CHAPITRE IV
Grande variabilité de la longévité. — Longévité et reproduction. — Incertitude sur la longévité possible de certaines espèces. — Le cas de la baleine. — Longévité virtuelle et longévité spécifique. — Quelques chiffres. — Intestin et longévité. — Physiologie et longévité. — Différences physiologiques entre l’homme et l’animal, en ce qui concerne la nutrition, d’après Rubner. — Cas particulier des formes inférieures de vie. — Les différentes espèces sont elles également réussies ? — Un problème à résoudre : celui de la longévité spécifique. — Première tentative et comparaison de la mouche et de l’homme.
La grande variabilité qui s’observe dans la durée de la vie des animaux, et des plantes aussi bien, selon l'espèce, a souvent surpris le naturaliste. Si l’on y regarde de plus près, toutefois, il semble bien, de façon générale, que la longévité se proportionne à la fécondité, que l'individu intéresse la nature jusqu’au moment où il
s’est reproduit, et que, passé ce tournant dans sa vie, ce
dernier devient chose sans importance. Ce dont la na-u
ture se préoccupe, c’est la conservation de l’espèce ; P ? ?
elle n’a de sollicitude pour l’individu qu’en tant que“
porteur éphémère du flambeau de vie. Elle est pleine d’attentions et de soins pour lui, jusqu’au moment où
il a transmis l’existence ; à partir de l’époque où cetteu
! transmission s’est opérée, elle s’en désintéresse, et reporte
sur les jeunes tous les sentiments qu’elle avait jusque-là consacrés aux parents. La nature a le sens social : elle tient à conserver la société — l’espèce — et n’a cure de l'individu qu’autant qu'il travaille à cette conservation.
Ceci se voit à mille faits familiers : l’un des plus typiques étant celui qui nous montre la mort survenant
presque immédiatement après la reproduction. Nombre
d'insectes, en particulier, ont une vie très courte ; ceux qui ne vivent que quatre ou cinq mois sont innombrables ; beaucoup n’ont que quatre ou cinq semaines de vie adulte : il en est qui ne vivent que quelques jours, d’aucuns ne voient même pas le soir du jour où ils sont nés. Cette vie adulte si courte est précédée d’une existence larvaire souvent très longue : il n’est pas d'exemple
plus frappant que celui de la cigale de 17 ans, aux Etats- |
Unis, qui reste 17 ans sous terre, à l’état de larve, et qui, aussitôt adulte, vivant hors du sol, se reproduit et meurt dans les quelques jours qui suivent.
De façon générale, dès que l'organisme s’est reproduit les sources de vie se tarissent en lui, et la mort approche à grands pas. Les exceptions apparentes à cette règle
servent à la confirmer ; les animaux qui se reproduisent
lentement vivent plus longtemps que les animaux à
reproduction rapide. L’insecte abandonne des centaines
d'œufs à la fois, et meurt ; les mammifères supérieurs, qui ne donnent qu’un ou deux jeunes par an, ont une vie beaucoup plus longue.
* Dans son œuvre, peu lue de nos jours, La Création, .
Boucher de Perthes (chap. IV, p. 385) remarque que la
spiritualité ne dispose pas spécialement à la longévité. une
« On peut d’ailleurs remarquer, dit-il, que dans la M grande majorité des espèces le degré d'intelligence ou la puissance morale n’est jamais une cause du durée ou de vitalité, on croirait même que c’est le contraire, puisque les végétaux et ensuite les poissons qui passent M pour les plus stupides des animaux sont ceux qui vivent le plus tandis que le chien, le singe, et d’autres êtres placés très près de l’homme n’ont que peu d’années M d’existence, » À
On se demande souvent jusqu’où peut aller la durée ml de vie de certains animaux : jusqu’à quel âge peuvent vivre la baleine et l'éléphant, par exemple, si peu prolifiques, et chez qui la période de gestation est si longue.
Il est difficile de répondre à la question. Pour l'éléphant, M à la rigueur, l’observation directe peut donner quelques M indications : mais on ne peut pas toujours conclure M de l’animal en captivité à l’animal en liberté, et si, évidemment, on peut imaginer des conditions très réali- M sables qui permettraient de connaître la durée de la vie M d’éléphants en demi-liberté, je ne vois pas qu’elles aient M été encore réalisées. Aussi, tout ce qui a été dit du grand 4 âge auquel peut arriver l’éléphant, est-il plutôt légen- 4 daire qu’historique : les témoignages manquent de précision. Il semble bien certain, toutefois, que la longévité moyenne de l'éléphant l'emporte, sensiblement, M sur celle de l’homme. 1
En ce qui concerne la baleine, le problème est plus 4 difiicile encore. L'animal ne peut être conservé en cap- A tivité — les grosses espèces tout au moins — et, dès lors, M il est malaisé d’obtenir quelques chiffres exacts. Comme, 4
au surplus, ces espèces sont pour la plupart en voie d’ex-"
tinction — un naturaliste estimait vers 1900 quelenombre total des baleines franches n’était pas plus detrois cents — on ne saura sans doute jamais leur secret.
Les seules indications que l’on puisse se procurer à cet égard —et que quelques naturalistes anglais ont essayé de centraliser — sont fournies par une voie indirecte.
I] arrive — ou plutôt il arrivait, car la chasse baleinière se fait avec des méthodes différentes, et plus efficaces — il arrivait assez souvent, durant la première moitié du xIxe siècle, qu’une baleine blessée réussit à s'échapper. Sans doute, elle avait le harpon dans les flancs, mais celui-ci pouvait n’avoir blessé aucune partie vitale ; il était engagé dans la couche épaisse de graisse qui protège ces animaux contre le froid des mers arctiques, et, après tout, si la baleine pouvait se débarrasser de la barque et de ses persécuteurs au moyen d’un seul coup de queue, et casser la corde du harpon, elle avait des chances d’échapper à la mort. Ce concours de circonstances se présenta assez souvent, et plusieurs baleines s’échappérent et guérirent de leur blessure. On a vu des hommes vivre de longues années encore avec des corps étrangers dans les tissus, et même avec une balle dans les parois du cœur ; une baleine peut bien vivre avec un harpon dans la peau.
Mais si cette baleine se fait prendre, dans la suite, les marques du harpon, qu’on retrouve dans sa peau,
font connaître à quelle époque la bête fut blessée, et
par quel navire, et dès lors il est facile de savoir de combien d’années elle a survécu à son accident.
Ceci ne fait pas connaître son âge, assurément, mais les indications obtenues ont leur intérêt.
Ces indications ne sont pas bien nombreuses, mais
il faut en tenir compte. Une des plus récentes a été obtenue en 1890, époque à laquelle, dans la mer de Bering, au mois d’août, une baleine fut tuée, dans la carcasse de laquelle on découvrit une vieille tête de harpon qui avait appartenu au baleinier américain Montézuma. Or, le Montézuma faisait la pêche de 1850 à 1854 : d’où la conclusion que la baleine avait dû promener avec elle ce corps étranger pendant trente six ou quarante ans.
Autre fait, observé en 1880, et relaté par M. Th. Southwell. Une baleine fut tuée par le Windward dans les parages du Grœnland, et dans son lard on découvrit un harpon, d’un modèle spécial, dont on commença à faire usage vers 1850, mais auquel on renonça bientôt. Par conséquent, la baleine du Windward avait dù être blessée à peu près quarante ans auparavant.
En 1894 encore, la Terra-Nova tua une fort grosse baleine où l’on trouva un harpon au nom du Year, qui s'était perdu trente-sept ans auparavant.
Ici encore, la bête avait survécu de trente-cinq à quarante ans.
Si l’on considère ce fait que les baleiniers ont et surtout avaient coutume de ne s’attaquer qu'aux baleines les plus volumineuses et les plus âgées, et que l'animal n’atteint guère la maturité avant vingt ou trente ans, il en résulte que celles dont il vient d’être parlé devaient avoir au moins soixante ans, et sans doute plus encore. D’autre part, il n’est pas dit que ces baleines eussent l’espect particulièrement vénérable : soixante ans ne serait encore pour l’espèce que la force de l’âge. Et, dès lors, il serait très licite d’attribuer à celle-ci une longévité normale de cent ans environ.
‘te LA LONGÉVITÉ SELON LES ESPÈCES 65
Ceci n’a rien d’exorbitant ; la baleine franche, par léxemple, ne donne généralement le jour qu’à un seul jeune, et tous les deux ans seulement ; l’allaitement (dure un an environ, et la gestation de neuf à quatorze mois, selon les ER — car les faits précis font défaut. Il faut donc qu’elle vive longtemps, pour assurer la conservation de l’espèce : il suffit de quelques jours à un insecte, qui abandonne d’un seul coup plusieurs centaines d'œufs.
M, Sur le problème général de la longévité animale il y ‘a un essai célèbre de Weismann Sur la durée de la vie. Plusieurs années après, en 1013, est vénu le mémoire \(On Longevity and relative Viabihty de P. Chalmers Mitchell, publié dans les Proceedings de la Zoological Society de Londres.
L'auteur est.un naturaliste de profession. Il sait de bquoi il parle, et connaît les documents sur lesquels il s'appuie. Il n’a pas la sottise de ramasser les récits qui traînent partout : il se procure des faits de première main, certains, induscutablés. Et la philosophie de la longévité qu’il en tire repose sur des bases solides. Aucun travail ne renferme, sur la longévité des mam- Lmifères, et des oiseaux, car l’auteur s’en est tenu à ces “deux ordres seulement, autant de documents. Ceux-ci ‘sont tous empruntés aux registres de la Société zoolo- | gique de Londres, registres où figurent les dates d’arrivée, de naissance et de mort de tous les animaux de la ména- “gerie. Ce sont tous des chiffres minima, ou presque Mous, Car le plus souvent, quand un animal arrive on “ignore son âge. Des indications plus précises seront Dole dans vingt, cinquante, cent ans, grâce aux
VarignYa 5
registres, et à condition de ne tenir compte Ave des] sujets nés à la Ménagerie. 1
Assurément, on désirerait connaître les chiffres, re latifs aux animaux sauvages, vivant en pleine liberté, plutôt que les chiffres se rapportant aux bêtes captivés Tout comme il serait intéressant de connaître la lon} gévité de l’homme primitif, comparée à celle du civils vivant en une société très organisée. | ;
Mais la valeur des chiffres relatifs à l’homme vivant en société, c’est-à-dire dans une condition artinciell | comme celle où vit l'animal capüf, est pourtant réelle Ils ont leur intérêt, pratique et scientifique. Il en va des même pour les chiffres touchant la longévité des ani mauxivivant en captivité. L
Surtout si l’on y 2 por un peu d’esprit scientifique et critique. à
Dans un mémoire datant de plus de cinquante ans, et! qui est parmi les trois ou quatre travaux de réelle valeur publiés depuis un siècle sur la matière, dans son essa On comparative Longevity in man and the lower animals} essai resté parfaitement ignoré des compilateurs qui ont malmené le problème général de la longévité, Sir Ray! Lankester, l’éminent zoologiste anglais, a, en) 16704 établi quelques distinctions intéressantes. relativement à la signification du mot longévité. À strictement parlersl la longévité d’un individu, c’est sa durée de mere 1! pratique, c’est une durée plutôt longue et sortant du commün. oe il faut par là entendre autre chose M
on 6. vie à A naissance da lihdivs + SnAN de a ni | ne Cette Pr Ra est détermine (ai
gi nous considérons la population d'un de nos pays. Europe occidentale comme vivant dans un milieu 0e cie eat re ét comme const ituanf nes on.
LAN RUE UET
multiplient pas tous chaque année. Pourtant une pro- , duction de 100 °/, est plus que vraisemblable. Il faut : donc qu'il y ait une mortalité annuelle de 50 °/,. Dans les mêmes villes, pour les hommes, elle est de 15 ou 1 20 °/00, au même moment. Et d’autre part, le moineau | peut vivre longtemps ; sa longévité virtuelle est de w plusieurs années ; de vingt ans environ, alors que sa ! longévité spécifique n’est guère que d’un an ou deux. La différence entre les deux longévités, spécifique et 4 virtuelle, mesure en gros la sévérité d’incidence des : conditions sous lesquelles vit naturellement l'espèce. 4 Mais on peut se procurer avec exactitude la valeur «
de ces deux longévités. Il est à peu près impossible, 1 sauf pour quelques rares expèces, dans des conditions …
exceptionnelles, de posséder un recensement complet, chaque année, de connaître le nombre des naissances et . des décès, et les âges aux décès. 1 On peut toutefois approcher du but en opérant comme À Va fait P. Chalmers-Mitcheli, en établissant Îles ; deux longévités pour les animaux vivant en captivité. \ Les chiffres qu’il donne, en regard de chaque espèce, . sont donc au nombre de deux : l’un indiquant combien k de mois-en moyenne ont vécu les individus de l'espèce faisant partie du jardin zoologique de Londres (en \ nombre très variable, de 1 à 100 par exemple), l’autre | indiquant le nombre de mois maximum relevé pour | chaque espèce. 4 Assurément, les données ne sont pas parfaites. Du. moment où l’on tient compte des animaux arrivés au jardin, aussi bien que de ceux qui y sont nés, on tient. compte d'animaux dont on ignore l’âge à l’arrivée. Et. d'animaux dont on n’a pas apprécié l’état général,
d Lu
. d'animaux qui peuvent être au-dessus ou au-dessous de
la moyenne : mais on ne peut guère obtenir mieux. Avec le temps, on pourra un peu éliminer certaines causes d’erreur, avoir une idée plus exacte de l’âge et de la condition de l’animal qui arrive à la ménagerie. On
pourra surtout arriver à des chiffres plus précis en mé-
nageant aux animaux des conditions de vie plus hygiéniques, moins antinaturelles. Et les statistiques établies en tenant compte des régimes imposés aux bêtes serviront précisément à faire voir où est la bonne méthode, quel est l'aménagement qui fournit les chiffres les plus élevés de longévité. Car ce côté de la question préoccupe
. beaucoup M. Chalmers Mitchell, ce qui est tout na-
turel en raison de sa fonction de secrétaire de la Zoological Society.
Ceci dit, quels sont les résultats de l'étude de l’auteur ? Ces résultats, dit-il, il faut les prendre comme pro-
+ visoires : et ce sont des minima plutôt que des maxima. On est au-dessous plutôt qu’au-dessus de la vérité. | Quelques traits généraux paraissent toutefois établis.
Ainsi la longévité virtuelle des anthropoïdes semble
. inférieure à celle de l’homme. Mais la captivité est évidemment nuisible aux anthropoïdes alors que la vie n Sociale est très favorable à l’homme. Il ne faut pas trop
tirer argument des chiffres, bien que l'impression que la
. Jongévité des anthropoïdes est faible paraisse juste. La
. longévité des singes diminue avec ieurs dimensions ;
mais chez les lémuriens elle se relève. Les lémuriens
sont des êtres moins spécialisés, plus adaptables peutêtre. L'homme, il est vrai, est très spécialisé ; mais il se fait le milieu qu’il veut, plus qu'aucun animal. Chez
He Mon + cri LA | Moto |
F Les carnivores, la Tongévité vituelle est aa et gérés à . ralement proportionnée à la taille (40 et 40 an$ chez en Plon, 20 ans chez les félidés de moindres dimensions} Elle est faible chez les insectivores, forte : au contraite Chez les rongeurs où l’on voit lé porc-épie atteindre , 150 ans, l’écureuil 14, 14 marmotte 14. Par contre, les} Nlghants ét autres ongulés dé grand volume ont une! Jongévité virtuelle faible, et il en va de même chez les ruminants. Et l: où ellé est plus forte, parmi eux, c’est ‘chez les espèces de petite taillé : moutons et chèvres ‘vivent plus longtemps qu'élans, girafes où. bétail. Les Lo és sont comme les rongeurs ; les ARE
| imitent au contraire les o ongulés,. ï En réalité, ces constatations conçordent de Éacot géné- . ‘ rale avec les vues de Metchnikof, pour qui la prineipale! a cause de la sénilité résiderait dans les auto-intoxisations liyésultant des putréfactions | intestinalés, Les animaux À ayant le plus de cœcum, dé gros intestin et dé. rectum, | sont ceux qui, pour tent US à led ofganisation, ont lé moins de longévité, Il y à pourtant quelques exceps tions : les écureuils et porc-épics, les wombats et'les Li phalangers paf exemple, qui malgré un intestin terminal / Volumineux ont une longévité élevée. RE |. En ce qui concerne les oiseaux, on constaté l'existence de différences constitutionnellés considérables ée. 1 pus des différentes familles ï M | . Chez Les. | cette dernière: est fort élevée
l'ans, les canards, oies et cygnes à 50 ans et plus, les Olombes et pigeons à 30 ans, les gallinacés à 20 ans, les grues à 50 ans et plus, les mouettes à 30, les autruches à moins de 50. R Il ny à donc pas de relation constante entre la longévité et les dimensions, et ce sont plutôt les petites espèces qui ont la meilleure longévité. De façon géné: tale encore, surtout en comparant Îes groupes d’ali- Mientation similaire, on voit à la fois ceci, que le groupe mammifére est le plus volumineux, et le groupe oiseau, Celui qui à la meilleure longévité. Encore une affaire Mintestin, d'après Metchnikof : le groupe mammifère l'intestin terminal plus développé que ne la le groupe sédu. Inde fragilitas. Et les exceptions confirment la régle : les carnivores à intestin terminal réduit, et à longévité supérieure ; et les autruches à intestin terminal Nolumineux, avec longévité faible.
C'est un fait intéressant à relever que l'augmentation 6 longévité avec le perfectionnement de l’organisation. Car les oiseaux, les passereaux, les perroquets, les pigeons et les limnicoles (pluviers, courlis, bécasses, | te.) sont des types élevés, très éloignés du type primitif. Or, ils ont une longévité forte. À dimensions pales, l'oiseau le plus viable est aussi le plus perféctionné. 1 La conclusion générale de Chalmers Mitchell est que Ha longévité spécifique moyenne est le facteur dominant de la vie animale. C’est elle qui décide du succès de l'espèce. La longévité virtuelle est secondaire, et ne joué pas de rôle important dans la sélection. RuEts'il ÿ a une corrélation ‘entre la longévité et la reproduction, comme l'a dit Weismann, ce n’est pas la Mlongévité qui s’est adaptée à la reproduction, mais
l'inverse. Et la reproduction s’est adaptée non pas à laM longévité virtuelle, qui est exceptionnelle, et sans intérêt, pour la nature, mais à la longévité spécifique,
La longévité spécifique apparaît donc comme la ( mesure de l’incidence des conditions extérieures sur“
sultat accessoire, un sous-produit, dépendant directe-" ment de la constitution, résultant du fait que si la cons=M titution est adaptée à la mortalité moyenne, et en étatul de faire face aux difficultés communes, elle est en état” aussi de dépasser la moyenne de vie dans les cas heureux"
Le mémoire de Chalmers Mitchell est plein d'intérêt u { pour le biologiste, et représente une contribution très documentée et suggestive à la philosophie de la longévité.
Au point de vue pratique, l’auteur tire aussi une con-" clusion qui a sa valeur. C’est que de façon générale on À fait fausse route dans la plupart des jardins zoologiquesm en traitant les animaux comme on le fait. Il leur faut plus \ de grand air, plus d’espace et moins de chaleur.
Pour l’homme, Chalmers Mitchell ne s’en occupe pas. Il est purement zoologiste. Mais le fait que les sntht oi 4 poïdes, les êtres les plus voisins de l’homme, ont cer-M tainement une longévité faible, est à retenir.
Et dans ces conditions une étude approfondie de ll k. physiologie des anthropoïdes présenterait un intérêt Ml exceptionnel. Au point de vue physiologique, d’après 1 Max Rubner, l’homme est un type à part : les animaux en forment un autre. Quelle position les anthropoïdes M occupent-ils ? \
EEE te
Les recherches de Rubner ont été inspirées en partie par l'insuffisance des lois de Buffon et de Flourens, relatives au rapport qui existerait entre la durée de la période de croissance — évaluée par l’ossification — et la durée totale de la vie. Ces lois sont manifestement en défaut, et Rubner a cherché d’un autre côté.
Ses recherches sur la croissance et la longévité (en partie analysées dans Bedrock pour juillet 1912) Pont amené à formuler deux lois.
L’expérimentation montre que durant la première période de croissance, qui est la durée nécessaire à l'être pour doubler de poids, l'organisme animal (cheval, bœuf, mouton, pore, chien, chat, lapin, cobaye) a besoin d’une quantité d'énergie invariable. T1 lui faut 4.808 calories pour fabriquer un kilogramme de matière vivante, et ces calories, naturellement, ce sont les aliments qui les fournissent,
Mais à l'organisme humain il en faut beaucoup plus : 28,864 calories (pour faire un kilo) c’est-à-dire six fois ce qu'il en faut à l'animal. qu
D'où une première loi, celle de la constance de Îa consommation d’énergie, chez les animaux, qu’on peut formuler en disant que chez eux il faut des quantités d'énergie identiques pour la croissance. Comme le temps que prennent les divers animaux pour doubler de poids varie, il faut admettre des intensités de métabolisme variables. Le métabolisme est évidemment plus actif chez le lapin qui double en 6 jours, que chez le cheval à qui 60 jours sont nécessaires,
En second lieu, Rubner montre que chez tous ies mammifères, sauf l’homme, la même proportion de l'énergie totale contenue dans les aliments est utilisée
‘ pour la croissance. C’est Ja Ioi dé la constance du quo-
Al Uent de croissance.
1} La proportion de l'énergie totale consacrée à la croissance est d'environ 34 0/6 chez l'animal ; sur 1,000
|amités utilisables, 340 seulement servent à é croissance. W\Chez l’homme, il en va autrerhent : so seulement,
. 14 employées à la croissance : Îa proportion chez lui
ést des 9/6 au lieu de 34 °/ Les les animaux. | 4) Pa croissance, chez l’homme, est donc d’un PE | tout particulier.
a mutrition aussi, car Rubner a encore cal le
pis libre de calories nécessaire à inaintenir l'existence.
après la croissance. Or, si l’on admet que l’homme a
lhfachevé sa croissance à vingt ans et vit quatre-vingts ans en tout, le calcul montre que ‘pour entretenir le
kilo pendant soixante ans, il faut 725,770 calories. Pour 4 les mammifères, il en faudrait 191,600. Les cellules de l'organisme humain sont donc beaucoup plus aptes que
1) celles dés animaux, à emprunter de l’énergie aux aliments,
Mais le nombre des transformations chimiques dont
lune cellule est capable n’est pas illimité. Il est plus érand pour la cellule humaine, mais il n’est pas infini. n C’est pourquoi la mort survient fatalement. |
| Pour prolonger la vie, il faudrait pouvoir ralentirilés
Opérations chirniques des cellules. Car on voit mourit À
LL plus tôt les êtres à métabolisme très intense, qui ont plus 4 | vite utilisé toutes leurs possibilités, qui brûlent en moins h ge temps toutes leurs cartouches.
AL qui serait intéressant au point de vue hiloio ce serait de voir si les anthropoïdes, au point démüe des’ ‘faits révélés par Rubner, se comportent em animaux, out bien font déja, dans leur pare premiere AS
t qu individus MATE di ia mesure où ce sont des indipeuvent aussi en présenter une trés longue. Beau- >'ont Lu faculté d'entrer en état ss vie latente dès que
( jou Luble ré FR ont CONSéTvÉ leur taie on né. ait. Spores ou bien cellules de épis ? en deur
. se retrouveraient dans mo ME ol | ant jusqu'à des mülions d'années, cette longévité 1. A Pétatlatent du moins, en quelque sorte mûés finie, illimitée. Mais elle est bien invraisemblable. : TS Par contre chez les organismes, inférieurs à l’état de US ie. active, elle paraît Jante ment) brève, très brève its
te va ve A toubient ét cessent dlatotée conne FR ei isolé. Chez eux la mort sans cadavre est la règle, :
Dans les 24 heures la levure se met à produire des spores. Les microbes vont plus vite encore. Telle bactérie se dédouble en 2 heures (c’est-à-dire a disparu comme individualité pour faire place à deux autres) et comme ses moitiés font de même, on arrive à ce résultat qu’en 3 jours, il a été produit 70 milliards de ces organismes. L’infinie petitesse de chaque individu est compensée par le nombre infini de ses proches descendants. Et si la vie de l'individu est très brève, par contre les facilités données à la vie de l’espèce sont énormes. On constate au reste de notables différences dans la vitalité et la longévité de tous les’ microbes. Tous requièrent pour leur existence des conditions particulières. Les traités de bactériologie nous les indiquent. À tel microbe, il faut tel milieu, teile température. Mais il en est de plus exigeants, de plus difficiles que d’autres. Certains sont assez accomodants et s’arrangent de conditions diverses. Le staphylocoque est évidemment plus rustique et vivace ; le méningocoque beaucoup moins. Le microbe de la fièvre de Malte, et le pyocyanique ont de la vigueur ; le tréponème
fort peu. Beaucoup de microbes périssent vite dans » le sol ou dans l’eau : d’autres y résistent fort bien.
comme le bacille tétanique. T'els sont vite tués par la lumière solaire, tels autres résistent assez longtemps. Comme le disent Dopter et Sacquépée, les espèces varient beaucoup comme physiologie ; toutes ont leurs propriétés particulières, et chacune a son action propre au point de vue de la chimie et de la pathologie ; ce qui, d’ailleurs, ne les empêche pas, à l’occasion, de manifester des propriétés, des fonctions nouvelles. Il y a beaucoup d’adaptation chez les microbes, et beau-
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coup de formes adaptées de façon plus ou moins étroite ; la plasticité de la vie est considérable, surtout chez les formes élémentaires, non spécialisées.
Et puis il faut bien voir que toutes les formes de
. vie ne sont pas également réussies. De là de très grandes différences de vitalité et de longévité qui tiennent
- sans doute, surtout, à une désharmonie, à une insuf-
fisance de corrélation entre le fonctionnement de l’organisme et son milieu.
Il ne faut pas croire que pour toute espèce tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Beaucoup de formes vivent à la limite, alors que d’autres sont
très À l'aise, par rapport au milieu et aux conditions de vie. Il en est certainement qui ont tort de s’obstiner à vivre là où elles se trouvent. Elles continuent, par l'habitude, la force acquise, mais vivent tout juste et mal. Mal, biologiquement, cela s’entend.
La longévité spécifique serait un problème de très grand jintérêt. Par des études multipliées et variées on artiverait à mettre un peu d’absolu dans le relatif.
R. Pearl s’y est essayé, sur la Drosophile ; il a entrepris avec Mile S. L. Parkes, des recherches précises sur la durée de la vie chez cette mouche, comparée à la durée chez l’homme. Toute espèce a sa longévité spécifique, très différente, comme chacun sait, se comptant ici par décades, là par années, ailleurs par mois, semaines, et même par jours.
Pour l'espèce humaine, la durée de la vie est particuliérement bien connue, grâce aux compagnies d’assu-
rances : les tableaux des actuaires présentent les courbes | de mortalité avec une précision sans cesse croissante,