DEUXIEME PARTIE
LOUYET.
Passons à Tépoque où les tyrans furent abattus, à répoque de la fin d'août et du commencement de septembre. C'est alors qu'on vit cet homme qui dirigeait les Jacobins, et ensuite l'assemblée électorale, déclamer contre tel philosophe, contre tel écrivain, contre tel orateur jpatriote; c'est alors qu'on vit des intrigants subalternes déclarer que Robespierre était le seul homme vertueux en France, et qu'on ne devait confier le salut de la patrie qu'à celui qui prodiguait les plus basses flatteries à quelques centaines de citoyens d'abord qualifiés le peuple de Paris, ensuite seulement le peuple^ puis le sâuverafn ; à cet homme qu'on n'entendait parler que de son mérite, des perfections, des vertus sans nombre dont il était pourvu, et qui, après avoir vanté la souveraineté du peuple, ne manquait jamais d'ajouter qu'il était peuple lui-même. Ruse aussi grossière que coupable, ruse dont se sont toujours servi les usurpateurs, depuis César jusqu'à Cromwell, depuis SyUa jusqu'à Machiavel... Mais reportons-nous à la journée du 10 août. Vous savez qu'il s'en attribue l*lionneur. La journée du 10 août est l'ouvrage de tous ; ^He appartient aux faubourgs, à ces braves fédérés *"tie Robespierre, dans le temps, ne voulait pas recevoir ; ^Ue appartient à ces courageux députés qui, là même, ^tx bruit des décharges d'artillerie, votèrent la suspension de Louis XVI, renouvelèrent le ministère et portèrent beaucoup d'autres décrets préparés à l'avance; ^lle appartient aux généreux guerriers de Brest, et à l* intrépidité des enfants de la fière Marseille. Mais celle ^Xi 2 septembre !... conjurés barbares, elle est à vous ;
elle n'est qu'à vous. Eux-mêmes s'en glorifient, euxmêmes, avec un mépris féroce, ne nous désignent que comme les patriotes du 10 août, se réservant le titre de patriotes du 2 septembre. Ah ! qu'elle reste cette distinction, digne en effet de l'espèce de courage qui leur est propre ! qu'elle reste, et pour notre justification durable, et pour leur long opprobe ?
Nous voici donc à l'époque fatale. Les précédents amis du peuple ont voulu rejeter sur le peuple les horreurs dont cette semaine fatale est marquée; ils lui ont fait le plus mortel outrage. Je connais le peuple de Paris; j'ai vécu avec lui : il est grand; mais, comme les braves, il est bon et généreux : il supporte difficilement l'injure ; mais après la victoire il est magnanime Il est vrai qu'on le vit tout entier dans le
château des Tuileries, à la magnifique journée du 10 août; il est faux qu'on le vit devant les prisons dans l'horrible journée du 2 septembre. Et, dans l'intérieur des prisons, combien y avait-il de monde? Pas deux cents personnes. Au dehors, combien y avait-il de spectateurs retenus par une curiosité inconcevable ? Pas le double. — Mais l'assemblée législative, dit-on, que ne l'a-t-elle empêché ?. . . L'assemblée législative ! son autorité était méconnue, avilie par un insolent démagogue, qui venait à sa barre lui ordonner des décrets, qui ne retournait au conseil général que pour la dénoncer, qui revenait, jusque dans la commission des vingt et un, la menacer de faire sonner le tocsin.
BiUaud-Varennes et quelques autres interrompent l'orateur.
CAMBON, levant le dras.
Misérables! voilà l'arrêt de mort des dictateurs....