainetot dit : « la coutume était » nous sommes tout disposés à croire que cela était en effet. Mais les ouvrages sur le cérémonial français qu’ont laissé les prédécesseurs de Sainetot, les Godefroy, et qui même ont été imprimés (1), ne sont pas complets : il manque toute la partie qui a trait aux obsèques et funérailles ; il est donc assez difficile de vérifier ce point particulier du cérémonial antérieur. Pourquoi ne pas admettre que si la présence de médecin de la Faculté n’a pas été signalée aux autopsies précédentes, ce fut une simple omission des doyens ? Et d'abord personne n’indique que la présence du doyen fut réclamée, même pour Louis XIII : la coutume était d’y appeler des médecins et chirurgiens de Paris, et non le doyen. En effet dans le procès-verbal de l’autopsie de Charles IX, rapporté par Guillemeau (2) d’après Papvre Masson, nous voyons : « Medici qui prœfuerunt : Regii... six médecins ; Parisienses : Piètre, Brigard, Lafilé et Dur et... chirurgii regii qui administraverunt... huit chirurgiens. »
Quant à la présence de médecins parisiens il y avait donc au moins un précédent ; et il est fort probable que pour Charles IX, comme pour Louis XIII, ces médecins avaient été mandés régulièrement par les officiers de la maison du roi. Il se trouve que Louis XIII lui même avait appelé à son chevet en consultation le
(1) Voir à la réserve de la Bibliothèque nationale. Le cérémonial français recueilli par Théodore Godefroy, et mis en lumière par Denis Godefroy.
(2) Les œuvres de chirurgie de Jacques Guillemeau. Paris 1612, in-f°.
doyen Michel de la Vigne et René Moreau, qui du reste était lecteur et professeur ordinaire du roi ; lorsque « les gens de la Faculté » furent convoqués par la lettre de Sainctot,il était donc tout indiqué que ce fussent eux qui répondissent à l’appel. Sinon eux, d’autres seraient venus. Mais ce n’était pas là une faveur nouvelle qu’obtenait la Faculté ; elle la partageait du reste avec les chirurgiens : nous voyons en effet assister à l’ouverture du corps du roi, et régulièrement mandés à cet effet Sébastien Colin, chirurgien de longue robbe à Paris et Jacques Le Large, chirurgien maître barbier à Paris ; « chirurgis ex utraque familia chirurgorum, Paris... », a lu Dupuy sur le manuscrit des commentaires de la Faculté, ce que le Dr Corlieu n’a pas traduit.
De ce qui précède il résulte, et c’est ce que nous voulions démontrer, que si le rapport rédigé de mémoire par le doyen Michel de la Vigne une fois rentré à Paris, et qui est consigné pour la première fois au registre des commentaires de la Faculté, est une pièce intéressante, la relation écrite par un témoin oculaire et compétent, préférable en cela à celle donnée par le valet de chambre Dubois ; elle ne saurait cependant avoir la valeur du document authentique, du procès-verbal exact de l’ouverture du corps tel qu’il fut dicté par Bouvard et signé par tous les assistants. C’est celui que nous allons reproduire.
La date et l’heure de l’autopsie décidées, ainsi que la convocation des médecins et chirurgiens de Paris, « ce que ledit Maître des Cérémonies fit entendre et agréer à Monsieur le Prince, il lui dit que l’usage était qu’à l’ouverture du corps assistassent un prince et un officier delà Couronne avec le premier gentilhomme de la chambre. Les sieurs duc de Nemours et mareschal de Vitry furent choisis pour cela et s’y trouvèrent le lendemain
à cinq heures du matin suivant les lettres de cachet qui leur furent portées à vous deux par le sieur de Sainctot, dont voicy la teneur :
« Mon cousin, estant nécessaire de faire trouver des « personnes de qualité et confiance à l’ouverture et am- « baumement du corps du feu Roy Monseigneur père, « ainsi qu’il a esté observé en pareilles occasions. Je « vous ai choisi pour y assister et le sieur de Sainctot « Maître des Cérémonies estant chargé de vous adver- « tir de l’heure j’auray bien agréable que sur son advis « vous vous rendiez en la chambre où se fera cet office, « ce que me promettant de vostre affection je ne vous « ferai la présente plus longue, priant Dieu qu’il vous « ait mon cousin en sa sainte garde. Escrit à St-Ger- « main-en-Laye le quatorzième may mil six cent qua- « rante trois, signé Louis et plus bas de Guénégault. Et « sur la suscription à mon cousin le duc de Nemours « pair de France. »
La même fut escrite à Monsieur le maréchal de Vitry.
Le 15 à ladite heure se fit l’ouverture dudit corps qui fut apporté dans un linseul par les officiers de la chambre et mis sur une longue table qui était préparée au bout de la galerie autour de laquelle étaient Messieurs de Nemours, de Vitry et de Souvray, les sieurs de Saintot (1) frères Maître et ayde des Cérémonies, le sieur Forest premier valet de chambre (2) et quelques officiers de la chambre seulement, d’un côté ; de l’autre côté, aux pieds et à la tête étaient les médecins et chirurgiens, scavoir le sieur Bouvart premier médecin du Roy, les sieurs Seguin premier médecin de la Reyne
(1) 11 n’a pas signé le procès-verbal.
(2) N’a pas signé.
Régente, Vaultier premier médecin de la feue reine mère du Roy, Brunyer (1) premier médecin de Monsieur le duc d’Orléans, Chicot et Conrade médecins du Roy lors en quartier, le sieur de la Vigne docteur régent de la Faculté des médecins de Paris et doyen d’icelle, le sieur Moreau aussi docteur en ladite Faculté lecteur et professeur ordinaire du Roy, Pierre Yvelin médecin de la Reine Régente, Jean de Nogent médecin servant le duc d’Orléans, Baptiste Bontemps premier chirurgien et premier valet de chambre de sa Majesté, Nicolas Pescheval premier chirurgien de la reine régente, Mathieu Colart, premier chirurgien du duc d’Orléans, Antoine Régnault, Pierre Lycot et Alexandre le Roy tous trois chirurgiens servants du Roy, Sébastien Colin chirurgien de longue robbe à Paris, Jacque le Large maître (2) chirurgien à Paris, tous deux appelés pour assister à ladite ouverture à laquelle opéraient les sieurs Régnault, Lycot et le Roy de la maiu, le sieur Bouvart premier médecin verbalisait, et le sieur Moreau médecin susdit écrivait. Et fut dit ce qui suit.
Rapport des médecins étant à l’ouverture du corps du roi.
« Nous avons trouvé les cinq téguments universels communs et particuliers consommez , lepiploon aussi consommé, les intestins gresles démesurément boursoufliez et de couleur blafarde et nageans dans une quantité de serozitez sanieuses et purulentes, la face extérieure du foye toute pas/e comme ayant été bouilly , lestomach remply d’une sérozité noirastre avec un ver de demy pied de longueur et plusieurs autres petits, laquelle matière aurait marqueté le fonds de lestomach ,
(1) N’a pas signé.
(2) Dans le manuscrit de la Bibl. nat. il est désigné : chirurgien maître barbier à Paris.
linteslin duodénum d'une grayideur démesurée remply de bile porace, le jéjunum rempli) de mesme matière et tout jaune par dedans , lileum moins teint et moins plain d’une matière plus épaisse, le cecum dès (1) son commancement rouge et dépouillé de sa membrane charnue, continuant de plus en plus jusques à la fin du Colon, où s’est trouvé un ulcère qui a persé lintestin causé par la descente de la boue qui sortait du mézentaire inférieur qui s’est trouvé ulcéré en plusieurs endroits et qui a versé sa matière purulente qui s’est trouvée amassée dans tout le ventre, dans laquelle nageait les intestins, à la quantité de plus d’une chopine. Outre la couleur susdite du foye on a trouvé en sa partie cave qu’il se fendait et rompait en le touchant, dépouillé de sa propre membrane estant coupé il s’est trouvé tout desseichè et recuit dedans comme dehors. Au rein droit il s’est trouvé un petit abcès plain de boue verte enfermée dans un chyste dans sa partie intérieure et charnue. Tout lepoulmon du côté gauche entièrement attaché auxcostes et moins du costè droit, en la pay'tie supérieur du gauche s’est trouvé une grande cavité ulcérée plaine de boue, tous lesquels accidens ont été reconnus pour véritables causes de son deced.
Fait à Saint-Germain à six heures du matin i643, ainsy signé : Charles de Savoy e, Nicolas de l’IIospital de Vitry, de S ouvré, Bouvart, Seguin, Vaultier, Chicot, Conrade, de la Vigne , Moreau, Yvelin, de Nogent, Baptiste Bontemps, Pescheval, Collard, Régnault, Lycot, Colin, Alexandre le Roy, le Large . »
Cette ouverture faite et achevée Les entrailles furent mise en un vaisseau (vase) de plomb après avoir été embaulmées, le cœur en un petit vaisseau de la meme
(T) Bibl. nat. dans son commencement.
figure de cœur aussi de plomb doré par dessus, attendant que celuy d’or que l’on faisait fût achevé dans lequel il fut mis du depuis.
Le corps fut reposé en son lict de trépas qui avait été dressé en la chambre de parade, ladicte chambre ornée d’une très riche tapisserie de la couronne qui représentait l’histoire de Coriolanus. Le lict était un lict du Roy de velours cramoisi rouge, chamarré de grands passements d’or, dans lequel la reine peu d'années auparavant avait accouché du Roy à présent régnant. Il estait eslevé sur un hault dais enfermé dans une balustrade dorée qui en estait éloignée de trois pieds. Le marchepied du haut dais était couvert d’un tapis de turquie, d’un autre ensuite semé de fleurs de lis. Et au pied du lict y avait une crédence sur laquelle estait une grande croix d’or de quatre pieds de haut et quatre grands chandeliers d’argent vermeil doré garnis de cierges blancs allumés.
Et au-dessous sur un escabeau couvert de drap d’or un benoistier ; aux deux côtés dudict lict, sur la dernière marche du haut dais, six grands chandeliers d’argent vermeil doré garnis de cierges blancs et bruslans. De chaque costé du lict un autel paré d’ornements de velours violet semé de fleurs de lis d’or, dessus une croix et six chandeliers.
En la même chambre y avait encor trois autels parés de même que les autres, auxquels toute la matinée se disaient continuellement des messes de requiem. A neuf heures se disait la messe basse avec notes et musique, en suite de laquelle se célébrait une messe haute par la musique de la chapelle en laquelle messe on y portait baiser au roi le corporalier et se jetait l’eau bé nite \ à la fin se chantait un « libéra » et un de « profundis » en musique. Au chevet du lit, des deux côtés,
étaient deux gardes écossaises avec leurs hocquetons et pertuisanes gardant le corps du Roy.
11 y avait des deux côtés du lit en dedans la balustrade trois bancs couverts de toile d’or, et au devant deux chaises à dossier : A la main droite, la première occupée par l’Evêque de Meaux premier aumosnier faisant la charge de Grand Aumosnier ; ensuite deux archevêques ou évêques en rochet et camail ; après eux deux aumosniers du Roy avec rochet qui se relevaient de deux heures en deux heures ; derrière ces chaises du premier banc des évêques se mettaient des personnes de marque; sur le troisième banc derrière le second étaient les religieux psalmodiant. En la main gauche la première chaise était pour M. de Souvré premier gentilhomme de la chambre ; une autre réservée pour le capitaine des gardes du corps puis pour le Maître des Cérémonies ; derrière, un banc pour les officiers de la chambre et autres officiers ; derrière, un troisième banc pour les religieux psalmodians, toujours au nombre de vingtquatre se relevant de quatre heures en quatre heures. Au pied du lit quatre hérauts en robe de deuil, leurs cottes d’armes par-dessus, et caducées en la main, estaient assis sur des places.
Le Roy estait revêtu d’une camisolle de satin blanc et d’un bonnet de toile, sans couronne, sceptre, main de Justice ny manteau royal, attendu qu’il estait seullement en son lict de trépas et non en son lit de parade (1). La porte de cette chambre était gardée par les huissiers d’icelle ; l’antichambre et salles par les gardes du corps, »
Cet ordre ne fut pas sans contestations ; les évêques
(1) Ce n'est qu’à Saint-Denis, dans le chœur, que fut dressé le lit de parade, sur lequel fut exposée l’effigie du roi.
ne voulaient point s’asseoir derrière Monsieur de Meaux, qui n'était pas plus qu’eux, et ne faisant que remplacer comme grand aumônier le cardinal de Lyon, s’était trouvé ainsi administrer au roi les derniers sacrements ; ils prétendaient même qu’en sa qualité de premier aumônier, son rang était derrière eux, au banc des aumôniers. Et voilà Sainctot bien embarrassé et obligé d’en référer jusqu’à la Reine qui jugea « que Monsieur de Meaux serait à la première place à la droite du feu Roy, avec l’étole, comme pasteur, et sans tirer à conséquence ny préjudices aux rangs ès autres cérémonies attendu que la présente n’estait pas dans les règles ordinaires. »
Puis ce sont les maîtres des requestes, qui veulent prendre, comme le leur, le banc des aumosniers du roi. Le Maître des Cérémonies ne le leur veut point accorder ; et les messieurs des requêtes députent quelques-uns des leurs à Paris pour se plaindre à Monsieur le Chancelier qui parle à la reine en leur faveur en présence de Monsieur le duc d’Orléans et de Monsieur le Prince. Ils avaient obtenu satisfaction lorsque Sainctot de son côté arrive à Paris pour démontrer à la Reine la conséquence de cette autorisation -, on délibère en plein conseil sur ce grave sujet, et le Maître des Cérémonies, triomphant reprend le chemin de Saint-Germain avec des ordonnances particulières signées du roi et de Guénégaud.
Suivent toute une série de documents et de pièces comptables : ordres du Roy pour les obsèques, le con* voy et à St-Denis ; comptes et état du deuil fourni par l’argenterie, etc. Nous avons donné ces détails pour montrer au milieu de quel moment administratif nous avons trouvé le procès-verbal original de l’autopsie de Louis XIII -, c’est le protocole, pou*’ employer une ex-
pression toute moderne, qui nous a gardé ce précieux document médical.
« La veille du convoy (18 mai), le Roy futembaulmé et mis dans un cercueil de plomb. »
Il fut enseveli par Monsieur de Souvré, premier gentilhomme de la Chambre et Monsieur l’Evêque de Meaux, assistés du sieur de Sainctot, maître d’hôtel, aide des cérémonies. Des premiers valets de chambre et valets de Chambre ordinaires, chirurgiens et tapissiers du Roi le rapportèrent en son lit de trépas, après avoir été enseveli,et le cercueil fut couvert d’un drap d’or. Avant qu’il fut embaumé, Monsieur de Souvré donna ordre à deux sculpteurs du roi d’en prendre chacun un moulage.
Les entrailles avaient été portées à St-Denis ; deux jours après, en ouvrant le testament, on vit que le roi avait voulu qu’elles fussent à Notre-Dame de Paris, on les y reporta. Le cœur fut à l’Eglise Saint-Louis des Jésuites de la rue Saint-Antoine.
Le corps demeura en son lit de trépas six jours durant. Enfin, le 19 mai, sur les quatre heures après-midi, un chariot à six chevaux, avec escorte, transporte le corps à Saint-Denis, par Nanterre, Neuilly, Clichy et Saint-Denis où l’on arrive à onze heures du soir (1).
Le lendemain, grande messe de Requiem.
Ce n’est que le 22 juin qu’eut lieu le service funèbre à Saint-Denis, mais sans cérémonie, sans séances ni rangs, chacun se plaçant à peu près comme lorsque le roi était à l'Eglise vivant. On suivait en cela les dernières volontés de Louis XIII -, les « honneurs » ne furent pas rendus ; rien au caveau. C’était le « petit cérémonial ».
(1) Voir Renaudot, loc. cit. p. 473. Le convoi du corps royal de Louis le Juste, de très heureuse et glorieuse mémoire, depuis St-Germain jusques à St-Denis.
Le roi avait voulu éviter l’excessive dépense, et cependant le cortège fut fort imposant (1) : « En tête, marchaient trente crieurs, clochettes en mains, avec robes et bonnets quarrés ; les premiers suivis du Bailly des pauvres en robe longue, chaperon en tête, et de quatre cents pauvres vêtus comme leur bailly, deux à deux, chacun une torche allumée en main, et six sergents des pauvres sur leurs ailes, puis les douze hérauts..., etc. ».
Des cérémonies eurent lieu un peu partout : à Avignon, à Mourgues par les soins du prince de Monaco, à Florence, à Pau, à Lyon, à Rouen, à Monaco, à Cahors, etc. Une cérémonie de quarantin eut lieu à Paris, à Notre-Dame, en présence de la Reine, le27 juin (2).
La Convention, dans sa séance du 31 juillet 1793, sur un rapport de Barrère, lu au nom du comité de salut public, rendit un décret décidante' que les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l’Eglise de Saint-Denis, dans les temples et aultres lieux dans toute l’étendue de la République, seraient détruits le 10 août suivant. » Elle nomma des commissaires chargés de procéder à l’exhumation -, l’un d’eux dom Poirier (3), ancien bénédictin de Royaumont, nommé par l’Institut, a dressé un procès-verbal de la démolition des tombeaux et de l’exhumation des cercueils. On y lit : (4) « Le même jour 14 octobre, après le dîner des ouvriers,
(1) Manuscrit de Chantilly, n° 516.
(2) Voir Renaudot, loc. cil., p. 529 et 519.
(3) Né en 1724, mort en 1803, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
(4) Georges dTIeilly. Extraction des cercueils royaux à St- Denis en 1793, Paris, 1868, page 100.
vers les trois heures après-midi, on continua l’extraction des autres cercueils des Bourbons, savoir Louis XIII mort en 1643 âgé de 42 ans. Marie de Médicis, Louis
XIV, etc Nota. — Quelques-uns de ces corps étaient
bien conservés, surtout celui de Louis XIII. Louis XIV l’était aussi, mais sa peau était noire comme de l’encre. Les autres corps et surtout celui du grand dauphin (mort en 1711) étaient en putréfaction liquide. »
Ces restes furent mis pêle-mêle au lieu dit « cimetière des Valois » ; puis, sous la Restauration, ils furent rapportés, ou du moins ce qu’on en put recueillir alors, dans la crypte de Saint-Denis, où ils sont actuellement.
MALADIES ANTÉRIEURES DU ROI Ses antécédents héréditaires et personnels.
Nous avons jusqu’ici exposé la dernière maladie et la mort de Louis XIII; nous allons maintenant rechercher ses maladies antérieures, puis nous discuterons les faits cliniques observés, les lésions cadavériques consignées au procès-verbal d’autopsie, et nous essaierons enfin de poser un diagnostic rétrospectif.
Nous allons donc commencer par examiner les antécédents du roi.
Son père Henri IV est mort à 56 ans et demi, assassiné. Sa mère Marie de Médicis est décédée à Cologne le 3 juillet 1642, à 68 ans, après trois jours d’une maladie aiguë que Riolan son médecin crut d’abord être un érysipèle suivi de... gangrène des jambes, et qui d’après nous, pourrait bien avoir été une forme foudroyante de la variole (1).
Louis XIII fut leur premier enfant. 11 naquit à Fontainebleau le jeudi 27 septembre, fête des saints Côme et Damien, à dix heures et demie du soir, neuf mois quatorze jours après la consommation du mariage du roi et de la reine, après vingt-deux heures et un quart de douleurs d’enfantement (2).
(1) Nous avions l’intention de donner ici quelques détails sur la mort de. Marie de Médicis ; mais nos documents ne sont pas suffisants, et nous nous sommes arrêtés dans nos recherches lorsque nous avons appris du docteur Cabanes qu’il préparait un travail sur ce sujet.
(2) Voir Cimber et Danjou, Archives curieuses, lre série, t. XIV, 1601. Récit véritable de la naissanee de messeigneurs les enfants de France par Louyse Bourgeois, dite Boursier, sage-femme de lareyne-mère du Roy.
De leurs cinq autres enfants, un seul, le quatrième mourut jeune : Nicolas, duc d’Orléans, né le 16 avril 1307 et mort le 17 novembre 1611 à quatre ans et demi. Tous les autres dépassèrent la moyenne de la durée de l’existence humaine : Elisabeth, née le 21 novembre 1602, et qui épousa Philippe IV d’Espagne, mourut le 6 octobre 1644, à 41 ans ; Chrétienne ou Christine (10 février 1606), mariée à Victor Aimé, duc de Savoie, mourut le 27 décembre 1663, âgée de 57 ans ; Gaston- Jean- Baptiste de France, duc d’Orléans, de Chartres, de Valois et d’Alençon, qui resta Monsieur, frère unique du roi, atteignit 51 ans, du 25 avril 1608 au 2 février 1660 ; enfin Henriette-Marie, l’épouse de Charles 1 d’Angleterre, naquit le 25 novembre 1609 et mourut le 10 septembre 1669 à l'âge de 59 ans.
Sus les antécédents héréditaires, il n’y a donc rien h retenir ; il nous faut maintenant étudier les antécédents personnels de notre sujet. Ici encore, comme dans toutes les parties de notre étude, nous avons puisé aux sources contemporaines qui nous paraissent offrir le plus de garanties.
L’enfance du roi est bien connue ; Héroard (1), son premier médecin, qui l’avait pris au berceau, l’entoura de soins vraiment paternels ; il semble que c’est le seul homme qui s’intéressât sincèrement, plus que ses parents mêmes au développement du petit dauphin. Il inscrivait jour par jour tous les événements marquants de la vie du jeune prince, notant avec les plus minutieux détails tout ce qu’il observait. Ce manuscrit original, intitulé Histoire particulière de Louis XIII, est à la Bibliothèque nationale, catalogué sous les numéros
(1) Jehan Hérouard ou Héroard, sieur de VaugrigDeuse, né à Montpellier, mort au siège de La Rochelle.
4022 à 4027 du fonds français. Il forme six gros in-folios, et renferme meme des dessins, bien primitifs, faits de la main du futur Louis XIII .
La lecture, malgré bien des puérilités, en est fort attrayante, et il serait peut-être intéressant de le publier in extenso (1). On n’en connaît généralement que des fragments. Une partie, de 1614 à 1615, a été publiée dans la collection Cimber et Danjou, Archives curieuses, 2e série, tome V. Messieurs Eud. Soulié et Ed. de Barthélemy (2) ont donné, en 1869, deux volumes in-8°, d’extraits du Journal de Jean Héroard sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1628).
Malheureusement Héroard est mort en 1629 et depuis 1628 Bouvard lui avait succédé comme premier médecin du roi, « archiatrorum cornes ». C’est d’après Chomel et Lyonnet que nous donnons cette date de 1628, et non 1627 comme on l’a dit généralement.
Bouvard, lui, n’a pas laissé de mémoires, mais nous avons retrouvé un ouvrage, fort peu connu, qui peut presque nous tenir lieu d’un journal de santé qu’aurait écrit le premier médecin du roi.
Cet ouvrage a pour titre : « Brevis dissertatio de morbis hœreditariis, auctore Roberto Lyonnet , Aniciensi, doctore medico et almœ Facultatis medicœ Valentinœ Decano, consiliario et medico Regio — qua probatur affectus morbosos quibuscum Ludovicus XIII Rex Galliæ et Navarræ christianissimus conflictatus est fuisse adventitios. non profectitios, non hereditarios. — Parisiis, apud Gasparum Meturas, via Jaco-
(1) Il y a aussi à la Bibliothèque nationale : fonds français n° 10321, un autre manuscrit : Particularités de la vie de Louis XIII, extraites des mémoires d’Héroard.
(2) Paris, Di dot frères.
bœâ sub signo SS. Trinitatis, prope Maturinenses. MDCXLVII, cum privilegio régis christianissimi ».
Sur l’auteur, nous donnerons quelques détails biographiques dans le prochain chapitre, où nous parlerons des médecins qui approchèrent le roi, Disons seulement qu’il soigna très probablement Louis Xlll de passage à Valence, et que par conséquent il connaissait son tempérament.
Quant k l'ouvrage lui-même, nous avons estimé qu’il méritait de retenir notre attention. C’est en effet l’œuvre d’un médecin ; il a été écrit sitôt après la mort du roi (le privilège est de 1645) -, il est conforme aux idées de la Faculté de Paris, ou du moins de ceux de ses représentants qui avaient soigné le roi et assisté à l’autopsie L’approbation qui se trouve en tête en fait fo i où il est dit : « In quâ nihil contineri quod ad medicinœ veritatem, necnon ad Regis regiæque stirpis in sanitate diu féliciterque conservandæ certudinem non multum conférât, profitemur... ut mente sic manu subsignavimus Lutetiæ Parisiorum die 14 junii 1645.
M. de la Vigne, med., Acad., Paris.
Ren. Moreau, professor. med., Regius.
F. Guenault, medic., Facult., Parisiensis.
Guido Patinus, Bellouacus, Doctor medicus parisiensis. »
Puis et surtout cette dissertation est manifestement inspirée par Bouvard qui a dû fournir k l’auteur tous les renseignements médicaux. Le premier médecin de Louis XIII a laissé peu d’écrits, et cependant comme nous le verrons dans le prochain chapitre, il a été terriblement attaqué par ses confrères, voire par ses collègues de la maison du roi -, or l’ouvrage de Lyonnet est une sorte d’apologie de Bouvard, un plaidoyer en sa faveur, qui suscita même une réponse anonyme,
dédiée à Vautier, son principal adversaire. Voilà les raisons qui nous ont décidé à en parler longuement.
Ce livre est peu connu, avons-nous dit, et ce nous est encore une excuse pour le tirer de l’oubli ou l’avaient laissé les auteurs qui avant nous ont traité de la mort de Louis XI IL Sur Lyonnet et ses œuvres il n'y a rien dans le dictionnaire historique de la médecine d’Eloy, rien dans Dezeimeris, rien dans la bibliothèque de Choulant. Il est cité par le père Lelong et dans l’ouvrage de Pauly. Haller (1) donne une rapide analyse de la « brevis dissertatio » et dit bien que le livre tout entier est une apologie d’Héroard.
Enfin nous en avons trouvé une curieuse analyse dans un ouvrage de Louis]{ 2), qui est fort intéressant lui-même. C’est un mémoire adressé à l’Académie des sciences de Dijon, pour un concours, en 1748, et où il veut prouver « l'inexistence des maladies héréditaires. » Il répond à la question de la docte assemblée par une pétition de principes, et ne veut pas qu’on lui reproche d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est pas. 11 s’explique d’abord sur ce qu’on doit entendre par maladie héréditaire ; il ne donne pas ce nom aux maladies que les enfants apportent en naissant et dont les parents sont actuellement attaqués. Ce sont pour lui des maladies acquises, communiquées, telle la maladie vénérienne. « La maladie communiquée au fœtus dans le ventre de sa mère n’est pas plus héréditaire que la même maladie que la
(1) Bibliotheca medicinœ practicœ, auctore Alberto von Haller. Bâle et Berne, 1777, t. II, page 641.
(2) Dissertation sur la question : Comment se fait la transmission des maladies héréditaires ? par M. Louis, maître èsarts, chirurgien de l’hôpital général de Paris à la Salpétrière, associé de l’Académie royale de chirurgie, etc., Paris, chez Delagueite 1749.
mère aurait acquise après la naissance de l’enfant, et qu elle lui aurait communiquée en l’allaitant. » Si on ne pensait pas ainsi, « la galle qu’un fils gagnerait de son père serait une maladie héréditaire, et ainsi de toutes les maladies contagieuses. »
Pour les auteurs qui ont traité ce sujet, « le vice héréditaire, s’il y en a, doit se trouver dans le germe antérieurement à sa fécondation » ; pour Louis au contraire, qui 11e peut pas admettre que le premier homme ait contenu tous les germes de sa postérité future par une sorte de génération anticipée et simultanée, les désordres de l’économie doivent s’acquérir particulièrement par chaque homme : « toutes les maladies seront individuelles, puisqu’elles doivent être postérieures à la formation des germes qui n’ont reçu aucune altération dans leur principe » .
En somme cette théorie est assez élégante, séduisante même : pas de maladies héréditaires, toutes sont acquises ; l’enfant de phthisiques ne naît pas tuberculeux, il le devient (1), plus facilement qu'un autre peut-être. 11 nous semble que ce raisonnement a presque reçu confirmation en ces dernières années ; le sang pris à la section du cordon ombilical d’un nouveau-né de mère tuberculeuse ne contient pas de bacille de Koch (2).
Puis Louis recherche « les causes qui donnent lieu aux maladies qui passent communément pour être héréditaires, telles que la pierre, la goutte et la phthisie ». Pour cette dernière, il la déclare maladie des plus contagieuses, « d’où le danger de devenir phthisiques que courent les personnes exposées à respirer l’air qui a
(1) Peter a dit : « On ne naît pas tuberculeux, mais tuberculisable. »
(2) Expériences de Yignal à la clinique d’accouchements.
passé dans les poumons ulcérés d’une autre personne. Le levain communiqué fera effet plus tôt ou plus tard selon son activité, et selon que les parties du poulmon où il sera fixé et cantonné seront plus ou moins susceptibles de l’inflammation qui doit précéder la formation de l’ulcère -, en supposant que l’action des miasmes contagieux se porte en entier sur les parties solides ».
Et Louis conclut à la non existence des maladies contagieuses.
Nous n’avons pas su résister à citer des passages d’un ouvrage qui date de cent cinquante ans, pour montrer qu’en changeant simplement des mots qui ont cessé d’être de mode, les plus vieilles théories deviennent presque les modernes. Mais nous nous écartons sigulièrement de Louis XIII.
Louis en publiant son mémoire l’année suivante, dit qu’il a eu depuis entre les mains l’ouvrage de Lyonnet, et il en fait une analyse; heureux dit-il d’avoir trouvé en certains points les idées de Lyonnet conformes aux siennes quoique, lui, crût à l’hérédité des maladies.
(1) « Cet ouvrage imprimé en 1647 contient 87 pages in-4° sans y comprendre deux épitres dédicatoires, l’une à la reine Anne d’Autriche, la seconde aux docteurs en médecine de la Faculté de Paris.
On sait que Louis XIII qui avait joui dans sa jeunesse d’une fort bonne santé, en eut une fort chancelante pendant les quinze dernières années de sa vie. »
Louis XIV étant dauphin eut quelques indispositions dont l'auteur donne l’histoire par forme de digression. Tout son corps fut couvert de « pustules de galle, » la qualité du lait de la nourrice parut suspecte aux gens de l’art ;
(1 ) Louis toc cit., p. 65 et suiv.
mais d’autres tâchaient de persuader au roi et à reine que le lait de la nourrice était bien conditionné, et quon ne devait point s’alarmer des pustules qui couvraient le Dauphin, parceque leurs Majestés avaient été dans le même cas au même âge. » On change bien des fois de nourrice, et enlïn la gourme disparaît et le Dauphin recouvre une santé parfaite. L’auteur conclut de toutes ces circonstances que la maladie du Dauphin ne venait pas d'un principe héréditaire mais de l’usage d’un mauvais lait.
« Tout l’objet de cette dissertation était de tranquilliser l’esprit de la reine mère. Pour y parvenir le Dr Lyonnet entre dans tous les détails de la vie privée de Louis XIII. Cet ouvrage est une espèce de journal où l’on expose les différentes indispositions de ce prince, son inattention â observer le régime qu’on lui prescrivait, les remontrances pathétiques du premier médecin, les insistances du cardinal de Richelieu, et le peu d’égards que le roi avait pour toutes ces représentations : enfin on se propose de faire voir que malgré son tempérament qui était originairement fort bon, il avait été la victime de l’inobservation des conseils salubres qu’on lui avait donnés,et du mauvais régime qu’il avait suivi.
Ce prince avait une aversion insurmontable pour les choses apprêtées simplement, il voulait de la variété dans les mets ; il aimait particulièrement les fritures, les ragoûts, les viandes salées, les sauces, les gâteaux et toutes les pâtisseries où il entre beaucoup de sucre; il ne prenait jamais de bouillon, il ne pouvait souffrir les viandes bouillies ; il rejetait même le pain, â moins qu’il ne fut rôti. Il avait contracté ces mauvaises habitudes par la faute de quelques personnes qui pour gagner ses bonnes grâces lorsqu’il était encore enfant lai G.
apportaient secrètement tous les matins des saucissons pour déjeûner; il buvait ensuite un grand verre de rataliat : ce régime déréglé lui avait totalement altéré les organes de la digestion. Il faisait aussi beaucoup d’excès à la chasse ; il y passait souvent les nuits, sans aucun égard aux saisons. L’ardeur du soleil, la pluie, la neige, la glace, la boue, tout lui était égal ; il allait la tète découverte et était toujours fort légèrement vêtu, pendant le froid comme dans la saison la plus chaude.
Les peines infinies que ce monarque se donna pour calmer les troubles dont son royaume était agité ne lui firent rien changer à son mauvais régime. Aussi menat-il la vie la plus triste. Il avait presque toujours la fièvre, il était sujet aux inflammations du bas-ventre et à la goutte ; il était continuellement altéré et n’avait jamais d’appétit, etc. Il résulte de toutes ces circonstances qui sont détaillées très au long dans la dissertation du Dr Lyonnet que Louis XIII avait entièrement changé sa constitution primitive par le mauvais usage qu’il avait fait des choses non naturelles (1) et son état valétudinaire n’étant point originel, on assure à la Reine mère que la santé du jeune roi n’en souffrira en aucune façon ».
Nous allons reprendre nous-même l’ouvrage de Lyonnet et y chercher tous les détails médicaux; les moindres indispositions du roi y ont été notées, et si la répétition en peut sembler monotone, nous avons cru néanmoins
(1) Les choses non naturelles, sont six : l’air, les aliments, le travail et le repos, le sommeil et la veille, les excrétions retenues ou évacuées, et les passions de l’âme. Le bon usage de ces choses entretient la vie et la santé, leur excès ou leur mauvaise qualité altèrent l’une et abrègent l’autre ». Louis, loç. cit ., p. 18.
ne rien devoir omettre. C'est le seul moyen d’arriver à des conclusions sérieuses de notre étude ; car sans bien mettre en lumière les antécédents personnels du malade qui nous occupe, nous ne saurions, sur de vagues commémoratifs,d’après l’observation clinique trop peu précise de la dernière maladie, et les renseignements insuffisants d’une autopsie soigneusement faite il est vrai, mais à une époque où l’anatomie pathologique n’était rien moins que développée, nous ne saurions prétendre a établir un diagnostic rétrospectif ayant quelque valeur, ce qui est toujours besogne malaisée. C’est donc plus qu’une analyse, et presque une traduction que nous allons donner de l’ouvrage de Lyonnet, nous nous excusons d’avance pour les inexactitudes qui ont pu s’y glisser -, les noms géographiques surtout nous ont gène, aussi en avons-nous cité quelques-uns en latin, aimant mieux faire partager notre embarras que de commettre une erreur.
Le premier chapitre est une théorie sur l'hérédité, ce que nous avons dit de l’ouvrage de Louis nous dispense d’en parler. Le commencement du second chapitre rapporte les goûts bizarres du Dauphin enfant, et là dessus encore nous nous sommes suffisamment étendu.
Devenu roi, les soucis du gouvernement le fatiguèrent encore, le fonctionnement des organes s’en ressentit, il eut mal à la poitrine, aux pieds, à l’abdomen ; c’est alors qu’à « Castrum novum Lauracorum (1) il fut pris d’une toux violente, de douleurs aiguës en divers lieux, privé d’appétit, tourmenté par la soif, eut un sommeil inquiet et agité ; puis vinrent la fièvre, l’inflammation abdominale, les syncopes. Dans une d’elles, il faillit même passer, il était alors à Paris:
(1) Probablement Castelnaudar^.
Héroard intervint et prescrivit lavement et tisane d’orge, mais malgré son intervention le roi tomba sérieusement malade àYilleroy(l) d’une fièvre tierce avec frissons violents, puis stades de chaleur, somnolence et sueurs. En vingt jours il eut neuf accès pendant lesquels il fut traité seulement par lavements et saignées. Les médecins peu d’accord sur le traitement en appellent à la Faculté de Paris, qui sur l’avis de Charles (2) et de Bouvard, prescrit la saignée d’abord, puis la purgation ; mais le malade ne voulant prendre ni casse, ni rhubarbe, ni sirops, on se rabat sur une tisane d’orge de réglisse et de séné.
Bien que bénin, le remède fit merveille : le roi rendit énormément d’humeurs gluantes, jaunâtres et verdâtres : la fièvre il est vrai reparut par trois fois, mais plus légère, on décida de continuer le traitement. La maladie avait commencé le 1er juillet, on était alors en août -, le mieux ne s’accentuait cependant pas, malgré d’abondantes évacuations le ventre restait tendu et gonflé, la fièvre persistait, le pouls était irrégulier, on craignait l’hydropisie. Et les médecins dissertent sur la provenance des humeurs : viennent -elles du mésentère ou du foie? quelle est la signification de Finégalité du pouls ? Dans une consultation ils décident qu’il faut que le roi prenne les eaux du Nivernais (3) d’abord, celles de Forges ensuite; mais pendant ce temps, la fièvre tombe, le roi guérit, et naturellement rejette loin de lui tisanes et ordonnances.
A cette occasion cependant les médecins firent de
(1) Villaregii. Est-ce Villeneuve le Roi près Villeneuve Saint-Georges. En tout cas, ceci se passait en 1627.
(2) Sur Charles, voir le chapitre suivant.
(3) Saint-Honoré-les-Bains ou plus probablement Fougues.
nombreuses observations sur les habitudes du roi, son tempérament, ses goûts. Louis XIII aime la fraîcheur, la nuit il écarte les rideaux de son lit, il se lave souvent la bouche, il boit avant de se coucher, les jours où il doit communier il dort mal, ne pouvant boire à sa fantaisie, son pouls et sa respiration sont influencés par sa pensée, le soir, il est légèrement fiévreux, mais la nuit le calme, etc., etc. La vivacité de son imagination et de son intelligence, son jugement, son heureuse mémoire, son adresse témoignent... de la chaleur et de la sécheresse des parties animales ! A la suite, un long détail des qualités morales et physiques du roi; puis une digression sur la condition malheureuse des monarques qui ne peuvent se soigner ainsi que des particuliers : un des docteurs présents h la consultation (ce doit être Bouvard) persuade aux deux premiers médecins du roi, qui ne sont pas d’accord, d’intervenir au moins auprès de leur malade pour qu’il se laisse traiter.
Chapitre III. — L’auteur entre à présent dans le cœur de son sujet, et à l’aide de lettres et de témoignages, s’efforce de montrer que la maladie dont souffre le roi est due à son régime. La fièvre étant tombée, le roi bien que souffrant encore vers novembre 1627 assiste au siège de Saint-Martin-de-Ré t rechûte avec flux de ventre analogue à la dysenterie, dont il est débarrassé par lavements et saignée. Guéri il revient à Paris, y demeure un mois et retourne au siège de la Rochelle {avril 1828). Héroard pendant ce temps meurt et Bouvard lui succède.
A peine à la Rochelle, l’inflammation du ventre rereprend ; le pouls est inégal, l’appétit manque. Le premier médecin, qui avait observé l’accès que le roi avait eu à Villeroy et craignait un retour des humeurs, veut intervenir; mais on était alors à la Pentecôte, et Louis,
bien que souffrant horriblement ne voulut rien prendre avant d’avoir touché les écrouelles selon sa coutume, la cérémonie terminée, il se retira trempé de sueurs, sans appétit, sans force. On le traite par des clystères au jus en guise de repas : un morceau de veau cuit avec de la mauve ; on y ajoutait du miel simple ou avec de la violette, de la casse aussi et du séné. L’électuaire composé par Héroard, a cartamo (1), fut considéré comme incapable d’expulser les humeurs bilieuses du roi, mais il avait en horreur casse, rhubarbe,, séné, purgatifs en général, et, bien que menacé de fièvre de dysenterie, de goutte, par ses médecins, il ne veut prendre de temps en temps qu’une tasse de tisane, en lavement. Son premier médecin lui représente que cette médication est trop faible, qu’il lui faut au moins prendre de la tisane de séné d’Orient sucrée, ou une décoction de mercuriale dont il usa à Villeroy. Bouvard lui expose qu’il n’y a pas lieu de s’effrayer de ces remèdes, et qu'il ne lui prescrit rien de dangereux,commeles drogues ou émétiques usitées alors et dont il ne voudrait pas se servir, il ne lui ordonne rien que de naturel, et le supplie de l’écouter - le roi y consent, mais à condition de ne pas rester enfermé après avoir pris sa tisane et encore est-on forcé de la lui présenter sous un autre nom .
. Le médecin fait observer de nouveau au roi qu’il faut absolument qu’il change sa manière de vivre, que les médicaments ne suffisent plus à le tenir en santé; le roi ne veut rien entendre. La maladie, c'est-à-dire les fréquents flux de ventre, l’inflammation d’intestins, accompagnent le roi partout où il va : mais ce fut sur-
(1) Les graines du cartamus tinctorius (safran bâtard) étaient utilisées autrefois Comme purgatives,
tout au Brouage (1) qu’il en souffrit -, traité là magnifiquement par le cardinal de Richelieu, il ne put toucher seulement un morceau, si grands étaient son manque d’appétit, son oppression, sa faiblesse ; d’où intervention du cardinal qui prie Louis XIII de s’en remettre à ses médecins, il est vrai que Richelieu lui-même ne prenait pas le temps de se soigner. Mais dit Lyonnet, les représentations du cardinal et des médecins ne sont pas de notre sujet. Notre dessein est de montrer comment le roi a altéré son tempérament ; cependant comment ne pas parler des tentatives de son premier médecin, et 11e pas dire qu’il a fait tout ce qu’il fallait pour sauver son malade, (ceci se trouve à la page 25, et rapproché d’autres passages, montre bien que la Brevis dissertatio est une sorte de plaidoyer en faveur de Bouvard).
A la Rochelle le roi, surmené par les travaux de la digue qu’il observe pendant trois semaines, a la goutte, et est obligé de se retirer avant la fin de l’investissement-, une fièvre ardente le tient, on le saigne.
1629. A peine de retour à Paris, il prépare l’expédition d’Italie. Arrêté à Suze il prend des lavements et 11e s’en trouve pas mieux. Le médecin en réfère au cardinal qui décide le roi à se purger et à se faire saigner à Valence, (c’est probablement là que Lyonnet eut occasion de soigner Louis XIII). Débarrassé là de sa bile, il se rend au siège de Privas, puis sur le conseil de son médecin va se reposer à Saint-Germain et dans les environs de Paris. Il est encore malade à Livry -, à la suite d’excès à la chasse il a la goutte, et 11e consent à prendre que des lavements; à Ecouen, comme il est pris de syncope en dînant, il veut bien se purger ; mais à cette seule idée il est couvert de sueurs et frissonne ; il
(1) Brouage, près de Marennes.
se purge malgré tout, et fier de la victoire remportée sur lui-même, en envoie message a, la Reine-Mère. Il en tire un grand soulagement et eût été guéri s’il eût consenti à se purger encore ; néanmoins la joie qu’il éprouve à la pensée de l’expédition de Savoie le tire de ce mauvais pas.
Il se met en route pour l’Italie, toujours malade, toujours sollicité de se soigner par les médecins qui recommandent en vain les bains, le changement de régime. A Grenoble il souffre des dents ; à Saint-Jean de Maurienne on le saigne, mais il refuse les purgatifs; mal lui en prend, devant le danger il daigne se purger, mais ne veut ni tisanes, ni pilules, ni poudres, que faire? le voilà pris de fièvre; et l’auteur fait cette réfiexion mélancolique : « Tel est le sort des médecins, on leur attribue les maladies qui se déclarent ; tandis que tout ce qui tourne heureusement par suite de l’application judicieuse de leur art, le public mal veillant l'impute à la nature ou au hasard seul. » Un clvstére dégage le roi , mais le laisse encore faible, sans appétit, pfile, frissonnant et souffrant de douleurs abdominales. Avant de passer les monts, il est contraint de s’arrêter souvent; il s’ennuie et chasse ; d’autre part des troupes ne voulant pas traverser les Alpes se soulèvent, si bien que le Cardinal, sur l’avis des médecins l’engage à retourner à Lyon. Le roi prend un lavement, apprend la prise de Mantoue et la mort du duc de Savoie ; tout cela est pour l'affecter, mais le plaisir d’aller à Lyon et de s’y rencontrer avec une noble demoiselle qu’il courtisait, très innocemment (1), ranime sa gaieté, lui fait le front serein, colore son
(lj De Politisa dit de Louis XIII qu’il était « amoureux depuis la ceinture jusques en haut. »
visage ; le médecin en est complimenté. Mais ce dernier reste soucieux, et se plaint aux Reines que le roi, ne voulant pas se traiter depuis son départ de Paris, va retomber malade, il les prie d’intervenir; survient le roi qui accuse son médecin d’être la cause de son mal, Bouvard implore le cardinal. Peu de temps après la maladie reparaît ; Louis se résout a se soigner, mais remet la médication au lendemain. Le soir après son dîner fièvre continue avec de grandes irritations dont le siège était surtout la poitrine et le mésentère, le sang était échauffé mais moins chargé d’humeurs. Il semble, vu les réflexions que fait ici l’auteur, qu’on accusa alors les médecins d’impéritie et d’ignorance , mais il remarque victorieusement que Bouvard avait prévu ce qui se produit.
La cinquième nuit en etfet, après quatre saignées, le roi ayant encore l’estomac distendu prit trois lavements dont il lut si soulagé, qu’on put dès lors prédire pour le septième jour la fin de la crise, il fut néanmoins saigné deux fois encore. Le jour suivant les courtisans prennent peur ; le roi a le délire, on lui rase la tête, on lui pose des ventouses, on fait venir le viatique : Bouvard, lui ne partageait nullement cette crainte, mais pour ne pas indisposer la cour contre lui, résolut d’administrer tous ces remèdes, se disant que cela serait sans conséquence. Sans autres symptômes le septième jour le roi transpire abondamment. Comme on lui présentait dans une cuiller de la poudre debézoard (1), ilia souffle dans les yeux de celui qui la lui offrait, disant : à quoi bon s’en remettre à des poudres pour ce que la nature peut si bien faire. Après avoir sué ainsi trois fois, la fièvre l’abandonne ;
(1) Concrétions calcaires qu'on trouve dans l’estomac, l’intestin et les voies urinaires des quadrupèdes.
mais il ne peut se reposer tant l'évacuation de la bile l'irrite; il ades selles sanglantes. Il demande si ce sont des tranchées; sur la réponse affirmative du médecin, après une vaine tentative pour administrer un lavement au lait, il consent à grand’peine à prendre « une once d’un électuaire contenant une drachme de rhubarbe (1).
Quelque temps après, comme ni le lait de chèvre, ni les purgatifs ne pouvaient évacuer la bile du roi, en examinant le siège le médecin sent une tumeur dure, douloureuse ; et bien que le pouls n’indique pas la fièvre, redoute une inflammation du rectum ou la dysenterie. La fièvre vient accompagnée de flux de ventre : Tous les quarts d’heures selles sanglantes et ventre plus distendu encore que de coutume. Bouvard mande ses collègues en consultation ; les courtisans croient déjà le roi mourant. Dans la nuit il rend dans ses selles 17 ou 18 palettes de sang ; lui-même prend peur, ses médecins le rassurent, le flux de sang ayant cessé. Néanmoins il reçoit le viatique, après quoi il est saigné : en un quart d'heure on lui tire 7 onces de sang; il rend des matières purulentes; aussitôt la fièvre tombe, d’où l’on conclut qu’un abcès caché dans l’intestin venait sans doute de se vider, abcès que l’acreté de la bile avait engendré.
Peu après rechute, à cause de soucis : fièvre, sueurs, naturellement saignée ; la fièvre tombe, et le roi allant mieux, mais encore faible se rend en chaise à Roanne, en barque sur la Loire à Briare, en litière à l’endroit illustre par la fontaine célèbre de Callirhoé, enfin à Versailles puis à St- Germain. Suivent les remontrances pathétiques que font au roi son premier médecin, et Guillemeau, auxquelles il répond, comme de coutume,
(1) Once — 31 grammes, 25; drachme : le tiers de l’once.
que les soucis du gouvernement s’accommodent mal avec le régime et les soins qu’on lui prescrit.
Le roi demeure à Saint-Germain du mois de septembre à février suivant, sans grand profit pour sa santé, car ses excès amènent une grande faiblesse, de l’insomnie, un manque absolu d’appétit, des vomissements et de la dyspnée. Le 2 février 1630 le P. Suffren venu pour le confesser le trouve si faible qu’il ne pouvait ni se tenir debout ni s’agenouiller-, il veut appeler les médecins, mais le roi s'y oppose, disant que d’eux vient tout le mal. Pendant trois semaines cependant il va à peu près bien, mais à peine de retour à Paris, les affaires l’appellent à Compiègne. En huit jours il prend deux fois seulement de la tisane, on le purge à Méru, le ventre étant distendu à crever. Le cardinal fait alors part au médecin d’un horoscope concernant la mort du roi ; celui-ci demande à Richelieu si c’est pour l’éprouver qu’il lui rapporte cette prédiction , du reste le roi ne croit pas plus que lui à l’astrologie. Le médecin prend occasion de cette communication pour insister sur la nécessité qu’il y a pour Louis XIII de s’assurer un héritier, et pour les grands de veiller au salut du royaume et de décharger le roi du souci des affaires, Et le départ est décidé pour le lendemain. De grand matin levé ce jour-là, et plein d’allégresse à la pensée de revoir la reine qu’il avait quittée depuis plusieurs mois déjà, il entend la messe et court au-devant d’elle. Il dîne en route à Verberie (1) et ordonne qu’à Senlis on prépare un seul lit pour lui et son épouse.
On pense alors qu’Anne d’Autriche a pu concevoir, et le médecin lui recommande d’éviter la voiture -, cependant sans tenir compte de cet avis elle suit le roi à
(1) Bourg à 16 kil. de Senlis.
Etampes. L’époque des règles de la reine était passée ; elle accompagne encore le roi à Sens, se tient tranquille pendant trois semaines et se soumet à l’observation de Séguin, son premier médecin; mais voila tout a coup les règles qui reviennent : avec elles s’en va tout espoir de postérité. Bouvard cependaut affirme qu’il ne voit pas d'obstacle naturel, et que si le roi et la reine veulent se prêter à ses prescriptions, il se fait fort de leur faire avoir de beaux enfants.
Louis va à Dijon, revient à Sens, dans le dessein de partir pour Château-Thierry avec la reine. Là tomba malade Mademoiselle de Hautefort, , ce qui affecta vivement le roi, et les humeurs commencent à s’amasser. Elle guérit cependant , et le roi résolut d'aller à Metz. Il fit route par Vie, Moyenvic et Marsal ; mais là il chasse, fait ses excès habituels, tousse, prend clystère, et se retire à Metz pour se faire soigner (1632).
Il fut alors tenu consultation par les médecins où furent Seguin, premier médecin de la reine, Citesius (1) médecin du cardinal, et trois autres : Gorreœus, Cicotius et Baralius, médecins lors en quartier -, sur leur avis le roi fut purgé, saigné, et baigné. On consigna alors par écrit les soins que devait prendre le roi ; on lui prescrivit un régime, des lavements, de la tisane, du lait d’ânesse et aussitôt que possible les eaux des Forges ; mais lui s’en tint à un ou deux clystères, à la
(1) Citois (François), né à Poitiers en 1572, étudia la médecine à Montpellier, et y reçut le doctorat en 1596 ; il exerça d’abord à Poitiers, puis se rendit à Paris où Richelieu le choisit pour son médecin ; il retourne ensuite à Poitiers, où il mourut en 1652, doyen de la Faculté. Il a laissé entre autres ouvrages un traité sur la colique du Poitou : « De novo et populari apud Pictones domre colico bilioso diatriba. Poitiers 1616, in-12 ».
saignée, à une seule tasse de tisane. Tant qu’il fut à Metz, il fut triste et faible, le ventre tendu, la face livide. Il prépare son départ pour Saint-Germain et Versailles, où il se propose de chasser, et de passer gaiement le carnaval. Le médecin comme toujours s’ouvre de ses craintes au cardinal, qui lui promet son appui.
Le jour des cendres le beau temps attire à la chasse le roi ; mais à peine a-t-il déjeuné qu’il tombe exténué sur une couverture, après une évacuation de bile. Le médecin mandé en toute hâte demande s’il a vomi-, pas encore, mais les vomissements ne se font pas attendre. Bouvard ayant examiné les déjections rassure le roi et le prince de Coudé : cependant malgré lavements fortifiants et réfrigérants, toute la nuit la fièvre le dévore. On fait part de la maladie à la reine et au cardinal , au matin on saigne le roi, et Bouvard demande une consultation-, on choisit Seguin et Brunyer, premier médecin du duc d’Orléans. Mais lorsqu’ils arrivent la fièvre avait cessé, le flux du ventre aussi ; on décide que le malade doit se purger, prendre les eaux de Forges, boire du lait d’ânesse, suivre un régime, tout ce qu’on avait déjà prescrit à Metz. Après une deuxième purgation, qui le débarrasse de quantité de bile, le roi revient à Paris sans que rien paraisse de sa maladie.
Il souffre beaucoup ensuite d’un voyage qu’il est obligé de faire à Narbonne, et revient en toute hâte à Versailles. Ici l’auteur justifie le premier médecin des reproches que lui firent ses collègues, d'ordonner au roi de l’eau de chicorée et de l’eau d’orge, au lieu d’eau acidulée -, ce qui prouve bien encore que sa dissertation est une apologie de Bouvard. Quoiqu’il en soit, Louis, qui s’était transporté à Chantilly souffre cruellement de la goutte à un pouce du pied droit ; il a des hémor-
rhoïdes et tousse, on le saigne trois fois, on lui arrose le pied d’eau tiède. La goutte le laissant en repos, à peine purgé, il va à la cliasse, d’où rechute grave. Ici encore, connue presque toujours le cardinal intervient, tient consultation avec les médecins ; bref après saignée et purgation le roi guérit, mais pendant deux mois à Chantilly il fut purgé tous les jours, car s’il cessait un jour, il défaillait.
1633. — En ce temps se répandent des prédictions concernant la vie du roi -, des courtisans proposent au cardinal de la Valette de présenter à Louis XIII un charlatan qui se fait fort de le guérir; le cardinal repousse avec indignation cette proposition.
En juillet, à la suite d’une consultation tenue en présence du cardinal le roi prend les eaux de Forges ; mais le temps est si mauvais qu’il s’ennuie, et s’en va (1). Pour ne pas interrompre le traitement cependant, il va le continuer à Chantilly. Les eaux agissent,
(1) Forges les Eaux, en Normandie ; une des sources est recommandée pour les affections utérines et la stérilité; une autre pour les maladies des voies urinaires ; on a même appelé Forges le Contrexéville Normand.
Sur un plan de Forges au xvne siècle, on voit indiquée la maison où logèrent le roi Louis XIII et Anne d’Autriche. Ils y avaient déjà fait un séjour en 1632 ; Richelieu était du voyage il les accompagnait pour se rétablir d’une gravelle dont le caractère était devenu si alarmant en 1632 qu’on avait cru sa mort prochaine, lors d’un voyage à Bordeaux, (Renaudot). Anne d’Autriche fit usage des eaux de Forges de 1633 à 1638, avant de donner naissance à Louis XIV. Il ne faut pas oublier que Bouvard était intendant des sources thermales.
Voir nouveau système des eaux minérales de Forges, par J. Larouvière, médecin du roy, 1699, réédité par le Dr Ch. Thomas-Caraman, Doin, Paris 1886.
et dès le premier jour, il rend avec peine des urines chargées de graviers, quinze jours durant il prend les eaux et avec tant de succès qu’il affirme ne s’être de quinze ans si bien porté.
1634. — Les affaires de Lorraine le réclament ainsi toujours la politique contrarie le soin de sa santé. Il va à Nancy, à St-Quentin, à Péronne. A 8 1 -Quentin, survient un accident : le roi a le ventre ballonné et se purge : au matin il a besoin d’aller à la garde-robe, se contient et sort; il ne satisfait que tardivement l’envie qui le presse; d’où fièvre et saignée. Obligé de retourner en Lorraine il est pris de la goutte sur le chemin de Châlons et la saignée ni les cly stères ne font rien, on le purge. A la fin de cette année il se tient à Chantilly, où il prend les eaux de Forges, se purge et boit du lait d’ânesse ; il se porte aussi bien que possible, attribuant au lait d’ânesse le bien qu'il éprouve : il continua d’en boire trois ans, tant que sa santé se raffermit tout à fait.
Chapitke IY. — Le roi est prévenu par son médecin, qu’il peut à présent espérer donner un héritier à la couronne ; et en effet la prédiction se réalise, et un dauphin nait heureusement le 5 septembre 1638. Environ trois mois plus tard fut conçu le duc d’Anjou qui vit heureusement le jour aussi (1640). Pendant que se passait tout cela, le roi était tourmenté, ne pouvait tenir en place, et son inquiétude avait pour résultat l’insomnie, la fièvre, des accès de goutte. Les jours qui précédèrent la naissance du Dauphin, la fièvre tierce le tint ; il en supporta trois accès, fut à l’accouchement dont l’issue heureuse lui rendit la gaieté ; trois saignées et de la tisane arrêtèrent les sueurs, et une purgation le débarrassa de tout mal. Ce qui le guérit surtout fut de savoir le dauphin et la reine en bonne santé ; dans ces
conditions il fut à Chantilly ; ici digression sur les soins donnés au dauphin, dont nous avons déjà parlé en analysant l'ouvrage de Louis. Le changement de nourrices préoccupa le roi, il s’affecta et fut obligé de prendre les eaux de Forges.
Chapitre V. — A Chantilly le roi, pris par la goutte, souffrit de son genou gauche où il n’avait jamais eu de mal auparavant ; deux saignées, mais malgré les observations de son frère et du cardinal, il ne veut pas se purger, il prend un peu de tisane seulement.
Vers ce temps il va à Montreuil, à Hesdin, voyage se fatigue, si bien qu’il lui vient une tumeur et qu’il sent l’atteinte de ses maux d’autrefois. 11 avait quitté l’usage du lait, il faut le purger, à chaque halte il prend un lavement. A Dijon il a des tranchées, et est obligé de s’arrêter un jour. A Nuits il rend des matières sanguinolentes, et grâce à la tisane il évacue de la bile en abondance. De même le jour suivant ; mais sur la route il est pris par la pluie, et enfin il arrive à Chalon-sur- Saône, les membres transis, pâle, sans forces -, la fièvre le saisit et l’arrête huit jours : deux saignées et une quantité de lavements -, le quatrième jour la fièvre tombe, on le purge, et il rend encore beaucoup de bile.
Ici se place un épisode par lequel on voit que les courtisans reprochaient aux médecins de trop purger le roi et de ne pas le laisser manger assez. Bouvard tenta de se justifier devant Richelieu, qui l’exhorte à faire son devoir sans se soucier de ce que dira le roi, de ce que pensera la Cour. Aussi après le départ du Cardinal, le médecin n’hésite pas, malgré la faiblesse du malade, à lui faire administrer un lavement, le roi
(1) Arthritidis accrbissinn dolore.
le rend tout pur, se fait servir à déjeuner, et manquant d’appétit s’en prend à son médecin, quand tout à coup le remède fait effet, et le roi évacue de la bile à foison, si bien que le sommeil, la gaîté et la force lui reviennent aussitôt. Le roi s’étant levé le lendemain de grand matin prie, déjeune et s’embarque sur la Saône : c’est alors qu'il écrit a la reine son retour à la santé, lui disant qu’il s’est rétabli grâce à la nature, caries médecins n’y ont rien vu; c’est du moins ce qu’il a affirmé tout haut avoir écrit.
La venue de son grand écuyer Cinq-Mars le comble de joie, et il fait bonne chère tant à Grenoble qu’à l’aller et au retour de cette ville. Cela lui servait de contrepoison à ses ennuis et à ses inquiétudes, mais lui préparait bien des maux. Le roi donc envoie au diable son régime, son lait d ’ânesse, ses eaux de Forges, et son médecin avec !
Dans la suite de ce chapitre Lyonnet suit le roi dans ses pérégrinations et dit simplement que de temps en temps on le purgeait mais avec des médicaments trop faibles, que d’ailleurs il ne buvait plus d’eaux minérales ni de lait d’ânesse. A l’époque oùfut décidée l’expédition du Roussillon, il dut être purgé, et sitôt arrivé à Compiègne fut obligé de reprendre ses médicaments. Vers ce temps, et à Paris, se place une conférence qui eut lieu entre le roi, Richelieu et Bouvard ; on craignait que Louis ne devint hydropique : le premier médecin assure que ce danger n’était pas à craindre ; et connaissant l’aversion de son malade pour les eaux et le lait il lui ordonne du bouillon de veau (aqua vitulina), qui fait bon effet. Comme peu de temps après Bouvard s’efforçait de détourner le roi de suivre 1 expédition du
Roussillon à cause de sa santé, il se fâcha et lui dit que sans doute il avait lui-même envie de rester à Paris.
Chapitre VI. — Expédition de Perpignan. Parti en février 1642, le roi qui se rendait à Narbonne est pris par la goutte h Bagnolii (1) et arrêté malgré lui trois jours k Frontignan, où il se fit saigner deux fois. D’autre part il souffrit horriblement, k cause de la bile, d’une inflammation de l’anus ; de tous les remèdes qu’on lui appliquail ne sentit quelque bien que lorsqu’il fut près de Narbonne (2). C’est alors qu’il consentit pour la première fois k prendre de lacassependant un mois et demi. Des premiers jours de mars jusqu’à Pâques il souffrit cruellement et ne dormit pas ; il avait en effet le siège tout enflammé, k l’intérieur etau dehors; il tirait quelque soulagement d’injections de lait d’ânesse et de fomentations de bouillon-blanc ; mais bientôt la bile apparaissait de nouveau, témoignant qu’il y avait un ulcère plus haut dans l’intestin.
Il quitte Narbonne sur les conseils de Cinq-Mars et se dirige sur le Roussillon. Bouvard lk encore intervient pour qu’il ne pousse pas plus loin ; Cinq-Mars k ce sujet a une altercation avec le médecin. Le roi cependant arrive au camp, où, après un peu de mieux, il tombe malade ; son abdomen est distendu, il ne veut pas prendre de casse. A la nuit, sous l’aiguillon du mal il consent k absorber médecine, et la tension du ventre diminue -, il prend de la casse et un bouillon aux herbes, ce qui le dégage encore un peu ; sur la soir il a des frissons accompagnés d’un peu de fièvre
(1) Peut-être Bagnols (Gard).
(2) Apud Volcas, chez les Volqucs; les Romains appelaient ainsi les peuples de la Narbonnaise.
et d'un léger flux de ventre -, toutes les fois qu’il se lève, il a la pâleur d’un mort, au lever du jour, il se plaint de vives douleurs.
Bouvard voit qu’un abcès se forme et prescrit une saignée ; il prévient le cardinal et convoque les médecins ordinaires de service. La saignée n’abat pas la fièvre, ni ne diminue les symptômes ; après un jour et une nuit les frissons reviennent -, ou en augure la rupture de l’abcès, du séné est préparé. Une autre nuit s’étant passée, Bouvard écrit de nouveau au cardinal, lui demandant de presser l’arrivée des médecins ; pendant ce temps le roi ayant pris une ou deux tasses de tisane, eut une selle dont on augura bien : mais la fièvre continuant fit saigner le malade de nouveau ; après quoi il rendit une grande quantité de bile ce qui fit tomber la fièvre et revenir les forces. Bouvard rapporte aux autres médecins ce qu’il avait fait -, peu après le roi rendit dans une selle de petites membranes sanguinolentes, d’où les médecins conclurent qu’il yavait une lésion dans le mésocolon, mais ils convinrent de n’en pas faire part au roi pour ne pas l’effrayer. Pendant quinze jours, à la grande surprise des médecins nouveaux venus, le roi rendit ainsi de la bile et du pus. Aussi tous furent d’accord de le purger. Lui, frappé de rendre tant de bile en demande la cause à Bouvard qui en accuse l’abandon fait par Louis XIII, de ses tisanes depuis deux mois : la casse n’avait pas assez de force, disait-il, pour combattre la bile.
Les médecins commencent â désespérer de la vie du roi, et le premier médecin se décide à lui conseiller le retour. Il ne veut rien entendre, mais souffre martyre ; il ne sait comment se tenir, l’appétit et le sommeil le fuient, la faiblesse gagne d’heure en heure. A ce moment
de diverses provinces vinrent au roi des lettres de médecins conseillant divers traitements ; et l’auteur se vante d’avoir alors ainsi conseillé les eaux du Vigan et du Pont du Gard (1). Le roi déféré à ces avis, et boit des eaux ; mais voila qu’au bout de sept semaines le ventre enfle de nouveau, la faiblesse revient avec la fièvre ; on reprend la tisane. A la Pentecôte pour se confesser et communier, le roi peut à peine se tenir à genoux, même il ne touche pas les écrouelles. Il consent alors a s’en retourner ; les médecins préfèrent attendre, car ils craignent un nouvel abcès ou un nouveau flux de bile ; ils prescrivent uue purgation pour le lendemain, qui produit du mieux : le ventre se dégonfle, et la bile est rejetée. Le lendemain le roi veut se mettre en marche ; on craint pour lui les cahots d’une voiture, on prépare une litière, qu’il refuse de peur qu’on ne le croie mort ; le malheur voulut que le chemin habituel de voitures fut couvert par la marée, de sorte que le pauvre malade dut prendre par une route détestable, qui lui causa mille morts. Arrivé à Sigean il était si défait qu’il faisait à tous pitié : il passa la nuit blanche.
A Narbonne le roi apprend la conjuration de Cinq- Mars et s'en montra affecté. Après un arrêt d’un jour, il va à 131 itéras (2) où souffrant cruellement de son flux de ventre il se persuada qu’il va mourir. Jusqu’à Frontignan cependant tout alla bien, le voyage se faisait par bateau, mais de Frontignan à Monfrenium (3), les
(1) Vindomago urbi, et Ponti-ad-Gardonium.
(2) Peut-être Béziers (Biterras).
(3) Montfrin (Gard) source d’eaux minérales froide.
souffrances furent terribles, le trajet se faisant par terre C'est alors que, prenant un lavement pour atténuer la douleur, il souffrit tant qu’il résolut de ne plus jamais se laisser traiter ainsi, et s’il n’avait été arrêté par la crainte de Dieu, il se fût tué aux yeux des médecins. Arrivé à Montfrenium, il boit de nouvelles eaux (1), et cela calme son irritation d’intestins.
Le Cardinal députe auprès de lui son premier médecin pour avoir de ses nouvelles ; le jour suivant il se rend en voiture à Tarascon ; dans le carosse monte Richelieu, et le roi couché sur un lit a avec son ministre un entretien à l’issue duquel Louis XIII demande à Bouvard de ne pas lui cacher la gravité de son état. Celui-ci avoue que le mal est grave, mais non sans remède.
Revenu à Montfrin le roi dormit très bien : à
mesure d’ailleurs qu’il approchait de Lyon, la santé lui revenait ; la tranquillité était le meilleur remède pour lui ; avec cela il se prêtà à un régime, de sorte que peu à peu son mouvement de bile se calma, l’inflammation du siège disparut, ses ulcères se durcirent, l’appétit revint, avec le sommeil et les forces. Il joue à la paume avec plaisir, et bien s’en trouve, de même des promenades qu’il fait dans la campagne une lois arrivé au palais célèbre par ses eaux limpides (Fontainebleau).
De tout ce qui précède Lyonnet conclut en faveur de sa thèse : voyez, dit-il, comme la santé du roi décline quand le régime qu’il suit est mauvais ; voyez comme les forces lui reviennent dès qu’il se soigne.