CHAPITRE II DERNIÈRE MATINÉE
« Non, puisqu'il le faut, je saurai bien mourir! » {Paroles de Louis XVI, rapportées par Edgeworth.)
« J'entendis sonner cinq heures, raconte Gléry, et j'allumai le feu ; au bruit que je fis, le Roi s'éveilla et me dit, en tirant son rideau : (( Cinq heures sont-elles sonnées? — Sire, elles « le sont à plusieurs horloges, mais pas « encore à la pendule. » Le feu étant allumé, je m'approchai de son lit. « J'ai bien dormi, « me dit ce prince ; j'en avais besoin ; la « journée d'hier m'avait fatigué. Où est M. de « Firmont.' — Sur mon lit. — Et vous, où « avez-vous passé la nuit? — Sur cette chaise. « — J'en suis fâché, dit le Roi. — Ah ! Sire, « puis-je penser à moi dans ce moment ! » Il
3o LA MORT DU ROI
me donna une de ses mains, et serra la mienne avec affection'. » Peut-ètie, est-ce à ce moment que le condamné dit à Gléry : « Gléry, vous avez tort de vous affecter si fortement ; ceux qui ont de l'amitié pour moi doivent, au contraire, se réjouir de me voir arrivé au terme de mes souffrances » -.
Le Roi, quoi qu'il en soit, se leva sans retard, passa les « bas de soie gris » , la culotte de « casimir gris », qu'il portait la veille, chaussa ses « souliers, à boucles d'or, mais très simples », et enfda une « veste blanche en piqué de Marseille »\ Dans cette tenue, il se lit coiffer par Gléry, très probable-
^ Journal de Cléry. (Boaucourt, t. I, p. 186-187.) - Semaines parisiennes : Relation de vingt heures d angoisses qui ont précédé le martyre de Louis XVI. (Beaucoui't, op. cit., 1. 1, p. 370.) Je croisée récit d'Ange Pitou, car il reproduit à peu près textuellement celui de cet écrivain dans VUrne des Stuarts et des Bourbons, Paris, i8i5, in-8". —Procès des Bourbons, contenant des détails historiques sur la journée du 10 août, les événements qui ont précédé, accompagné et suivi le jugement de Louis XVI, etc., Paris. 1798, 2 vol. in-80. (Beaucourt, t. 1, p. 385.)
•^ Loltrede Cléry à M™' Vigée-Le Brun, du 27 octobre 1796. (Beaucourt, t. I, p. 197.)