LES MÉDECINS QUI APPROCHÈRENT LE ROI
Nous nous proposons maintenant, avant de reprendre les maladies de Louis XIII, pour en faire la discussion médicale, et tâcher d'en tirer des conclusions, c'est-àdire un diagnostic, de faire rapidement connaître les principaux médecins qui furent appelés à donner des soins au roi: plusieurs d’entre eux sont presque ignorés, d’autres au contraire ont laissé un certain renom, et leur biographie ne manque pas d’intérêt.
Lyonnet (1) (Robert), est né au Puy en Velay Anicii Velaunorum ou Podium Anicii; cette ville est ainsi appelée de la montagne d’Anis sur laquelle elle est située et dont elle portait autrefois le nom. Quelques biographes, trompés par la ressemblance des mots, ont cru Lyonnet et quelques autres, de ses compatriotes natifs d’Annecy en Savoie ; mais ce médecin quoiqu’il parle rarement de lui même, dans sa Loimographia apprend cependant qu’il avait fait ses études à Toulouse et à Montpellier -, il se dit expressément sujet du roi de France, et cite fréquemment les bourgs, châteaux, et même les ruisseaux des environs du Puy. Il fut médecin consultant du roi Louis XIII. La peste qui désola sa patrie en 1629 et 1630 lui donna occasion de faire des observations sur ce fléau. Quelques années après il publia un ouvrage, fruit de ses recherches et de ses réflexions, qu’il dédia a Charles Bouvard. Il a
(1) V. Michaud. Biographie universelle, t. XXV p. 563.
pour titre : « Roberti Lyonnet aniciensis, consiliarii medici regii Aoi[xoypa<pia, seu reconditarum pestis et contagii causarum curiosa disquisitio, ejusdemque methodica curatiot . Lyon. Prost. 1639 » in 8° de 376 pages
Cet écrit sur la peste est divisé en 56 chapitres, et d’un style correct. On a aussi de lui la Brevis dissertatio que nous avons analysée
Il fut doyen de la Faculté de Valence, et c’est probablement lors d’un passage du roi dans cette ville qu’il eut l’occasion de lui donner des soins et de faire la connaissance de Bouvard.
C’est tout ce que nous savons sur Lyonnet, les dictionnaires d’histoire médicale ne parlent pas de lui.
Guillemeau (1) (Charles), (1588-1656), fils de Jacques Guillemeau, qui mourut en 1609 • il fut comme son père chirurgien ordinaire du roi et membre du collège de chirurgie de Paris; né en 1588, il se distingua de bonne heure par l’enseignement de l’anatomie. Devenu dans la suite premier chirurgien du roi Louis XIII, le titre de chirurgien ne suffit pas à son ambition ; il se mit sur les bancs de la Faculté et se fit recevoir docteur en médecine (1626). En 1634 il fut élevé aux honneurs du décanat ; il eut à soutenir en cette qualité les droits et prérogatives de la Faculté de Paris contre les prétentions de Montpellier, dont Courtaud était alors le prin-
(1)V. Moreri, Dictionnaire; Dezeimeris, dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, Paris 1834; Eloy, dictionnaire histor. de la médecine ancienne et moderne ; Mons 1778 ; Haller Bibliotheca medicinæ praticæ, Berne et Bâle 1777 ; Van der Linden de scriptis medicis, Amsterdam
cipal champion , Guillemeau le poursuivit de ses écrits et l’accabla d’injures. Il mourut le 21 octobre (Chomel) ou novembre 1656-, Il est auteur des ouvrages suivants :
Traité des abus qui se commettent sur les procédés de l’impuissance des hommes et des femmes. Paris 1G20 in 8° de 42 pages.
Suite du traité de la grossesse et accouchement.... etc., de Jacques Guillemeau, Paris, 1621.
Histoire des muscles du corps humain, dans les œuvres de Jacques Guillemeau.
Ostémyologie ou discours sur les os et les muscles, Paris 1615, in 8°.
Aphorismes de chirurgie, Paris 1622 in 12
Cani injurio, sive curto fustis, hoc est responsio pro seipso ad alteram apologiam impudentissimi et irnportunissimi Curti, Mostpell, canis celiarii, hoc est Joh. Courtaud med, Med. Monspeliens Paris, 1654 in 4°.
Defensio altéra ad versus impias, impuras et impudentes tum in se, tum in principem medicinæ, Scholam parisiensem, anonymi copreæ (nominatione Joh Courtaud medici monspeliensi) calumnias ac contumelias Paris, 1555, in 4°.
Margarita, scilicet e sterquilinio cloaca Leonis aôeov Cotyttii Baptæ spurcidici, barbari, solœsistæ, imo holobarbari. holosolœci, verberonis curti, (sive ejus dem Joh. Courtaud, med monspeliensis) idem Heroardi, verissimi aniatri indignissimi, quot fuerunt, archiatri, ut vulgo loquuntur nepotis purulentiæ, ad stolidos, lividos, indoctos, absurdos ejus amatores admiratores, buccinatores et infamis operœ deribitores ». Paris, 1655 in 4°.
Guy Patin parle de Guillemeau avec éloges ; mais Goelicke, qui le cite dans son histoire de la chirurgie,
le traite bien différemment ; il le blâme hautement pour avoir écrit des livres injurieux contre Jean Courtaud ; il le déclare même « indigne de la place qu’on lui donne parmi les médecins de son temps ». Les titres seuls des ouvrages que nous venons d’énumérer justifient les reproches de Gœlicke, dont l’esprit ne goûtait pas cette satire mordante, qui faisait les délices de Guy Patin. Du reste dans cette voie de libelles injurieux contre la faculté de Montpellier, Guillemeau ne s’engagea pas seul : Jean Riolan, René Moreau et Guy Patin lui-même le suivirent.
Si l’on juge du fonds de ses ouvrages par les titres, on est en droit de croire que l’auteur y a rassemblé tout ce que la fureur peut imaginer d’injures; nous en avons encore vu un exemple dans la réfutation de la dissertation de Lyonnet dont nous avons donné une courte analyse, et qui est adressée à Vautier.
Haller signale encore la p>art qu'il prit à deux dissertations, toutes deux sur la dyssenterie. La première de ces « disputationes » eut lieu entre Charles Bouvard et Charles Guillemeau, en 1626 à Paris, sous le titre : Non e dysentericis adstringentia. L’autre, de Charles Guillemeau et Guillaume Petit : E dysenteriæ utraque evacuatio, est de Paris, 1644.
On a encore attribué à Charles Guillemeau une thèse qu’il présida en 1648 sur ce sujet : « La méthode d’Hippocrate est-elle la plus certaine, la plus sûre et la plus excellente de toutes à guérir les maladies, avec des observations sur les points les plus importants. » Ces points les plus notables sont : Sur le séné, 1 antimoine, les remèdes cardiaques, sur l’os du cœur d’un cerf et la corne de licorne, les perles, les pierres précieuses, le bézoard, les confections d’Alkermès et d’hyacinthe, le
laudanum, les apozèmes, la thériaque et le mithridat. Cette thèse traitée en latin, et traduite en français la même année 1648 était plus développée qu’on n’avait coutume à Paris ; et l’on soupçonna fort Guillemeau, qui la présidait, de l’avoir composée, mais (1) celui qui la soutenait se fâcha, et déclara qu’il en était bien lui-même l’auteur. C'était le fils aîné de René Moreau, Jean-Baptiste Moreau, qui fut doyen en 1672 et 1673 et mourut le 27 septembre 1693.
De la vigne (2) (Michel), 1588-1648, il était de Vernon, en Normandie, où il naquit le 5 juillet 1588. Chassé de cette petite ville par les Tailles et les Aydes, il se réfugia à Paris, et se mit à enseigner la Rhétorique dans le collège du cardinal Le Moine; mais il se livra vite à l’exercice de la médecine et prit le bonnet de docteur le 1er octobre 1614. il futélu doyen en 1642, et c’est comme tel (iue nous le voyons figurer à l’autopsie de Louis XIII. Nous avons déjà parlé des deux discours qu’il prononça pendant son décanat, contre Théophraste Renaudot.
Il avait une grande réputation pour la connaissance des fièvres et de leurs remèdes ; mais il n’a laissé qu’un seul ouvrage et très peu étendu, qui fut imprimé à Paris en 1671. in 12, sous le titre de « Dieta Sanorum, sive ars sanitatis. »
Ce médécin mourut le 14 juillet 1648, et laissa une fille mademoiselle De la Vigne qui passa pour une des femmes les plus savantes et les plus spirituelles de son temps. Elle survécut à son père jusqu’en 1684. Il eut
(1) V. Goujet, méin. sur le collège de France, t. III, p. 194.
(2) V. Eloy. Dict. Hist.
aussi un fils Michel qui fut reçu docteur de la Faculté de Paris le 23 novembre 1650.
Moreau (René) (1) (?) 1587-1656, Ce fut un des médecins les plus remarquables de son temps. « La faculté de médecine de Paris, dit Goujet s’est toujours glorifiée d’avoir eu pour membre René Moreau, qui en effet lui a fait beaucoup d’honneur, par un savoir si étendu que Jacques du Chevreul, dans un discours prononcé en 1647 au collège Royal, n’a pas cru exagérer en disant qu’il savait tout ce que les bibliothèques contiennent ».
René Moreau du Moulin était né à Montreuil-Bellay, petite d’Anjou, vers 1587, de Mathieu Moreau, médecin du duc d’Alençon. Il se rendit à Paris après ses études, et se mit en 1616 sur les bancs de l’Ecole de la Faculté de médecine. Il y eut pour maîtres en particulier Simon Piètre et Claude Charles.
Il passa ses thèses de baccalauréat en 1617 et 1618 ; de licence en mai 1618, et de doctorat en 1619. Il fut doyen en 1630 et 1631. L’année suivante il fut nommé professeur royal en médecine et en chirurgie, en la place de Denys Bazin, mort au mois de septembre 1632. Il prononça son discours d’installation le 21 avril 1633 ; c'est un panégyrique de Louis XIII qui, bien que très flatteur ne dit rien que de conforme à la vérité.
11 était médecin de l’hôpital général, et malgré sa nombreuse clientèle et ses leçons du collège Royal et de la Faculté, il trouva le temps de composer de nombreux ouvrages.
(1) V. Biographie univ. de Michaud. T. XXIX p. 252 ; Y. abbé Goujet. mem. sur le collège de France, t. III, p. 153. V. Baron ; Chomel.
Fort jeune encore il avait donné en vers latins un poème contre l’usage de porter la calotte qu’il prétendait malsain. 11 est intitulé : kAnti-Calotta. Paris, Jean Libert, in 4°, s. d. -, C'est une réponse à un poème en laveur de la calotte : elle est suivie de quelques vers de Pierre Citois, Poitevin, qui fut médecin du cardinal de Richelieu.
Les autres ouvrages de René Moreau sont : 1° Un traité sur la saignée dans la pleurésie, suivant une nouvelle édition d’un ouvrage de Pierre Brissot sur cette question, et avec une vie de Brissot. Paris, 1622 in 8°.
2° Schola Salernitata, de valetudine tuenda. Paris, Thomas Biaise 1625 in 8°, réimprimé en 1672 ; ce traité est accompagné des commentaires déjà parus sur le livre connu sous le nom de PEcole de Salerne qu’il compléta et revit d’après des manuscrits plus amples etmoins défectueux, avec de nombreuses remarques nouvelles.
3° Les œuvres de Jacques Sylvius ou du Bois, d’Amiens, accompagnées de sa vie et de son portrait, Genève 1630, in-folio. Moreau a dédié cette édition à Charles Bouvard, dans la préface il attaque principalement les Empiriques.
4° Vie de Guillaume de Baillou, à la tète des Consilia Medicinalia de cet auteur. Paris, 1635 in 4°.
5° Une édition du livre d’Hippocrate sur les maladies internes, de Jean Martin, médecin delà faculté de Paris, professeur royal, et médecin de Marie de Médicis,
Pàris. Jean-Libert 1637, in 4°. Cet ouvrage est dédié à Pierre Seguin.
6° Défense de la Faculté de médecine de Paris contre son calomniateur (Théophraste Renaudot), — Paris, 1641, in -4°.
Ce livre est dédié au cardinal de Richelieu, il fut imprimé anx dépens de la Faculté qui, sur un décret spécial, accorda à l’auteur une certaine somme pour aider aux frais de cette impression.
On voit par là quelle place importante René Moreau tenait à la Faculté de Paris.
7° Une lettre à Baldi, sur la pleurésie — Paris, 1641, in- 8°. — Baldi était médecin et professeur en l’Université de Rome. Ses disceptationes sont adressées à René Moreau qu’il loue beaucoup dans l’épître dédicatoire.
8° Un traité : Du Chocolaté, traduit de l'Espagnol, d’Antoine de Colmenero — Paris, 1643, in 4°.
9° Une nouvelle édition de l’ouvrage de Jean Martin — Paris, 1646, in-4°, dédiée à Jacques Cousinot.
10° De Laryngotomia, avec le traité de Bartholin : <c de Angina puerorum. » — 1646, in-8°.
11° Un mémoire contre l’Académie de Montpellier^ 1646 in 8°.
1 2° L ’épitaphe de Gabriel N audé , qui parut en 1 659 , in- 4° .
René Moreau mourut le 17 octobre 1656, à 69 ans, ou 72 ans (Guy-Patin). Il vivait épousé la nièce de Simon- Piètre, deuxième du nom -, il fut enterré à Saint-Jeanen-Grève. Il avait amassé une nombreuse bibliothèque, remplie de livres curieux et singuliers, qui fut vendue après sa mort. 11 laissa deux fils, qui furent docteurs en médecine et professeurs au collège royal. Nous avons, dans la note sur Guillemeau, parlé de la thèse du premier.
Son second fils, Jean Baptiste-René Moreau, soutint en 1676 une thèse : « an ex tabaco calvities ?» 11 y prétendait que l’usage du tabac rendait chauve.
Ceci semble moins démontré que le port de la calotte, contre lequel avait combattu son père. Nous avons
trouvé dans d’Hozier (1) les armes de Jean -Baptiste- René Moreau, conseiller, médecin, lecteur et professeur ordinaire du Roy et docteur-régent en médecine de la Faculté de Paris. Ce blason est établi en 1697 ; c’est le même que celui de René Moreau : « Porte écartelé au « premier d'or avec arbres de sinople; au deuxième « d’azur a un lion d’or • au troisième de gueules à cinq « lozanges d’argent, posées en croix *, et au quatrième « d’argent treillissée de sable.
Charles (Claude) (2), 1574-1631), né à Paris vers 1574, commença sa médecine en 1604, après avoir étudié les belles-lettres et les lois. Sa troisième thèse (1606) est sur cette question : « an dysenteriæ utilis purgatio ? Si la purgation est nécessaire dans la dyssenterie, il conclut négativement. 11 succéda en la chaire de professeur royal en chirurgie le 18 septembre 1607 à son beaupère Simon Piètre. Il faisait beaucoup de clientèle et se démit de sa charge du collège de France en faveur de Henri Blacuod, en 1623. Il fut appelé plusieurs fois à Villeroy et ailleurs avec Bouvard et Séguin, à l’occasion de maladies de Louis XIII. 11 mourut le 21 janvier 1631 à 57 ans.
Séguin (3) (Pierre), 1566-1648, parisien, né vers 1566, fils et petit- (ils de médecins parisiens, il fit ses études h Paris, et d’après Guy Patin fut même professeur de quatrième au collège du Cardinal Le Moine. Puis il se livra à la médecine. Thèses en 1588, 89, 90 ; licencié le 6 juin 1590.
(1) Bibliothèque nationale, départements des manuscrits, Armorial général, Paris, t. I, f° 1096, n° 2495.
(2) Goujet, 1. c. p. 107.
(3) Goujet, 1. c. p. 75.
Après la chaire de chirurgie d’Àkakia (1594), il occupa (1599), celle de médecine, succédant à Jean Duiet. Son mérite le fit appeler auprès de Louis XIII pour être un de ses médecins consultants ;et il gagna la confiance de la reine Anne d’Autriche qui le choisit pour son premier médecin en 1618 ; c’est en cette qualité qu il lut présent à l'autopsie de Louis XI IL
11 mourut à Paris le 28 janvier 1648, à l’âge de 82 ans et fut enterré en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois. Il était doyen des professeurs royaux depuis la mort de Vignal arrivée en 1640.
Il a édité les oeuvres de Jean Martin, dit Guy Patin. Ce fut à lui que René Moreau dédia les Prœlec.tinnes in librum Hippocratis de morbis internis, de ce Jean Martin, imprimées en 1637 in-4°. — Séguin est l’auteur de l’éloge historique du même Martin qu’on trouve en tête de cet ouvrage.
Il eut un neveu, Claude Séguin, qui fut premier médecin de la reine Anne d’Autriche ; il prit sa chaire en 1630, et l’occupa jusqu’en 1668, où il entra en religion et fut élevé au sacerdoce. Guy Patin, qui le maltraite dans ses lettres, dit qu’il obtint une riche abbaye et qu’il comptait même parvenir à l’épiscopat ; il prétend que Claude Séguin n’embrassa l’état ecclésiastique que par avarice, quoiqu’il fût resté veuf, fort riche et avec un fils unique. 11 mourut en 1572.
Bouvard (1) Charles, 1572-1658. 11 est né vers 1572 â
(1) V. Baron, Goujct, Chomel, Elov, Dezeimeris, Michaud. 1. c. — V. Appendice III, nn document inédit sur les lettres de noblesse données à Bouvard en 1639.
Nous aurions voulu reproduire un portrait de Bouvard,
Montoire-en-Vendômois (Loir-et-Cher). Son père était médecin, mais Charles Bouvard resta orphelin de bonne heure; peu fortuné il eut à lutter contre l’adversité. Il alla h Angers où il s’appliqua à l’étude des humanités, à celle de la philosophie, puis ù celle du droit ; il prit même des leçons de Marin Liberge, mais il voulait être médecin. 11 quitta Angers et vint à Paris où pendant sept ans il étudia toutes les parties de la médecine avec tant d’assiduité qu’il employait h l’étude même une partie de ses nuits ; il travailla surtout l’anatomie, disséquant par lui-même, et la botanique.
Le 16 décembre 1604 il soutint sa première thèse pour le baccalauréat ; Jacques Letus la présidait ; elle a pour titre : « An mulieri quam viro venus aptior ; » si les plaisirs de l’amour conviennent mieux à la femme qu’à l’homme; il conclut pour l’affirmative. L’année suivante il soutint ses deux autres thèses de baccalauréat, avec Pierre Séguin et Simon Bazin comme présidents. La première : « an déclinante morbo sanitas » ; si la santé est la suite du déclin de la maladie, avec conclusion affirmative ; la seconde avec la même conclusion : « an epilepsia post vigesimum quintum annum sanabilis »; si après l’âge de 25 ans l’épilepsie est guérissable. Ces deux dernières thèses sont imprimées, la première ne l’a pas été. C’est dommage, il eût été curieux de savoir sur ce délicat sujet l’opinion de Bouvard qui devait être médecin de Louis XIII, ce roi
mais nous n’en avons pas pu trouver ni à la Bibliothèque nationale, ni à la Faculté, ni à l’Académie de médecine, ni aux Archives du Muséum ; il n’y en a pas de connu dans aucune des grandes collections.
qui ne semble pas avoir été un fervent du culte de Vénus.
L’abbé Goujet nous apprend que Bouvard soutint ces trois thèses avec tant de succès qu’il mérita qu’on lui décernât le « 'premier lieu de la licence, ce qui a toujours été un grand honneur pour un bachelier. » René Chartier, son compatriote, qui fut professeur au Collège de France prononça le 20 mai 1606 à l’occasion de la réception de Bouvard à la licence le discours de l’acte des Paranymphes ; il y dit que son père à sa naissance, par un serment solennel l’avait voué â l’art médical. L’année suivante Bouvard rendit le même office à son panégyriste, car pour obtenir le titre de docteur régent, il présida ainsi qu’il était d’usage, à la thèse manuscrite que soutint Chartier le 4 juillet 1607, et qui était intitulée : « An mulier naturæ -apexêaci; si la femme est un écart de la nature.
Les autres actes de Faculté de Bouvard n’ont été cités par aucun biographe; nous les avons trouvés dans un autre recueil de Baron, de la même année (1752), que la « quœstionum medicarum... sériés clironologica, » universellement connue, et qui est intitulé :« quœstiones medicæ in scholis parisiensibus agitatæ pro actibus vesperiarum, doctoratus et regentiæ, vulgo pastillariæ dictæ » .
Le 24 juillet 1606, pour l’acte des vespéries, Bouvard a discuté sur cette question : « an a meridie (vel), a medicamento super dormiendum » ; si l’on doit prolonger le sommeil dans le milieu du jour, ou à l’aide d’un médicament ?
Trois jonrs après, le 27 juillet, il obtenait le doctorat en soutenant cette grave discussion : « an in morbis aquæ (vel) vini potus salubris » ; si dans les maladies
il vaut mieux boire de l’eau ou du vin. Et enfin le 2 janvier 1607 il était proclamé docteur-régent, après les actes dits pastillaires, où il avait disserté : « an mulieri procuranda sterilitas (vel) procurandus abortus? » si l’on peut procurer à la femme la stérilité, si l’on peut lui procurer l’avortement?
Bouvard acquit bientôt une grande réputation. Futil nommé professeur au Collège de France; les auteurs ne sont pas d’accord; certains indiquent même la date de 1625, mais il est presque démontré qn’il n’y occupa jamais de chaire.
Enfin en 1628 il fut choisi pour succéder à Héroard en qualité de premier médecin de Louis XIII ; cette place qu’il remplit jusqu’à la mort du roi lui conféra aussi le titre de surintendant du Jardin des plantes, à l’établissement duquel on dit qu’il eut une grande part. Le Jardin royal avait été fondé en 1626 et Guy de la Brosse en fut le premier surintendant; il mourut en 1641, et Bouvard son parent lui succéda dans cette place .
Il était fort jaloux des droits attachés à sa place de premier médecin du roi. Le 16 décembre 1633, il sollicita et obtint un arrêt du Conseil d’Etat qui supprima une thèse présentée à la Faculté de médecine et qui avait pour titre : « si dans l’inflammation des viscères nourriciers, la boisson des eaux minérales est salutaire.» En sa qualité de premier médecin, Bouvard avait la haute juridiction, la surintendance sur les eaux minérales du royaume. En 1633 il prescrivit au roi les eaux de Forges ; la famille des Piètre, médecins, n’était pas de cet avis ; ils voulurent alors faire imprimer la thèse : « an visceribus. . . »; Bouvard l’apprit et eut le crédit d’en faire retarder l’impression. Des docteurs de ses amis demandèrent qu’elle fût de nouveau examinée,
mais le Doyen qui l’avait approuvée se plaignit au Parlement de ce qu’on allait contre ses droits. Bouvard fit évoquer l’affaire au Conseil du roi; le Doyen fut mandé à Saint-Germain où était la Cour ; ù l’audience que lui donna le vice-cliancelier, il déclama contre la conduite du premier médecin qui renversait la discipline des écoles. 11 fut obligé de retourner une deuxième fois à Saint-Germain, où le vice-chancelier lui remit un ordre du roi, portant défense à la Faculté de traiter aucune question qui eût trait aux eaux minérales. Quelques mois après, le tour de Bouvard, pour présider à une thèse arriva; il obtint alors une lettre de cachet qui permettait aux docteurs, pour cette fois seulement, de disputer sur les eaux minérales, et leur ordonnait d’inscrire comme vraies sur les registres de la Faculté les conclusions de cette thèse. La Faculté fut contrainte d’obéir; la thèse : « an calidis.., » fut soutenue le 25 février 1634, et le 12 avril suivant, la Faculté, sur l’ordre du vice-chancelier, remit au procureur général un extrait en français de ce qui avait été inscrit sur les registres relativement à cette affaire. Si l’on remarque que précisément en 1634, le Doyen se trouvait être Charles Guillemeau, on comprendra pourquoi il en voulait tant à Bouvard, et comment il saisit l’occasion, en 1647 de réfuter le panégyrique qu’avait fait de lui Lyonnet, se vengeant ainsi alors que Bouvard n’était plus rien en Cour, de l’humiliation qu’il lui avait infligée en 1634 dans cette affaire des eaux minérales.
Bouvard est mort le 22 octobre 1658. Guy Patin nous apprend dans ses lettres (1) qu’il avait alors 86 ans et qu’il mourut de chagrin et exténué de vieillesse, qu’il fut enterré à Saint- Séverin sans aucune cérémonie, et <. (1) Tome I, lettre 122 de l’édition de 1692.
quela Faculté de médecine ne fut même pas convoquée à ses obsèques ; ce qui paraît bien étonnant. On pourrait croire plutôt quelle fut convoquée, mais qu’en raison de la diatribe à laquelle il s’était livré contre elle et contre plusieurs de ses membres dans l’ouvrage dont nous allons parler tout à l'heure, elle jugea ne devoir pas rendre les derniers devoirs à celui qui dans un écrit satirique, avait cherché à la vilipender.
Une de ses filles avait épousé Jacques Cousinot, docteur régent en 1617, qui était premier médecin de Louis XIII à survivance et qui le fut en titre de Louis XIV, de 1643 jusqu’en 1646 qu’il mourut, le 25 juin ; il avait été doyen en 1624 et 1625.
Il eut un fils cadet, Michel Bouvard, seigneur de Fourqueux, qui fut intendant du Jardin des Plantes (1).
Bouvard était le beau-frère de Riolan. Il reçut des éloges de médecins contemporains, ce qui était bien naturel vu la situation qu’il occupait. Pierre Girardet, docteur, dans une épitre à lui adressée en 1631, en tête de commentaires d’Hippocrate, le loue, surtout pour avoir guéri Louis XIII d’une fièvre maligne lorsqu’il tenait, dit-il, le glaive pour couper les têtes de l’hydre de l’hérésie. Déjà en 1628, J. -B. Ferrand l’avait loué sur le même ton. Nous avons vu que s’il avait des panégyristes, il ne manquait pas non plus de détracteurs.
Il paraît qu’il prenait ses délassements dans la poésie, car en 1624 il a publié en vers français un ouvrage in-4° qui a pour titre : «Description delà maladie, de la vie et de la mort de madame la duchesse de Mercœur, décédée dans son château d’Anet le 6 septembre 1623,
(1) Lettres de Guy Patin, 1718, lettre CXI, page 183.
avec une épitre dédicatoire au prince de Vendôme. » C’est une singulière idée que de raconter une autopsie en vers, et quels vers !
En dehors de la controverse dont nous avons déjà parlé, et citée par Haller : « Car. Bouvard et Car. Guiilemeau. — Non E. dysentericis adstringentia. Paris, 1626 ; » en dehors d'un ouvrage de botanique qu'on lui a attribué, mais sans preuve aucune : il est sans date et signé de Fourqueux intendant du jardin royal, et non surintendant ; (est-il de son fils ?) on ne connaît de Bouvard qu’un seul ouvrage, et encore iPest-ii pas signé.
Nous renvoyons sur ce sujet à une très intéressante brochure de P. Sue (1), dans laquelle nous avons du reste largement puisé pour les détails biographiques.
« Ce livre, dit- il, déformât in-4°, contenant 299 pages, est écrit en latin et a pour titre ; Hisloricæ hodiernæ medicinæ rationalü veritatis 7oyoç 77porpe7m>toç (discours exliortatoire) ad rationales medicos. Il est sans nom d’auteur, sans date, sans lieu d’impression ; on sait cependantpar des lettres de Guy Patin etpar des détails particuliers qu’il est de Charles Bouvard, et certainement de 1655. »
L’exemplaire que possédait Sue venait de Baron (Hyacinthe Théodore, l’ancien doyen) ; il l’avait acheté à la vente de sa bibliothèque le 7 mars 1788 et payé 48 francs. En tête se trouve une note manuscrite de
(1) Notice et extrait raisonné d’un livre de médecine devenu si rare qu’on n’en connaît que deux ou trois exemplaires, avec des noies historiques, littéraires et critiques, par P. Suc, professeur, bibliothécaire et trésorier de l’Ecole de médecine de Paris. — Paris, Migneret, 1807, in-8°.
Baron, où il est dit : «C'est une critique très forte de la médecine, de la cour et de la ville du temps de Louis XIII, par M. Bouvard, son premier médecin, avec le projet de l’établissement d’une juridiction dans la Faculté de médecine, pour juger avec connaissance de cause de tout ce qui regarde la médecine et les médecins. » Baron se trompe, dit Sue ; Bouvard voulait bien créer cette juridiction, mais loin de vouloir l'établir dans la Faculté, son projet était de se l’attribuer comme premier médecin.
D’après des lettres de Guy Patin, on peut fixer à peu près l’époque où cet ouvrage a paru ; probablement vers 1655 ou 1656, c’est-à-dire trois ans environ avant la mort de Bouvard.
Dansune autre lettre, laCCXC, datée du 23 mars 1663, et tirée du recueil de 1707, t. II, p, 352. Guy Patin parle ainsi de l’ouvrage de Bouvard : « Pour ce que vous me demandez touchant le livre de feu M. Bouvard, c’est une autre affaire. J’en avais un qu’il m’avait donné, avant d’être achevé. Il en lut quelque chose à feu M. Riolan son beau frère qui lui conseilla de cacher le tout et de le supprimer, tant parce qu’il était mal fait, que parce qu’il offensait des gens qui lui pouvaient nuire. Ces messieurs étaient le cardinal Mazarin, Vautier et Valot (médecins). Bouvard qui était déjà fort vieux eut peur des menaces de M. Riolan qui était un homme âcre. Il en avait donné un (exemplaire de son livre), à M. Moreau qu’il lui retira, en lui disantqu’il voulait y changer quelque chose, il m’en fit autant et je fus assez simple de le lui rendre. Feu M. Moreau me dit que cela ne valait rien, et qu’il était indigne d’avoir place dans son étude... Depuis la mort de Bouvard, j’en ai parlé une fois à madame Cousinot sa fille, qui me té-
moigna que la famille n’était pas contente de ce livre. Je sais bien que M. Bouvard m'a dit autrefois qu’il avait entretenu le feu roi du mérite et de la capacité de quelques médecins, par les mains desquels sa majesté avait passé, et qu’après qu'il lui en eût dit ce qu’il en savait, le Roi s’écria : Hélas, que je suis malheureux d’avoir passé par les mains de tant de charlatans ! ces messieurs étaient Héroard, Guillemeau et Vautier »
L’exemplaire qu’avait Sue serait celui donné par Bouvard à Riolan son beau-frère — ainsi qu’il y serait écrit de la main' même de Bouvard.
Extrait raisonné de ï ouvrage de Charles Bouvard (1).
L’auteur commence par établir la différence qu’il y a entre la médecine actuelle et celle d’Hippocrate -, ce que la nature et l’art peuvent pour et contre la médecine -, les qualités d’un véritable médecin ; ce qu’était la médecine du temps d’Hippocrate et de Galien, rationnelle, empirique et méthodique ; ce qu’elle devint ensuite, ce qu’elle fut lors de l’établissement des Facultés.... Avec force anecdotes à l’appui, il attaque la Faculté, puis surtout les barbiers, les chirurgiens, les apothicaires, les sages-femmes et les gardes-malades.
Puis il parle des « politiques » ; par là Bouvard n’a entendu parler que des personnes qui ont toujours eu quelque autorité sur la police et la discipline concernant la médecine, tels que les magistrats et autres gens de loi, les ministres, et non les médecins praticiens. 11 dit qu’ils auraient dû par des lois punir l’ignorance des faux médecins.
(1) D’après Sue, loc. cil.
Il cite au contraire les illustres personnages qui ont toujours honoré la médecine rationnelle.
Avec une modestie discutable, il cite le cardinal de La Rochefoucauld qui étant présent, lorsqu’après la mort d’Héroard son premier médecin, Louis XIII nomma pour remplir sa place un médecin de Paris (c’est lui même), le félicite sur son choix, et sur ce que n’ayant égard à la recommandation d’aucun courtisan, il avait donné la préférence à un médecin habile, de grande probité et déjà très exercé dans le traitement des maladies.
Il cite encore le cardinal Lavalette, qui fit rejeter le remède secret d’un fameux charlatan, par lequel il promettait au roi une santé parfaite, consentant à être tiré à quatre chevaux, si le roi ne guérissait pas • ce cardinal répondit à ceux qui l’engagaient à en parler àLouisXIll et au cardinal de Richelieu : « si après la prise du remède, le roi mourait, le supplice du charlatan le rappellera-t-il à la vie ? Et est-il quelqu’un de vous qui ose répondre du bon effet du remède?...
Il dit que les maux qu’éprouve la médecine rationnelle viennent de deux causes : les faux médecins et les politiques. Et comme remède pour rendre à la médecine sa dignité humiliée, il propose de donner au premier médecin du roi une juridiction royale sur la profession médicale. Larivière un des premiers médecins de Henri IV avait obtenu par surprise un arrêt du Conseil, lui donnant la surintendance sur toute la chirurgie et la pharmacie du royaume ; Héroard avait voulu aller encore plus loin, et régenter même la médecine, en exceptant il est vrai la Faculté de Paris. Mais les Facultés s’y opposèrent ainsi que les chirurgiens et les apothicaires. L’affaire fut plaidée au grand 'Conseil, en juil-
let 1011, qui débouta Héroard de ses prétentions, ce qui n’empêcha pas Bouvard en 1635, puis Valot en 1664, et Daquin en 1675 de renouveler les mêmes prétentions, mais toujours en vain.
Bouvard rend compte des disputes qui s’élevèrent entre les médecins de Paris, sur la nature et l’usage des eaux minérales ; de la querelle entre la Faculté et le médecin Kenaudot, qui, sous prétexte de secourir tous les malades, répandait dans Paris un nombre considérable de faux médecins qu’il traînait à sa suite comme des valets et des esclaves.
La Faculté, dit-il, a lutté contre les médecins qui déshonoraient l’art par leur ignorance ; mais pourquoi ne renvoie-t-elle pas aujourd’hui les barbiers dans leurs sales boutiques, et ne se livre-t-elle pas, pour les exercer elle-même, aux fonctions qu’elle leur a jadis attribuées ? Pourquoi ne reprend-elle pas les scalpels et les autres instruments de dissection, pour les employer elle-même dans ses amphithéâtres. Pourquoi, etc...
C’est surtout à l’insouciance du gouvernement, à la protection déclarée qu’il a toujours accordée aux faux médecins, aux charlatans, que Bouvard attribue les maux sous lesquels gémit la médecine. 11 disculpe les magistrats, et principalement ceux du Parlement , qui ont toujours protégé la médecine rationnelle contre les imposteurs, et il veut prouver, en finissant, combien il serait glorieux de rendre à la médecine son ancienne splendeur.
Voici l’abrégé analytique de l’ouvrage de Bouvard ; on voit que le but de l’auteur, en le composant, a été de faire connaître combien la médecine a dégénéré depuis Hippocrate et Galien, et, ce qui constitue celle vérita-
blement rationnelle ; de déclamer, avec autant de partialité que de méchanceté, contre tous ceux qui, dans quelque partie que ce soit, la cultivent; de se déchaîner avec fureur contre ce qu’il appelle les faux médecins, les semi-dogmatiques, les empiriques et les juges politiques, ou ceux qui ont une espèce de juridiction sur la police de la médecine et sur son exercice légal ; de détruire les objections anciennes et modernes qu’on oppose en général à l’état de médecin ; de rendre compte des demandes inutiles faites en différents temps par la Faculté de Médecine auprès du gouvernement, pour réprimer, pour restreindre dans leurs fonctions les chirurgiens et les apothicaires ; de s'attribuer enfin à lui-meme, en qualité de premier médecin, sur toute la médecine, une juridiction qu’avaient déjà essayé, mais en valu, de s’arroger ses prédécesseurs, etc., etc...
Tout cela est entremêlé de sarcasmes, d’injures prodiguées à tort et à travers, en général et en particulier, à tous les ministres de santé, avec plus ou moins de véhémence, suivant la manière dont la bile échauffée et envenimée du docteur lui fait envisager les sujets qu’il entreprend de traiter.
En un mot, l’ouvrage de Bouvard, quand au fond est peu de chose et 11e devait pas tant exciter le courroux de la Faculté, et des médecins qu’il maltraite ; ce qui l’a pourtant déterminé à en supprimer tous les exemplaires. L’extrême rareté de cet ouvrage est donc son seul mérite.
Vautier (1) (François), 1592-1652, natif d’Arles en
(1) V. Dict. Hist. d’Eloy, t. IV, p. 486.