CHAPITRE V
: D'où vient la mort ? — Ages divers selon les organismes où elle | se présente. — Vient-elle du dedans ou du dehors ? — Weis- mann et Metchnikoff. — Le rôle de la différenciation et de la | multiplicité des céllules d’après Delage. — La sénescence chez L les hydroméduses. — Chez les organismes supérieurs. — Chez | les cellules nerveuses. — Chez la cellule en général. — Expé- | riences de Carrel et Ebeling.— La sénescence des humeurs. — Le L rôle de la floculation des colloïdes (A. Lumière).
Existe-t-il une raison supérieure, nécessaire, de la mort des organismes ? Ceux-ci subissent-ils, en mou- | rant, une nécessité inhérente à leur existence même ? LIL le semble, puisque — réserves faites sur les orga- | nismes unicellulaires, les moins « individués » de tous — la mort est la règle.
Une règle qui varie dans son incidence toutefois. Elle s'applique partout, mais plus ou moins vite. En tels cas la mort semble très pressée ; en d’autres elle laisse un répit considérable. Cette tolérance est d’aii- Jeurs indispensable, car sans elle les formes supérieures
de vie n’existeraient pas. Elle doit être naturelle aussi, c'est-à-dire possible, rendue telle par l’organisation.
Varigny. 6
Toute espèce animale — pour nous en tenir aux animaux — a sa longévité qui varie : le fait est À évident. C’est chez les invertébrés que la vie est le 4 plus courte. Ceci est vrai de façon générale : mais en core rencontrerait-on peut-être des durées de vie assez 4 considérables chez des formes diverses où il n'est pas 4 aisé de distinguer l'individu de la colome, les orgas 1 nismes d’uné commune masse d'organes. Au reste, il ne manque pas d’invertébrés ayant la vie longue 1 et on peut considérer les tridacnes, par exemple, comme 4 vivant d'assez nombreuses années : de 60 à 100! ans 4 d’après Clessin (voir les Essars sur l'Hérédité de Weïs-.l mann) C’est là, d’ailleurs peut-être un MaxiIMUM "4 sauf pour des céphalopodes géants, possibles — et A dans l’ensemble les invertébrés ont la vie plutôt courtes 9
Le minimum, chez eux, paraît se présenter Chez 1 les insectes. Ils sont tant, en effet, à n’exister que quels 1 ques mois ou semaines : du moins sous forme adultes Cette réserve est nécessaire, car, si le hanneton adulte ne M vit que quelques semaines au plus, à l’état larvaire la CM ovale de 17 ans vit 17 ans. Il est même des insectes ne | vivant, à l'état adulte, du moins, que quelques heures 11 les larves n’ont pas achevé leur mue que déjà elles seu multiplient et la mort survient aussitôt après (Giard).
En somme les invertébrés vivent — dé l’œuf à lai mott de l'adulte —— un temps variant de quelques se.
maines où moins, à une centaine d'années. Chez lesh vertébrés, la longévité moyenne est plus élevée. Beau! coup de poissons doivent vivre un temps fort. longit 80, 100 ans, .et plus encore. Les amphibiens ne von à peut-être pas aussi loin — malgré les fabuleux réci de crapauds trouvés dans des cavités rocheuses do
ils partagcraient l’âge, ce qui n’est point admis par les biologistes : mais les reptiles atteignent un âge avancé, et les tortues en particulier pourraient arriver à un et deux siècles,
Chez les oiseaux, les différences sont considérables = elles lé sont d’ailleurs dans tous les ordres du règne animal — ct, si beaucoup d'espèces ne vivent que de 5 à 10 ans, certaines atteignent le siècle, Les mammiférés sont dans le même cas sensiblement.
Quant à l’homme, il tient une place honorable au point de vue de la longévité parmi les mammifères, ét C'est un de ceux qui ont la plus longue durée de vie . moyenne. Mais, lui aussi, il finit par mourir comme tous les autres organismes.
Or c’est un fait que la biologie ne répond pas — jusqu'ici du moins, il ne faut pas engager l'avenir — à la quéstion de savoir pourquoi les êtres vivants meutent, elle ne fournit pas la signification de la mort, donc Sa philosophie. Elle ne nous dit pas pourdubi, “hors le cas de mort accidentelle, les êtres meutent au motrient où ils disparaissent. Le philosophe demande quels facteurs conditionnent la durée de la vie en général, et le biologiste ne fournit que des réponses tou Chant le particulier : il montre le rôle de la sclérose progressive comme cause de mort de l’homme; il ontre l’imperfection de l’organisme, incapable de se nourrir par exemple, par dégénération de l’appareïl digestif, chez tels insectes : il désigne cà et là des causes différentes et suflisantes.
En somme, toutefois il n’assigne pas à la mort une inéme Cause générale. Et &i, entrant dans le détail, il essaye d'établir une connexion entre le détnier acte
de l'aventure de la vie et les faits généraux, les lois principales de celle-ci, il n’y arrive pas. Il n’arrive pas, par exemple, à établir une connexion entre la mort et le parachèvement de l’œuvre reproductrice. Il n'en
établit pas avec les dimensions de l'organisme, avec
son mode de vie. Il n’y a pas de connexion appréciable
générale, entre la longévité et tel ou tel gros fait de
la structure ou de la physiologie.
Autrement dit, la mort survient pour des raisons diverses. Bacon déjà l'avait remarqué. Cela n’empêcha pas Buffon de chercher une cause générale, et :1 crut la trouver dans une relation entre la durée totale de la vie et la durée de la période de croissance. Flourens entra dans les mêmes vues, et Bunge aussi, comme le rappelle Chalmers Mitchell (On Longevity and relasive Viability, etc. Proceed. Zool. Soc. London 1911). Le point de vue s’élargit avec Ray Lankester. Pour celui-ci la longévité spécifique est régie surtout par
l'accident et la maladie, par des causes extérieures à l’organisme. Aussi faut-il la tenir pour très différente
de la longévité potentielle, de la longévité possible, comme nous l’avons déjà vu. Et la longévité potentielle, il la relie à des causes constitutionnelles dont les principales sont le degré d’évolution ou d’individualisme et le taux de dépense personnelle et reproductrice. La
longévité potentielle est au maximum là où il y a haute
individuation, et faible dépense : chez l’homme. Celui-ci est plutôt destiné à vivre longtemps.
Weismann, lui, a développé une toute autre théorie. La durée dela vie dépend, dit-il, de l’adaptation au milieu, et est réglée par les besoins de l’espèce qui seule compte
PORN ONU AREA
aux yeux de la nature. Or, une seule chose importe à cette dernière ; le maintien de l’espèce : c’est donc la reproduction qui déciderait de la durée de la vie. Dès que l’œuvre de multiplication serait accomplie, lindividu cesserait de présenter le moindre intérêt et la nature ne ferait rien pour le retenir. S'il est des faits à citer à l’appui de cette théorie, d’autres lui sont contraires et, en somme, elle n’a pas conquis les biologistes.
Metchnikoff, à son tour, a abordé le problème. On sait quelle est sa thèse. C’est que la mort naturelle est infiniment rare et que la mort accidentelle est la règle. On pourrait traduire ceci en cette proposition qu’il est naturel à l'animal de mourir d’accident, que la mort naturelle chez lui, c’est la mort accidentelle.
Avec Weismann la mort vient du dedans ; avec Metchnikoff, c’est du dehors, de l’ämbiance, du milieu, des chocs avec les choses et les êtres, avec les forces et la matière. La sénilité elle-même vient du dehors. Si la sclérose se produit, avec tant d’autres lésions, c’est
: sous l’influence de poisons, de germes, de virus, venus
du dehors, qui affaiblissent l’organisme et le rendent incapable de résister aux accidents. Si l’on pousse à Pextrême cette conclusion, elle revient à ceci que, s’il y à une mort naturelle, constitutionnelle, l’organisme n’a pour ainsi dire jamais l’heur d’y atteindre : il est auparavant fauché par les influences extérieures ; elle revient à ceci aussi qu’un organisme qui aurait pour l’hygiène la vénération requise et les moyens de la mettre en action aurait une longévité potentielle extrême et vivrait très vieux.
Metchnikoff n’a pas osé proclamer qu’il ne mourrait
point : il continuait à croire à une mortalité « constis tutionnelle ». I1 faudrait voir si vraiment un organisme pourrait être mis à l'abri des effets injurieux de lambiance, et quelle serait sa longévité en pareilles conditions. Expérience probablement impossible : en tout cas, dans la mesure où elle pu être faite, elle ne dé: montre pas que la mort puisse être beaucoup reculée, Ï] y a certainement ceci de vrai dans la thèse de Metchnikoff que la mort naturelle est l’infime exception, la règle, c’est la mort accidentelle. Même chez l’homme pat exemple, mourant très vieux de mort paraissant naturelle, il y a un ensemble de troubles et de lésions qui semblent d’origine extérieure, Qui « semblent», on aurait peine à décider toujours de leur nature. La vérité serait-elle plutôt dans l’opinion de Chalmers Mitchell, qui, lui, adopte les vues de Weismann, mais renversées ? Oui, dit-il, il y a corrélation entre la longévité et la reproduction : mais ce n'est pas la longévité qui est adaptée à la reproduction, mais bien la reproduction à la longévité, non à la longévité potentielle d’ailleurs, maïs à la longévité spécifique moyenne | qui représente une mesure de l’action du milieu sur le type, et résulte de la constitution, de la résistance, etc. C'est-à-dire qu’il y a des types mieux établis que d’autres, que la nature ne réussit pas également tous
ses essais. Opinion qui se peut défendre d’ailleurs.
La Nature présente des « ratés », des à-peu-près : c'està-dire, probablement, des formes non appropriées, des types non adaptés à leur milieu. Et l’ensemble des couches sédimentaires constitue la gigantesque superposition des cimetières des formes qui ont pu
convenir et survivre un temps, mais n’ont pu s'adapter
à des changements de milieu. La question de la mort des types, de la disparition des espèces est toutefois trés. distincte de celle de la mort des individus.
Pour revenir à celle-ci, le fait qu'il faut avant tout tenir présent à l'esprit, c’est que la mort ne semble pas être un phénomène nécessaire. Ce n’est pas la fin nécessaire des organismes unicellulaires, élémentaires. Is peuvent bien mourir, tués par quelque action du milieu, mais la mort ne leur paraît pas inhérente, Le cours normal, chez eux, ce qui est inhérent, c’est, après lun bref temps d'existence, de se diviser en deux, et les cellules filles recommencent indéfiniment, Où est la mort ? Il n’y a pas de cadavre. Les organismes unicellulaires sont, semble-t-il, immortels.
Les cellules diverses qui s’agglomèrent en organismes ont une même tendance à vivre, peut-être pas indéfniment, mais très longtemps, quand on les cultive en milieu favorable, isolées de l’organisme.
Metchnikoff semble avoir exagéré en considérant là mort comme venant exclusivement du dehors, des toxines, poisons, agents figurés, etc. et toute cellule (présente de façon inhérente une tendance à mourir d'autant plus forte qu’elle est plus différenciée, Cette “tendance est au minimum chez l'organisme unicellulaire : elle tend au maximum chez l'organisme multicellulaire, composé de cellules hautement différentes “ayant des bésoins différents, et qui, en réalité, se battent “plus ou moins les unes contre les autres.
La différenciation cellulaire (Delage), voilà, lennenu.
L'organisme est une société où chaque unité doit faire
sa besogne exactement, sinon le tout périclite et périt.
La mort, dit J. Loeb, n’est pas inhérente à la cellule individuelle, mais c’est le sort des complexes — c’està-dire des organismes où des types différents de cellules et tissus dépendent les uns des autres et en même temps se gênent, s’empoisonnent mutuellement. La mort est la rançon de la différenciation cellulaire caractérisant les organismes complexes, et de la multiplicité des cellules. Celles-ci sont trop nombreuses pour étre toutes à l’aise, pour être bien toutes nourries et ventilées.
Elle est donc inévitable. Si elle paraît tarder davantage chez certains types, il faut sans doute s’expliquer la chose en se disant que, dans les innombrables combinaisons de la nature, il y en a de plus heureuses, et d’autres moins défendables. Cette dernière n’est pas toujours en forme : elle peut commettre des maladresses.
Que vaut l’explication ? En tout cas elle cadre avec le fait essentiel : la mort apparaît bien comme fonction de la différenciation cellulaire qui donne à l’organisme complexe une délicatesse, une fragilité, plus grandes. On peut accepter l’hypothèse provisoirement, au moins comme « hypothèse de travail » : il ne faut pas en faire un dogme.
On sait par les expériences de culture des tissus 27 vztro,
c’est-à-dire dans des conditions où l’alimentation et.
la ventilation sont excellentes, où les cellules risquent le moins de s’empoisonner les unes des autres, en raison du fréquent renouvellement du milieu, que les cellules isolées des organismes en petits groupes présentent une vitalité supérieure à celle qu’elle ont #7 situ (Carrel, et ali). Ce qui provoque la mort c’est l'usure inévitable. de la vie, l’éncrassement fatal de la machine
animale. Et on ne voit pas ceux qui répètent avec enthousiasme à leurs contemporains que la nature de
J’homme est de vivre 150 ou 200 ans, vivre sensible-
ment plus vieux que les autres Metchnikoff proclamait que la mort devait reculer devant le bacille bulgare : elle l’a pourtant cueilli, à un âge qui n’avait rien d’extraordinaire, et sans le moindre égard pour le bacille en question.
En fait, la vieillesse est inévitable. C’est la vieillesse
qui enlève à l’homme sa valeur sociale et en fait un far-
deau, un déchet. C’est elle qu’il faudrait empêcher. Et l’hygiéniste nous le déclare : en vivant dans certaines conditions, on vivrait vieux ; on éviterait l’artériosclé-
rose et bien d’autres maux.
C’est là une illusion. Car il ne faut pas nous présenter l’artériosclérose comme due à l’abus de la viande, des alcools, etc. Le cheval, qui ne fait usage ni de la viande ni d'alcool, devient artério-scléreux ; d’autres herbivores aussi. La sénescence se présente partout, sous des formes diverses, chez les organismes pluri-cellulaires, et in-variablement. Affaire de temps ; mais pourquoi de si grandes différences dans la longévité normale ? On ne
sait. La question vaudrait la peine d’être examinée.
Quelques biologistes, déjà, ont pris la peine d’analyser les signes de la sénescence dans les organismes.
Parmi ceux-ci, C. M. Child a étudié la sénescence physiologique chez les hydroméduses (Biological Bulletin, 1918). Il a attentivement comparé les jeunes et les vieux parmi les méduses vivant libres et nageant à leur gré, sans d’ailleurs chercher si la différence d’âge
… devait être évaluée en semaines ou en mois. Elle était
ci |: RS LA MORT ET LA BIOLOGIE
essentiellement d’ordre physiologique, l’âge relatif étant décidé d’après le degré de maturité sexuelle.
Or, existe-t-il des signes de vieillesse chez ces animaux vivant dans la mer, et de fort sobre façon ? Aucun de ceux qu’on trouve chez les animaux supérieurs, Pourtant elle est Ià.
Il n’y à pas à en douter, le rythme de la vibration de l’ombrelle se ralentit avec l’âge. Chez toutes les espèces examinées par Child le phénomène est constant. Chez le sujet ayant atteint la maturité sexuelle, le rythme est la moitié de ce qu’il était chez le jeune, au début du développement sexuel. Parfois, on peut l’accélérer a un peu, par excitation artificielle, mais de façon temporaire seulement.
Une autre différence est manifeste, La vibration de l’ombrelle a lieu par périodes, séparées elles-mêmes par des temps de repos. Or, chez le jeune, le temps total de la pulsation l'emporte sur le mêmetemps chez l'adulte, Les périodes de repos sont plus courtes et rares chez le jeune dont l’activité est plus continue. Son irritabilité aussi, car le jeune réagit à des excitations qui laissent insensible l’adulte, Celui-ci, comparé âu premier, tés moigne manifestement d’une sénescence, d’une diminution de vitalité. |
Cette sénescence ne s'établit pas de façon continue, » C'est-à-dire qu'à partir du moment où s’aperçoit le premier symptôme, celui-ci ne se présente nullement de façon persistante. Il y a souvent retour à l’état normal, et c’est plutôt par une série de défaillances que se fait le passage de l’état jeune à l’état âgé. Mais, après un certain temps, l’état de défaillance devient constant, continu, sans retour à l’état jeune,
A Mu. processus métaboliques, à quelles modifcations du chimisme, répondent ces manifestations de sénescence ? Sans doute, il se produit chez les hydro- |
sduses ce qui à lieu chez d’autres formes, au cours
s progrès de l’âge : une diminution du taux d’oxydas
. La machine organique brûle de moins en moins, açon toujours plus imparfaité ; et, s’il était plus aisé mesurer les échanges respiratoires chez les hydroduses, on constaterait certainement une diminution consommation d’oxygène et de production d’acide rbonique avec l’âge.
Sans doute, on peut penser que des différences de
rméabilité se produisent, avec celui-ci, dans les mem-
anes d’enveloppe. Mais ces différences de perméabi-
é elles-mêmes paraissent de plus en plus se rattacher à des modifications d'ordre métabolique.
Plus les biologistes étudient le problème général,
plus le processus de la sénescence se révèle universel. \
Signes extérieurs varient selon le type des orgaz smes. Il ne faut pas s ’attendre à une symptomatologie uniforme : mais, à la base des manifestations iverses de l’âge, on trouvera un même processus in
e, une même perversion, ou plutôt dégradation
n élément fondamental d’ordre métabolique, d’une
iction physiologique.
La sénescence est done une loi générale à laquelle
janisme pluri-cellulaire ne peut échapper. Comme ute machine, la machine vivante s’use, se rouille ; ni ne voit pas qu’un seul des innombrables types
HE are (ia
de celle-ci échappe à la loi de la sénescence, pas plus qu’à la loi de mort. Il faut prendre son parti de vieillir, comme de mourir ; rien ne sert de se débattre.
La mort est donc nécessaire. Cela est toujours plus évident. Des études de tous les biologistes sur les organismes les plus divers il résulte ce fait général, que la mort naturelle ou sénile est toujours précédée de chan-
gements très appréciables, chez les êtres supérieurs,
dans la structure intime des organes et des tissus. Ces derniers s’altèrent graduellement avec l’âge, et les
altérations qui expliquent les phénomènes de sénes-.
cence, s’accompagnent de troubles fonctionnels. Les modifications s’opérant dans les cellules des tissus et des organes sont fatalement accompagnées de perturbations et d’insuffisances physiologiques. La cellule, atteinte dans sa structure et sa morphologie, l’est aussi dans son fonctionnement.
Telle est la thèse générale. Les faits particuliers, sur lesquels elle repose, sont nombreux. Bon nombre ont été indiqués par C.-S. Minot, dans un livre qui reste très apprécié ; et, il y a 25 ans, Hodge a étudié de près et fait bien connaître les modifications séniles qui se produisent dans les cellules nerveuses. Comparant les cellules nerveuses du nouveau-né et celles du vieillard, Hodge trouve que, chez la cellule âgée, le volume a beaucoup diminué ; il est de 64 °/, par rap-
port à ce qu’il fut d’abord. Le nombre des nucléoles à
a passé de 53 à 5 °/,, et la pigmentation, qui est nulle
à la naissance, se présente dans une proportion va-
riant de 33 à près de 7o °/, chez la cellule âgée. Ces alternations ne sont pas spéciales à l’homme ;
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on les retrouve chez l’insecte par exemple, et peut-
être plus prononcées.
Dans les deux cas, on constate un même fait caractéristique : c’est que, dans la cellule jeune, le noyau occupe une place considérable et en constitue la majeure partie, alors que chez le sujet âgé le noyau est très
| réduit tandis que le cytoplasme a pris un volume
considérable.
Avec l’âge, le volume du noyau diminue par rapport au reste du corftenu cellulaire. De récentes obser- Vations, dues à une anglaise, Mme Pixell-Goodrich, mettent le fait particulièrement en relief en ce qui concerne les cellules nerveuses de l'abeille commune. Elles font voir de façon frappante combien il y a diminution du protoplasma dans les cellules âgées. Chez l'insecte jeune, à la naissance, les cellules nerveuses sont pleines et volumineuses ; entre elles, on n’aperçoit que de minces filaments de tissu conjonctif, qui les séparent et soutiennent. Quelle différence quand on examine la cellule nerveuse d’une vieille abeille ! Chez celle-ci, il n’y a pour ainsi dire plus d’éléments nerveux. Ils ont disparu. Il reste un réseau de filaments conjonc-
| tifs, avec, çà et là, un vestige occasionnel de noyau, plus
ou moins nécrosé, entouré d’un peu de cytoplasma.
La vicillesse est donc caractérisée par une altération anatomique des cellules, qui, évidemment, a son contrecoup fonctionnel ; c’est cette altération qui détermine les phénomènes de sénescence et enfin la mort.
Conklin, le biologiste américain, a insisté sur la na-
ture et l'importance des changements morphologiques “ accompagnant la condition, qui précède invariable-
ment la mort la plus naturelle, la moins compliquée \
d’un accident pathologique.
Ce qui, pour lui, domine la situation et l’éclaire,n
c’est, dans la cellule âgée, l’augmentation de quantité
du métaplasme ou des produits de différenciation, M
aux dépens du protoplasma général. « Ce changement
du protoplasma en produits de différenciation ét deu
métabolisme est, dit-il, un trait caractéristique de la différenciation embryonnaire ; et il se poursuit, chez beaucoup de types de cellule, jusqu’au moment où célléci entière est presque remplie de ces produits ». Autre-
ment dit, toute la vié cellulaire est un acheminementa
vets la sénescence cellulaire ; touté la vie prépare lan vieillesse et la mott. Le processus de mort commence
dés la naïssance. | En effet, de quoi vit le noyau dans la cellule ? Du pro:
toplasma général. Si celui-ci vient à diminuer où man.
quer, le noyau périclite et se réduit. Il suffit que le pro cessus de transformation du protoplasma en produits. de différenciation se poursuive pour que la cellule meure, A puisque la vie de celle-ci dépend de l'intervention dur
protoplasma et du noyau. « Chez les cellules chargées
de produits de différenciation, dit encore Conklin, le# pouvoir de régulation se perd d’abord, puis la facultén de se diviser, et enfin la faculté d’assimilation ; et cel processus a pour conséquence normale la sénescence ét
{a mort de la cellule ».
En somme, c’est une loi biologique que les cellules, … par le fait de la vie, s’encroûtent pour ainsi dire,s’éncom= brent de produits inutiles. et même nuisibles, d'où ré
duction de volume des parties vivantes, ét réduction d'activité de celles-ci.
ce. 2 Re TRE 3
Le fait est général ; les altérations cellulaires sont con- Sidérées comme étant la régle chez tous les organismes, du fait de l’âge, c’est-à-dire de la prolongation et de l'exercice de la vie.
Cé que nous apprend l'observation sur ce point l’expérimentation se confirme. La culture du tissus in vitro le fait voir.
On sait (Harrison, Carrel, etc.) que des cellules prises à un organisme vivant, placée à l’étuve dans un milieu approprié, continuent à vivre des jours et des semaines. Il parut assez vite qu’on pouvait espérer une survie plus prononcée en renouvelant le milieu pour le débarfasser des déchets, des produits de désassimilation. La théorie était que le plasma où baignaient les cellules conjonctives, dans l’expérience, devait suflire à la nutHton de celles-ci. Elle parut juste d’abord. 1e fragment dé cœur d’embryon de poulet continuait à battre un temps en s’entourant de cellules conjonctives, puis il se falentissait. Le changement de milieu amena bien une
reprise d'activité, mais de façon temporaire. Avec cela
la masse du tissu n’augmentait pas de volume : au contraire, elle diminuait. Evidemment la technique adoptée émpêchait la mort, mais ne permettait pas la croissance Catrel et Ebeling (Soc. Biol. 1924,) eurent alors l'idée de remplacer le plasma par du suc embryonnaire. Aussitôt le tissu conjonctif proliféra, se multiplia, et, depuis douze añs que dure l’expérience, la culture onéinetlé produit des cellules conjonctives en abondance. Pratiquement On aimerait mieux pouvoir fabriquer ainsi du muscle, de ia viande de boucherie. Quoi qu’il en soit, la culture à parfaitement réussi, et elle continue. |
Les fragments de tissu sont cultivés dans un mélange de plasma et de suc embryonnaire. Leur masse est doublée en quarante-huit heures, au bout desquelles on les divise en deux parties égales que l’on lave et place en milieu neuf. La vitalité, le taux de croissance se maiïntiennent, et, pour Carrel et Ebeling, l’expérience se prolongera indéfiniment, les cellules resteront vivantes et se multiplieront tant qu’on renouvellera leur milieu. Il n’y a pas seulement survie, il y a culture, multiplication, nutrition. x
Quelle est la philosophie de cette très intéressante expérience ? Ceci, que les cellules isolées, en milieu approprié et renouvelé, ne demandent qu’à vivre. Ce qui fait que leur vitalité et leur longévité, dans ces assemblages de tissus qu’on appelle des organismes, diminuent rapidement, c’est que, dans le service de la voirie de ces derniers, il y a de graves défauts. La ventilation, le nettoyage sont insuffisants, et les cellules s’empoisonnent les unes les autres par leurs déchets. L'union ne fait pas la force, ici ; elle est cause de faiblesse.
Il y a autre chose aussi. Le plasma, le sérum, la lymphe ne sont pas nourrissants pour les cellules : il leur faut certaines substances spéciales, des tréphones, qui se trouvent dans le sac embryonnaire. Ce dernier apparaît comme la fontaine de Jouvence ; n’est-il pas, en effet, comme un « extrait de jeunesse » ? Ces notions fourniront-elles des indications profitables à la physiologie et à la pathologie ? En tout cas elles sont d’un réel intérêt biologique, et il convient de s’y arrêter un peu.
Le tissu embryonnaire du poulet se prête bien à l'expérience ; il a beaucoup de vitalité. La première
» culture pure obtenue en 1912 d’un fragment de cœur
… d’embryon de poussin persiste à se multiplier après plus
… dé 11 ans de vie, fournissant chaque semaine plus de - 200 cultures nouvelles. Une culture pure d’épithélium
a été/obtenue aussi : de même celle de lymphocytes ou eucocytes, et de cellules cartilagineuses,
Comment s’obtient la pureté des cultures, qui est. nécessaire pour l'étude des agents variés capables d’agir ?
. Comment obtenir un milieu constant ? Au début, Carrel
déménageait le tissu de culture de temps à autre ; main-
» tenant il préfère évacuer le liquide et le renouveler.
De la sorte on obtient une culture pure, constante, pouvant servir de réactif physiologique, sur laquelle on peut essayer l’influence d’une solution quelconque. L'expérience a modifié sérieusement les conclusions tirées des premières études. é
Au début, on crut assez naturellement que les cel-
lules proliférant dans la lymphe ou le sérum se nour-
tissaient des substances contenues dans ces humeurs. Mais on s’aperçut qu’en réalité le tissu qui prolifère augmente pas de volume : il diminue au contraire.
Les cultures pures confirméèrent cette conclusion, et
il fallut bien voir que le sérum ne nourrit pas les cellules
in afro ; celles-ci ne sont pas réellement cultivées :
elles ne vivent que par autophagie.
Pourtant on peut les nourrir : avec du suc de tissu embryonnaire par des substances qu’il fabrique et qui
reçoivent le nom de tréphones. Celles-ci sont déjà assez bien caractérisées par leurs réactions à divers agents, mais leur nature est inconnue. Elles accompagnent les protéines, et se rencontrent dans divers tissus. Celles d’un animal agissent sur les cellules d’une autre espèce.
Varigny. il
CA Pa Er PSE
Pr LA MORT ET LA BIOLOGIE
Mais les tissus adultes paraissent contenir à la fois des tréphones et des substances toxiques pour les cel-. | lules homologues. Le premier effet est favorable, puis »
| une influence toxique se manifeste, qui est plus vive .
| entre espèces différentes. Conclusion : l’extrait de tissu. | adulte d’abord favorable nuit ensuite, au lieu que le suc embryonnaire exerce une action indéfiniment favorable. 4 Ti fallait entrer un peu dans le détail de la question, . | et c’est ce qu'ont fait Carrel et Ebeling. Si le sérum ne À nourrit pas les tissus cultivés in wtfro, et si les tissus adultes fabriquent des produits toxiques, à quoi sertï >? Son utilité est de faire vivre les lymphocytes, les leucocytes, qui, à leur tour, élaborent des tréphones. Cette élaboration a lieu in vitro, elle se présenté 57 v100, aussi. Par là les leucocytes prennent une place considérable dans la nutrition. Aux dépens du sérum ils fabri quent des tréphones, comme les tissus embryonnaires Par conséquent, l’idée de Ranvier est justifiée, d’aprè Jaquelle les lymphocytes représentent des glandes mo biles unicellaires, secrétant des substances qui sont nour ricières pour d’autres cellules de tissus. C’est là un rôle capital que Renaut aussi avait très bien aperçu: 14 Nour arrivons donc à cette notion que les fibroplast et les cellules épithéliales ne synthétisent pas le prot plasme aux dépens du sérum sanguin. D'autre par les cellules conjonctives ne prolifèrent pas dans l’org:
| nisme adulte : si elles le pouvaient la vie serait impossibl
çat les conditions dans les tissus de l'animal sont tri . défavorables à l'existence des cultures pures de fib
plastes. Ceux-ci greflés à l'adulte meurent vite. Pou tant si une plaie guérit c’est grâce à la récupération, pe