‹ La mort et la biologieChapitre 32 sur 44 · ARE · texte numérisé non relu

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pourtant — vérifier le fait auquel elle ne croyait guère! d’ailleurs ; qu’elle l’a vu, ce Jenkins, que celui-ci dit se rappeler la bataille de Flodden. ayant à cette époque! l’une des armées.

En signalant en 1606 le récit de Mne Savile à Ia So ciété royale de Londres, pour l'intérêt qu’il a, au sujet en justice, témoigné de faits datant de 140 ans. Or, Me Sas vile a Non relaté qu’ « on » disait que dans une cause à laquelle il avait été mêlé, à York, Jenkins avait vieillissant ,une légende.

Il y a un fait qui devrait inspirer une forte défiance!

à l'endroit de la mémoire de Jenkins. Celui-ci fut té six ans auparavant, il en déclarait 162 ou 163. Les faits! auxquels se rapportait son témoignage remontaient à 60 ans. 4 l'affirmation de Jenkins qu’il a 120 ans se transformer en l'affirmation que Jenkins a déclaré se rappeler dess évènements datant de 140 ans. | que les registres de certaine Cour prouvent que Jenkins!

témoigna 140 ans avant sa moft, [Inutile de dire qu il n'indique pas le registre. Il y a mieux, d’ailleurs. son idole, écrivait avoir vu un homme qui avait causé!

avec le combattant de Flodden (car Jenkins avec le!

temps était monté en grade : il était devenu un desf

10 ou 12 ans, et ayant été envoyé porter des flèches à | de la longévité, un médecin ajoutait que Jenkins avait | déclaré 120 ans d'âge. Cela s’engraisse toujours en! us dans une cause en 1667 : il accusa 157 ans. Ori Mais la légende était lancée. Nous venons de voifh En 1865, un écrivain a corsé la chose en déclatani En 1865, un des fidèles de Jenkins, pour consolider combattants de Flodden).

À 12 ans, le fidèle aurait vu un certain Peter Garden e disant âgé de 126 ans, qui avait vu Jenkins. I] n’y a “qu'un malheur : c’est que ce personnage qui tire sa “gloire d’avoir vu quelqu’un qui à vu Jenkins, et se dit loctogénaire en 1865, oublie que Peter Garden est mort ven x 775, et que lui-même, s’il était octogénaire en 1865, n'a pu naître qu’en 1785, c’est-à-dire dix ans après la mort de celui qui aurait vu Jenkins. + Toute l’histoire de Jenkins est édifiée avec la même Solidité, la même et uniforme véracité. Elle est, en Somme, totalement dénuée de preuves. C’est même (pour cela qu’on en a tant fabriqué. Mais si mal... 4 | ‘ L'affaire de Thomas Parr n’est pas plus satisfaisante. Pourtant, dira-t-on, elle est classique. Et n’y k =t-1l pas l'attestation du célèbre Harvey ? Le malheur Lest que cette attestation n'existe pas, et n’a Jamais existé. Harvey n’a jamais rien attesté, et tout son rôle, là dedans, se réduit à ceci qu’il fut chargé de faire Pautopsie dé Thomas Parr, dit-il «réputé âgé de 152 ans ». Qu’est- Le que cela prouve ? Que Harvey était certainement vivant, et Parr, HOPAbIament mort : rien, absolument tien de plus. Harvey n’a nulle part «certifié » l’âge de Parr, et il ne pouvait le faire. Personne, à l’époque, ne s’est occupé de vérifier les dires du défunt. Mais, dirat-on encore, les monuments, en pierre, en prose, en

vers, à la mémoire de Parr ? Que signifent-ils ? Qu'on

a cru son histoire, simplement, mais non que celle-ci.

était exacte. Car toute l’histoire de Thomas Parr mort en 1635, réputé âgé de 152 ans, ne repose que sur les Ssertions dudit Thomas. On le fait naître, en 1483,

- Winnington : or, les recherches dans les registres

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de baptême de cette localité n’ont pas donné la moindre mention du personnage. On raconte encore — d’aprèsh son dire — qu’à l’âge de 100 ans, il dut faire pénitence” à l’église d’Alberbury, pour cause de mauvaise con-w duite — d’incontinence, disent ses biographes. Maisw de cette circonstance, qui serait très intéressante, ill ne reste aucun témoignage. Sans doute, il s’est vanté..W On rapporte encore, dans des travaux modernes, queu plusieurs des descendants de Parr atteignirent aussis un grand âge : or, les contemporains déclarent qu'il n'eut pas d’enfant. Aucune preuve, aucun document, | rien qui puisse faire admettre les 152 ans de Thomas Parr. Toute l’histoire repose uniquement sur les dires, de celui-ci, dires qu'aucun des contemporains n’a jugé” à propos de contrôler, dires qu'aucune pièce authentique ne permet d’accepter. Tout ce qu’on sait réelle-m ment de Parr se réduit à ceci : qu’il a vécu, et qu’il est” mort en 1635, se disant âgé de 152 ans et qu'il a été autopsié par Harvey. Il y a peut-être des personnes” à qui ceci sufhit, mais d’autres ne se contentent pas à. si bon marché. x Serons-nous plus heureux avec d’autres personnages ayant atteint un âge encore exceptionnel, mais moinsW avancé ? Essayons. Û

Voici la comtesse de Desmond, réputée avoir atteint! 140 ans. Du moins, il y a un portrait d’elle au bas dut quel se trouve la mention : « Catherine, comtesse de Desmond, telle qu’elle se présenta à la Cour du roi Jacques, en cette année 1614, dans la cent quaran-w tième année de son âge. » Voilà une preuve, dira-t-on. Est-ce bien sûr ? Mais ajoutons ce qu’on sait encore,

“de cette dame : c’est qu’elle est réputée avoir trois fois -« fait ses dents » et qu’elle mourut en 1614, après être tombée d’un cerisier ou d’un noyer, l’histoire ne se “prononce pas exactement, mais, à coup sûr, c'était l’un ou l’autre. Qu’est-ce qu’une femme de cet âge — ou “même d’un âge sensiblement moindre — ailait bien “faire dans un arbre ? Mystère. Quoi qu’il en soit, voilà les grands évènements de cette vie qui aurait duré si longtemps et sur laquelle plusieurs érudits ont plus exercé leur plume que leur intelligence.

…. En effet, Raleigh, dans son History of the World ra- “conte qu’elle se maria durant le règne d’Edouard IV. Mais on a reconnu depuis qu’elle ne se maria que 45 ans plus tard. On ne sait pas la date de sa naissance, natu- ‘rellement — l’a-t-on seulement cherchée ? — ni même, exactement, celle de son mariage. Mais ce devait être après 152$, car son futur mari, à cette date, avait encore sa première femme. À cette époque elle devait encore étre jeune, car elle devint mère aussitôt. Mais l’union fut “Courte : son mari mourut en 1534. Elle fut donc veuve o ans. Elle pouvait donc très bien avoir go ou 100 ans “à sa mort, mais jamais 140. Un correspondant du Times “a bien déclaré, il y a quelques années, qu'il pouvait “prouver l'authenticité de ces 140 ans : mais invité à ce faire, il se tint coi. Sans doute il avait de bonnes raisons pour s'abstenir. Car si Catherine s’est mariée, mettons en 1520, et c’est le plus tôt qu’elle lait pu, elle “ne peut être née en 1464 comme on a voulu le faire croire. Une femme ne devient pas mère à 65 ans.. que je sache.

Rien de bien satisfaisant dans cette histoire, par con-

- séquent.

Rien non plus dans celle de Richard Purser qu’on disait avoir atteint 112 ans. Un correspondant de Notes and Queries le signalaït en 1864 à l’admiration du public. Purser, écrivait-il, né en 1756, aura 108 ans en juillet 1 (1864). I habite Cheltenham et reçoit des secours de” la paroisse, et aussi de la reine qui lui donne 10o fr. par an, le pasteur de la paroisse ayant pu certifier l’authen-W ticité du cas à la reine, et consulter l’état civil, En 18684 ; Purser mourut, et le Times d'annoncer la mort de « l’homme le plus âgé de l'Angleterre » », par la plus d’un correspondant. |

Comme preuve de l’authenticité de ce macrobite, le Révérend À. Paul — ce n’était pas un Thomas, celui-. à — disait que bien qu'aucune mention n’existât de. Purser aux registres baptismaux, les demoiselles Com-M meline, filles d’un ancien pasteur de la région, étaient absolument convaincues de l’exactitude de son grande âge, ajoutant comme fait à l’appui que Purser étaiti bouvier dans une certaine ferme près de Gloucester” quand le Révérend James Commeline, né en 1762,4 avait la charge d’une paroïsse voisine, et en second lieu que le dit Purser travaillait aux ateliers de Sheerness\ l'année où coula le Royal George (1782). M. À. Pauli ajoutait que depuis 50 ans Purser était journalier de. son état, et certifiait avoir assisté aux illuminations du couronnement de Georges IIT en 1:67. '

Thoms voulut examiner de près cette affaire et pria un ami du voisinage de fouiller avec soin les registres. pour trouver la date de la naissance de Purser. L’amil ne trouva rien, bien que Purser se déclarât originaire \ Î de la paroisse. I1 alla encore trouver la PIRE du vieillard, qui ne fit qu’un bond en apprenant qu’on se. $

LES CENTENAIRES mettait le moindre doute ; il put encore indiquer Thoms un pasteur, M. Longfield, qui pourrait Paider. Celui-ci, galvanisé par Thoms, fouilla les reistres de 1753 à 1790 sans trouver de Purser. Mais putes présentaient des lacunes de 1762 à 1765

net de 1785 à 1789. Dans le premier cas au moins une euille avait disparu. Il est donc certain, d’abord, que es preuves du grand âge de Purser, présentées à la

elles étaient inexistantes : la reine crut sur parole des gens qui ne savaient rien en réalité.

M Il est évident aussi que tout ce qu'ont raconté les Commeline ne repose sur rien ; rien que leur crédulité et les assertions de Purser. T'homs osa le dire, ce qui fit qu’un journal local bondit à son tour. Il parla ussi. Et 1l déclara prouver l’âge de Purser par cette : ie que Commeline avait à peu près l’âge de Purser. Or, Commeline mourut en 1837, âgé de 76 ans : donc Purser était né vers 1762 aussi. Mais tout ceci venait directement des Commeline. Thoms répliqua ue M. Commeline était bien mort en 1837, mais gé de 74 et non de 76 ans : il était donc né en 1763, épt ans après la date à laquelle Purser disait avoir vu le jour. Mais alors, si les deux hommes étaient à peu près du même Âge, comment Purser pouvait-il se rappeler les illuminations de 1761 ? Ceci calma un peu la. 7 des défenseurs de Purser qui se contentérent rs de déclarer que celui-ci devait avoir atteint presque 12 ans à 4 ou 5 ans près. Mais Thoms était lancé : il allait pas s’arrêter encore. | Il découvrit que Purser, qui avait déclaré avoir 40 ans olus quand il se maria, s’ètait marié à Redmarley

ine, étaient fabriquées ou imaginaires. Plutôt même,

et se procura copie de l'acte de mariage. Celui-ci était.

daté de Septembre 1808. Si Purser avait 40 ans en 1808, ! il était donc né 12 ans plus tard qu’il ne disait : en 1768 !

et non en 1756. Par conséquent tout au plus avait-il. 100 ans, pas 112. M. Thoms croit qu’en réalité, né de 1785 à 1789 — une des périodes pour lesquelles man-« quent les actes de l’état-civil — Purser s’est marié vers* 20 ans, auquel cas il serait mort à 8o ans seulement. $ Ce qui est certain, c’est qu'il avait 100 28 tout au plus.

La plupart des enquêtes de ce genre ont la même“

terminaison : la légende s’effondre piteusement.

En 1872, un journal irlandais annonce la mort d’un

Willlam Bennett, âgé de 105 ans. Ce Bennett, né en“ 1766, se serait engagé en 1793, aurait fait la guerre

d’Espagne, assisté à la bataille de la Corogne, et quitté ! l’armée en 1814 avec une pension. À sa mort, il avait#

encore toutes ses facultés et une belle santé. M. Thoms” vérifia, Et ce qu’il établit par les textes, c’est que Bennett"

s'était engagé en 1707, ayant 20 ans, et fut réformé en 1814 pour cause de débilité générale, à l’âge de 37 ans. T1 n'avait donc à sa mort que 95 ans : fait confirmé par Bennett lui-même qui, en 1862, demandant un accrois-"

sement de pension, avait déclaré 85 ans. Il ne pouvait#

évidemment, 10 ans après, avoir 20 ans de plus.

L'histoire de Thomas Geeran est plus compliquée. En 1870, Notes and Oueries le signalait au monde —"

à propos d’une brochure qu’on se proposait de publier pour confondre les sceptiques comme Cornewall Lewis

et Thoms. Il était représenté comme ayant 104 ans :M

comme ayant assisté à la prise de Seringapatam (1799) «

à La Corogne (1809) à Waterloo, à l’entrée dans Paris ;

il aurait quitté l’armée en 187 9, Sans pension. En 1871, « Geeran mourut, et un correspondant du Times publia dans ce journal sa biographie. M. Thoms fit observer qu'elle manquait absolument de preuves. M. Thoms S'étonna qu’un soldat pût être congédié après 23 ans de service sans pension ; il rappela que l’on avait voulu vérifier l’acte de décès du défunt en ce qui concerne Sa carrière militaire sans rien trouver qui la confirmit, … À ceci le correspondant du Times répliqua qu’il avait -connu un Geeran de 72 ans, en 1867, qui avait déclaré “un oncle du même nom qui s'était engagé : que si Geeran n'avait pas de pension c’est qu’il avait été .congédié sans honneur. Un autre écrivait que plusieurs gentlemen de Brighton étaient convaincus de la véracité de Geeran et que c'était vraiment une fohie inutile de vouloir douter devant un tel amoncellement de preuves. Piqué au jeu M. Thoms reprit son enquête. Il fit ob- “server qu'il n’y avait aucune mention d’un Geeran dans les papiers des régiments où celui-ci aurait servi. Aucune en 1796, année où il se serait engagé ; aucune en 1799, époque à laquelle il aurait suivi son régiment aux Indes ; aucune en 1801, époque où il aurait été en “Egypte ; aucune en 1809, année de la Corogne ; au- Cune en 1815, dans la bataille de Waterloo à laquelle ïl devait avoir assisté ; aucune en 1819, année où il aurait quitté le service. Comment expliquer les réminiscences de Geeran, et les concilier avec ce fait qu’évidemment il n’a jamais appartenu au régiment qu'il disait ? Voici, dit M. Thoms. En 1813, au 71° il y avait un Michael Gearyn, ou Gayran, qui s’engagea le 3 mars, et le 10 avril déserta. Il était né à T'urlee en Irlande, et ressemblait beaucoup à Geeran, d’après les signalements, Varigny, 13

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Dom Geeran — notre ami — lorsqu’o on Ar geait sur le nom des officiers qu’il avait connus n’en | pouvait jamais citer que deux : un colonel, qui a com- 1 mandé longtemps, et un lieutenant, qui fut adjudant 4 de 1811 à 1813 passé; Michael Gearÿn a donc pu et 4 dû connaître ces deux officiers. Michael Gearyn, en « s’engageant en 1813 accusa 25 ans : si donc Thomas w et Michael étaient la même personne, celle-ci à sa mort en 1871 ne pouvait avoir que 83 ans et non 105 comme elle le disait. Or, il semble bien que les deux ne fai- | saient qu'un. Thomas Geeran c'était Michael Gearyn, après sa désertion. Mais Michael était resté de ! cœur avec l’armée : il l’accompagnait en pensée. Seule- M ment il se trompait. Il mettait son régiment sans cesse à dans des pays où il n'avait pas été ; le faisait assister \ à des batailles que celui-ci ne connaissait que de répu-M tation, Et il lui était impossible de prouver qu'il avait personnellement, devenu Thomas Geeran, accompli | les hauts faits dont il se vantait par la raison très simple M qu'il n’avait passé que deux mois au régiment, et que“ ni Michael Gearyn, ni Thomas Geeran n'avaient par-W ticipé aux exploits de celui-ci. Thomas Geeran, qui! n’était que Michael Gearyn déserteur, était un impos- 4 teur. ‘1 Michael Gearyn, âgé de 25 ans, en 1813, en s’en- \ gageant, ne pouvait avoir que 83 ans, en 1871, quand L il mourut sous le nom qu’il avait adopté pour s’éviter 4 des ennuis âvec le militaire, de Thomas Geeran : ill nè pouvait avoir 105 ans comme il le contait, LeW bonhomme s'était ajouté 22 ans. Encore une fois il}

C’est à peu près ce qu'avait ajouté à son âge un autre personnage à qui en 1870, un déjeuner était offert à. "New-York, par des notabilités américaines très heu-

feuses de fêter un homme de 106 ans. Le journaliste qui relatait le fait ne manquait pas de faire valoir toute La

on érudition en rappelant les évènements notables qui. Sétaient passés du vivant du centenaire, et les grands hommes qu’il avait ou aurait pu voir à Londres, dont il . se disait originaire. Il racontait que son héros, du nom de Lahrbush, prit du service dans l’armée anglaise en 1780, participa à maints événements militaires, assista | à l’entrevue de Napoléon et Alexandre (à quel titre 1j accompagna Wellington en Espagne, garda Napoléon

Sainte-Hélène ; puis, après 29 ans de service, vendit

charge de capitaine au 6o€ Rifles, alla garder des rçats à Bathurst, s'établit à Tahiti en 1837, en fut ulsé en 1842 par les Français qui sans doute lui gardaient rancune de ce qu’il avait fait à Napoléon, Voyagea beaucoup et finit par se fixer à 82 ans à New. York où il faisait l'admiration de tous par sa piété, sa eur, ses facultés, et ses histoires. « mn homme qui accusait 104 ans ne pouvait manquer re, pour Thoms, un gibier particulièrement appéint : notre sceptique entreprit donc de déshabiller

le personnage.

… Tout d’abord, observa-t-il, on nous dit que Lahrbush Pris du service dans l’année anglaise le 17 octobre 89. Or, aucun Lahrbush ne figure dans la War Office

te pour ce jour-là.

rbush dit avoir servi au 6oe Rifles : or, son nom ire pas dans les archives du régiment, Il ne figure

aucune des circonstances où Lahrbush dit s’être

distingué — pas même à l’entrevue de Napoléon et Alexandre. On dit qu’il fut promu après Busaco, tant il avait donné de fil à retordre à Masséna : aucune trace ne reste de cette promotion. Nulle mention non plus n’est faite de la vente de sa charge, en 1818. Les papiers officiels sont muets, comme autant de carpes. Pourtant, à force d’y fouiller, Thoms trouve quelques renseignements. [l découvre qu'un Lahrbush apparaît comme enseigne au 60€ en 1810. En 1811, il y a mention 4 de Lahrbush, lieutenant, qui se fait appeler de Lahr- « bush en 1815. I1 y a donc quelque chose de vrai dans « l’histoire. Assurément : il y a même des vérités qui ont | été étouffées : ce fait, en particulier qu’en 1818 Lahr- w bush a été mis à la porte de l’armée. Pourquoi, lui demande-t-on ?-« Erreurs de jeunesse », répond-il. Maisw s’il était né en 1766, il faisait ses erreurs de jeunesse : à 52 ans, ce qui est un peu tard, si bien conservé soit-on. Evidemment, conclut Thoms, ce Lahrbush s'ajoute“ 15 où 18 ans. \ ‘À ceci, un journal américain répliquait qu'à New- York nul ne doutait de l’histoire ou de lPâge du Capitaine, que les notabilités de la marine et de l’armée lui rendaient souvent visite, et chaque année fêtaient son“ jour de naissance par un banquet. L:

Voyez un peu le bel argument que fait tout cela. 4 Thoms riposta en établissant que Lahrbush devait être né vers 1786 et non en 1766, comme il le disait.M Lahrbush racontait avoir pris du service en 1789 a c'était faux : sa commission d’enseigne est du 10 no-\ vembre 1809 seulement. [1 n’a donc pas servi vingt=! neuf ans en se retirant comme capitaine, en 1818 ; il a servi neuf ans, n’a jamais été capitaine, n’a rien vendus

mais a été congédié en 1819, comme le fmentionne VArmy List, Et lui-même prouve bien qu’il n’est pas

né en 1766. Car véritablement il n'aurait pas invoqué q

des erreurs de « jeunesse » pour expliquer une mise à pied à l’âge de 52 ans. Lahrbush avait-il 87 ans ? C’est possible, probable même : mais 107 ans, jamais,

I1 serait aisé de multiplier les exemples de ce genre

. et de montrer combien de macrobes, quand on examine

leur cas avec quelque perspicacité, se révèlent de vulgaires imposteurs. Presque invariablement les « raisons

de croire » invoquées par les partisans de la longévité

extrême ne sont en réalité que des raisons de douter, Chacun de leurs arguments ruine un peu plus leur thèse.

Mais il faut beaucoup de clairvoyance et de patience pour élucider la vérité. Car même avec des documents on peut être trompé.

Ainsi, en 1863, le Times annonçait la mort de Mary Billinge à 112 ans passés. Il la disait née à Eccleston en mai 1751. Quelqu’un émit un doute. Une autre personne vit toutefois l’acte de naissance. Il semblait que la question fut réglée. Mais on apprit aussi que Mary Billinge avait eu un frère et une sœur plus jeunes, et que le frère était mort en 1817 à 47 ans. Le démolisseur de la légende des macrobes lança un ami sur la piste. Et voici ce qu’il trouva. Miss Mary Billinge, fille de William et de Lidia était née le 24 mai 1751, et avait un frère et une sœur décédés en 1817 et 1832 à 46 et 59 ans, enterrés à Overton. Et même Mary Billinge avait conservé en souvenir de son frère un anneau de deuil qu’on fit voir, et qui confirmait la date de la

mort. ne. Will et Anne étaient donc Lie et.

sœur. Très bien. Mais l'ami voulut alors connaître es parents de William et Anne, et il trouva que William né en 1771 était fils de Charles et Margaret, et Anne, née en 1773, fille des mêmes. Mais William et \ Anne, enfants de Charles et Margaret, ne pouvaient être frère et sœur de Mary, fille de William et Lidia. Il chercha plus avant, et, dans le registre trouva Mary fille de Charles et Margaret, née en 1772. C'était là la 1 Mary Billinge à qui l’on attribuait 112 ans, en la con- W fondant avec celle qui était née en 1751. Il y avait eu” erreur sur l'identité, et un examen superficiel des texte eut confirmé le bruit que Mary Billinge avait r12 ans! à sa mort, alors qu’une recherche plus complète ft | voir qu’elle n’avait que 91 ans.

| | Autre chose. Il arrive souvent, en Angleterre, en tout. | cas, que des parents donnent le même nom à deux ou « trois enfants successifs, quand la mort leur a pris les premier ou les deux premiers. Il peut y avoir 10 oum 15 ans d'intervalle entre la première et la dernière naissance : on LeUE donc très bien accorder 105 ans à une À

/ l'appui, si l’on n’examine ne le registre mortuaire #

d at

aussi.

ni ne suffit pas d’avoir un acte de naissance : il faut |

logue a montré qu’une princesse royale d'Angleterre qui, d’après son épitaphe, serait morte en septembre 1007 est en réalité morte en décembre. Cela n’est rien “comme erreur de date, mais cela rend prudent.

“ Il y a des erreurs de pierre tumulaire grossières. “Ainsi on à pu lire sur une tombe qu’un personnage “était mort âgé de 309 ans. Le sculpteur estimait que pour représenter 39 1l fallait un 30 et un 0 après : 309...

… Ailleurs on a vu indiquer 708 ans : pour 78. Il y a même

“un cas où, pour une raison qui n’a pas été découverte, mil a été inscrit 172 pour 72. Dans un cimetière, on a relevé l'indication de ror ans pour l’âge d’un individu “dont on a pu prouver qu'il avait seulement 82 ans. Et “son monument funébre attribue à l'acteur anglais \ Macklin, l’âge de 107 ans (à l’église de Saint-Paul, à “Londres) alors que la mort de celui-ci est annoncée dans les journaux de l’époque comme survenue à 06 ans, « croit-on ». Et les livres sur la longévité citent Macklin * comme exemple authentique de macrobite. La vérité, “qu'on a lue, inscrite sur le cercueil, est que Macklin

We

‘avait 97 ans.

É La conclusion de ceci ? C’est que, ainsi qu’il a été dc dit, les raisons de ne pas croire Lenponees de ÿ “beaucoup sur les raisons de croire. C’est, qu’en ce qui Doncerne les cas de longévité exceptionnelle, 150 ans par exemple, nous ne possédons pas la preuve. la plus

“élémentaire de l'authenticité des relations qui sont

150 ans ; mais seulement que les prétendues raisons qu’on ! cite à l’appui d’une telle longévité sont absolument dénuées de valeur.

Pour les cas de longévité moindre, 115, 120 ans, on « est en droit d’en dire autant. Les faits qu’on invoque ne « peuvent, dès qu’on les examine de près, qu'être rejetés ou bien tenus en une suspicion extrême. Même il est certain qu’en bien des cas, des gens cités comme ayant | VÉCU 105, 110 ans, se trompaient ou trompaient leur entourage ; et nombre de centenaires se sont, à l’analyse, * révélés comme étant, tout au plus, des nonagénaires ou même des octogénaires. De sorte que les relations relatives aux simples centenaires ne doivent, elles aussi, être acceptées qu'après vérification. S'il y a quelques centenaires avérés, il y en a plus encore de faux ; et il n’y a peut-être pas un seul cas avéré d’existenceM humaine ayant duré 110, 115, 120, 130 ans. |

Selon toutes les probabilités, plus on ira, et moins il y en aura, s’il est possible de concevoir moins que rien. Mais le lecteur entend ce que je veux dire, à savoir que, plus la fraude sera rendue difficile par l’extensionM des actes de l’état-civil, moins on parlera de ces cas exceptionnels qui sont devenus articles de foi pour tant d’esprits crédules, dénués de sens critique. Les recen-m sements continueront peut-être à en enregistrer dem temps à autre ; mais, chacun le sait, au point de vue qui : nous occupe, ces documents sont sans aucune valeur.M Ils répètent ce que le public leur a déclaré ; les recen-" seurs n'ont rien contrôlé et ne garantissent absolument | aucun chiffre. Or, ce que valent de telles assertions, nous commençons à le savoir.

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