‹ La mort de Louis XIIIChapitre 5 sur 10 · Chapitre VII. — A Fontainebleau le roi et le Cardinal · texte numérisé non relu

Chapitre VII. — A Fontainebleau le roi et le Cardinal

(1) Mainensium, peut être faut-il tout simplement entendre des eaux magnésiennes.

se rencontrent, d’où le premier fut à St-G-ermain, et l’autre à Paris puis à Rueil, et la mort empêcha toute nouvelle rencontre.

Un matin Bouvard visitant Louis XIII surprit une fièvre très forte, alors qu’il n’attendait rien de tel, et trouva le roi très abattu ; il essaya de lui rendre courage, à quelque temps de là Richelieu meurt (4 déc. 1642). Le roi avait envoyé Bouvard à son chevet; à son retour, pendant trois jours , de sa propre initiative il prend du lait, mais sans profit. Cependant il change totalement sa manière de vivre ; il choisit son temps pour chasser, mange peu et des mets simples, du poulet souvent, boit de l’eau d’orge bouillie avec de la racine de chicorée, aromatisée avec de la réglisse ou du citron ; il en prend au réveil deux ou trois tasses de demi-heure en demi -heure, trois heures avant son repas.

La mort du Cardinal donne à réfléchir au roi ; il se soigne, et pour se distraire du repos forcé, jardine et fait des confitures ; mais le mal tenait bon. Bouvard cependant ne sachant où La bile le tourmentait, pour chercher s’il y avait lieu de le purger ou non, lui ordonne du lait d’ânesse dont il s’était si bien trouvé autrefois. Le roi en but une tasse alors qu'il avait coutume d’en prendre deux; elle ne laissa pas cependant de faire effet, mais le malade eût des tranchées et à la nuit rendit de la bile. Des gargouillements se faisaient entendre dans l’abdomen ; la purgation est décidée, et en conséquence le patient est prévenu de manger peu. Au souper le roi se sent en appétit d’abord et mange des épinards, puis sa faim disparaît ; le lendemain après une bonne nuit il prend une infusion d’orge : deux heures après il vomit ses épinards et

rend des matières blanches et fétides. La fièvre le prend, pendant trois semaines les selles sont copieuses, de couleur cendrée, fétides, et on y observe du pus comme on avait fait autrefois en Roussillon, on diagnostique un abcès, cependant la fièvre étant tombée, on renonce à la saignée.

Les médecins pensent que cet abcès a pris naissance vers le temps de la mort du cardinal ; le roi au contraire estime que c’est le même dont il a souffert en Roussillon, on ordonne de la tisanne d’orge et de chicorée avec du séné, mais le malade s’en étant aperçu revient à sa tisane accoutumée. Après trois semaines, son flux de ventre s’étant calmé, il parut aller mieux, quand tout à conp il rendit de la bile mélangée à du pus, de la grosseur d’un œuf, cela pendant deux ou trois jours, tout comme à Perpignan.

Suit une apologie du médecin qui a traité le roi et qui, dit notre auteur avait pris toutes les mesures pour pré venir cette maladie. Bouvard cependant à fait parta la reine du danger couru par son époux. Celui-ci a l'abdomen enflé, se sent si mal qu’il consulte les hommes de l’art sur la gravité de son mal afin de prendre des dispositions et dérégler ses affaires tant politiques que privées. Bouvard répond qu’il n’y a pas péril, qu’il va le purger afin de donner cours aux eaux ingérées qui ne peuvent sortir, et que surtout, le roi ne se tourmente pas. A midi après avoir rendu par trois fois une grande quantité d’humeurs, il se sent mieux, se calme, se purge et rend les eaux qui le faisaient souffrir. Le lendemain le premier médecin voyant la fièvre revenue sollicite une consultation ; le roi déclare vouloir se contenter des médecins qui l’assistent et qui connaissent son tempéramment. La fièvre cède à une double purgation, une

saignée ensuite; mais ce qui fit surtout du bien c’était la tisane ; c’était, même le seul remède que le roi voulut prendre, car i L avait en horreur tous les aliments liquides que l’on a coutume de donner aux malades, jus, boudions, etc.

Après sa purgation le roi donc se trouva mieux, mais ce fut seulement un répit momentané ; on était alors au commencement d’avril {le ltr). A midi Louis a la fièvre, frisonne ; le lendemain l’accès se montre moins fort, et on évite la saignée. Cependant malgré les objurgations de ses chapelains et de son confesseur, le vendredi suivant, il ne veut prendre du jus de viande, et se contente d’un œuf au verjus. La fièvre reparaît plus forte, il rend des matières fétides ; on le saigne le samedi et la fièvre dfminue.

Trois mois avant sa maladie, Bouvard avait observé une toux sèche chez le roi, et en avait conclu à un abcès au poumon, ce qui dans les circonstances présentes pouvait accélérer la mort. C’est pourquoi le médecin prévint la reine du danger.

Le roi met ordre à ses affaires ; déclaration du 19 avril ; le mercredi il reçoit le viatique, quoique ayant été contraint de boire la nuit ; le jeudi il reçoit l’extrêmeonction. Les médecins lui font boire du lait, et il rend des humeurs grasses, bilieuses, verdâtres, d’où il éprouve un soulagement. Ceux qui ne savaient pas combien le roi était atteint en conçoivent de l’espérance ; les médecins en profitèrent pour l’exhorter à prendre de la nourriture. Louis, bien que résigné à mourir, se reprend presque à espérer et appelle en consultation trois médecins de Paris : De la Vigne et Moreau auxquels il permit d’adjoindre Vautier, autrefois médecin de la Cour, et qu’il connaissait Ceux-ci

ne se compromettent pas, se contentant d’approuver ce qu’à fait le premier médecin .

Trois semaines cependant se passent ainsi, pendant lesquelles le malade ne prend guère que « e rosis tincturam oxyacanthæ succo elicitam». Le lait ne suffisait plus à évacuer sa bile, on résolut de lui donner un purgatif. Ce fut toute une affaire de le lui faire prendre, néanmoins il s’en trouva assez bien, si ce n’est qu’il toussa pendant la nuit, ce qui effraya Bouvard qui conjecturait un abcès au poumon.

Quelques jours plus tard on purge de nouveau le roi. Le médecin craint toujours une rupture du poumon; en effet le même jour, vers le soir, le malade se met à tousser et la toux n’est plus sèche et intermittente, mais humide et continue ; il crache beaucoup «d’où l’on perçut très nettement qu’un abcès s’était crevé.» La gorge, le palais, la langue enflent aussitôt, et le roi ne peut plus ni boire ni manger , ses selles montrent qu’il est réduit à avaler le pus de son abcès : enfin la fièvre augmente sur le soir, avec des frissons, et bientôt est au paroxysme. Les médecins désespèrent et ordonnent « margaritarum magisterum », pour prescrire quelque chose.

Vers le soir le roi s’étant assoupi est réveillé par un éclat de voix de son confesseur, il s’emporte, et n’osant s’en prendre au Père, il se rejette sur son premier médecin et lui dit des choses fort dures. Le lendemain cependant il s’excuse et déclare qu’il se repent d’avoir été si violent, Le jour qui fût le dernier jour du roi, il n’avait rien pris depuis vingt-quatre heures ; ayant interrogé Bouvard sur ce qu’il y avait à faire, celui-ci lui répondit que le seul moyen de prolonger sa vie était de manger ; le malade prend un bol de gelée (gelatinæ). puis demande à son médecin ce qui lui reste

à vivre ; on lui répond que sa dernière heure est venue Louis voit approcher la mort sans crainte et meurt bientôt entouré de sa famille en pleurs.

Le lendemain on fit l’ouverture du corps, pour 1 embaumer et faire l’autopsie. Voici ce que nous savons, dit Lyonnet ; l’estomac fut trouvé plein de bile verdâtre, noirâtre, où il y avait un ver; les intestins étaient blancs, le mésentère perforé de-ci de-là d’ulcères dont le pus emplissait l’abdomen, et au milieu duquel les intestins nageaient, Ceux-ci très gros en divers endroits avaient perdu leur enveloppe interne ; du colon ouvert, du pus s’écoulait dans le rectum. Le foie était jaune, maigre, desséché, sa tunique crevassée, déchirée ; la partie supérieure d’un poumon rompue et détruite par un abcès.

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