SCÈNE XV ET DERNIÈRE
21 janvier 1793.
Place de la Révolution. — L'atmosphère est chargée d'une brume glaciale. — Un échafaud est dressé au milieu de la place, près du piédestal qui, avant le 10 août, portait la statue de Louis XV. Une immense multitude remplit ce lieu. Les piques, les baïonnettes brillent au loin. Des canons sont placés sur les ponts, aux avenus des Champs-Elysées, au Pont-Tournant et au pied de Féchafaud même. Quelques bateleurs, occupés ordinairement sur les parties latérales de la place, à amuser la populace qui vient attendre rheure des exécutions, essaient vainement aujourd'hui de la distraire . Personne ne veut entendre les plaisanteries révolutionnaires que paie une police qui, non contente de la réalité de l'échafaud, essaie ^'en aviver l'effet par les saillies dégoûtantes que des saltimbanques débitent en s'inspirant du couteau de la guillotine et des haillons qui recouvrent leur marotte.
Enceinte formée autour de l'échafaud. — Ganonniers près de leurs pièces, tenant mèche allumée.
Camarade, quelle heure?
2® CANONNIER, tirant sa montre.
Dix heures.... moins quelques minutes.
Alors il ne tardera pas. Le décret porte qu'ils partiront à huit heures du Temple mettez huit heures
et demie ; il doit être ici pour dix.