‹ La mort et la biologieChapitre 31 sur 44 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

| nécessaire. — La vérité sur « un cas absolument hors de doute ». — Comment elle fut établie. — Ce qu’on a dit, et. ce qui est vrai de l’âge de Mme Browning. — Une étude . critique sur les macrobes les plus marquants. — Les 169. ans de Henry Jenkins et les raisons qu’on invoque pour y croire. — Les 152 ans de Thomas Parr. — Le cas de la comtesse de Desmond : un exemple de fécondité invraisemblable. — La légende de Richard Purser : ce qu’elle peut renfermer de vrai, —. Les 105 ans de William Bennett réduits à 95, Le cas de Thomas Geeran. — La vie et les aventures de Lahrbush ; 404 ans ou 87 ? — Les difficultés qui se présentent dans l'étude critique des cas de longévité exceptionnelle. — Le cas de Mary Billinge ; une errgur d'identité. — Les erreurs des épitaphes. — Ce qu il faut penser des exemples cités.

Nous venons de le dire, l’homme peut atteindre cent ans. Il n’abuse guère, DA RO de cette faculté, sous nos yeux. Pourtant, il y a de rares centenaires, authentiques. Mais, on cite souvent, comme ayant vécu en des temps anciens divers individus ayant beau- |

‘ou dépassé la centaine ; à l'occasion on cite dés Me

… Evidemment, il ne faut pas mettre en cette affaire * un scepticisme systématique. Il est suffisant — mais nécessaire aussi — de vérifier et de contrôler. Il faut avoir obtenu les preuves sur lesquelles repose lassertion. Ce n’est pas aux journaux qu’il faut s’adresser : ceci va de soi. Ils répètent simplement ce que relate la rumeur publique. Il faudrait entreprendre une enquête sur . chaque cas. Et alors, on verrait que, le plus souvent, l'affirmation ne repose sur rien de précis ,rien de certain, …

Vers 1880, un correspondant d’un journal anglais … se plaignait « de l'étrange répugnance que lon semble … éprouver généralement à admettre que les gens puissent M atteindre et dépasser l’âge de 100 ans », et, à ce propos, … tenait à signaler un cas à lui connu, qui était «absolument Lhors de doute », pour convaincre les incrédules. Il racontait qu’un certain clergyman, ancien élève de “ Christs College, ayant quitté ce collège en 1763, à l'âge “de 16 ans environ, fut plus tard nommé recteur de ‘4 Wormshill et y resta recteur jusqu’à sa mort, en 1854. … [1 avait donc atteint 107 ans, et semble-t-il, en présence “de ces faits et dates, personne ne pouvait raisonnable= … ment douter. Cependant, deux jours aprés, le même. ‘À journal publiait une lettre où un autre correspondant rectifiait les assertions du premier qui, pourtant parlait d’un « cas à lui connu ».

Le second racontait que son propre beau-frère ayant Succédé au défunt, comme recteur de Wormshill, était entré en fonctions non pas en 1854, mais en 1835. Du | reste une plaque de marbre dans l’église de Wormshill “rappelait la mort du personnage, objet de la correspon- ” dance, et lui donnait 91 ou 93 ans. Par conséquent,

dans ce « cas absolument hors de doute », tout récent, Contemporain, une personne qui se considérait comme particulièrement bien renseignée attribuait 1o7'ans à quelqu'un qui en avait 93 au plus. Et cela, parce qu’elle afhrmait sans avoir vérifié, bien que le contrôle fût, dans la circonstance, exceptionnellement facile.

Un exemple récent, du début du xx® siècle montre combien on doit être circonspect en pareille matière. I1 ne s’agit même pas d’un centenaire. On répète communément — dans les dictionnaires et les biographies — que M€ Browning est née en 1800. On la fait naître en trois localités différentes — moins que pour Homére, qui lui, vit le jour en sept villes à la fois.

Or, bien qu’il s’agisse d’une notabilité, appartenant à l’époque actuelle, tout est inexact en cette affaire. En décembre 1907 un correspondant du Spectator rétablissait la vérité en citant l’acte de naissance duquel il résultait qu’'Elisabeth Browning est née dans une quatrième localité, et en 1806, au lieu de 1809. Eli- Sabeth Browning est née à Coxhoe Hall, près de Durham, le 6 mars 1806, et non à Durham, à Londres, ou dans le Herefordshire, en 1809, comme le disent ses biographes. Son mari même ignorait et la date et le lieu de sa naissance.

Dans ce cas, il était bien simple de connaître la vérité : mais nul ne s’en donna la peine, sauf celui qui corrigea | tous les autres. |

C’est ce qui a lieu pour tous les macrobites. On" enregistre les bruits qui courent, et on les tient pour expression de la vérité... C’est écrit, dit-on... Aussi, quand un écrivain moins crédule et plus critique que les |

autres entreprend de savoir la vérité, les macrobites mpassent-ils un mauvais quart d’heure.

L’examen critique d’un certain nombre de cas de * Jongévité extraordinaire a été fait dans un fivre qui, : évidemment, est resté ignoré de la plupart de ceux qui, * depuis 50 ans, ont traité de la durée de la vie humaine. Ce livre a pour titre Human Longevity ; 11 date de 1873, “ct a pour auteur W.-J. Thoms. Il est très curieux et <e instructif. Thoms prend un certain nombre de cas, “les plus marquants de ceux que l’on a coutume d’in- “voquer, et il en fait l'analyse critique. Celle-ci n’est …pas pour réjouir les amis de la légende. Jugez plutôt. … Le macrobite le plus célèbre des temps modernes “semble bien être Henry Jenkins. Ce personnage est “réputé avoir vu le jour en 1501 ; et il a été certainement “enterré en 1670, d’après un registre paroissial. La pre- “mière mention que l’on ait du bonhomme est due à “Mie Savile qui, en 1662 ou 1663, écrit que Jenkins, “à cette époque, « autant qu’il lui souvenait », avait 162 “ou 163 ans. C’est tout. Aucune citation de pièce, de document : rien que l'affirmation de l'intéressé. Il y a “bien deux actes publics où Jenkins et son âge figurent, “mais, dans les deux cas, l’âge est indiqué d’après Le dire de Jenkins lui-même. Comme ces actes, au point de vue qui nous occupe, le récit de MHe Savile n’a d’autre “valeur que celle de la parole de Jenkins.

Ce qu’elle raconte, en substance, c’est que lorsqu’elle se fixa à Bolton, « on » racontait que la paroisse possédait “un habitant de 150 ans ; qu’on pourrait trouver son nom sur un registre ce serviteurs d’un personnage \ défunt ; qu’elle n’avait même pas voulu — le pouvant

Page 1