‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 155 sur 212 · LES DEUX MUNICIPAUX · texte numérisé non relu

LES DEUX MUNICIPAUX

Qu'il attende... Tout à l'heure...

Antichambre.

Qui es-tu, citoyen ?

MALESHERBES

Je m'appelle Lamoignon de Malesherbes.

D'abord c'est défendu et ce n'est plus de mode deux noms. — Tout l'un ou tout l'autre.

MALESHERBES

Eh bien I Malesherbes.

Faut marcher droit, vois-tu, citoyen ; vu d'ailleurs que vous ne pourrez pas vous plaindre, et que les avooats pourront communiquer librement avec ton client. ^Mais pas de bêtises, et il faut voir.

Il fait la démonstration de le fouiller.

MALESHERBES

Voir quoi ?

l^'^ MUNICIPAL.

C'est que rien ne serait plus facile que d'apporter à Oapet des armes offensives et d'exposer notre responsabiUté.

MALESHERBES

Il est vrai que je porte ordinairement deux couteaux ; ïoais, en venant ici, je les ai laii^sés chez moi, vous

Zi6 LA MORT DE LOUIS XVI.

pouvez, au reste, me fouiller, et Yoici (Tirant de sa poche quelques papiers et des écus de sioo livres) à peu près tout ce que j'ai. Ceux-ci {Montrant ses écus) sont bien encore de l'ancien régime, mais il n'est pas défendu d'en avoir.

Pas encore, mais cela viendra. — Et ces papiers ?

malesherbés.

Le traité de Pilnitz, et quelques numéros du Moniteur que je porte au Roi.

Comment osez-vous lui porter des papi^ys qui» à chaque page, contieiment des témoignages dja l'indignation publique qu'il inspire.

Mes amis, c'est un homme de l'âme la plus forte et la plus douce en même temps.

l*'' MUNICIPAL.

Oui, mais rien ne serait si facile que de lui passer du poison ; et, s'il est si courageux que vous l^ dite^j, il ne serait pas long à nous compromettre.

MALESHERBES

C'est tout ce que vous pourriez craindre s'il était de la secte des philosophes ; mais il est pieux,, et sait que la religion lui défend de se tuer . — Puis -je entrer ?

!•' MUNICIPAL, ouvrant la porte de l'appartement du

Roi.

Entrez.., Le voilà à son bureau.

Appartement du Roi.

LE ROI, à une table, ayant un Tacite devant lut Ah I c'est vous, mon ami.

TROiaiÈMS PARTIS 247

Q È6f lève et VA à Malesherbes en hii t^dant Ie% ttiàîns. MALESHERBES.

Mon respectable maître...

LE ROI

Que de temps il y a que nous nous sommes vus

Toilà cependant où m'ont conduit l'excès de mon amour pour le peuple et cette abnégation de moi-même qui me fit consentir à l'éloignement des troupes qui devaient me défendre... Dans quelles circonstances nous nous retrouvons.

MALESHERBES

Sire, elles changeront.

LE ROI

Je ne l'espère pas. (Le Roi et M. de Malesherbes a>er- ^seni des pleurs. — Après un instant d'intervalle.) Je "VOUS remercie bien de votre dévouement. Votre sacrifice est d'autant plus généreux que vous exposez votre "Vie çt que vous ne sauverez pas la mienne.

MALESHERBES

Sire, il ne saurait y avoir de danger pour moi : il eist si facile de vous défendre !

LE ROI

Détrompez-vous. N'importe, nous nous occupeohwi» c3e mon procès comme si je devais le gagner... et je le gagnerai en effet, puisque la mémoire çne je laiss^i^i «era sans tache.

MALESHERBES

J'ai lieu de croire que l'exil tout au plus...

LE ROI

Ils me condamneront â mort f Mais vous m'y verrez marcher, Monsieur de Malesherbes, avec un û^ônf aussi

serein que celui que vous me voyez maintenant... On est peut-être surpris que je ne décline pas la juridiction qui doit me juger. Rien ne serait si facile : mais j'ai toujours aimé mon peuple; je crois devoir faire mes efforts pour lui épargner un grand crime.

Espérons que la sainteté de votre cause le désabusera, et qu'il rougira enfin de son acharnement.

LE ROI

Encore une fois je n'y compte plus ; j'ai appris à connaître jusqu'où peut aller la méchanceté des hommes.

MALESHERBES

On dit, en eflfet, que vous avez eu bien à souflfrir. Est-il vrai, par exemple, que, lors de la mort de la princesse de Lamballe, on vous ait pressé d'aller voir, par la fenêtre, la tête de cette malheureuse victime que des assassins promenaient au bout d'une pique ?

LE ROI

Ils ont poussé l'atrocité jusque-là. Un des officiers municipaux, entendant quelque bruit, me dit : Venez voir un spectacle curieux. Je me rendais à la fenêtre, lorsque l'autre municipal, se mettant devant moi, me pria de ne pas y aller, ajoutant que c'était une chose horrible.

MALESHERBES

Savez- VOUS le nom de ces municipaux ?

LE ROI

Je ne sais que le nom de celui qui m'empêcha d'aller à la fenêtre : il se nomme Danjou. .

MALESHESBES.

Commentvos bourreaux résistent-ils àtant de bonté !

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