V. Michaud. Bibl. univ. t. LXIII. p
Provence, ou de Montpellier, alla étudier la médecine à Montpellier, où il prit ses degrés en 1612. 11 fut de là à Paris, et réussit tellement à s’introduire à la cour qu’il parvint en 1624 à la charge de premier médecin de la reine Marie de Médicis, mère de Louis XIII. L’ascendant qu’il prit sur l’esprit de cette princesse fut si grand qu’on crut qu’il la gouvernait -, ce qui engagea le roi a profiter du mécontentement que les démarches de la reine lui donnaient pour lui ôter ce médecin.
Le cabale formée contre le cardinal de Richelieu s’était extrêmement fortifiée, beaucoup de gens de la Cour y étaient entrés, et l’on crut ce ministre perdu ; mais ayant eu le bonheur d’entretenir le roi et de lui faire voir les intentions de ceux qui le servaient si mal auprès de sa personne, il renversa le projet de tous ses ennemis, et excita contre eux la colère du roi qui les punit sévèrement; c’est à cette occasion que Vautier fut arrêté et mis en 1631 dans les prisons de Senlis.
Le roi souhaitait que la reine sa mère qu’il avait laissée à Compiègne, se rendit à Moulins pour y rester, et dans ce cas il était résolu de lui renvoyer Vautier qu'elle demandait avec empressement. Mais quand il s'aperçut qu’elle s’obstinait à demeurer à Compiègne et qu’elle semblait même décidée à y prolonger son séjour, il donna ordre de transférer Vautier à la Bastille, pour couper plus sûrement tout ce qu’on supposait de communication entre ce médecin et la reine. Celle-ci sortit ensuite du Royaume et se retira en Flandre, où elle demanda souvent qu’on lui renvoyât Vautier, mais
V. Astruc (Jean). Mémoires pour servir à l’histoire delà Faculté de. médecine de Montpellier, revus et publiés, par M. Lorry. Paris, 1767, in-4, p. 372.
avec plus d’instance en 1633 pendant le cours d’une fièvre continue qui dura quarante jours et qui la mit en danger. Le roi qui en fut informé, dit le Père Griffet dans son Histoire de L. XIII, « fit partir les sieurs Piètre et Riolan, fameux médecins de Paris, pour l’assister dans cette maladie; mais elle fit mander quelle avait besoin des conseils de Vautier qui était toujours à la Bastille. On lui permit de le consulter par écrit, et on refusa de le lui envoyer. »
« Vautier fut ainsi consulté, mais il ne voulut pas donner son avis, disant qu'il fallait absolument qu’il vît la reine mère, pour pouvoir juger de son mal et des remèdes capables de la soulager. Peut-être espérait-il qu'on serait obligé à la fin de le tirer de la Bastille ; mais on aima mieux que la reine se passât de ses avis, par rapport à sa santé, que de la mettre à portée de suivre aveuglément les conseils pernicieux qu’il aurait pu lui donner pour sa conduite. »
Le procédé de la cour fait voir ce qu’on y pensait sur le compte de Vautier, et combien on se méfiait de son caractère intrigant ; car malgré que la reine eut réitéré plusieurs fois les mêmes demandes, elles ne furent pas mieux écoutées, et son médecin resta à la Bastille près de douze ans, c’est-à-dire jusqu’à la mort du cardinal de Richelieu en 1042. Il reparut alors à la cour, et il y reparut avec une considération qui lui procura au bout de peu d'années, la place de premier médecin de Louis XIV.
Après la mort d’Héroard, arrivée en 1627, Charles Bouvard, docteur de la Faculté de Paris, fut nommé ])remier médecin de Louis XIII ; il remplit cette charge jusqu’à la mort de ce prince. A l’avénement de Louis XIV à la couronne, Bouvard eut le crédit de faire
choisir pour premier médecin Jacques Cousinot le fils, Dr de la Faculté de Paris et son gendre. Celui-ci étant mort en 1646, Vautier fut nommé à cette charge importante, dans laquelle il se soutint avec honneur jusqu à la fin de ses jours qu’il termina en 1652, à l’âge de 63 ans.
On voit par ce que nous venons de rapporter d’après le célèbre Astruc qu’il y eut bien du haut et du bas dans la vie de Vautier. Il était homme d’esprit, habile dans sa profession, plein de sentiments. Si Guy Patin en a dit du mal c’est qu'il employait dans sa pratique les émétiques antimoniaux, le laudanum et le quinquina, remèdes abhorrés par ce médecin satirique, qui dans la lettre LXX du premier tome, écrit à Spon que ce premier médecin du Roy était le dernier du royaume. Mais la cour pensait mieux sur son compte, comme il paraît de la Gazette de France du 21 avril 1649 où il est dit : « Leurs Majestés, reconnaissant les soins continuels du sieur Vautier, premier médecin du roi, et pour marque particulière de leur souvenir de la cure par lui faite en la personne de Monsieur, frère unique de Sa Majesté, l’ont gratifié de l’abbaye de Saint-Taurin d’Evreux, vacante par le décès du sieur du Perron, évêque de ladite ville. » Ceci prouve que Vautier n’était pas marié.
Elevé au titre de premier médecin de Louis XIV, il réclame en cette qualité la surintendance du jardin des Plantes, qui y était attachée primitivement, mais qui depuis la mort de Guy de la Brosse (1641), était passée entre les mains de Bouvard de Fourqueux, parent de ce fondateur du jardin. La demande poursuivie au Parlement fut accordée par arrêts du conseil, en date des 14 juillet 1646 et 28 mars 1647. Cependant Bouvard de
Fourqueux fils, conserva sa place d’intendant jusqu’à l’époque ou Yallot (1) se le fit rendre (1658). Pour se venger de cette injustice, Vautier retint tout le pouvoir administratif et ne laissa à son rival qu’un vain titre sans fonction. On conçoit que l’administration dut être mauvaise, et elle le fut réellement. Les fonds destinés à l’entretien du jardin, à l’achat des plantes, furent détournés. Toutes les fautes étaient du fait de Vautier, elles furent cependant imputées à l’intendant et décidèrent plus tard à révoquer les lettres patentes du 30 juillet 1 643 qui donnaient cette charge à Bouvard de Fourqueux. On doit à Vautier plusieurs améliorations. La plus remarquable fut celle de substituer un cours d’anatomie aux leçons insignifiantes que l’on donnait alors dans le jardin, sous le nom de l’intérieur des plantes. Il était aussi habile médecin qu’homme d’esprit ; mais il avait beaucoup d’opiniâtreté dans ses opinions et dans ses entreprises. 11 fut le premier à employer les préparations chimiques, les émétiques antimoniaux, le quinquina, etc... ce qui irrita contre lui une foule de praticiens, et surtout Guy Patin, qui poursuivit à outrance et même calomnia ouvertement ceux qui recouraient à ces remèdes. Vautier vécut dans le célibat et fut tonsuré. Il mourut en 1652, victime s’il faut en croire Guy Patin son antagoniste, de l’antimoine qu’il faisait entrer dans toutes ses prescriptions, etqu’il recommandait avec une sorte d’enthousiasme.
(1) Vallot, né à Reims, ou Montpellier, en 1594 ; d’aborrl premier médecin d’Anne d’Autriche, puis en 1652 succéda à Vautier comme premier médecin du roi et intendant du Jardin des plantes. En 1658 il parvint à enlever à Bouvard de Fourqueux fils, la charge de surintendant que son père avait obtenue par lettres patentes à la mort de Guy de la Brosse, son parent.