SCÈNE IV
BOURBON
Hé bien ! je touche au but, je vais, heureux vainqueur,
Retrouver à la fois la patrie et l'honneur.
Du fruit de mes travaux si, profitant moi-même,
Je posais sur ma tête un brillant diadème ?
Je marcherais l'égal de Charles, de François.
Non; je puis sans couronne être au-dessus des rois.
Quel noir pressentiment me poursuit et m'égare ! Je touche au but ; non , non , un instant m'en sépare, Et ce fatal instant fût-il encor plus court, Qui sait s'il ne doit pas marquer mon dernier jour? Si mes yeux s'ouvriront demain à la lumière? Un seul trait, que peut-être un bras faible et vulgaire Au hasard lancera des créneaux ennemis, Renversant des projets si longuement mûris, Ne peut-il pas livrer mon nom et ma mémoire A l'outrage éternel de l'inflexible histoire? En vain j'aurai voulu céder à mes remords. Pour effacer ma faute et réparer mes torts, Quelques jours suffiraient; le ciel impitoyable Peut me les refuser. Il m'épargnait coupable. Il m'a laissé long-temps armé contre mon roi, Déchirer mon pays , semer partout l'effroi. O théâtre fameux d'horreur et de carnage , Marignan , lieu terrible , où jadis mon courage Sous le drapeau français cueillit de purs lauriers, Lorsque la mort frappait tant d'illustres guerriers, Parmi tous ces héros mourant pour la patrie, Que n'ai-je pu trouver le terme de ma vie! Mon nom passait sans tache à la postérité. Où m'as-tu donc conduit, triste fatalité! Moi que tout appelait, gloire, vertu, naissance, A devenir l'honneur et l'appui de la France!