‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 162 sur 212 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

< cusez I Français I qu'est devenu ce caractère national, « cette douceur qui distinguait si bien vos anciennes « mœurs ? Mettriez-vous donc votre puissance à com- « bler rinfortune d'un homme qui a eu le courage de « se confier à vous, à vos représentants? N'aurez- vous « plus de respect pour le droit sacré d'asile ? et ne re- « garderez-vous pas un roi qui cesse de l'être, comme « une victime assez éclatante du sort, pour qu'il vous « paraisse encore impossible d'ajouter à sa misère ?

« Français ! la Révolution qui nous régénère a dévête loppé en vous de grandes vertus: qu'on ne l'accuse « pas de vous avoir rendus barbares I Entendez d'avance « l'histoire qui dira un jour à la renommée : « Louis, « monté sur le trône à vingt ans, y porta l'exemple « des mœurs, la justice et l'économie : il n'y porta « aucune faiblesse, aucune passion corruptrice; il fut « l'ami constant du peuple. Le peuple voulut qu'un « impôt désastreux fût détruit, Louis le détruisit; le « peuple voulut l'abolition de la servitude, Louis l'a- « bolit; le peuple sollicita des réformes, il les fit; le « peuple voulut changer ses lois, il y consentit; le « peuple voulut que des millions de Français recou- « vrissent leurs droits, il les leur rendit; le peuple « voulut la liberté, il la lui donna.

« On ne peut pas disputer à Louis la gloire d'avoir « été au-devant du peuple par ses sacrifices ; et c'est « lui qu'on vous a proposé!... Citoyens, je n'achève « pas : je m'arrête devant l'histoire ; songez qu'elle « jugera votre jugement, et que le sien sera celui des « siècles. »

LE ROI, prenant les mains de Desèze.

Mon cher Desèze, vous me touchez jusqu'aux larmes :

c'est trop beau Retranchez votre péroraison;

toute éloquente qu'elle est, il n'est pas de ma dignité de les apitoyer ainsi sur mon sort.... Ce que vous retrancherez, mon ami, me ferait moins de bien qu'il ne vous ferait de mal.

DESÈZE

Cette fois, Sire, permettez-moi de ne pas prendre votre bonté pour terme de ma défense : vos ennemis en ont souvent abusé; ce n'est pas trop qu'on le leur fasse sentir au moins une fois, quand c'est surtout Dour leur éviter un crime.

LE ROI, œprès un moment de silence.

Faites donc ce que vous jugerez nécessaire, mnis soyez discrets.

TRONCHET

Nous le serons; permettez cependant Sire, que je VOUS fasse observer qu'il conviendrait aussi que notre discours fût suivi de quelques paroles de vous à l'assemblée.

LE ROI

Que pourrais-je ajouter? Leur déclarer que ma conscience ne me reproche rien, et que mes défenseurs leur ont dit la vérité ; leur dire que mon cœur est déchiré; que mon amour pour le peuple ne m'a jamais laissé craindre la mort.... Mais toutes ces choses ne serviront à rien : mon silence et ma résignation sur l'échafaud en diront plus que mes paroles.... O mon Dieu ! faites-moi la grâce de mourir comme un chrétien I (Le silence règne pendant quelque temps). Vous, mon cher Malesherbes, je vous rappelle le petit service que vous avez bien voulu me promettre.

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