‹ La mort et la biologieChapitre 38 sur 44 · RÉ LÉ E · texte numérisé non relu

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allait quérir des blocs de pierre pour confectionner les sarcophages de l’humanité fortunée.

ï Les recherches de Lortet et Gaillard ont été confirimées et étendues de façon très intéressante par Ruffer dans ses Studies in the Palaeopathology of Egypt (Chi- » cago).

… L'Egypte possède de nombreuses momies, certaines très anciennes. Sir Marc-Armand Ruffer en a beaucoup ’ examiné, histologiquement, au point de vue patho- “logique, et nous donne sur une partie au moins des maladies dont on mourait en Egypte, il y a 2.000 et 3.000 ans et même plus, d’intéressants renseignements. à Il ne faut pas chercher des preuves de maladies main- “tenant disparues, ou encore de l’absence de maladies * actuelles. Il faut plutôt se placer au point de vue de Mceux qui cherchent si notre civilisation moderne, occidentale, présente plus souvent que l’ancienne, orientale, certaines formes de maladies.

… On dit souvent, en effet, que notre genre de vie moderne est la cause principale de certaines formes de ma- Jadies. Est-ce exact ?

Il va de soi qu’on ne saurait songer à dresser des statistiques et à découvrir si telles maladies, entre celles qui se laissent reconnaître chez les momies, sont plus fréquentes qu'autrefois. Tout ce qu’on peut faire est de découvrir, en certains cas, quelles maladies exis-.

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4 | Or, es PRE NS du regretté Ruffer — qui mourut en mer en 1017 à son retour de Salonique où il était allé réorganiser le service sanitaire grec — fournissent “de nombreuses indications.

À Ainsi les Egyptiens anciens connaissaient les calculs

urinaires. Leurs tissus étaient le siège de maladies actuellement existantes. Il peut paraître singulier quo parle de tissus d'individus ayant vécu il y a 8.000 ans, et pourtant cela est. Si l’on traite avec des précautions! intelligentes les tissus des momies, on peut très bien! en examiner la structure au microscope. Et Ruffer a très nettement constaté la striation des fibres muscu“ laires volontaires, et aperçu le noyau des différentes! cellules, qui vivaient il y a 8.000 ans.

En s’y prenant de la bonne manière, selon une tech nique dont Ruffer donne le détail, on constate biens chez les poumons de telle momie, les signes de l'an thracnose diffuse. Le personnage ainsi autopsié des! siècles après sa mort devait vivre, par profession, dans’ une atmosphère chargée de poussières. | Chez un autre, ce sont des microcoques que l’on! trouve dans les alvéoles pulmonaires. Ces microbes! prennent encore les couleurs, et pour Ruffer, c’est une pneumonie qui a entraîné la mort : une pneumonie! arrivée au stade d’hépatisation. Ailleurs, les bacilles sont nombreux, dans les poumons, le foie, les vaisseaux Ruffer est très tenté de diagnostiquer la peste. :

I] est un point sur lequel les investigations du paléoi pathologiste sont particulièrement intéressantes : je veux parler de la fréquence des maladies artérielles: chez les anciens Egyptiens. DEoE d’artères ont été examinées, depuis l'aorte jusqu'aux diverses petites artères des membres et des organes : chez elles, la fréquence des lésions est grande. Nulle difficulté, d’ailleurs, à reconnaître les artères calcifiées : leuf structure « osseuse », leur ossification, est très évidente.

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Les plaques athéromateuses abondent. Et Ruffer n’hésite pas à conclure, en présence de la rareté des artères tout à fait saines, que les anciens Egyptiens souffraient, tout autant que l’homme moderne, de lésions artérielles.

Cela étonne un peu, car on nous dit volontiers que la vie civilisée moderne est la cause principale des lésions

‘artérielles. :

Quels sont les facteurs communément invoqués au temps présent, pour expliquer la fréquence de celles-

ci?

Le tabac ? Mais les Egyptiens ne le connaissaient pas.

L’avarie ? Elle existait peut-être, mais pas très fréquente. F

L’alcoo! ? Evidemment, à certaines fêtes, l’Egyptien s’enivrait à l’occasion. Il disposait de bière et de vin. Mais l'alcoolisme chez cette race était rare. Au lieu que les lésions artérielles sont très fréquentes. Du reste Rufter, lors de pélerinages musulmans, a beaucoup fait d’autopsies, et chez les individus dont il s’agit, qui, certainement, n’avaient jamais pratiqué lalcool, les lésions artérielles étaient très fréquentes. Il faut donc éliminer le facteur alcool.

Le surmenage ? On en a beaucoup parlé : on a accusé l'usure due à l’agitation et à l'excès de travail chez les modernes. Mais Rufter est très sceptique à légard de ce surmenage.

Ï1 ne croit pas du tout que l’homme moderne travaille plus que l’ancien. Le premier travaille plutôt moins. (Dans l’industrie, i] travaille moins sainement, toutefois, que la population agricole). D’après les documents

connus, d’ailleurs, la durée du travail chez les ouvriers n'était pas supérieure à la durée actuelle.

Excès de viande, dira-t-on ? Cela paraît bien douteux. L'usage de la viande est, et a toujours été rare en Egypte. La viande était un luxe, et on vivait surtout de légumes et de grains, d’où l’usure des dents que l’on constate. Il est vrai, les momies sont en partie de prêtres et de prêtresses, qui vivaient bien. Mais cela ne suffit pas, car Ruïfer a constaté la fréquence de lésions

artérielles chez de jeunes Egyptiens modernes, qui ne mangent que peu de viande.

Parlera-t-on d’excès d’exercice musculaire ? Maïs les Egyptiens n'étaient guère sportifs. Et, dès lors, on se demande à quoi peut bien tenir cette fréquence des maladies des artères chez les momies égyptiennes.

Ruffer fait voir encore que chez celles-ci, il y a de nombreux cas de lésions osseuses : le mal de Pott existait; la variole aussi, semble-t-il : on connaissait le rachitisme, le pied-bot, les calculs biliaires, l’arthritisme, la carie dentaire, l’ostéo-sarcome, etc. |

La fréquence de l’artério-sclérose est intéressante. Sans doute le mal n’est guère évitable. On sait en quoi consiste la sclérose : c’est un mouvement démocratique. Les tissus nobles, à fonction spéciale, lésés par des causes variées, meurent. Aussitôt leur place est occupée par des cellules fibreuses, venant du voisinage, La

sclérose constitue une cicatrice des lésions cellulaires.

Et à ce point de vue elle est avantageuse. Mais elle est malfaisante aussi. Les cellules fibreuses, qui ne savent que soutenir et relier, occupent bien la place des cellules nobles, mais ne peuvent les remplacer fonctionnellement, Si encore eiles se tenaient tranquilles : mais non,

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les veulent agir, et s'affirmer ; et les voilà qui se remuent, la conséquence étant que la plèbe étoufte ce qu'il reste d’aristocratie, d’où rapidement, la mort. Car la pièbe cellulaire ne peut remplir les fonctions des celluies aristocratiques, aptes aux besognes supé- Heures, et elle meurt d’avoir étoufié celles-ci.

… La fréquence de l’artério-sclérose est bien connue, et on connaît diverses causes qui favorisent le trépas des éléments spécialisés et la Deer du tissu fibreux, c'est-à-dire les infections — qu’on ne peut guëre éviter — des intoxications, sur lesquelles on a plus de prise, les erreurs de régime alimentaire, l'alcoolisme, £tc. Par un régime strictement observé, on peut raentir les progrès de l’artério-sclérose. Pourrait-on l’éviter en adoptant dès le jeune âge un certain genre de vie ? C'est là une autre question. Les probabilités, toutefois, |sont qué enfant à qui on proposerait de vivre déduit Un ais en vue d'éviter l’artério-sclérose, par un régime alimentaire approprié — à supposer qu’il y en ait réellement un — enverrait au diable le pédagogue.

… En fait il pourrait donner des raisons. Assurément pathologie comparée ne paraît pas avoir été spécialement interrogée au point de vue qui nous occupe ici mais il est bien certain que l’artério-sclérose existe chez certains animaux, en fout cas, qui pourtant ne MA ngent pas de viande et ne boivent pas d’alcool. L'observation a été souvent faite de l’existence de Partério-sclérose chez le cheval. Elle atteint l’aorte et es grosses artères et détermine des lésions dont la Symptomatologie est bien connue : la boiterie inter-= Mittente, par exemple. Bouchard et Roger indiquent existence de l’artério-sclérose chez les bœufs argentins

perroquets.

Dans ces conditions on peut se demander si l’artério sclérose n’est pas chose inévitable, si sa production! n’est pas une de ces désharmonies qu’incriminait Metch# nikoff. |

Metchnikoff : il espérait, par l'emploi des ferment lactiques, diminuer les intoxications, et ralentir l’ar4 tério-sclérose. Les ferments, à coup sûr, sont bienfai# sants. Mais peuvent-ils empêcher le mal de se pros duire ? Cela reste douteux, et Metchnikoff est mort

autres. $

De tout temps la destinée de l’homme a été de mourir et il n’y a point manqué. Dès l’origine, sa pathos logie a été diverse et abondante ; il a connu même les

faut s expliquer les trépanations préhistoriques. 11. à eu une infinité de raisons de mourir, et toutes ont été, et restent bonnes.

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