‹ La mort enchainéeChapitre 6 sur 30 · LES MÊMES, ÉGINE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, ÉGINE

ÉGINE Défendez-moi!

SISYPHE De qui ?

(// relève sa iêle et l'interroge du regard; mais elle cache son visage dans ses mains.)

Tu ne me réponds pas.

(Il fait quelques pas du côté où est venue Egine et étend les bras devant elle.)

Du côté du danger Sisyphe ouvre les bras

Et sépare le monde en deux. Va, sois tranquille.

Voici les murs, voici la porte de ma ville.

Elle n'a pas de temple avec des chapiteaux,

Mais la porte est d'airain et les murs sont très hauts.

Nul n'invoque les dieux ici, mais le blé pousse

Tout de même et l'épi sort de la terre rousse.

J'accueille l'hôte errant et je m'enorgueillis

Que s'il est en haillons il est mieux accueilli.

Et quand un roi reçoit l'épée et la couronne,

L'antique usage veut qu'un mendiant la lui donne.

Le sol profond, le ciel et les eaux sont à moi.

Je te protégerai, moi, Sisyphe, le roi.

ÉGINE J'ai peur.

SISYPHE

Tu peux, en liberté, Tout me dire. J'aime ton air et la beauté Que la terreur ajoute à ton mince visage. Es-tu fille de quelque roi du voisinage ? Le choix des vêtements semblerait l'indiquer. Relève-toi.

(// la fait se relever.)

ÉGINE J'ai peur.

SISYPHE, avec une légère impatience.

Il te faut t'expliquer

A haute voix.

Tu te tais ?

EGINE Oh! Non!

SISYPHE, en colère.

Parle : Je te l'ordonne.

UN HOMME

Son silence offense ta personne.

Veux-tu que je l'oblige à te répondre?

SISYPHE

Chien !

Qui t'a permis ?... Tais-toi! Arrière. Elle fait bien, Si c'est son bon plaisir de garder le silence.

(5e tournant vers Egine.)

Tu n'as à redouter, ô femme, aucune offense.

Tu peux sécher tes yeux de ton voile de lin.

Les boeufs sont dans l'étable et le grenier est plein.

La salle du palais a douze colonnades,

Une voûte en faïence et des dalles de jade,

Et la courbe du toit a l'air d'un arc parfait.

Repose sur le lit sculpté, comme il te plaît.

Les creuseurs de roseaux te joueront des musiques

Et tu t'endormiras, blanche, dans ta tunique.

(Aux femmes.)

Conduisez-la! Tâchez de la calmer un peu.

(A son fils.) Qui donc peut l'effrayer ainsi ?

Sont splendides!

GLAUCOS

Comme ses yeux

SISYPHE Jamais je n'en vis de semblables.

GLAUCOS Qu'elle est jeune, jolie, et qu'elle est désirable!

SISYPHE

Quoi! Tu parais bien prompt à l'éloge. Tu sais Que si cette étrangère entre dans mon palais Elle peut repartir pourtant si bon lui semble. Son destin nous l'envoie. Elle a peur, elle tremble. Eh bien! moi, je la protégerai de mon mieux, Ainsi que le doit faire un hôte généreux. Mais elle est libre, tu m'entends...

(// fait quelques pas.)

Que la jeunesse S'emporte donc facilement!

(// revient vers son fils.) Tiens, je te laisse Mon esclave Tyro, si tu veux.

(Il appelle Tyro.)

Viens ici.

Toujours ses sombres yeux cachent quelque souci. C'est son défaut.

CLAUCOS, 5e détournant.

Merci.

(Entre par la gauche un vieillard appuyé sur un grand bâton. C'est le roi Asope.)

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