Chapitre VIII et dernier. — Il est analysé par Louis dans son mémoire
Tel est ce curieux ouvrage de Lyonnet; on voit qu’il est écrit par un médecin soigneux, un bon observateur, sinon un parfait thérapeute. Il a le grand mérite d’exposer exactement l’opinion de Bouvard, et c’est pour cela que nous nous y sommes arrêtés si longuement.
Sitôt paru, il provoqua une réponse anonyme, mais dont l’auteur est facile à reconnaître. C’est une pièce en latin de 23 pages in-8° sous forme de lettre, sans lieu d’impression et datée Cal. Febr. MDCXLVII ; elle a pour titre ; Francisco Valterio archiatron (1) comiti , Guillelmus verus. On n’en trouve aucune indication, ni dans Eloy, ni dans Dezeimeris, ni dans Choulant, ni dans Lelong, ni dans Haller ; Pauly seul le cite après l’ouvrage de
(1) Archiater, archiatre, médecin du roi. Archiatron cornes titre réservé au seul premier médecin du roi (Ghomel).
Lyonnet sous le nom de Verus(Guillelmus) et le qualifie : contre l’ouvrage précédent. On peut certainement l’attribuer a Charles Guillemeau, quoique dans le cours de la lettre, lorsqu’il parle de lui il écrit son nom Guillemœus et et non Guillelmus 5 mais on y reconnaît bien son style grossier et ses procédés de polémique injurieuse 5 puis ce seul fait que Lyonnet fût médecin de Montpellier suffisait pour que Guillemeau l’attaquât comme il avait fait pour Courtaut, Vautier cependant aussi était de Montpellier, mais il venait d’être nommé premier médecin de Louis XIV, en 1646, à la mort de Cousinot, gendre de Bouvard, tandis que ce dernier était en disgrâce ; il était bien naturel qu’un médecin de cour se tournât du côté du soleil levant.
Cette lettre a pour but de réfuter la dissertation de Lyonnet : au début l’auteur se demande « comment il peut y avoir, chez des hommes, une audace assez grande, une témérité assez profonde, une effronterie assez intense, et un jugement assez dépravé pour oser non seulement étaler en public les maladies des Rois, mais encore soulever des questions que toi (Vautier), homme éminent tant par ta science que par ton usage des cours et ta merveilleuse habileté politique, tu as toujours jugé à propos de cacher et même d’envelopper d’un silence éternel et religieux . »
Puis pourquoi, continue-t-il, vouloir prouver ce que personne n’a jamais mis en doute. 11 estime ce livre « farci de mensonges les plus éhontés, d'impostures, de fourberies et de mauvaise foi ; on y trouve, comme en un parfait testament de Bouvard (plaise aux dieux que ce le soit !) ses forfaits et ses complaisances envers le roi Louis XIII, exprimés et peints sur le vif.»
C’est en même temps un plaid oyerjoro domo sua\ Qui, dit-il, à cette époque, à soigné le roi, si ce n’est Guil-
lemeau ? il était là, en effet avec Bouvard ; pourquoi donc ne louer que Bouvard seul, Guillemeau aussi méritait bien des éloges.... (Scrupuleuse modestie, mais qui n’était pas rare à cette époque, Bouvard en faisait autant à l’occasion).
C’est lui Guillemeau, qui a donné la bonne impulsion au traitement du roi, en s’opposant aux saignées que lui voulait toujours pratiquer son premier médecin; du reste il l’a entendu aussi de la bouche même de Chicot et de Baral : s’ils n’avaient pas, à Perpignan empêché de saigner le roi, jamais le pauvre monarque ne serait arrivé vivant à Paris, car Bouvard le saignait sans rime ni raison (1).
Il finit presque par dire que c’est à Bouvard qu’il faut attribuer la mort du roi ; puis en terminant son acrimonieux libelle il laisse percer les sentiments secrets qui l’animaient contre l’ancien premier médecin : il en veut beaucoup au livre de Lyonnet, qui aurait la prétention de remettre en lumière Bouvard que l’univers, heureusement, commençait à oublier.
Ce factum de Guillemeau n’apporte aucun document nouveau pour nous sur la santé de Louis XIII, mais il est particulièrement curieux dans sa forme et son expression virulente ; il prouve une fois de plus que la terrible invidia medicorum est vieille comme ie monde ; de telles polémiques ne sont malheureusement pas le propre du seul dix-septième siècle.
(1) A rapprocher de ce qu’on lit dans les Archives curieuses 2e série, t. V, p. 63 : on y prétend que, dans l'espace d’un an, Bouvard fit saigner le roi 47 fois, lui fit prendre 212 médecines, et 215 remèdes!