‹ La mort et la biologieChapitre 25 sur 44 · TE · texte numérisé non relu

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Malgré une ou deux lacunes, l’ensemble est très cohérent. La vie est d'autant plus longue, dans son ensemble et dans ses parties, que la température est moins élevée : et les différences sont considérables. Les choses se présentent comme si Panimal avait sa vie ralentie par le froid et accélérée, donc abrégée, par la chaleur.

T1 est certain, d’ailleurs, qu’au froid les drosophiles.

sont très apathiques et inertes, elles dépensent fort peu et, sans doute, elles vivent plus longtemps, parce que vivant lentement. Par contre, à la chaleur, elles sont agitées, très actives, et semblent s’user par leur activité.

Pour Loeb et Northorp « avec une provision suffisante \

d'aliments adéquats, la durée de la phase larvaire est, de

façon non équivoque, fonction de la température Où

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LA TEMPÉRATURE ET LA DURÉE DE LA VIE 133 vivent les larves, et le coefficient de température est de l’ordre de grandeur de celui d’une réaction chimique ; la différence est d'environ 2, ou plus, pour une différence de 20 degrés. Il s'accroît aux températures basses et diminue aux températures élevées. La durée de la phase pupale de la mouche est aussi, de façon non équivoque, fonction de la température, et le coefficient de température est, pour chaque température, pratiquement identique à ce qu’il est pour la phase larvaire. »

La durée de vie de l’imago, de l’insecte parfait, est aussi, avec une alimentation adéquate, de façon non équivoque, fonction de la température, et le coefficient de température de la durée de la vie est, en dedans des limites normales de température, approximativement identique à celui de la durée de la vie de la larve et de

, la pupe.

À coup sûr, il y a un élément hérédité dans la durée de la vie: les expériences sur la Drosophila même le font bien voir. Mais il y a une influence du milieu aussi. Dans tout phénomène biologique, on voit intervenir les deux facteurs : la nature et la nurture, l’hérédité, ou l'innéité, et le milieu, ou les conditions ambiantes.

L'importance de l’hérédité apparaît quand les conditions de milieu restent constantes, identiques. Celle du milieu quand les conditions héréditaires, sont, elles, constantes et identiques.

On se demandera de quelle façon les différences de milieu — de température en l'espèce — agissent. À ceci, Raymond Pearl répond que c’est en changeant le métabolisme de l’organisme, probablement.

Mais existe-t-il une relation entre la durée de la vie et la somme d'activité dépensée au cours de celle-ci ?

Sur ce point il a été fait des expériences, qui ne sont pas sans intérêt. Ce sont celles de Slonaker, qui a conservé des rats albinos dans des cages du genre des cages à écureuils, pourvues d’un mécanisme compteur de tours. Le tableau qui suit montre la relation entre la longévité et l’activité musculaire, chez le rat, et fait voir le nombre total de milles (de 1.609 mètres) courus par 4 individus de cette espèce.

Nombre total de milles courus durant la vie

Age en mois

à la mort Rat I Rat IV Rat II Rat III 25 mois ..,.,. 1265 milles

D de eh ou 1391 milles Ut Lou te 2008 mie

OL PAUSE Or MES ne EL Lu AMIS Res

On le voit, un rat peut être extraordinairement actif ; le 3° rat à fait 5.447 milles, soit 8.764 kilomètres. ta trois rats moururent à 30 mois (29.5) en moyenne. Or, trois autres rats témoins, en cages, où ils ne pouvaient courir comme les autres, vivant d’ailleurs sous conditions identiques de température et de nourriture, sont morts de vieillesse à l’âge moyen de 40.3 mois. Il y a donc; relation inverse entre l’activité et la durée de la vie. Plus l’animal a été actif, moins il a vécu longtemps. Plus il dépense et moins il lui reste de capital vie. :

Les choses se passent comme si l’organisme apportait en naissant une certaine quantité d'énergie vitale. Selon les circonstances , il la dépense rapidement ou

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lentement et, parmi les circonstances, la température joue certainement un rôle, Son incidence peut d’ailleurs varier avec les organismes et leur constitution ; le froid ne paralyse pas nécessairement l’activité ; la chaleur ne la stimule pas nécessairement non plus. Il faut tenir compte des différences générales existant entre les différents types d'organismes. La température qui paralyse l’insecte, stimule l’homme et celle qui stimule la mouche est au contraire très déprimante pour le roi de la création, Loeb, à propos de la différence considérable du coetficient de température du développement et du coeffcient de température de la durée de la vie, appelle comme nous venons de le voir, l'attention sur le fait déjà cité, sur la richesse extraordinaire des mers polaires en organismes inférieurs de très petite taille, formant ce, «tout y va », si intéressant pour le biologiste, qui s’appelle le plankton. A la surface de ces mers froides, c’est un épanouissement prodigieusement riche et varié de

. formes vivantes. À côté d’elles, la Méditerranée apparaît

indigente, sans vie ; les mers tropicales sont plus pau-

» Vres encore. T'ous les naturalistes en ont fait la remarque.

.… C’est là une confirmation de la conclusion de Loeb. Si véritablement la mort naturelle était une conséquence du développement, on ne verrait pas pourquoi les mers polaires sont si riches et les mers chaudes si pauvres. Mais, avec explication fournie par Loeb, on comprend.

Evidemment, la diminution de température réduit la vitesse du développement d’un tiers. Mais elle augmente de mille la durée de la vie, Et alors la population

devient très abondante, Comme le font observer M, G.

Bohn et Mme À, Drzewina, si l’on suppose une même forme animale habitant en Méditerranée à 209 et une mer arctique à zéro, il y a évidemment à la fois, dans cette dernière, plusieurs générations successives, au

même moment, dans une population totale plus abondante.

Il est bien évident, d’ailleurs que, si l’on pouvait appliquer aux animaux supérieurs et à l’homme les conclusions se rapportant aux invertébrés, on en viendrait à se demander si l’on ne pourrait pas augmenter la durée de la vie par un abaissement de température. « Avec un coefficient aussi considérable que celui des animaux à sang froid, on pourrait doubler la vie de l’homme rien qu’en abaissant la température d’un deoré », disent G. Bohn et À. Drzewina dans la Chimie et la Vie. C’est l’idée de Maupertuis.

Serait-ce bien désirable ? Serait-ce même bien certain ? Assurément, il y a témérité à conclure d’une chelle à l’homme, mais les expériences de Louis Destouches sembleraient indiquer une autre méthode comme possible.

Ce biologiste a voulu prolonger la vie, expérimentalement, chez la Galleria melonella, un papillon. La che- 4 nille dure 14 jours à la température optima de 370, M Mais, à température plus basse, elle dure davantage : à 159 ou 17° elle dure 2 ou 3 mois — mais d’une vie peu vigoureuse, Entre 10° et 49, elle se paralyse et meurt en trente jours. Mais, entre 40 et 20, elle est en état de vie si ralentie qu’elle ne dépense pour ainsi dire rien, ne perdant que 2 °/, de son poids en 6 mois, et reprenant son activité et son évolution si on la remet à température favorable.

| L. Destouches a eu l’idée de faire vivre non plus des chenilles, mais des papillons, à des températures alternantes : 370 l’optimum, et 1°, qu'on peut considérer comme très voisin du pessimum. Or, si le papillon à optimum constant vit sept jours, celui qui passe de 370 à 10, et réciproquement, changeant de température toutes les vingt-quatre heures, vit 30 ou 35 jours. Et il vit utilement et normalement, car la ponte subsiste. Le papillon à l’optimum permanent vit de 5 à 8 jours et pond de 9 à 15 œufs. Celui qui est soumis à l’expérience des températures alternantes en pond de 25 à 35. Ce dernier système prolonge donc notablement la vie du stade papillon, et cette vie est normale. Les repos vitaux sont avantageux, et la vie serait plus longue si . l'on pouvait la rendre discontinue.

“ Les alternatives sont favorables à la longévité, comme les variations du climat sont utiles à l’organisme, à la santé générale, indication intéressante pour la physio- . Jogie et l'hygiène. | Evidemment les processus réglant la durée de la vie ne sont pas ceux qui régissent le développement. Autre- … ment dit, ce ne serait pas de se développer, de croître, de vie, que l’on meurt. Ce serait pour une autre raison. « El serait désormais impossible, disent les auteurs de la Chimie et la vie, de soutenir que la différenciation histologique des cellules, que le développement “ marchent de pair avec le vieillissement et la mort, puis- - que ce sont là deux phénomènes essentiellement différents et qui n’ont aucun rapport direct. »

C’est là une notion intéressante au point de vue philosophique. Quant à la cause de la mort, à la nature du processus de destruction aboutissant à celle-ci, on

ne peut que se livrer à des conjectures. Faut-il imaginer M

des substances, spécifiques pour chaque espèce, dont Ja décomposition entraînerait la sénescence et la mort ? Faut-il imaginer la nature préoccupée de ne pas laisser

vivre trop lontgemps chaque individu, inoculant à celui- M

ci dès sa naissance un poison lent qui en viendra à

bout dans un temps donné ? Que ce soit cela ou autre w chose, quel que soit le mécanisme en action, les choses M

se passent exactement comme si la mort était un phénomène particulièrement désiré par elle. Et il faut lui rendre cette justice qu’elle a réussi dans son dessein.

En somme la loi de Van t’Hof et d’Arrhenius exprime le fait que la vitesse d’une réaction chimique est doublée ou triplée par une élévation de 10 degrés : elle a un coeflicient de température d’au moins 2 pour 10 degrés.

Chez les organismes vivants, le coefficient de température est du même ordre de grandeur pour les manifestations vitales. Lillie et Knowlton ont indiqué une ressemblance notable entre l’action de la température sur le développement des œufs de grenouille et l’action de celle-ci sur les réactions chimiques. Après eux, Hertwig a constaté

le même fait, arrivant à ce résultat que le chemin, dans

son développement, que fait un œuf en 3 jours à 440 C.,

d’autres œufs mettront, à le faire, 13 ou 14 jours à 100,4

7 jours à 159 et 4 jours à 200. Le coefficient de température pour le développement des œufs de grenouille est donc de moins de 3 pour 10°.

Ce chiffre est à peu près celui que d’autres biologistes ont obtenu pour le développement des oursins, et Loeb en a conclu que 2,8 représente en moyenne le coefh-

cient de température pour la vitesse de développement des animaux en général : bien entendu, entre certaines ”

limites seulement : au-dessus et au-dessous de cer-

| faines températures — mettons o° et 259 c. — les variations thermiques exercent une action destructrice,

L'action de la température sur la vitesse de développement se retrouve quand on considère les diverses fonctions physiologiques. La fonction respiratoire est plus intense à température plus élevée : la production d’acide carbonique s’accroît chez le poisson, l’escargot,

« la mouche, etc., avec la température. La chaleur avance l'âge reproducteur des protozoaires, de façon évidente ; elle hâte la croissance du végétal, elle accélère la loco-

motion : elle fait la vie plus intense. On trouvera dans

l'ouvrage cité tous les faits de détail qu'ont accumulés

les biologistes. Et ce qui en ressort de façon générale, c’est que le

. coefficient de température est le même pour les phéno-

mènes biologiques que pour les réactions chimiques toujours sous cette réserve que le fait n’est exact que pour les températures moyennes, Le coefficient, de 2

… ou de 3, est plus élevé aux basses températures, plus bas … aux hautes températures, et cela est vrai des réactions . chimiques comme des biologiques. Mais on observera

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que, dans les réactions physiques, le coefficient de température est sensiblement inférieur : il est inférieur à 1, le plus souvent. Or, à coup sûr, dans les phénomènes

vitaux, il n'y a pas seulement du chimique, il y a du

physique aussi, et il est très probable, comme l’a supposé Georges Matisse dans son intéressante thèse sur l’influence de la température sur la vie, que la première

F. éxerce une influence considérable sur cette dernière

par voie purement physique, en agissant sur les colloïides. La chaleur, en augmentant le nombre des grains

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colloïdaux perceptibles, et leur grosseur, entrave les réactions chimiques ; d’autre part, le froid provoquerait l’état de gel des diastases.

Il est donc interdit de conclure du simple coefficient de température à la nature chimique ou physique du processus : les processus chimiques et les physiques sont enchaînés entre eux, et la vie est un ensemble de phénomènes très complexes. Cependant, ceci reste, qu’en gros le coefficient de température est le même dans la réaction chimique et le phénomène vital.

D'autre part, l’expérience montre que le coefficient relatif à la durée de la vie d’un organisme n’est pas du tout le coefficient relatif à la rapidité du développement. La différence est très grande, comme l’a montré J. Loeb. Les expériences sur les larves d’oursin, entre 209 et 31° (on n’a pas opéré au-dessous de 20° parce qu’alors la durée de la vie serait si longue que des facteurs étrangers troubleraient le cours de celle-ci), ont fait voir que le coefficient atteint 1.000 environ. C’està-dire qu’à 219 la durée de la vie est 1.000 fois celle qu’elle est à 31°. Coefficient énorme, comparé à celui de 2,80 qui est la règle en ce qui concerne les phénomènes de développement.

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