ACTE III, SCENE I
Vous me voyez, madame , à tous donner la loi j Le dernier des soldats est plus libre que moi!
LA PRINCESSE
Pensez- vous m'abuser par des excuses feintes? Oui, redoutant, seigneur, mes reproches, mes plaintes, De honte et de pudeur en secret agité, Vous m'avez voulu fuir, voilà la vérité. Votre flamme est sans doute ardente, incomparable; Quelle preuve en effet d'un amour véritable ! Auprès d'une maîtresse accourir de si loin , Pour la rendre , seigneur, et complice et témoin De la destruction de sa triste patrie!
BOURBON
Pouvez-vous m'accuser de tant de barbarie ?
Pouvez-vous me juger avec tant de rigueur?
Je me plains justement de vous, de votre coeur;
Madame , vous deviez un peu mieux me connaître.
Je respecte une ville où le ciel vous fit naître.
Moi je la détruirais ! Loin de là je prétends
Lui rendre cet éclat qu'elle eut aux anciens temps
Je la trouve sans force, épuisée, avilie,
Bientôt vous la verrez sur toute l'Italie ,
Grande, heureuse et brillante , étendre son pouvoir.
Si les nobles projets que j'ose concevoir
De quelques beaux lauriers peuvent couvrir ma tête r
A vous en couronner ma main est toute prête.
Oui, je cherche, madame , un sort plus glorieux, Pour qu'il soit digne enfin de vous et de mes feux.
EA PRINCESSE
Si /"par le faux éclat d'une gloire inhumaine, Vous comptez m'éblouir, votre espérance est vaine. Ne parlons plus, seigneur, de mon propre intérêt, Quand le salut de Rome est mon unique objet. Je vois que les Romains sont heureux et tranquilles, Laissez-les, sans chercher, par des efforts stériles, A rappeler des temps, des moeurs qui ne sont plus. Si Rome est moins guerrière, elle a d'autres vertus. Elle accablait le monde, elle cherche à l'instruire ; Par la religion elle étend son empire , Et ne demande pas vos perfides secours. Comment prétendez-vous lui rendre ses beaux jours? Ah ! certes, vos moyens sont étonnans et rares : Tous amenez contre elle un essaim de barbares; Pour lui rendre sa force et la régénérer, A leurs sanglantes mains vous voulez la livrer ! Qu'allons-nous devenir? Ah! seigneur, au Saint-Père Voulez-vous enlever son pouvoir tutélaire! Envers nous, envers lui montrez- vous généreux; Ne vous opposez pas à des traités heureux; Qu'à nous donner la paix votre gloire s'applique.
BOURBON
Eh ! madame , laissez la triste politique,