JEAN-BAPTISTE CANT HANET-CLERY
(IToQ-lSU'J)
r.raviire de Philippe Aidinet, de 170S, d'après le portrait d'IIemi-l'ieiTC Danloux.
iFJibliotliùquo naliona'.e, Cabinet des cslampcs. colloclion Do Viuck, n" .i.OTl.
DERNIERE MATINEE 3i
ment comme il l'était le jour précédent, c'està-dire (( les cheveux un peu poudrés, une boucle séparée en deux ou trois, le toupet en vergette un peu longue, les cheveux de derrière noués en catogan » *, sans que, toutefois, il soit possible d'affirmer qu'il alla ainsi coiffé à l'échafaud ; on verra plus loin pourquoi.
Pendant que Cléry lui donnait ces soins, le Roi avait retiré de son doigt son anneau de fiançailles, a au dedans duquel était écrit en lettres : M\aria\-A[ntonia\ A[l'cidllcissa^^ A\ustriae], 19 aprilis 1770 », et enlevé de sa montre « un cachet d'argent s'ouvrant en trois parties, sur l'une desquelles était gravé l'écusson de France, sur l'autre L. L., et sur la troisième une tète d^enfant casqué » ; mettant les deux objets dans la poche de sa « veste », il avait ensuite déposé sa montre sur la cheminée'.
^ Lettre de Cléry à M"^^ Yigée-Le Brun. Ihid.
- Journal de Cléry. (Beancourt, t. 1, p. 18-.) — - Extrait des
3a LA MOHT DU ROI
Sa coiffure et sa « toilette » achevées, le Roi « changea de chemise » *, prit un « col de mousseline » ', repassa son guet et revêtit son habit, un habit « brun-mélangé » \ « puce » \ « de couleur violette » % « marron pâle »", tel que Font vu les contemporains, et dont « l'étoffe très rase apparaît aujourd'hui comme un drap mélangé, violet-prune et mordoré, dont Tensemble donne une couleur brune »''. De ses poches le Roi retira « son portefeuille, sa lorgnette, sa boîte à tabac* » et « sa bourse
registres du Conseil du Tcmplo. 21 janvier 1793. [Ibid., t. II, p. 3i5-3i6.)
^Journal de Cléry . (Beaucourt, 1. I. p. 187.)
- LeUre de Cléry à M"**^ Vigée-Lc Brun. [Ihid., p. igS.)
' Ihid.
'* Journal de Perlet. m9 du 11 janvier.
* Courrier de VEgalité, n" du 22 janvier. (Beaucourt, t. I, p. 343.) — Le Magicien républicain, par Rony l'ainé, 1794- [Ihid., t. I, p. 378.)
® Moelle, Six journées passées au Temple. (Beaucourt, t. l, p. 255, note 2.)
" Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1895, col. 483. L'auteur de l'article déclare posséder un fragment authentique de 1 habit du Roi.
* Journal de Cléry. (Beaucourt, t. I. p. 187.)
OÙ se trouvaient 33 louis en or^ », tous objets qu'il posa sur la cheminée, en présence de plusieurs municipaux, déjà entrés dans la chambre. Puis il passa dans son « cabinet », où Tabbé Edgeworth ne tarda pas à le rejoindre ".
Cependant, vers deux heures du matin \ étaient arrivés au Temple, — envoyés par le curé constitutionnel de la paroisse Saint-François-d' Assise, Sébastien-André Sibire, — les « ustensiles »*, — suivant Télégante expression d'un contemporain, — nécessaires à la messe de l'abbé Edgeworth. Gléry, le Roi habillé, s'empressa de tout préparer pour cette cérémonie. La petite « commode en bois d'acajou à dessus de marbre », transformée en autel et « placée au milieu de la chambre »,
^ Cléry, Journal de ce quisestpasséà la tour du Temple... augmenté de la suite du Journal... Paris, 1861, in-8", p. l'jg. - Journal de Cléry, dans Beauçoui't, t. I, p. 187. ■' Ibid.
■> Le Magicien républicain, par Rony l'ainé. (Beaucourt l. I, p. 377.)
reçut « la pierre sacrée » recouverte des « deux nappes d'autel », « le crucifix, le missel, le calice, le corporal et la pale, la patène avec ses deux hosties, une grande et une petite ». ^ Quant aux ornements du prêtre, ils turent portés par Gléry dans sa chambre, où alla les revêtir Fabbé Edgeworth. Ces ornements furent choisis sans doute parmi les plus riches que possédât l'église ; certains motifs de leur décoration répondaient bien d^ailleurs par leur couleur rouge aux nécessités liturgiques de la fête de sainte Agnès, vierge et martyre, célébrée le 21 janvier. Ils sont conservés, aujourd'hui encore, à l'église Saint-Jean-Saint-François, où l'on ne peut les contempler sans une poignante émotion.
« Lorsque tout fut disposé, continue Gléry, dont le récit est le plus complet sur ce point, j'allai prévenir le Roi. Il me demanda si je pourrais servir la messe ; jeluirépondis qu'oui,
^ Journal de Cléry. [Ihid . , l. I, p. 187) ; et note d'Edgewoilh à la Coiumune de Paris;. [Iltid., t. II, p. ic^î-i^^.)
mp.
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