‹ La mort du roiChapitre 25 sur 39 · IO-2 L\ MOUT DI ROI · texte numérisé non relu

IO-2 L\ MOUT DI ROI

Les choses étaient réglées de telle manière que ce cortège, « arrivant à la place de la Révolution, devait continuer sa marche dans le cours de TEgalité (ci-devant la Reine) jusqu'à ce que Ton commandât halte à la tète » \ Et si l'on s'en rapporte, d'autre part, à une relation contemporaine, qui dit que « la voiture, dans laquelle était le Roi, a fait le tour de l'échafaud et s'est arrêtée au pied de Tescalier par lequel on y montoit » ", il faudrait admettre que le cortège aurait, en débouchant de la rue de la Révolution sur la place, pris son point de direction sur le pont de la Révolution, pour faire un à-droite à la hauteur de la statue de Louis XV et gagner le Cours-la-Reine, ou opéré une conversion à droite et vers le même point, entre le piédestal de la statue de Louis XV et l'échafaud,

par A. Tausserat-Radel, dans la Revue de Champagne et de Brie, 1895, a*^ série, t. VII, p. 237-240.

1 Dutemple, Ordres du jour inédits de Santerre, p. 20.

- Lettre du conventionnel Blad, déjà citée. [Révolution française, 1895, t. II, p. 542.)

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pendant que, dans les deux cas, la voiture se serait détachée de Tescorte, pour faire en effet « le tour » de cet échafaud et s'arrêter devant l'escalier.

« Dès que le Roi sentit que la voiture n'allait plus, raconte l'abbé Edgeworth, il se retourna vers moi et me dit à l'oreille : a Nous « voilà arrivés, si je ne me trompe. » Mon silence lui répondit qu'oui. Un des bourreaux vint aussitôt ouvrir la portière, et les gendarmes voulurent descendre ; mais le Roi les arrêta, et appuyant sa main sur mon genou : « Messieurs, leur dit-il, d'un ton de maître, je « vous recommande Monsieur que voilà : ayez « soin qu'après ma mort il ne lui soit fait « aucune insulte. Je vous charge d'y veiller ». Ces deux hommes ne répondant rien, le Roi voulut reprendre d'un ton plus haut; mais l'un d'eux lui coupa la parole : « Oui, oui, lui a répondit-il, nous en aurons soin ; laissez- (( nous faire ». Et je dois ajouter que ces mots furent dits d'un ton de voix qui aurait dû me

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glacer, si, dans un moment tel que celui-là, il m'eût été possible de me replier sur moimême'. »

Ce court dialogue rapporté par Edgeworth suffit-il à remplir les « trois », « quatre », ou (( cinq minutes, que presque tous les témoins s'accordent à reconnaître que le Roi passa dans la voiture avant de descendre ? Peut-être que non, et alors il faut admettre, ou bien qu'il s'entretint quelques instants seul à seul avec l'abbé Edgewortli", ou bien qu'il acheva ses prières qui n'étaient point finies ^

Il est un point sur lequel concordent mieux les impressions des spectateurs : l'attitude du Roi quand, sortant de la voiture, il se

' Relation de labhé Edgeworth de Firmoiil, dans Beaucourt, op. cit., t. I, p. 333.

* Journal de Perlet, 22 janvier 1793, cité dans Beaucourt, t. I, p. 342.

^ Santerre, dans les Mémoires de Mercier du Rocher, déjà cités. — Procès des Bourbons, cité dans Beaucourt, t. I, p. 388. — Semaines parisiennes, citées dans Beaucourt, t. I, p. 370.

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trouva au pied de Téchafaud. Tous ceux qui le virent à cet instant, — amis et ennemis, — sont unanimes à reconnaître « son air déterminé et courageux » *, « le regard assuré qu'il arrêta sur l'instrument de son supplice, sur le piédestal de la statue de son aïeul et sur le peuple »', (( la fermeté et le calme » avec lesquels « il fixa » tout ce qui Fentourait '. « Ses cheveux n'étaient pas en désordre, son teint ne paraissait pas altéré » \ précise un texte. Mais c'est à partir de cette heure que varient les dires des assistants, et c'est à partir de cette heure aussi que s'impose la critique la plus sévère de l'autorité de leurs témoignages. Où se fit la toilette du condamné ? au pied de l'échafaud, ou sur l'échafaud même? Gravit-il seul et sans secours les degrés de la

^Journal d' Perlet, 22 janvier 1793. (Beaucoiu't, 1. 1, p. 342.)

^ La Révolution racontée par un diplomate étranger, par MM. de Grouchy et Guillois, Paris, 1903, in-8°, p. 422. (Lettre de Joseph Lama, du 28 janvier 1793.)

^ Beaulieu, Les Souvenirs de l'histoire... (Beaucourt, t. I, p. 397.) — Lettre de Blad, conventionnel, déjà citée.

* Journal de Perlet, 12 janvier 1793. (Beaucourt, 1. 1, p. 342.)

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guillotine ?0ù lut prononcé le célèbre adieu de Tabbé Edgeworth ?0ù et à quel moment le Roi adressa-t-il au peuple ses dernières paroles ? A quel instant et par qui fut-il interrompu ? Tous épisodes qu'il paraît presque impossible, à première vue, de retracer d'une façon certaine, étant donnée la diversité des relations. J'ai tenté de le faire pourtant, en prenant comme base, je le dis tout de suite, les rapports de ceux qui m'ont paru avoir été le mieux placés pour bien voir et ]jien entendre, pour vivre dans toute leur horreur, pour raconter plus tard en toute sincérité l'histoire des sept minutes tragiques que je vais exposer d'après eux ; en première ligne : l'abbé Edgeworth, le bourreau Sanson, San terre ; en seconde ligne : Philippe Pinel, le célèbre médecin aliéniste, âgé de quarante-huit ans; André Girard, commandant du bataillon des fédérés de Marseille, dont j'ai déjà parlé; Joseph Trémie, volontaire au môme bataillon ; Rouy l'aîné, rédacteur du Magicien répuhli-

caiti\ Piclioii, simple garde national, originaire de Pitlîiviers.

Un fait est d'abord surabondamment prouvé, en dépit des affirmations contraires : c'est que le Roi fut « dépouillé » au pied même de l'échafaud, et non après qu'il y fut monté. (( Décendant de la voiture pour l'exécution, on a dit à Louis Gapet qu'il faloit ùter son habit ; il fit quelques diffîcultées, en disant qu'on pouvoit l'exécuter comme il étoit. Sur la représentation que la chose étoit impossible, il a lui-même aidé à ùter son habit. Il fit encore la même difficultée lorsqu'il cest agit de lui lier les mains, qu'il donna lui-même lorsque la personne qui l'acompagnoit lui eut dit que c'étoit un dernier sacrifice. Alors il s'informa sy les tembours batteroit toujour ; il lui fut répondu que l'on n'en savoit rien. Et c'étoit la véritée '. » Cette courte rela-

* Lettre de Sanson au rédacteur du journal Le Tliermomèlre, 20 février 1793. (Bibl. nal., fonds français, ms. 10.2.68, autographe.)

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LETTUE DE CHAKLES-HENHY SANSON

à Jacqucs-Auloinc Dulaurc, rédacteur du journal Le Thermomètre du jour, du 20 février 1793.

(Bibliothèque nalionale, cabinet des manuscrits, fonds français, vol. 10.26S, original autographe.

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tien de Sanson est, je crois, de la plus rigoureuse A^éracité et ne peut qu'être illustrée par celle si connue de l'abbé Edgeworth et par celle de Santerre, plus brutale et réaliste.

« Dès que le Roi fut descendu de voiture, dit Edgeworth, trois bourreaux Tentourèrent et voulurent lui ôter ses habits. Mais il les repoussa avec fierté, et se déshabilla luimême. Il délit également son col, ouvrit sa chemise et l'arrangea de ses propres mains. Les bourreaux, que la contenance fière du Roi avaient déconcertés un moment, semblèrent alors reprendre de l'audace. Ils l'entourèrent de nouveau, et voulurent lui prendre les mains : « Que prétendez-vous ? > leur dit le prince, en retirant ses mains avec vivacité. — « Vous lier ! » répondit un des bourreaux. — « Me lier! » repartit le Roi, d'un air d'indignation, « je n'y consentirai jamais ! Faites ce « qui vous est commandé, mais vous ne me (( lierez pas; renoncez à ce projet! » Les bourreaux insistèrent ; ils élevèrent la voix, et

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semblaient déjà vouloir appeler du secours pour le faire de vive force. C'est ici peut-être le moment le plus affreux de cette désolante matinée ; une minute de plus, et le meilleur des rois recevait, sous les yeux de ses sujets rebelles, un outrage mille fois plus insupportable que la mort, par la violence qu'on semblait vouloir y mettre. Il parut le craindre luimême ; et, se retournant vers moi, il me regarda fixement comme pour me demander conseil. Hélas! il m'était impossible de lui en donner un, et je ne lui répondis d'abord que par mon silence. Mais comme il continuait de me regarder : « Sire, lui dis-je, avec des (( larmes, dans ce nouvel outrage, je ne vois (( qu'un dernier trait de ressemblance entre « votre Majesté et le Dieu qui va être sa « récompense. » A ces mots, il leva les yeux au ciel avec une expression de douleur que je ne saurais jamais rendre. « Assurément, me a dit-il, il ne faudra rien [de] moins que son « exemple pour que je me soumette à un pa-

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« reil affront. » Et se tournant vers les bourreaux : (( Faites ce que vous voudrez, leur dit-il, « je boirai le calice jusqu'à la lie ! » Puis, — dit une variante du récit d'Edgeworth, — « il présenta ses mains avec une majestueuse résignation, et comme on faisait plusieurs nœuds, le Roi dit avec douceur : « Il n'est « pas nécessaire de serrer aussi fort ! ' »

« Lorsque Louis fut arrivé, raconte, d'autre part, Santerre, quatre mois après l'événement, il demanda à parler seul à son confesseur. Il resta dans la voiture environ cinq minutes, puis il en descendit. A l'instant, l'exécuteur le saisit et lui dit : « Monsieur, laissez votre « habit ! — Non, répliqua le Roi, d'un ton « ferme. — 11 faut laisser votre habit, je ne « peux pas opérer sans cela. — Je ne le veux « pas, répliqua Louis. » Le bourreau et ses deux valets veulent l'en dépouiller. « Eh ! « bien, dit-il, laissez-moi ; je vais l'ôter moi-

1 Relation originale d'Edge^^'orth (Beaucourt, t. I, p. 333- 335), et texte de Bertrand de Molevillc (Ibid., p. 334).

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« même. » Il détache son col, le jette à terre, et quitte son habit. Le bourreau profite de ce moment, lui saisit les mains et les lui attache derrière le dos, tire promptement ses ciseaux et lui coupe les cheveux. Cette opération fit tressaillir Louise »

En dehors des particularités fournies par ces récits, trois détails seulement peuvent être empruntés sûrement à d'autres sources : au Mémoire de Madame Royale, et à d'autres (( souvenirs » de Santerre, celui-ci, que les mains furent attachées au Roi « avec son mouchoir, non avec une corde » ' ; — à la lettre de Pinel, du 21 janvier, cet autre, que le bourreau, après avoir coupé les cheveux du

^ Récit de Santerre, dans les Mémoires de Mercier du Rocher. Je suis ici le texte de ces Mémoires tel qu il est donné, dans la Revue du Bas-Poitou (1908, 2" livraison, p. 189- 190), par M. René Vallette, qui a publié une partie du récit de Santerre d'après le manuscrit original des Mémoires de Mercier du Rocher, appartenant à M. Ernest Brisson, ancien magistrat à Fontenay-le-Comte .

- Mémoire de Madame Royale, dans Beaucourt, t. I, p. 20. — Santerre, « Souvenirs » rapportés par Carro, Santerre. p. 171.

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Roi, les (( mit dans sa poche » ' ; — aux relations de Rouv Taîné et d'Ange Pitou ", ce dernier, qu'au pied de Téchafaud le Roi se mit à genoux devant Edgeworth, pour lui demander sa bénédiction et qu'ils s'embrassèrent.

« L'exécuteur, raconte Santerre, montre, alors, au Roi l'escalier de Técliafaud et veut le soutenir pour l'aider à monter. Louis refuse ce secours ». Et Santerre ajoute ce que rapportent beaucoup d'autres, que le i^oi escalada l'escalier « d'un pas très ferme », « très courageusement, et seulement appuyé sur le bras de son confesseur » •■. — Un récit, —

1 Lettre de Pinel [Libre Parole, du 21 janvier iSgS).

- Récit authentique des jugement et exécution de

Louis AT/.., par le citoyen ïîouy, l'aîné, témoin oculaire, àa.ns le Magicien républicain, Paris, 1794, in-18. (Beaucourt, t. I. p. 38o.) — Ange Pitou, l'Urne des ^Stuarts, Paris, i8i5, p. 173, et le récit des Semaines parisiennes, que je crois è[re de Pitou. (Beaucourt, t. I, p. 371.) — Voir aussi Windtsor,^i^o7iJe et mort héroïque de Louis XVI, Paris, 1793, in-8°, p. 45.

3 Santerre, d'après les Mémoires de Mercier du Rocher et dans les souvenirs rapportés par Carro, Santerre, p. 169 ; — lettre de M. Chaumine, médecin à Paris, à M. Préval à Angers, Paris, 21 janvier 1793, publiée dans Grille, Lettres des volontaires de Maine-et-Loire, i85o, t. III, p. 348; — lettre de Joseph Trémie, volontaire des fédérés de Marseille,

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qui prétend reproduire « les propres expressions d'un témoin oculaire », — précise qu'il monta à 1 echafaud « avec cet air religieux et majestueux d'un prêtre vénérable qui monte à l'autel pour célébrer la messe » \ La vérité est encore ici, je crois, dans Edgeworth, qui dit l'avoir soutenu dans sa montée qui lut, en réalité, très pénible, a Les marches qui conduisaient à l'échafaud étaient extrêmement roides. Le Roi fut obligé de s'appuyer sur mon bras ; et à la peine qu'il semblait prendre, je craignis un moment que son courage ne commençât à fléchir-. » La chose peut s'expliquer naturellement, autrement que par l'émotion, — à laquelle fait allusion Edgeworth, — par la peine que devait avoir un homme de la corpulence du Roi à gravir l'escalier très incliné de la guillotine.

du 21 j.anvier 1793, publiée dans la Revue rétrospective, nouvelle série, 1892, p. 82; — Gazette nationale, ou Moniteur universel, du 23 janvier 1793.

1 Annales de la République française , 25 janvier 1793. (Beaucourt, l. I, p. 355.)

- Relation d' Edgeworth, dans Beaucourt, t. I, p. 335.

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Quoi qiril en soit, c'est pendant cette ascension ou à son terme que Fabbé EdgewortU dut prononcer le mot fameux : a Fils de samt Louis, montez au ciel ! » ou « Fds de saint Louis, le ciel vous attend », qu'il n y a pas de raisons absolues pour rejeter *.

Cependant, à peine parvenu sur la plateforme, le Roi « s'échappe, pour ainsi dire, des mains » de son confesseur, « traverse, d'un pied ferme, toute la largeur de Téchafaud »% « s'avançant sur le côté gauche » '. Les bourreaux surpris essaient de le retenir, a II donne un coup de coude à celui des exécuteurs qui était à son côté gauche et le dérange suffisamment pour pouvoir savancer jusqu'au bord de l'échafaud » % « contre la balustrade,

1 Voir sur cl- point Edmond Birô, Journal d'un bourgeois de Paris pendant la Terreur. Paris, 1884, in-12, P- 447-43 1 ; et Beaucourt, op. cit., t. II, p. 353-369-

2 Relation d'Edgeworth, dans Beaucourt, t. I, p. 335.

3 Santerre, dans les Mémoires de Mercier du Rocher.

* Récit de Rouy l'aîné, dans le Magicien républicain. (Beaucourt, t. I, p. 38o.)

du côté gauche, vis-à-vis le Garde-meuble » \ Dépouillé de son habit, et n'étant plus revêtu que de son gilet blanc, de sa culotte et de ses bas gris, sa haute et forte stature se détachant sur le ciel sombre et bas, les épaules plus effacées de ses mains liées, « la tête levée "^ », le cou dégagé, ses cheveux coupés par derrière devant lui donner le plus étrange aspect, « le visage rouge » ' de Teffort physique fait sans doute pour gravir les degrés de la guillotine, « promenant ses regards de la droite à la gauche » ', tel apparaît alors le Roi- martyr, dont ses ennemis n'ont même pas pitié à cette minute suprême : « A lexemple de Charles I*^"", disent les Révolutions de Paris^ Louis Capet, quand il monta

^ Récit d un témoin oculaire, dans Illustres victimes vengées des injustices de leurs contemporains . Paris, 1802, in-S". (Beaucourt, t. I, p. 391.)

- f.e Républicain, n" du 22 janvier 1793. (Beaucourt, l. I, p. 340.)

^ Les Révolutions de Paris, 19-26 janvier. (Beaucourt, t. I, p. 36.i.)

* Le Républicain, n" du 22 janvier 1793. (Beaucourt, l. I, p. 340).

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sur la guillotine, étoit vêtu de blanc, symbole apparemment de son innocence. Cette affectation n'a point échappé à certaines gens, qui ont su gré à leur bon maître de soutenir son rôle jusqu'à la fin ' ».

Les tambours de Fescorte, qui s'étaient rangés face à « la machine », roulaient, ai-je dit, dès avant la descente du Roi de sa voiture. Point important, et qu'aucun récit sûr ne permet de révoquer en doute. « Les tambours qui battaient la marche, racontait plus tard Santerre, n'avaient pas à ce moment discontinué de battre et ne devaient cesser que lorsque toute la troupe serait entrée dans la place et aurait cessé de marcher-. » Que se passat-il alors? Le Roi, « par son seul regard » ', « d'un signe » ', « d'un geste » de la tète ou

'■ Les Ré\'oluiions de Paris, 19-26 jauvit-r. (Bcaucourl, l. I, p. 365.)

- Santerre dans ses « souvenirs », rapportés par Carro, Santerre, p. i6g.

■^ Relation d'Edge^^'urth, dans Beaucourl, t. I, p. 335.

* Semaines parisiennes (Beaucourt, t. I. p. 372) ; récit de

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du pied\ imposa-t-il silence à ces tambours? La chose est tout à fait probable. Quelques récits affirment pourtant qu'il leur cria : « Taisez-vous! » ou « Paix, tambours !... Messieurs, je demande la parole'! » Quoi qu'il y ait, les tambours, une partie d'entre eux du moins, discontinuèrent de battre, et l'on comprit ou l'on entendit que le Roi voulait parler. Aussitôt, « un mouvement d'agitation se manifesta parmi tous les citoyens armés, les uns demandant qu on le laissât parler, et les autres, déjà trop ennuyés des longueurs que l'appareil avait occasionnées, s'opposant à ce qu'il fût entendu. Cette diversité d'opinions fit augmenter l'agitation, et déjàon craignait un soulèvement qui n'aurait pu être que des plus funestes par les malheurs inévitables qui en

Rouyraîné, dans le Magicien répulilicaiii [Ihid., t. I, p. 38o) ; Blad, IcUrc citée.

^ Lettre de Piucl déjà citée.

- Procès des Bourbons... (Beaucourt, t. I, p. 887) ; — [Charles-Claude deMontigny], Les Illustres victimes... {Ibid., 1. 1, p. 391.) — Touchard-Lafosse, Sou^-enirs d'un demi-siècle, Paris, i8j6, t. III, p. 362.

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auraient été la siiitc^ ». « La foule commençait à s'émouvoir en faveur de Louis » ; ' « quelques voix s'élevèrent derrière un amas de pavés et crièrent GrdceV » D'autre part, « on parlait de divers côtés de faire feu, et les Marseillais étaient disposés à tout événement à tirer sur l'échafaud ; on entendait de toutes parts le bruit menaçant de fusils qu'on armait... » \

Il fallait brusquer les choses. Les chefs de la force armée le comprirent. Ordre est hurlé aux tambours de « reprendre », ou de « redoubler^ » leur roulement. Hurlé par qui, cet ordre? Par Santerre ? Par Berruyer ? par Beaufranchet d'Ayat? par A. -C. -M. Sain de Bois-le-Comte,

^ Récit de Rouy l'aîné... (Beaucourl, t. I, p. 38o-38i.)

2 Santerre, dans les Mémoires de Mercier du Rocher.

^ Santerre, d'après des souvenirs l'apportés dans Carre, Santerre, 1847, in-S", p. 168. — « Edgeworth m'assura avoir entendu quelques voix proférer et répéter les cris de Grâce ! » (Allonville, Mémoires secrets, t. III, p. iSg).

* « Souvenirs » de Santerre rapportés par Carro, Santerre, p. 170-171,

^ Lettre de. Joseph Lama, du 28 janvier 1798, dans La Révolution racontée par un diplomate étranger, p. 421,

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obscur officier, adjoint d'adjudant général, à qui l'on a fini par « infliger » cet honneur* ? Probablement par tous à la fois, qui, affolés, se le renvoyèrent les uns aux autres. En même temps, les aides de camp de Santerre se ruent vers l'échafaud et « pressent le bourreau de faire son métier. L'un d'eux, Richard (dont certains récits font, à tort, un des exécuteurs), se saisit d'un pistolet et le met en joue » '. Mais Sanson et ses aides se sont déjà jetés sur le Roi, et l'entraînent de la gauche vers la guillotine. On aperçut alors celui-ci qui, « devenu jaune comme un coing » % (( fit un geste d'impatience » ', « frappa du pied » \ Et c'est à ce moment, pendant qu'il était « conduit à l'endroit où on l'atta-

1 Feuillet de Couches, Louis XVI , Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, Paris, i<S73, l. VI, \). 448.

- Santerre, clans les Mémoires de Mercier du liochcr.

•^Lombard de Langres, Mémoires anecdotiques ... Paris, 1823, t. II, p. 75.

'* Lettre du conventionnel Blad, déjà citée.

•• Lellre du garde national Pichon. dc'-jà citée.

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