‹ La mort du Connétable de Bourbon; tragédie en cinq actesChapitre 17 sur 51 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

POMPERAN.

Ah ! seigneur, nous avions alors une patrie ! Le jour où je quittai cette terre chérie , Je vis fuir à jamais le bonheur loin cle moi. En marchant sur vos pas, je vous prouvai ma foi; Respirant comme vous la haine et la vengeance, Je courus aux combats. Armé contre la France , De nos tristes succès pouvais-je m'applaudir? Sur de justes remords pouvais-je m'étourdir? Dans tes champs malheureux, ô fatale Pavie ! J'ai vu tomber mon roi sous notre effort impie !

BOURBON (à lui-même).

Vaincu,captif, François, plusgrandque son vainqueur, En ce funeste jour, sauva du moins l'honneur.

POMPERAN.

Un ennemi sanglant roule sur la poussière ; Nos yeux épouvantés reconnaissent un frère ; Rappelez-vous Bayard , fidèle appui des lis.

BOURBON (à lui-même).

ce Non, ne me plaignez pas , je meurs pour mon pays ; « Vous qui le trahissez, vous seul êtes à plaindre. » Ah ! de quel trait vengeur, Bayard, tu sus m'atteindre ! Chevalier sans reproche , ah ! que tes derniers mots , Pendant l'ombre des nuits, m'arrachent de sanglots !

(à Pompera u.)

Quand le moindre soldat étendu sur la terre

Trouve à la fin du jour l'oubli de sa misère ,

Le sommeil bienfaisant ne peut fermer mes yeux ;

Je parcours à grands pas mon camp silencieux,

Je cherche à ra'éviter, je fuis ma conscience,

Et le peuple abusé vante ma vigilance.

Au besoin du repos si je cède un moment,

Mille spectres affreux redoublent mon tourment;

L'honneur au front sévère et la gloire outragée

Arrachent les lauriers dont ma tête est chargée.

Sanglante , déchirée, au milieu des débris ,

Une femme se traîne avec de tristes cris ;

Je vole à son secours ; ô songe épouvantable !

C'est moi-même qui , plein d'une rage incroyable ,

Lui porte mille coups et me baigne en son sang.

Quoi, dit-elle, mon fils, tu déchires mon flanc;

Je suis ta mère, hélas! Soudain elle se lève ;

J'aperçois en ses mains une balance, un glaive ;

Terrible elle s'élance , et me glaçant d'effroi ,

Sur un sombre échafaud m'entraîne malgré moi.

La hache d'un bourreau va terminer ma vie.

Afin de me soustraire à cette ignominie ,

Je fais de longs efforts, je m'éveille, et tremblant

J'entends encor la voix de Bayard expirant

Me crier : ce Malheureux ! vous seul êtes à plaindre. »

Accablé de douleurs, il me faut toujours feindre,

Affecter la gaîté , par des propos joyeux

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