LES ORGANISMES IMMORTELS GE
toxique, et celle du robinet l’est plus ou moins ; l’eau . de neige est bonne — à la campagne — l’eau d’étang ‘ee aussi. Les récipients ne doivent pas avoir contenu de produits toxiques : le verre absorbe le sublimé, puis . le rend. Le foin, base de linfusion, doit être fait de . bonnes espèces et ne pas contenir de plantes nuisibles. | Bref, beaucoup de précautions sont requises. On ne | les connaît pas toutes, et malgré son expérience et ses soins, Métalnikoff a souvent vu péricliter ses cultures sans discerner le motif.
La recherche, naturellement, comporte une condition fondamentale : il faut empêcher toute conjugaison même entre les deux individus résultant du dédoublement d’un seul. On isole une paramécie. Elle se . divise une ou deux fois par jour : il faut isoler les cel- Jules-filles aussitôt, pour éviter le risque de conju- . gaison entre elles. L'expérience est astreignante, sur- … tout quand elle dure 10 ans et plus. mais elle permet . des observations de grand intérêt.
Elle a cté faite sur 20 séries parallèles issues de 20 membres de la progéniture d’une paramécie unique . provenant d’un étang, sur 20 arrière-petites filles de celle-ci, par exemple.
. Evidemment, d’après les chiffres recueillis, la vitesse … de multiplication oscille beaucoup. À certaines pé- . -riodes elle est rapide, à d’autres, rare et lente. À des ou li phases de grande vitalité d’autres succèdent, de dé- : … pression et d’affaiblissement. Nulle régularité à cet de égard. Ni l'alimentation, ni la saison, ni la tempéra- * “ {ture ne seraient en cause, semble-t-il ; l’âge non plus. si Vers le début, de 1912 à 1915, on pouvait croireàäun certain affaiblissement, mais à partir de 19:16, la mul- ii
tiplication sé fit avec rapidité, et après 3.000 générations, elle était normale, Elle a plutôt augmenté que diminué avec l’âge, par adaptation plus exacte de l’espèce aux conditions de milieu, sans doute.
Trois mille générations : c’est déjà bien. Evidemment ce n'est pas aussi démonstratif que 30.000 ; encore moins que 300.000 , mais c’est un chiffre, et la conjugaison semble ne pas être indispensable.
Toutefois elle est pratiquée normalement à l’état de nature. Maupas y voyait un moyen de rajeunissement de l’espèce, comme il a été dit. Et pourtant, après conjugaison, la faculté reproductrice n’est pas accrue. Jennings, dans de belles expériences, a fait voir que les descendants immédiats de la conjugaison se multiplient plus lentement, ont une vitalité moindre, et une mortalité plus considérable, La conjugaison paraît constituer un processus compliqué et dangereux pour la cellule, pouvant entraîner des anomalies et la mort ;
l’union peut être mal assortie, peut-être y a-t-il incompa- M
tibilité de colloïdes. Au fait, la conjugaison constituet-elle bien un acte sexuel, ou bien ne serait-ce que du cannibalisme, un cas d’absorption d’un individu par son congénère ?
Le problème se complique. En somme pour Maupas qui a été l’imitiateur des recherches dans cette voie, la multiplication sexuée, la fusion de deux individus
en un seul, est nécessaire de temps à autre, pour rajeu- M
mir et vivifier la lignée. Woodruff, d’après ses expériences, croit aussi à la nécessité de ce rajeunissement.
Mais ce n’est pas la fécondation qui opère celui-ci :
c’est l’endomixie. ‘
Il sufit d’après lui, que de temps à autre s'opère,
; LES ORGANISMES IMMORTELS 55 pi
| à l’intérieur du protozoaire cette sorte de brassage des l'éléments, auquel est donné le nom d’endomixie, brassage qui agit comme la fusion de deux individus, et est suivi de rajeunissement,
…. Cette endomixie suflit-elle véritablement ? Métalnikof n’en discerne pas la nécessité, M. A. Lumière, dont chacun connaît les beaux travaux sur les colloïdes» se pose la question à son tour et pense pouvoir répondre de façon négative,
La matière vivante est colloïdale, donc instable; évoluant fatalement vers la floculation, vers la désagrégation du colloïde dont les matériaux passent à l'état d'équilibre, stable, incompatible avec la vie (V. À. Lumière : Théorie colloïdale de la Biologie et de la Vie, 1922).
L'évolution est de sens invariable, vers la flocula- | tion et vers la mort : le cycle est irréversible, semblet-il, bien qu’en chimie inorganique, une certaine réver- M sibilité soit parfois possible.’
Si l’on considère une série de paramécies, par exemple, | comme dans les expériences de Maupas et de Woo- | druff, se propageant par division, où chaque généra- | tion représente la moitié de la précédente, il est évident Mque par rapport à la génération initiale, la 8° ne con- … tient que le 1/256€ du contenu de celle-ci. À la 408 gé- } nération, il reste au plus un trillionième de sa subsk tance.
* 11 faut évidemment supposer, pour parler de l’immor- “talité, que cette proportion infinitésimale du colloïde “initial subsiste. Or, c’est là une pure hypothèse. Toutes les vraisemblances sont que la proportion du colloïde,