‹ La mort enchainéeChapitre 25 sur 30 · LES MÊMES, ÉGINE, GLAUCOS · texte numérisé non relu

LES MÊMES, ÉGINE, GLAUCOS

ÉGINE

La Mort est enchaînée!

GLAUCOS

Tyro n'a pas osé.

(Ils s'avancent vers Sisyphe.)

ÉGINE

Ta chasse est terminée?

SISYPHE

Oui. Ma femme et mon fils, venez là près de moi!

(// les prend tous deux par la main et les fait asseoir l un à droite, l'autre à gauche.)

Je crois vous regarder pour la première fois. Dans tous vos mouvements rayonne la jeunesse Et je sens retomber sur moi cette richesse.

(La Mort a fait un mouvement. Egine et Claucos se sont retournés ensemble de son côté et l'ont vue.)

Approchez-vous. J'agis parfois brutalement.

Je ne sais pas avoir de ces ménagements,

De ces subtilités, de ces délicatesses,

Qui donnent tellement de prix à la tendresse.

Mais je vous aime avec la force de mon coeur.

Je mets en vous mon espérance et mon bonheur.

(La Mort a enlevé en silence la chaîne qui la retenait et elle s'avance derrière Sisyphe. Egine et Glaucos la suivent des peux.)

Pourquoi regardez- vous derrière moi; Qui passe?

ÉGINE

Personne.

SISYPHE

La colère en mon âme s'efface Et renaît brusquement. II faut me pardonner. Je n'y peux rien, car c'est ainsi que je suis né.

(La Mort est tout près de Sisyphe.) Pourquoi vos yeux sont-ils troublé* ^Quelle est cette ombre?

Je ne vois rien.

SISYPHE

Toute la terre devient sombre.

ÉGINE

Mais non!

SISYPHE

O mon épouse, ô mon fils, donnez-moi Vos deux mains, qu'un baiser nous unisse tous trois.

(Alors la Mort qui est derrière lui, lui saisit la tête et lui donne un baiser sur les lèvres.)

LA MORT

Tiens! voilà le baiser des ombres éternelles, Blasphémateur !

(Sisyphe s'est redressé et retombe soudain.)

SISYPHE

Tu m'as vaincu, mon sang se gèle Et mes membres soudain sont de pierre... Je meurs.

LA MORT

Non, pas avant d'avoir contemplé ton malheur. Le ciel que tu bravais doit s'emplir de tes plaintes. Que le vent du remords, la tempête des craintes Que l'orage du désespoir et de l'effroi. Que le déchaînement du doute soient en toi. Dans les enfers ce soir il faut que ru descendes.

Hadès et Perséphone avidement t'attendent

Et des supplices inouïs sont préparés.

Mais le tourment qui va le plus te déchirer

Sera de ne plus voir les choses de la terre.

Tous ceux que tu chéris seront dans la lumière,

Ils prieront tes vieux ennemis, les Olympiens,

Ils s'étreindront peut-être et tu n'en sauras rien.

Sisyphe l'orgueilleux, enfin, voici ton heure!

Encor quelques instants! Il faut que tes yeux pleurent,

Que tu mesures bien la toile du linceul,

Que tu saches combien dans la nuit on est seul,

Que tu voies ton peuple mourir, que tu contemples

L'image de la mort dans ta ville sans temple.

Je vais, de seuil en seuil, dans le grand champ humain

Glaner et reglaner la vie avec mes mains.

Ecoute bien des morts l'appel épouvantable.

Je m'en retourne à ma moisson interminable...

{Terrible, hagarde, la Morl ivre de joie s'élance dans la ville. A partir de cet instant on entendra la plainte grandissante de ceux qu'au loin elle marque et qu'elle entraîne : Ah! ah! ah! ah!

Tyro par le chemin de gauche arrive en courant.)

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