‹ La mort et la biologieChapitre 37 sur 44 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La pathologie dans le passé, — A-t-elle joué un rôle dans les destinées des peuples ? — La Malaria, — En Hollande, — En Sologne. __ La Grèce, FItalie. — La migration du blanc vers ï le nord. — Les preuves de lantiquité de la maladie. — L sions osseuses de l’homme préhistorique. — Maladies don \

témoignent les momies égyptiennes. — L’artériosclérose.

Nous avons vu plus haut que dans le monde animal maladie est apparue dés les temps les plus reculés. On erait surpris qu’il n’en fût pas de même chez l’homme.

t, en fait, la maladie a existé dès la préhistoire, et elle

a, dans l’histoire, joué un grand rôle dans Îles affaire

* des nations comme dans la vie des individus. La mala-

. die a été, et reste encore une des grandes ennemies de

‘humanité ; beaucoup de maladies, parasitaires, surtout, aludisme, trypanosomiases, peste, choléra, constituent des barrières s’opposant souvent à ce que l'humanité ccupe certains territoires. Avec le développement de la Science sanitaire et de ses applications, la situation s’es déjà améliorée : mais combien il reste à faire...

Quantité de faits établissent l'influence de la maladie la civilisation, et les entreprises des peuples.

Un exemple. Au mois d’août 1809, les Anglais débarquaient dans l’île de Walcheren, pensant ne faire . qu'une bouchée de la Hollande. Toutefois ils n’ava- \ lèrent rien du tout, et l’armée anglaise dut se retirer, | n'ayant pourtant laissé que 217 hommes sur le champ :

hommes les Anglais en perdaient 4,000 qui n’avaient \ pas une blessure, En trois mois, plus de 20,000 hommes €ntraient à l'hôpital. Et après le retour des troupes en Angleterre, plus de 11,000 hommes étaient encore 1 malades, La maladie avait suffi à faire échouer la tentative « de conquête : ce fut une des plus élégantes victoires du : paludisme, de la malaria.

Voilà un exemple trés frappant du rôle que peut :

jouer un agent pathogène dans les destinées des nations. 4 D’autres font voir ce qu’il peut sur leur prospérité. | L'un d’eux, bien connu, est fourni par la Sologne.

Au siècle dernier le nom de Sologne n’évoquait que image d’un pays misérable et d’une population souffre- w

teuse, rare, et sans énergie. Pourtant la Sologne n’avait 4

pas été toujours ainsi faite, Rien d’ailleurs n’a toujours .

existé. Au quinzième siècle, c’était une région pros- .

père et salubre. | ‘4 Un magistrat d'Orléans pouvait dire que « la So- W logne était abondante en prez, pastlz, bois de haute futaye, taillis, buissons, estangs et rivières, portant bled, »

… méteil et seigle, abondante aussi en bestial et gibier ».

De cette ancienne prospérité, plus tard, nul ne pou- | vait douter en considérant les restes de nombreux châteaux, de fermes, de villages abandonnés, les traces de

» rigoles d’assainissement, les débris de souches de chênes et de ceps, — car au début du xvre siècle encore, un quart des terres cultivées était Re en vignes.

Que s’était-il passé pour qu’en can Arthur Young pût écrire, à propos de la Sologne : « Grand Dieu, accorde-moi la patience quand je vois un pays aussi négligé, et pardonne-moi les jugements que je fais sur l'absence et l’ignorance des propriétaires » ?

Il s'était passé la guerre : des guerres variées, politiques et religieuses, qui enlevèrent et déruis on des hommes valides ; il s’était passé Louis XIV encore, dont la cour ne les grands propriétaires, la campagne étant abandonnée à des malheureux, ignorants et écrasés d'impôts. Plus personne pour diriger les travaux et les cultures ; les fossés d’assainissement ne furent plus entretenus, les eaux devinrent stagnantes. Le paludisme s’installa tout naturellement, et fut bien … vite maître, décimant la population, te affaiblis

à et Sans courage ceux qu’il n'avait pas tués. Sans tarder,

“la Sologne tombait dans la plus misérable condition. . Elle y serait encore d’ailleurs, si des hommes d'initiative ne l’en avaient arrachée de haute lutte, par une admi-

rable collaboration du cœur et du savoir. Avant long-

temps, si l’œuvre se poursuit, la conquête de la Sologne » sera complète : et elle se maintiendra tant qu’on en aura la ferme volonté.

Voilà donc un cas où l’homme tenait en échec l’ennemi puis a été gagné par lui, mais finit par reprendre l’avantage. | . On pourrait citer quantité de faits de ce genre. Par “exemple, au dix-septième siècle, le ville de Brouage Le était tres prospère, grâce à ses marais salants. Mais.

circonstances firent abandonner les marais qui de-

nrent gats (gâtés par le mélange d’eau douce et d’eau salée), et le paludisme s’installa. Le pays fut ruiné ét la population décimée. Maintenant toutefois, grâce à un assainissement méthodique, la salubrité revient (x) 4

Dans la Dombes, la paludisme régnait en maître aussi ; de 1802 à 1842, la durée moyenne de la vie n’était pas de plus de vingt-quatre ans. Cela tenait à un déplorable système grâce auquel la terre était alternative- 4 ment cultivée en plantes industrielles et en poisson. ! On entreprit donc de supprimer les étangs, et la contrée devint plus salubre aussitôt. Il est bien possible toute- . fois qu’une loi récente provoque une recrudescence de paludisme, d’après Laveran. 2 Beaucoup d’autres exemples montrent à quel point le W paludisme peut agir sur la prospérité et la vitalité d’un | groupe humain. Aussi n'est-il pas surprenant qu'un : historien, W. H. S. Jones (dans son volume intitulé Malaria, avec une introduction par R. Ross) ait pensé l que ce mal a pu, dans les temps passés, opérer en grand, et au lieu de simplement arrêter les armées ou ruiner des. provinces, défaire deux nations merveilleuses : la, grecque et la romaine.

La thèse est curieuse, et cette invasion du patholo- giste dans l’histoire mérite qu’on y prenne garde.

(4) Il est souvent difficile de bien faire. Djibouti était une loca- . jJité saine, sans paludisme. Pour la rendre plus habitable on y amena l’eau. Les moustiques vinrent avec elle. Un paludéen vint” aussi, tout seul, la civilisation favorisant les déplacements, y compris ceux des malades et des maladies, Aussi Djibouti est devenu un foyer paludéen. | TRE

Quels sont les arguments, et comment doit-on se représenter l’action ?

… Il est bien certain qu'entre la Grèce du quatrième . … siècle et celle du troisième, il y a eu des différences pro-

… par les guerres extérieures et les luttes intestines, tombe « sous le protectorat macédonien, puis plus tard passe … aux Romains, aux Francs, aux Ottomans.

Pourquoi ce changement dans ses destinées, pour-. quoi la profonde modification survenant au troisième

siècle ?

Ce n’est pas qu’il y ait eu un déclin de la moralité dit Jones ; mais l’idéal a été moins civique, moins national, plus familial. Le patriotisme a décru. On est

force, et la virilité a décliné.

Tout cela était-il nécessaire et fatal ? Non pas, dit M. Jones ; cela a été le résultat d’un accident : de l'invasion de la malaria.

Remarquez en passant qu’il y a peu de pays plus paludéens que la Grèce à l'heure présente. Sur deux

ayant la malaria.

Mais des objections se présentent.

s'agit ?

Les documents montrent que le mot purètos, sieni-

devient fréquent à partir d’Aristophane et Euripide. …. Et les traités médicaux des Grecs, de l'an 400 avant

fondes. Après une période héroïque, la Grèce, déchirée.

devenu plus sentimental, plus pessimiste aussi : on aspire à l’apathie, à l’ataraxie. La religion a perdu de sa

millions et demi d'habitants, il y en a près d’un million Et d’abord la malaria existait-elle à l’époque dont il fiant fièvre, qui ne se trouve qu’une fois dans Homere,

J.-C. ou plus récents, distinguent les fièvres continues

et intermittentes. Platon même en fait mention, et visi- . blement les purétoï sont surtout les fièvres périodiques. Mais la périodicité n’est pas le seul caractère qu’aient noté les Grecs à l’époque visée par l’historien anglais. Il y a aussi l’hypertrophie de la rate. Aujourd’hui encore, quand on examine une population au point de vue de la fréquence du paludisme, c’est surtout par la palpation de la rate des enfants qu’on se renseigne. La splénomépgalie est notée par les auteurs grecs, qui connaissent bien aussi les différents types de la malaria. Au total, celle-ci existait, et fréquente, en Grèce. vérs l’an 400 avant Jésus-Christ.

On dira peut-être qu’elle pouvait y avoir toujours existé ? Evidemment, mais la lecture des œuvres médicales ne donne pas cette impression. Il semble, au contraite, que la malaria était une nouvelle venue. Dans les régions très paludéennes, le mal sévit sur tous les enfants et laisse assez tranquilles les adultes, qui y ont résisté, dit Patrick Manson. Or, en Grèce, la malaria était fréquente chez les adultes ; d’où la conclusion que le pays n’était pas infecté depuis longtemps, ni à fond.

Rien de plus facile d’ailleurs que de s’expliquer la pénétration du paludisme. Les parties habitables sont quelques plaines et vallées : exactement les endroits où peuvent se former les mares nécessaires aux moustiques. Ceux-ci sans doute existaient depuis longtemps. Mais il fallait encore l’hématozoaire spécifique. Or, celui-ci a pu pénétrer le plus aisément du monde par des soldats, marchands ou esclaves venus d’Afrique ou d’Asie, où règne le paludisme. Il suffisait d’un seul paludéen, Un moustique le piquait, s’infectait, et aussi-

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tôt infectait deux ou trois individus sains. Sur ces mêmes individus, d’autres moustiques s’infectaient à leur tour qui continuaient l’œuvre commencée. Et en peu de temps le mal apporté par un seul se répandait dans toute la communauté, grâce à l’obligeance des anophèles, les principaux propagateurs de l’hemamoeba malariæ de Laveran, comme chacun sait.

C’est ce qui a dû se passer à Maurice, théâtre des infortunes extrêmes de Paul et de Virginie. C’était un paradis terrestre jusqu’en 1866, époque à laquelle le paludisme était introduit et conférait au pays une insalubrité notoire.

En Grèce, le paludisme a très bien pu venir d'Egypte, Hérodote a noté l’abondance des marécages en certaines parties de ce pays, et l’habitude des pêcheurs de s’entourer de nuit de leur filets pour se protéger contre les moustiques. Une fois apporté, le paludisme a dû réussir d’autant mieux que les guerres, vers 400, avaient à peu près fait de l’Attique ce qu’elles devaient faire plus tard de la Sologne : une terre inculte, abandonnée à elle-même, sans labours, sans drainage, Rien de plus favorable à la pullulation des moustiques et à la propagation du mal, du moment où le germe est présent.

Au total, la Grèce, aujourd’hui très paludéenne, et ayant connu le mal à l’époque dont il s’agit ne semble pas l’avoir toujours connu. On venait seulement d’entrer en relations, grâce aux guerres et au commerce.

Ce fut là, dit Jones, la cause de la décadence grecque. Le caractère national fut altéré. La bile noire, mélana kolè, cause théorique de la fièvre quarte, rendit

les gens mélancoliques, au sens primitif du terme :

nerveux, irritables, faibles, névropathes. De là les chan- | gements dans le civisme, dans les conceptions philo-

.. sophiques, plus humanitaires, plus sentimentales : la

morale d’esclaves se substituant à la morale de maîtres,

dirait Nietzsche ; de là le cours pris par l’histoire d’un pays qui fut un des miracles du monde,

La Grèce ne fut pas la seule victime du paludisme. Après avoir désorganisé la Grèce, celui-ci aurait défait Rome.

Mais ce fut moins aïsé, Uné grande partie de l'Italie | n'offre point aux anophèles les conditions qui les rendent heureux. Et par suite d’une différence ethnique péut-

être, le paludisme qui atténua et humanisa les Grecs, brutalisa les Romains. L'histoire, toutefois, est moins \ nette, | Nous avons, en Grèce, la preuve que le mal était récent, C’est moins évident pour l'Italie. Celse n’a écrit v que longtemps après que le paludisme pouvait exister.

Mais dans Plaute et Térence, deux cents ans avant, il y a des allusions évidentes à la malaria. Plus tard, Ci- w ceron en parle et Varron en donne une théorie. Dans les marais, dit ce dernier, « croissent certains organismes ténus que l’œil ne peut voir », et qui, entrant par la bouche et les narines, infligent au corps des maux

pénibles, difficiles morbos.

Pour Jones, la malaria se serait établie en Italie vers 200 avant Jésus-Christ, peut-être par les mercenaires d’Annibal.

Les dévastations de la seconde guerre punique au- | raient « solognisé » l'Italie, et l'épidémie dont parle T'ite-

Live, en 208 (pestilentia gravis incidit in urbem agrosque

guæ tamen magis in longos morbos quam in perniciabiles

Re ER ne Sn re,

RL on En

… evasit), pourrait bien avoir été une explosion de palu-.

. disme, Pendant les deux siècles avant et après le début

de ‘notre ëre, les témoignages relatifs à la malaria abondent : Jüvénal, Horace en parlent ; Martial encore,

qui estime que si en été les enfants restent bien por- | tants, ils ont assez fait : æstate pueri si valent, satis dis- |

cunt, Rome même, on le sait, était très insalubre ; il.

| Jui en est resté quelque chose d’ailleurs.

La malaria aurait fait en Italie la même besogne qu’en Grèce, diminuant la vitalité et le pouvoir producteur de la race, amoindrissant celle-ci au physique et au moral. I est peu de maladies qui atteignent aussi pro-

- fondément les capacités de l’homme. Aussi malgré de P g

constants apports de sang étranger — car celui-ci s’infectait à son tour — la dégénérescence se précipitait-: elle. Mais si la mélana kolé rendit les Grecs moroses et doux, l’afra bilis fit les Romains fous et cruels. Et

entre les brutes abominables que nous montrent "Ta-

cite et fuvénal, et les animaux malfaisants que deviennent parfois les blancs en Aïfrique, pays très paludéen, qui sait s’il n’y a pas une parfaite identité ; si les mêmes effets ne sont pas dus aux mêmes causes, les mêmes folies et cruautés sanguinaires au même hématozoaire ?

Telle est la thèse développée par l’auteur anglais, plutôt interrogative qu’affirmative d’ailleurs. ; hypothèse proposée à l'esprit du philosophe, plutôt que doctrine | considérée comme certaine. Le point de vue a son inté-

1 “rêt : il fera réfléchir, et sans doute discuter. En tout ças, ES qu'un sent RARE une amibe,

Ne voyons-nous pas combien, en Afrique, deux mouches et un moustique, véhicules des protozoaires qui sont les germes de la nagana, de la maladie du som= meil et du paludisme, font échec à l’expansion de la race blanche ? (1) Et le contraste n'est-il pas frappant entre l’immense et apathique Chine, où le paludisme est fréquent, et le petit Japon entreprenant, chez qui la malaria n'existe pour ainsi dire pas, et entre les rôles de ces deux nations dans le monde ?

Remarquons d’ailleurs que l’idée du rôle de la malaria dans l’histoire de l’humanité ne va pas à l’encontre de l'opinion sur l'influence du desséchement du globe. Les deux facteurs collaborent, en chassant l'humanité, et la race blanche surtout, des régions chaudes, foyers paludéens intenses et énormes, vers lé nord, vers les régions froides ou tempérées, là où il y a encore de l’eau, mais où la malaria ne se plaît plus et où la fraîcheur du climat incite à l’action (proposition de Stefansson pour la mise en valeur des territoires subarctiques).

Ï1 n’y a pas à douter de la grande influence des maladies sur la marche des affaires humaines. Il n’y a pas à douter davantage de l’antiquité de la maladie.

Est-ce à dire que toutes les maladies actuellement connues ont dû exister dès la préhistoire ? Pas nécessairement. Et on conçoit qu’il soit impossible de répondre à la question. Nous ne pouvons, en fait de

(f) Notez que la malaria est un des grands ennemis du blanc ; le noir y résiste beaucoup plus. Cest elle qui conserve l'Afrique à ce dernier.

AGENTS PÉTER PREVENTION AT ET EEE 7 PRO à TEA". 2

-maladies, affirmer que celles dont le système osseux “peut porter la trace : cela est évident.

" Et d’autre part, il ne serait pas philosophique de nier la genèse possible de maladies relativement récentes par l’accoutumance à l'organisme humain d’un microbe Où protozoaire ayant jusque là mené une vie indépen- “dante. C’est là une hypothèse très plausible, car on aurait de la peine à admettre que l’homme a pris nais- Sance pourvu par une bienfaisante providence, dès le “début, de toutes les maladies constituant son calamiteux sort. Assurément il en tient certaines des bêtes ; d’autres qui lui paraissent spéciales, ont dû naître par infection par des microbes à qui il ouvrait probablement la porte.

Quoi qu’il en soit, la maladie — laissant des traces “sur le tissu osseux — existe dès la préhistoire. L'homme préhistorique a-t-il connu le mal de dents ? M. P, Bouvet, qui s’est posé la question dans une bro- “chure sur Les Lésions dentaires des hommes préhisto- “riques n'hésite pas à répondre afirmativement. L'homme “élémentaire — mais humain — de l’époque Chelléenne “(Mâchoire de Mauer), connu uniquement par une . mandibule, restera hors de cause : on est vraiment trop . peu renseigné sur lui. Pourtant il a pu connaître Ia . pyorrhée antérieure, d’ après MM. Laloy et Capdepont. “Mais pas de trace de carie. Chez le Moustérien (La Chapelle-aux-Saints, Néanderthal, etc.), il y a pyorrhée certaine, et des dysplasies. Peut-être la carie a-t-elle “commencé à cette époque. Mais, à coup sûr, au con- Mtact de lésions par cure-dents, dus à une préoccupation ÿ. Drécoce, mal récompensée, d’hygiène. C’est chez le. “fossile de la Quina que l’on rencontre une lésion de la | Varigny. 16

s de À

ne

| région du collet, décrite par M. Siffre, et attribuée par. : | lui à l'introduction dans les espaces inter-molaires dew corps étrangers servant de cure-dents et si souvent | “ utilisés qu’ils finissent par user les faces latérales inté- 4 ressées des dents. Peut-être cette pratique était-elle due. à une irritation des gencives provoquée par des frag- w ments d'aliments restant dans les intervalles. Cette lésion . a du reste été retrouvée chez les néolithiques et chez. des sauvages modernes.

Les dents de l’homme paléolithique présentent très. souvent l’usure de la face triturante, l’abrasion, que l’on constate même chez les dents temporaires, et qui paraît due à ce fait que, chez lui, les dents s’affron-W taient en bout à bout, au lieu que chez l’homme moderne elles s’abordent, en faisant un angle, oblique-. ment. Ce qui semble le prouver, c’est qu’actuellement. l’abrasion ne se présente que chez les sujets chez qui. — par une sorte de retour atavique — l’articulé se fait, en bout à bout, la dent du haut venant poser d’aplomb : sur celle du bas. Il faut admettre que les mets étaient durs et nécessitaient une énergie masticatrice considé-. rable. La carie dentaire ne fait son apparition que chéz \ les néolithiques. Elle est dix fois moins fréquente que! chez nous autres modernes, et est presque inconnue. chez l'enfant : elle siège au collet, surtout aux prémolaires et molaires, respectant les incisives et canines. Cette carie paraît avoir évolué lentement : parfois elle. . se compliquait de ASIE kystes, abcès, sinusites même. Et elle est restée à l'humanité, s’aggravant même; bien « rares sont les dentures qu elle respecte, : Avec le temps, des origines au jour présent, il. ya ni certainement eu diminution de la fonction mastica

l’homme à payé d’une diminution de la résistance phy- - sique, d’une sensibilité plus grande des tissus dentaires, . d’une fréquence plus grande de la carie favorisée pro-

bablement par notre mode d’alimentation. Pareillement « la denture des animaux domestiques, civilisés, devient moins robuste que celle de leurs congénères sauvages,

Quoi qu’il en soit, la carie semble bien êtré une 2cquisition relativement récente de Phumanité, datant . de l’époque néolithique ; c’est un signe de civilisation. L On s’en passerait volontiers.

» côté d’une question beaucoup plus étendue.

Sur celle-ci nous disposons de faits intéressants cons- …tatés par Lortet et Gaillard dans La Faune momifiée de . l'Ancienne Esypte.

“ L'’habitude qu'ont prise les Egyptiens de momifier les bêtes et les gens fournit en effet beaucoup de don- . nées curieuses sur Pantiquité de nombre de maladies ( contemporaines.

Ainsi, dans la nécropole des singes, Lortet et Gaillard “ont trouvé un jeune cynocéphale chez qui toutes les

… osseuses, témoignant d’arthrite sèche, Plusieurs vertébres, soudées les unes aux autres, prouvent que mal- | gré la sécheresse et la chaleur de la région de Luxor, le rhumatisme chronique sévissait. Si l’on considère

+Conservés dans les cours des temples, froides et peu éclairées, on comprend les cynocéphales atthritiques ; "on comprend aussi que des béliers, non moins divins, présentent des lésions identiques.

grandes articulations sont entourées de végétations

que les singes et autres animaux divins devaient être |

| trice, avec développement des facultés cérébrales que .

La pathologie dentaire n’est toutefois qu’un petit

Ji

Très nourris, et vivant à l'ombre, et ne prenant guère d'exercice, ces quadrupèdes-dieux sont arrivés, voici bien des siècles, à la condition où tant d'hommes parviennent aujourd’hui, quoique n’ayant rien de divin, par le même mécanisme, On ne s’étonnera point que les restes des hommes d'autrefois présentent les traces de blessures. De tout temps les humains se sont portés à des voies de fait. Souvent la ais medicatrix naturelle de nos devanciers nous surprend. On trouve par exemple un crâne présentant, au pariétal droit,une perte de substance, un trou de six centimètres sur deux. Une blessure étendue de l’os a été suivie de l'élimination d’une es- ‘quille nécrosée ; après quoi — la pièce en témoigne — le sujet a guéri. Sur une partie du cerveau, il n'y W avait que de la peau ; cela a suffi, et le Copte dont les 4 malheurs viennent d’être indiqués n’est mort que M vers soixante ans. Cela fait l'éloge de son tempérament. 4 Une constatation intéressante ressort de l’étude d’un ‘à crâne de cynocéphale qui a été spécialement examiné par Poncet, de Lyon, particulièrement expert en la matière, Ce crâne est caractérisé par une hyperostose W de chacun des os faciaux et crâniens. Ils sont comme , soufflés, ayant bien le double du volume normal. C’est \ ici un cas d’ostéite déformante ou maladie de Paget : W ce qu’on appelle, chez le cheval, la « maladie du son ». M … Quel que soit le nom, C’est d’une dystrophie osseuse L qu'il s’agit, due à une auto-intoxication intestinale ou à une infection. OUT 4 Une autre pièce, un humérus de cynocéphale, ré-. vèle du rachitisme. Pendant un temps, le squelette

… été ramolli, ostéomalacique ; puis le mal a guéri. Les. déformations qui se sont produites pendant la maladie " ont persisté. ot

Si tels restes fournissent la preuve de l’antiquité du. tempérament arthritique, tels autres prouvent celle du tempérament opposé : le tuberculeux. Il y à des os de singe qui évidemment ont été atteints à un moment | jù d’ostéomalacie partielle, de rachitisme localisé, dû à F “ Line infection tuberculeuse atténuée. Ces lésions sont | identiques à celles qu’on observe de nos jours chez |

4 tant d’enfants.

Particulièrement instructif est le cas d’une jeune femme dont le crâne a été trouvé à Rôda. Ce crâne était … tout seul ; le reste du squelette manquait. Celle à qui … | il appartenait avait de vingt à vinot-trois ans ; à peine | " aArrivait-elle à la sagesse, à en juger par les dents. Fut- … elle peu sage ? Toujours est-il qu’elle a été très malheureuse. Son crâne le démontre. Le pariétal gauche »

est attaqué à fond par une ulcération qui a fait dispa-

raître le feuillet externe de l'os, et par endroits per-. foré le feuillet interne, en mettant le cerveau à l'air. !

Autour de cette grosse perte de substance, on en voit. de plus petites comme les planètes autour du soleil. |

Au pariétal droit, mêmes lésions, moins avancées. L'occipital aussi est atteint, non encore perforé ; le À frontal est un peu touché également. Fo

Ce qui fait l'intérêt de ce crâne, c’est qu'il permet de supposer un fait d’avarie grave. Il manque bien un qu signe : les exostoses circonvoisines, les remparts osseux que la nature a coutume d'élever contre l’envahissement des parasites ou toxines spécifiques, autour des .

1965 | La Morr er LA Biotoet | O0

mn foyers infectieux. L’absence de ces exostoses peut s *EXie pliquer toutefois : la malheureuse à pu mourir rapide- : ment, avant la production de celles-ci. D'autre part on pourrait penser à des abcès froids tuberculeux ; mais Lortet et Gaillard adoptent plutôt la première hypothèse. En passant, remarquons que ce n’est pas … là le premier fait d’avarie préhistorique, On a décou- || vert à Solutré un squelette féminin, actuellement au : Muséum de Lyon, qui présente des exostoses du tibia,

… exostoses que Broca, Virchow, Parrot et Rollet ont, sans

hésitation, considérées comme dues à l’avarie. | Le mal est donc très ancien et ne vient pas du dehors, … depuis la période historique comme on l’a souvent dit. En

tout cas, chez le crâne de Rôda, la lésion en était à la pé-

riode tertiaire naturellement. Les dents étant saines, on ñe doit pas croire à une maladie héréditaire ; elle a été

| acquise. Un autre crâne, de Rôda aussi, appartenant à

un homme de vingt-cinq ans environ, présente les mêmes lésions, mais moins avancées. Chez les deux

| sujets la cause de la mort a été la même. A plusieurs

mille ans de distance, on fait le diagnostic de la maladie finale, comme on peut, par l'inspection des crânes, jusqu’à un certain point diagnostiquer le genre de vie : . par exemple distinguer la femme qui portait de l’eau de celle qui n’en portait pas. | Le climat de l'Egypte est tel que les restes y sont pour ainsi dire éternels. Dans la région d’Assouan, on voit encoregeles routes qui sont peut-être les plus anciennes qui existent, sans remaniément : des dalles

alignées côte à côte en rubans que jalonnent des bor-"

dures de pierres dressées. Elles mènent à des sanctuaires, à des carrières aussi : à celles où l'humanité miséreuse

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