‹ La mort et la biologieChapitre 35 sur 44 · SL F · texte numérisé non relu

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pour longtemps. De 46 à 56 ans, il y a une période 1

critique nouvelle pour l’homme (mortalité 6,31 contre M 3,47 pour la femme). Dans la vieillesse enfin, la mor- M talité masculine l’emporte encore : les femmes cons- “ tituent la majeure partie de la population sénile. À tout âge, d’après la statistique générale de la France, il survit plus de femmes. |

La femme a plus de vitalité, plus d'endurance, plus” de résistance : c’est très évident. Et dès les premiers jours. Prenez la statistique des mort-nés, et vous y M voyez que parmi les enfants conçus, ceux du sexe mas- M culin ont plus de cinq chances sur cent de ne pas voir le jour ; ceux du sexe féminin, moins de quatre.

Après la naissance normale aussi. D’après J. Bertillon, sur 100,000 garçons qui naissent, 4,760 meurent après quelques jours ou semaines ; sur autant de filles, 3,864 seulement. L.

La femme résiste mieux aux privations, à la maladie, M à la fatigue. Il ÿ à beaucoup plus de malades masculins # que féminins (maladies graves), et la fragilité du sexe fort, qu'il apporte en naissant, ne l’abandonne jamais. |

À quoi tient cette fragilité masculine ? |

G. Loisel à essayé de répondre à cette question, en 1903, dans deux notes qu’il a présentées à la Société

de Biologie. Mesurant et pesant les diverses parties

d’un embryon humain de même âge chez les deux sexes.” ?

G. Loisel a pu montrer qu’avant la naissance déjà l’in-

dividu humain est équipé de façons différentes, selon" qu'il est mâle ou femelle. À Chez l'embryon féminin, il y a prépondérance des“

organes de nutrition et d'épuration : des reins, des cap- M

\sules surrénales, du foie, du thymus, du cœur, qui sont

« plus lourds, plus solides que chez l'embryon masculin. Le féminin naît mieux équipé, pour l’anatomie. La physiologie diffère aussi. La croissance, d’abord plus vive chez le mâle, se ralentit vite. Et elle profite moins à celui-ci. Car la femelle conserve son avance comme poids de viscéres.

Celle-ci, dès le début, et même avant le début de la vie indépendante, nous apparaît comme possédant déjà cette caractéristique, qui est celle de l’œuf même, la ca-

ractéristique d’être plus nutritive, plus absorbante, plus faiseuse de réserves et provisions, plus anabolique. Au lieu que le mâle est catabolique : il dépense, au lieu d'économiser. La femelle est constitutionnellement douée de moyens de résistance passive supérieurs : et c’est pourquoi elle meurt moins vite.

Il serait intéressant de généraliser l’étude du problème, d'étudier de près les mortalités masculine et féminine à tout âge, chez des groupes humains plus divers que ceux dont on s’est occupé jusqu'ici. Et aussi

. d'étudier la question chez les animaux.

Un très distingué physiologiste anglais, W. Heape,

a fait sur ce point quelques recherches intéressantes. En 1909, dans les Philosophical Transactions de la Société royale de Londres, il a publié le résultat d’études sur la proportion des sexes chez les blancs et les noirs

“ à Cuba. Il a pu constater que la natalité masculine l’em- » porte notablement chez les blancs, étant entre 106 et “ ;ro naissances masculines pour 100 féminines, et, chez … Jes noirs, de 1or environ. (Les mort-nés sont comptés). Est-ce affaire de race ? Il se peut : la natalité mascu-

line est considérable en Espagne, mais il faudrait peutêtre tenir compte aussi des différences de mode de vie.

Un point intéressant est mis en lumière par Heape : c’est que, dans le cas des naissances illégitimes, il y. a une prépondérance de naissances féminines ou une diminution de la prépondérance de la natalité masculine.

Ainsi, chez les blancs, il y a pour les naissances lépitimes 107,78 mâles pour 100 femelles ; pour les illé- . gitimes, 104.4 mâles seulement. 4

Chez les noirs pour les naissances légitimes on a M 106,76 mâles ; pour les illégitimes, 06.76 mâles seule- | ment (toujours pour 100 femelles), Pourquoi cette différence ? On la constate et c’est tout. Et il faut cons- | tater aussi avec Heape, que les deux maxima saisonniers se produisent à Cuba — chez les blancs comme chez 4 les noirs — à l’automne et au printemps. Or, ces conceptions de changement de saison donnent une natalité 4 féminine particulièrement abondante. Une influence M extérieure semble s’exercer. Existe-t-il une influence « spéciale aux villes ? Celles-ci, dit Heape, donnent plus de filles que la campagne. d

À côté de cela Heape constate que dans deux volières « de serins, côte à côte, les natalités masculine et féminine peuvent être très différentes.

Il fait de curieuses constatations sur les chiens. Les levriers lui donnent 118 mâles pour 100 femelles ; les terriers d'Ecosse, 104 ; les collies, 118, les mastiffs, 53, . Darwin chez le cheval, trouve 99.7 mâles pour 100 femelles ; un autre biologiste, chez le crapaud (B. lentiginosus) trouve 241 mâles pour 259 femelles, tandis que Montgomery chez l’araignée Latrodectus mactans

“(41.000 sujets nouveau-nés) trouve 819 mâles pour 100 “femelles,

Mais c’est de l’homme qu’il s’agit présentement : ‘revenons au sujet,

D'abord observons qu’il y a chez lui, comme chez Mles animaux, une mortalité pré-natale dont A. Robinson La parlé à Édimbourg en 1921 (Brit. Med. Journal).

ER

"Par mort pré-riatale, À. Robinson entend une sorte

d'extinction de vie normale ou nécessaire, due à la pro- - duction de germes, ou œufs, qui, congénitalement, sont “tels qu'ils ne peuvent vivre. Leur vitalité est insuffisante, elle ne peut les mener qu’à une courte distance dans la voie de la vie. Ce n’est pas que les deux gamètes “Qui se sont fondus en un œuf, comme le pollen et la cellule femelle de la plante, soient tous deux, ou bien

Mil'un seulement, atteints de débilité innée. Au contraire, Mi ces deux gamètes avaient pu en rencontrer deux autres, tout aurait pu bien marcher. Mais entre les deux “ gamétes individuels considérés il y a incompatibilité. “Non seulement il n’y a pas aflinité élective entre eux, “alors qu’il y en aurait eu entre chacun d’eux et d’autres : il y a antagonisme fondamental. Entre gamètes, il se M présente ce qui se voit tous les jours entre adultes qui « se marient : incompatibilité d'humeur absolue. Et pour- “. tant les deux individus qui vivent si mal ensemble L pourraient et peuvent faire d'excellents ménages avec h d’autres conjoints : cela aussi est d’observation quo- … tidienne.

" Par conséquent il faut admettre que dans une cer- » taine proportion des conjonctions germinales, il y a “incompatibilité, d’où mort précoce, très précoce, de l'œuf:

Cette mortalité est certaine, et ce qui le démontre ce sont des observations directes sur deux espèces ani- { males, le cheval et le furet. Sans doute, des observations À similaires pourraient se faire sur les plantes aussi. Com-\ parant la natalité possible à la natalité observée chez les 1 animaux dont il s’agit, A. Robinson conclut que la | mortalité pré-natale, chez l’espèce chevaline, varie de. 46 à 62 9/0, et chez les furets, de 35 à 30 0/0.

Cette mortalité pré-natale n’est d’ailleurs pas spéciale aux animaux en question : elle se présente chez le porc, le cobaye, le dasyure, les oiseaux encore. Probablement aussi chez PDA humaine, d’ailleurs. À quel degré ? C’est ce qu’on ne sait pas. Et ce que l’on sait moins, encore, c’est si l’on pourrait espérer combattre. cette orbite pré-natale.

I] faudrait pour cela discerner à quoi elle tient. Car «incompatibilité » est une expression figurée ; le mot constate une situation, un effet, mais n’indique pas la cause. [1 traduit une condition d’ordre intellectuei, moral, so-M cial, mais ne s applique pas au cas des cellules germiie Chez celles-ci l’incompatilibité d’humeurs doit être d'ordre physiologique ou physico-chimique.

11 semble que des observations portant sur les cellules 4 germinales des animaux marins inférieurs comme les F oursins pourraient éclairer la situation. Quoi qu’il en 4 soit, une mortalité pré-natale existe, peut-être inévita- 4 ble, même chez l’espèce humaine, bien qu’il ne soit pas À Ho de chiffres sur sa Foense

Nous arrivons donc à une conclusion qui est d’ailleurs confirmée par les gynécologistes : une mortalité considérable existe durant la gestation et même, avant le

moment où l’on peut parler de gestation. |

Le

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