TROISIÈME PARTIE
ARBALESTIER
Je le connais à peine ; d'ailleurs vous le verrez.
LE ROI
Quel^âge peut-il avoir ?
Arbalestier, sans rien dire, fait signe à son collègue, et se retire pour n'avoir plus à répondre aux questions du Roi.— Louis reste seul et se promène.
LE ROh à mî-voix.
Est-ce bien de mon jugement qu'il est question
Mais pourquoi m'enlever mon fils ?... S'ils avaient résolu d'éteindre ma race I... Un enfant si jeune ?... Et la Reine, que va-t-elle devenir ? que deviendra toute ma famille ?... Si encore ils me donnaient le moyen de
me défendre I S'il y avait dans leur cœur un reste
d'humanité et de justice, ils prendraient peut-être pitié de mes pauvres enfants ?.. Mais ils n'en ont pas eu pour l'innocence même, pour la princesse de Lamballe ! Ni sa beauté, ni sa vertu, rien n'a pu les apaiser.... Ils veulent peut-être aussi promener ma tête au bout d'une pique ?. . . A peine dans la rue, ils m'abandonneront à la populace ! . . . Les débats et les longueurs d'un procès doivent les contrarier... O mon Dieu! que ta sainte volonté soit faite!... Bienheureux saint Louis, n'abandonne pas ton fils, et donne-lui la grâce» de mourir comme toi!....
Il se laisse aller sur un fauteuil placé près le chevet de son Ut, et reste profondément absorbé. Une demi-heure s'écoule; le plus profond silence règne. — Arbalestier, inquiet de ne plus entendre le Roi, entre sur la pointe du pied, et se porte auprès du fauteuil de Louis.
LE ROI, sortant tout à coup de sa rêverie.
Que me voulez-vous, Monsieur?
ARBALESTIER
Je craignais, que vous ne fussiez incommodé,
LE ROI
Je VOUS suis obligé, Monsieur ; mais la manière don^^ on m'enlève mon fils m'est extrêmement sensible.
Arbalestier se retire et ne répond rien. — Le Roi reste seul encor ^^ quelques instants. — Entrent le maire, Chambon, Chaumette^s»^ ; Santerre, Coulombeau et divers municipaux.
CHAMBON, d'une voix pesante et mesurée.
Louis Capet, je suis chargé de vous annoncer que 1^ convention vous attend à sa barre, et qu'elle m'ordonna de vous y traduire sur-le-champ. Voulez-vous dei cendre.
LE ROI, avec un peu de vivacité.
Je ne m'appelle point Louis Capet. Un de mes an cêtres est connu sous ce nom; on ne m'a jamais appel ainsi. Au reste, c'est une suite des traitements qu j'éprouve depuis quatre mois.
OHAMBON.
Pardon, Monsieur; mais je ne fais que vous énonce le décret même de la convention.
LE ROI
J'aurai désiré au moins, Monsieur, que les commis saires m'eussent laissé mon fils pendant les deurr:^ heures que j'ai passées à vous attendre. — Je vau vous suivre, non pour obéir à, la^iConvention, matf^ -