‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 161 sur 212 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

embrassez-les... il n'est pas dé témoignage qui puisse leur être plus doux.

MM. Tronchet et Desèze entrent. » Louis va à eux et les embrasse. Tous gardent un silence qui indique leur émotion.

LE ROI

Mes amis, je n'ai plus beaucoup de temps â être avec

vous J'aurais voulu reconnaître tous les soins

que vous me donnez Je prie Dieu tous les

jours de sauver ma famille; je le prie aussi de vous soustraire aux dangers que vous allez courir

TRONCHET

Sire, nous n'avons eu qu'une pensée, celle de faire triompher la vérité : nous serions trop heureux de réussir. La seule chose que nous vous demandons, après la bonté avec laquelle vous nous traitez, est de nous aider dans la disposition des moyens de défense. L'heure de votre justification ne peut être éloignée, si vous consentez à nous seconder. — Nous allons vous soumettre ce que M. Desèze et moi avons arrêté : vous jugerez si nous avons rempli vos vœux.

LE ROI

Cela a dû bien vous fatiguer : tant de pièces, et si peu de temps!...

DESÈZE

Ils nous ont, il est vrai, imposé un terme bien court, que nos instantes réclamations n'ont pu faire reculer. Sire, permettez-vous que nous vous exposions le plan général de la défense?

LE ROI

Volontiers, je vous écoute.

DESÈZE

Ainsi que nous en étions convenus, j'ai d'abord traité la question d'inviolabilité; je la crois tellement évidente. A moins d'une insigne mauvaise foi, elle doit être entendue comme nous l'avons comprise; c'est-àdire, une et positive pour la sûreté de votre personne, tant que, chargé de la royauté, vous en aviez tout le poids à supporter. Quant à ce qui est de la position où vous a placé l'abolition de la royauté, nul doute que cette abolition même ne soit la peine, et la seule peine, dont le chef de l'état puisse être atteint, puis- — qu'elle est écrite dans l'acte même de la constitution. Voici ce que je leur dis après cela.

« Et puis, prenez donc garde que si vous ôtiez à «-

« Louis l'inviolabilité de roi, vous lui devriez au moins -s « les droits de citoyen.... Or, . si vous vouliez juger — r « Louis comme citoyen, je vous demanderais où sont ^zM « ces formes conservatrices que tout citoyen a le droit .z*t « imprescriptible de réclamer; je vous demanderais où «^ « est cette faculté si nécessaire de récusation...; cette ^^

« proportion de suffrages que la loi a si sagement éta -

« blie pour éloigner la condamnation ou l'adoucir...; ^ ; 4c ce scrutin silencieux, etc. — Je cherche parmi vous « des juges: je n'y vois que des accusateurs.... »

Voilà pour la première partie de mon discours.

LE ROI

Elle est sage, et même brillante; mais, nous l'avons dit souvent, je ne veux point recourir à leur pitié.

DESÈZE

Sire, j'ai ponctuellement et peut-être trop littéralement suivi vos ordres. En passant à la discussion des

chefs d'accusation, je n'ai guère fait en effet que les exposer en les divisant en faits antérieurs ou postérieurs à l'acceptation de la constitution. Cette partie de mon discours se ressent de la précipitation de notre travail; elle est un peu sèche.

LE ROI

J'aime mieux cela: c'est ce que je vous ai demandé.

MALESHERBES

Mais, Sire, autant pour les hommes faibles qui veulent empêcher le mal, que pour la sainteté même de votre cause, j'aurais voulu qu'on leur mît sous les yeux tout ce que leur haine a d'odieux et de barbare. N'est-ce donc rien que d'avoir aboli la torture, d'avoir éteint lapersécution religieuse, d'avoir mis fin à la servitude des paysans du Jura, d'avoir délivré les noirs, d'avoir donné la liberté aux Américains, d'avoir consenti à affranchir les Français; et tant d'autres choses qui les feraient rentrer en eux-mêmes, et rougir peutêtre de leur acharnement.

LE ROI

Mon cher Malesherbes, je sens comme vous que j'ai fait quelque bien; j'ai du plaisir à me le dire; mais, quand je vais comparaître devant Dieu, que sert de répéter aux hommes ce que j'ai fait, et que pourrai-je apprendre à celui qui nous jugera tous. Non, les Français mêmes me rendront un jour justice, cela me suffît. — Monsieur Desèze, je m'en rapporte à vous pour tout ce qui concerne l'exposition de mes moyens de défense ; je vous connais assez pour savoir que vous n'avez rien omis. Si quelque trait d'entraînement ou d'une éloquence trop vive vous avait échappé, supprimez-le.

VOUS me ferez plaisir. — Voyons votre péroraison, ou aupararant lisez-moi ce qui concerne les événements d'août.

DESÈZE

Je ne lésai précisément traités qu'au moment de finir, ou plutôt je les ai confondus dans ma péroraison, que voici.

« Je sais qu'on a dit que Louis avait provoqué

« lui-même le mouvement du peuple; mais qu'est-ce « qui ignore qu'il a été formé des plans, signé des traite tés ; qu'on a tout conduit, tout arrangé pour amener « cet événement; que la coalition avait ses agents, son « cabinet, son directoire ? Les aveux en ont relonti « dans la France entière; au milieu de vous, à cette

« tribune même on s'est disputé la gloire du 10 août ^.

« Je ne viens point contester cette gloire à ceux qui se^^ e « la sont décernée; mais puisqu'il est prouvé quela^^.a « révolution à précédé longtemps le 10 août, puisqu^^ e « cela est certain, avoué, il est impossible que Louis -«s « soit l'agresseur : et vous l'accusez cependant ! et vour -*is « lui reprochez le sang qui a coulé 1 Vous voulez qu^ -^me « ce sang crie vengeance contre lui, qui, à cett* ^z*e « époque-là même, se rendit à l'assemblée national- -Mlle « pour ne pas le verser; contre lui, qui, à Varenne^s s, « a préféré revenir captif, plutôt que d'exposer la vi-«^ie « d'un seul homme ; contre lui, qui le 20 juin, refus^^^a « tous les secours qu'on lui offrait, qui voulut restf?-==^r « seul au milieu du peuple !

« Vous l'accusez d'avoir fait verser le sang, et c'e^s^^ « là sa plus profonde blessure. Il sait bien qu'il n'e^^/î « est pas l'auteur, qu'il n'en a été que la triste occasioir:»; « il ne s'en consolera jamais; et c'est lui que vousac:^

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