PAR OU MEURT L'HOMME
L'inégalité devant la mort chez l’homme. — Mortalité selon les conditions extérieures. — L’expectation de vie chez Pespèce humaine. — Sa progression moyenne pourl’enfance et la jeunesse Elle n’a guère augmenté pour l’âge mûr et la vieillesse. La race n’est pas devenue plus vigoureuse, — Travaux de Macdonell. — Quelles sont les parties les plus faibles de lorganisme ? — Analyse de R. Pearl. — Mort et embryologie. — Rôles prépondérant du poumon et du tube digestif.
Assurément, tous les hommes sont mortels. Mais ils ne le sont pas également, pas plus que les animaux. Cette proposition peut surprendre. Elle semble indiquer que tels peuvent être plus mortels que d’autres, ce qui paraît absurde, puisque, jusqu'ici, tous se conforment à l'usage, qui est de mourir.
Pourtant, cela est vrai, nous ne sommes pas, tous également mortels. Entendez par là que nous ne sommes pas tous également viables et que, dès lors, chez une partie de la population, la mort survient plus tôt. C'est là. l'inégalité devant la mort telle que définie par L. Hersch, professeur de statistique à l’Université de Gre-
nève, dans son étude curieuse : L'Inévalité devant la | Mort, ss la statistique de la Ville de Paris. | On s’en doutait toutefois, de cette inégalité. On savait | que chaque élément de la population a son taux de mortalité propre, que celui-ci diffère pour les célibataires et les mariés, pour les citadins et les campagnards, etc. Nous sommes inégaux devant la mort parce qu’inégaux devant la vie. Nous apportons un capital très variable comme hérédité et santé, et nous naissons dans des circonstances très différentes : ici très favorables, là Ë très défavorables, au développement de notre avoir. Et trop d'individus naissent tarés dans un milieu où rien M ne développera le peu qu’ils peuvent posséder de santé ; w où tout, au contraire, se mettra contre eux. “ HE y a deux éléments à considérer : la personnalité — entendue au sens large — de l’individu, et le milieu, les conditions où il est appelé à vivre, la nature et la nurture comme nous l’avons déjà vu : l'avoir héréditaire, et “l'influence des conditions ambiantes. Or, il est bien | évident qu’il y a des individus naissant riches comme W avoir physique et santé, dans un milieu apte à accroître | leur richesse, et loue naissent pauvres, au même. point de vue, dans un milieu qui ne peut que les appau- | Re vrir encore.
À coup sûr, il naît de très pauvres individus dans le milieu aisé, mais dans le pauvre il en naît plus de pauvres w que d’aisés, et qui s’appauvriront encore. Dans ces | À conditions, À se produit une inégalité devant la mort qui À est frappante.
Pour Ia discerner, il suffit d’examiner et interpréter les statistiques, comme le fait M. L. Hersch. L'autegs
mmence par établir des catégories sociales d’après | in « indice d’aisance » (ou de pauvreté), tiré lui-même ide la contribution personnelle mobilière. Et il divise les ingt arrondissements de Paris en quatre classes. La première comprend les arrondissements opulents 8e, 9e, 16€), où 54,1 °/, de ménages paient une contribution moyenne de 287 francs (ou plutôt payaient : “C'était avant la guerre). La seconde comprend les arron- …dissements aisés (rer, 6€, 7€, 17°), où 35,9 ménages. Sur 100 paient une Dion moyenne de 171 francs. pe troisième est celle des arrondissements pauvres (295 8/48, 5e, 10°, 11, 122, 14€, 156, 18€), OÙ 21 ménages Msur 100 paient 68 francs en moyenne ; la quatrième “enfin comprend les arrondissements miséreux (13°, 9€, 20€), ou 10,4 ménages sur 100 paient en moyenne 4 francs.
La statistique montre que la mortalité générale est, ur les différentes catégories d’arrondissements et par 1.000 habitants par an : “ … De 11,0 dans les arrondissements opulents ; … De 13,0 dans les aisés ; De 16,9 dans les pauvres ; | De 22,4 dans les miséreux ; (Moyenne pour tout Paris : ‘e 5).
| La conclusion évidente, c’est que le taux de mortalité est, dans les arrondissements les plus pauvres, le double . |
Le Us
de ce qu'il est dans les plus aisés. C’est que l’on meurt
que Gus la riche ; qu’il a une Sn iie devant la mort, | de par les conditions de fortune faisant que le déshérité Mest moins viable et vit moins longtemps que le fortuné.
Non seulement les hommes naissent inégaux parce qu'ayant fatalement des hérédités différentes ; ils naissent encore dans des milieux très différents, où il sera très inégalement pourvu au développement physique, intellectuel et moral de l'individu.
Des sujets ignorants, mal nourris, occupés à desk travaux épuisants, apportant souvent de grosses tarcol physiques dues à l’ignorance et à l’insouciance de pro-s créateurs inconscients, doivent fatalement être moins viables et avoir moins de chances de vivre, de durer, À que les sujets des classes instruites et aisées, mieux « nés » généralement, et n'étant pas astreints au durs labeur physique. ê
Cette inégalité entre les hommes, peut-on la combattre ') Est-elle fatale ? Peut-on en COUS les effets ar-" tificiellement ? Assurément, et c’est à quoi la société travaille. mais pas encore assez. C’est aussi qu’il y terriblement à faire.
Les points sur lesquels il est indiqué de lutter nes manquent pas. Considérez le petit tableau qui suit," indiquant la mortalité infantile pour la première année. de la vie par 100 enfants (avec chiffres spéciaux aux légitimes et illégitimes, par catégorie d’arrondisse-M ments).
Total Légitimes Illégitimes
Arr. opulents.. 5.1 k,5 7.3 Drm ASE el U 6.9 6.2 9.3 — pauvres ..... 10.7 9.9 14.7 — miséreux.... 1OÈT 14.1 18.2
On le voit, une œuvre formidable s’impose pour) protéger l’enfance pauvre contre la mort par misère.
“Car c’est la misère qui tue : l'inégalité devant la mort
“ résulte principalement de l'inégalité de fortune.
[1 ne suffit d’ailleurs pas de protéger l'enfance ; il y a des adultes à protéger aussi. Voici, par exemple quelle
“est la mortalité par tuberculose par 10.000 habitants
et par an, selon la catégorie de l'arrondissement :
Arrondissements riches ...... ROIS Eee Ans 14.8 ea aisés . ..... RUE Rire SC 26.8 — DANS A AS A 43.1 Le miséreux . :...,... ï np 56.6
3 (39.4 pour la totalité de Paris.)
Cela signifie que la tuberculose atteint et tue les pauvres surtout, parce que, épuisés par leur labeur, mal nourris, mal logés, et manquant d’argent pour se soigner.
L’inégalité devant la mort existe, palpable, évidente. Elle s’explique ; par certains côtés elle est inévitable,
inais sur certains points elle peut être combattue, ét elle doit l'être.
—. C’est pourquoi les esprits généreux et avisés prêchent
… Là croisade contre les fléaux sociaux, la dépopulation, lalcool, ce poison des poisons, la mortalité infantile, la tuberculose (joignez-y l’avarie...), c’est-à-dire, au total, contre l'inégalité devant la mort. On ne saurait trop les approuver et ies aider dans la tâche qu’ils se sont donnée.
Il est possible d’accroître le rendement physique comme le rendement intellectuel. 3
Mais évidemment une prédestination variable à la
| mort existe entre les diftérents hommes comme eile / existe, nous lPavons vu, entre les différents individus de
la même espèce animale.
Pour chaque espèce animale, il y a une durée de vi oyenne, normale. Les entomologistes nous la mon trent de quelques jours pour les éphémères; de quelques !
Semaines pour d’autres êtres ailés ; pour la mouche, de : quelques mois au plus, alors que d’autres insectes | vivent des années, comme certaine cigale qui vit 17 ans.
€n tout dont quelques mois à peine à l’état adulte, le.
reste sous forme larvaire. 1 La durée de vie est très variable ; mais elle est assez 1 constante, à conditions égales, qu ‘elle se chiffre pas | Semaines, mois, années, depuis une semaine jusqu’à.
Je siècle, pour une même espèce.
En va-t-il de même pour l’homme ? | .
Un enfant naît ; quel âge a-t-il des chances d’at-" é teindre ? Ou encore 100.000 enfants naissent, combien | atteindront r an, 10 ans, 20, 30, 50, 80, 100 ans ? Quelle w est Pa tation de vie, pour Date le langage a 11 actuaires ? :
La tradition veut qu autrefois, aux temps bibliques, l’homme püt atteindre des âges extraordinaires. Il y a,
U maintenant encore, des légendes courant la presse de 4 temps à autre, d’après lesquelles des individus auraient . de nos jours atteint 110, 120, 150 ans : nous avons vu : ce qu u faut en Pac de
S D nil Fe eat or Éiass -ci jamais ne .
Î ésentent de phénomènes de ce genre et lui font voir. ; ‘que les sujets de 100, 110 ans, sont déjà très rares et ‘eptionnels. |
D S1 l’on considère une de ces tables d'ou de. e, on voit que sur 100.000 individus naissant simulinément, aux Etats-Unis par exemple, il n’en survit . éjà que 88.538 au début de la 2€ année. De 2 à 3 ans. len disparaît BE die 2° 500, et ainsi de suite. À 40 ans,
IS sont 30.000 à manquer à l’appel ; peu après 100 ans, :
tous ont disparu. La mortalité est forte de o à 4 ans, t après 40 ans ; après 80 ans elle se ralentit ;ily a dei
périodes critiques. 0 De ces tables dressées d’après les statistiques mor- | aires, on déduit l’expectation de vie. Et on constate ue si, de façon générale, la durée maxima de vie reste a même pour l’espèce humaine aux divers temps et ivers lieux, il y a pourtant des modifications dans expectation de vie. !
Ainsi le biologiste Raymond Pearl, dans The Biolosy ? Death (OIDpare l’expectation de vie telle qu’elle se.
sentait à Breslau au xvrie siècle, à Carlisle au AU TA ècle, et aux Etats-Unis en 1910. Qu’en résulte-t-il 2.
st, évidemment qu’à la naissance l’expectation de vie
Padividu naissant à Breslau au xviie siècle était
18 ans inférieure à celle du jeune Américain naissant
1910. Mais à 10 ans, la différence n’est plus que de #,
2 ans ; à 20 ans, de 10 ; ,à50ode4ans ; à 7o der anet . lemi. À 80 is l’expectation de vie est la même dans les de eux cas ; à 83 l'avantage était à l’habitant de Breslau ; ouvait s attendre à vivre 18 mois de plus que l’Amé-
savoir si le progrès du xxe sur le xvir® siècle a été précédé de progrès du xvire siècle sur les siècles antérieurs. Cette curiosité est légitime et grâce à Karl Pearson il est possible de la satisfaire. Pearson y est arrivé en examinant l’indication de l’âge sur les sarcophages de momies égyptiennes datant de la domination romaine. En l'absence de momies d’enfants, on ne peut rien présumer quant à l’expectation de vie des nouveaux-nés, mais en construisant la courbe résultant des données relatives aux sujets plus âgés, on obtient un graphique pouvant être comparé à celui qui concerne la population moderne de même âge.
Quel est le résultat de la comparaison ?
C’est que la forme générale de la courbe est la même, mais que durant la jeunesse l’expectation de vie était ” trés inférieure à ce qu’elle est actuellement. Il devait y avoir une grosse mortalité sur l'enfance et la Jeunesse, Mais à 65 ou 7o ans, l’Egyptien avait une expectation de vie supérieure à celle du moderne, Sur 100 Anglais vivants de 10 ans, 39 arrivent à 68 ans : sur 100 Egyptiens pas 9. Mais les rares survivants étaient particulièrement résistants. et l’Egyptien de 68 ans avait en conséquence une expectation de vie supérieure, C’est
vrai ; mais il y a une contre-partie. C’est qu’évidemment M
il y a progrès : progrès social et hygiénique surtout, grâce M auquel les 100.000 nouveau-nés actuels se trouvent placés dans des conditions plus favorables, moins hostiles, d’où durée moyenne de vie supérieure. 1
Macdonell a pu établir, pareillement, pour une époque ; de quelques siècles postérieure à la précédente, les "M tables d’expectation de vie des Romains de Rome, des # Romains d’'Hispanie et de Lusitanie, et enfin des Ro-
* mains d'Afrique, d’après les inscriptions des tombeaux, “ Les courbes obtenues montrent, pour Rome, une expec- . tation de vie, chez l’enfant, très inférieure à l’expecta- . tion de vie actuelle, Mais après 60 ans l’avantage appartient aux Romains, comparés aux modernes (sauf pour » es femmes, dont la mortalité était supérieure) ; en Afrique, cet avantage se présente dés la 40€ année.
En somme depuis 2,000 ans l’expectation de vie à la naissance et durant l'enfance s’est régulièrement améliorée. Par contre, l’expectation de vie chez l'adulte et le vieillard a diminué nettement.
… Le premier phénomène s'explique. La médecine et … l'hygiène ont fait des progrès ; on sait mieux soigner et élever l'enfant ; diverses causes de mort ont été réduites, et beaucoup d’enfants survivent maintenant - qui, autrefois, auraient péri. | Autrefois la sélection agissait plus librement. Elle “éliminait les chétifs et les mal venus : seuls subsistaient les plus vigoureux. Et ce qui le prouve, c’est que lexpectation de vie du vieillard, autrefois, était plus élevée. Le sujet qui atteignait 60 ans était très robuste ; il fallait qu’il le fût pour atteindre cet âge. Il était - plus robuste que le sexagénaire actuel, et dès lors avait “plus de chances que ce dernier d’arriver à 8o, 90 et . 100 ans.
* . Actuellement, les progrès de l'hygiène font obstacle à “a sélection, à l'élimination des moins aptes ; il survit plus d'individus chétifs : et on voit arriver à 50 et 60 ans des sujets qui, autrefois, auraient péri bien avant. Le résultat, c’est que ces sujets ont, à ces âges, une “expectation de vie moindre.
‘arigny. 14
| L'expectation de vie actuelle, chez le sujet de 60 ou 70 ans, est nettement inférieure à celle du Romain d'il y'a 2.000 ans. La vigueur de la race ne s’est nullement accrue. L'augmentation dé la vie moyëènne ne constitue en aucuné façon un progrès biologique. Au reste, il serait vain de s'attendre à la possibüité d’un progres 1 biologique avec la civilisation ( ?) industrielle qui est & dominante. 4 Ne quittons pas Macdonell et ses tombeaux. Car & leur intérêt démographique est réel. Par l'analyse à 4 laquelle se livre l'auteur on voit d'abord que, contrai- # rement à ce qui a lieu actuellement, la courbe féminine | ést toujours au-dessous de la masculine jusqu’à soixante- . quinze ans environ. Pendant les vingt prernières années la courbe masculine reste horizontale : la féminine gabaisse, et la différence est maxima à vingt ans. De vingt à trente, les deux lignes restent parallèles, après quoi la féminine commence à 86 relever. La mortalité” féminine l’emportait sur la masculine, 4 L'expectation de vie était très faible, et c’est là un des 4 principaux résultats des recherches de Macdonell.# Elle était tres faible de o à 40 ans et surtout de o à 20 ans,\ Il y avait à Rome une mortalité considérable, durantu l'enfance, et ce caractère était propre à Rome car cetteu mottalité ne se manifeste pas dans les provinces. Entre go et 60 l’expectation de vie, à Rome, valait l’expectation! de vie moderne, et après 60 ans l'avantage était aux anciens. Cela se comprend d’ailleurs. Une forte mors talité durant le jeune âge élimine beaucoup de faiblesi et de chétifs, et augmente la proportion des sujets ro-i bustes capables d’aller loin. Une faible mortalité duranth la vieillesse est le corollaire naturel d’une forte mortas
té infantile. La sélection n’est pas un vain mot, Les hs font voir que les soldats (dont l’auteur fait une étude à part) étaient souvent très âgés ; sans doute Ceux qui sont signalés comme ayant de 70 à 100 ans taient plutôt d'anciens soldats ayant conservé une petite D à côté de, plutôt que dans, l’armée.
En Espagne et Portugal, la Fou infantile paraît baussi être très faible ; aussi la mortalité durant la vieillesse À était cile forte. A ton de vie était plus élevée . qu'à Rome ou en Espagne, dans les établissements … africains. En outre, la différence selon les sexes était à « bien moindre.
| J1 semble bien que les pierres tombales confirment insalubrité de Rome, établie par les textes. La ville
“de la femme connaissait alors des ennemis qui n’existént Dr dans k monde moderne ; d’une on ou d'une
de l'enfance, et aussi par l’abondance des colons venus Md’italie. Ils constituaient évidemment une classe plus à" igoureuse, plus entreprenante, une classe sélectionnée ;
et ils vivaient principalement aux champs, et GOUE
quaient l’agriculture. À coup sûr, les colons de l'Afrique ! venant d'Italie sous les Césars et l'empire étaient | d’autres hommes, autrement sains et désirables que les 4 émigrants dont l’Europe orientale infeste les Etats- Unis depuis quelques années, et aussi l’Europe occi- À dentale, surtout depuis la guerre.
Une autre question se pose, d'intérêt physiologique # et biologique en même temps. Peut-être les biologistes 1 n’ont-ils pas assez envisagé la mort sous cet angle. W De quoi meurt-on ? Quels sont dans l’organisme les M points plus faibles ? C’est à considérer. a
Comme l’a dit Senèque Nascimur uno modo, multis morimur. El n’y a qu’une façon de naître et il y en a beaucoup de mourir. Pourquoi tant de portes de sortie ? Et quelles sont les principales ? Le problème vaut la peine d’être examiné.
C’est ce qu’a fait le biologiste américain, R. Pearl, dans ses études sur la biologie de la mort. Evidemment, la méthode la plus simple de résoudre la question consiste à dépouiller les statistiques mortuaires. Celles-ci, on le sait, ont été établies de façon internationale. On s’est É. accordé pour reconnaître quelque 180 rubriques distinctes. Si complexe qu’ait été la maladie, le statisticien est tenu d'enregistrer la mort, sous l’une ou l’autre de celles-ci. L'idéal, évidemment, au point de vue de las
médecine, est que toute maladie locale mortelle soit rattachée à l’état général dont elle est un cas particulier# Mais lidéal n’est pas de ce monde, et la classification la plus parfaite, en apparence, ne le serait déjà plus, dix ans après, en raison des progrès de la science mé: dicale. Au point de vue biologique, c’est tout autre chose.
R. Pearl a donc cru devoir établir pour son usage une
classification nouvelle, selon les systèmes organiques,
… et classer les morts, selon qu’elles ont pour cause un accident de la circulation, des reins, de la respiration,
du squelette ou des muscles, du tube digestif, du système
* nerveux, etc. Peu importe qu’une mort par lésion cir-
culatoire soit due à telle maladie générale, ou à telle autre : c’est comme d’origine circulatoire qu’elle est enregistrée. La méthode est préférable au point de vue biologique ; mais elle ne l’est pas au point de vue médicai, car elle cache, assurément ,à la vue, les causes générales : tuberculose, artériosclérose, infections diverses. En somme, R. Pearl ne base pas sa classification sur la cause pathologique, mais sur le trouble organologique.
À quel résultat arrive-t-on, en envisageant les tables de mortalité ainsi corrigées ? D’abord, où ont été pris les documents. R. Pearl nous l’indique : en Amérique,
ven Angleterre, et à la ville de Sao-Paulo, au Brésil.
eo f
Si l’on expose les résultats sous forme graphique, il est visible que les systèmes physiologiques par lesquels lon meurt le plus sont au nombre de trois : le respi-
“ratoire, qui donne le maximum de mortalité, puis l’ali-
mentaire qui en donne un peu moins ; après, le circu-
“latoire. Viennent ensuite, avec une importance décrois- * sante, le système nerveux, puis le rénal, puis le sexuel.
« C'est donc par le système respiratoire que l’on meurt le plus, et de beaucoup. Pour 100.000 vivants de tout âge, Mi] meurt de 400 à 420 individus, dans les trois cas con- « sidérés, par le poumon, Par le tube digestif, il en meurt : moins, 300 environ, en Angleterre et aux Etats-Unis,
mais beaucoup plus (600 et plus) à Sao-Paulo, du fait
d’une énorme mortalité infantile par diarrhée et entérite. 53 En fait, une bonne moitié des morts, dans les trois régions considérées, est due au poumon et au tube 4 digestif ensemble. Ce sont les deux systèmes qui, tout en étant physiquement internes, sont le plus en contact avec l'extérieur, avec le milieu ambiant (air, eau, nourri- 4 ture) et avec les microbes. Sans doute, la peau est, elle 4 aussi, en contact avec les microbes, mais elle est plus résistante, plus adaptée, et se défend mieux, et la mortalité d’origine cutanée est très faible (10 environ). C’est donc principalement par les surfaces invaginées du revêtement extérieur que nous mourons. Tube digestif! et système respiratoire se forment en effet, chez l’embryon, par invagination du tégument extérieur. (1) Au troisième rang viennent les morts dues au système circulatoire, Celui-ci représente la tranchée de deuxième # ligne, la défense de soutien. Si l'ennemi franchit le 1 premier obstacle et pénètre à travers la peau ou les muqueuses respiratoires ou digestive, il rencontre 18 système circulatoire. Et s’il réussit à emporter la po- A sitien de soutien, il se trouve en présence des réserves de l’arrière, des cellules de l’organisme. 1 Si l’on analyse de plus près des statistiques bien« établies, on constate que la mortalité présente deux À maxima : l’un au début, l’autre à la fin de la vie, On meurt surtout, ou très jeune, ou assez vieux. Le mini-
(4) A. B. Macallum a bien développé (Science 16 février 1923) À Vidée que la muqueuse intestinale constitue une des voies 1 principales par où la maladie pénètre dans l’organisme, et qu'il y a lieu d'étudier de façon spéciale les raisons de la faible résistance de cette parol.
ë. mum de mortalité se présente à la puberté, après quoi … la mortalité devient chaque année plus forte, pour Là atteindre son maximum à la vieillesse. Mais on constate “ autre chose aussi. C’est que les courbes de mortalité » des différents systèmes ont toutes leur forme particu-. . culière plus ou moins différente de celle de la courbe générale. Seule, la courbe de la mortalité digestive est très analogue à celle de la mortalité par toutes causes. La courbe de mortalité circulatoire s’en rapproche © beaucoup, mais non celle de la respiratoire, qui, de la puberté à 30 ans, s'élève beaucoup ; encore moins la courbe des morts dues aux organes de la génération, “ courbe qui s'élève effroyablement de 15 à 35 ans, chez « la femme surtout,
ki Il ressort avec évidence des recherches du biologiste américain qu’en somme, durant la première année, on meurt surtout par le tube digestif; de x à 60 ans, par le système respiratoire, et après 60 ans, par le circulatoire. D D'où la conclusion qu’en somme notre poumon n’est
pas bien fameux.
î Une autre conclusion s'impose aussi. C'est que, si l’on considère la mortalité du point de vue de l’embryologie, de l’origine des systèmes par où se produit la mort, c’est évidemment que, chez l’homme du moins, (il serait bien intéressant de savoir ce qu'il en est chez l'animal), la mort se produit par fléchissement des organes d’origine endodermique, dans 57 Cas sur 100 et, dans 10 ©/, environ, par celui des organes d’origine \ ectodermique, Le reste, 30 ou 35 ©/0 de la mortalité, i doit être attribué aux organes d’origine mésodermique.
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