‹ La mort et la biologieChapitre 40 sur 44 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le diagnostic de la mort confirmée : ses difficultés. — Hxiste-t-il un indice de la mort prochaine chez les vivants ? — Signes imperceptibles, — Une enquête du British Medical Journal, — L'Odor mortis. — Observations de quelques praticiens. — Production d’une odeur particulière qui présage la mort. — De combien elle devance cette dernière. — Ses caractères. — Sa signification, — lle n’est pas invariablement fâcheuse. —

j Quelques cas. — Sa cause probable. — La mort durant la vie, — L Mort de certains tissus avant la mort générale. — Perception ï d’odeurs diverses, et de l’odeur de mort par les animaux. — Odeur de maladies diverses. — Odeur de l’aliénation mentale, — Le corbeau et les cadavres, — Observations à faire sur l’odor morts,

“ Il n’est déjà pas si facile de diagnostiquer la mort, … de définir l'instant précis où se fait cette mystérieuse … cessation de la vie ; l'instant à partir duquel rien ne … se peut réparer, et où commence cette lente et affreuse dissolution au cours de laquelle la matière naguère ani- 1 mée, douée de vie, de mouvement, de sensibilité, se + désagrèce, se simplifie, et, sous forme de composés « chimiques, fait retour à ces deux vastes réservoirs dé de matière brute que sont l’atmosphère et le sol. Souvent on croit la vie partie, et elle est encore là : et d’autres

fois, elle semble encore présente, que déjà elle a dis- | paru.

Dans ces conditions il peut sembler présomptueux de chercher un signe certain de la mort future, même imminente. En fait, il y en a pourtant; et, de façon générale, ils ne trompent guère le médecin de quelque expérience ; il en est d’imperceptibles, ou plutôt d’indéfinissables, qui avertissent aussi l'entourage intime de la séparation qui approche.

En dehors des signes en quelque sorte scientifiques, reconnus, catalogués — présentant une authenticité matérielle indiscutable — en est-il qui, par exemple, seraient perçus et interprétés, sans pourtant posséder

un état civil ? L'hypothèse serait tentante; on voit assez souvent des cas où le médecin prédit la mort alors w que l’ensemble des symptômes ne paraît point justifier | la prophétie. Comme jusqu’à preuve du contraire, il. ne faut point mettre de surnaturel en cette affaire, il.

conviendrait d’admettre qu’en telle occurence le juge-

ment serait basé sur des signes matériels vagues, et,

peut-être inconsciemment enregistrés, mais qu’une analyse plus exacte pourrait dégager et mettre en relief.

Une enquête à laquelle il a été procédé il y a quelques années (1808) par quelques correspondants du British Medical Journal, a montré qu’un de ces signes pourrait bien être d’ordre olfactif.

L'enquête dont il s’agit, a été mise en train pat M. G.-D. Mackintosh, un médecin anglais. Il y a, dit-il, une certaine odeur légère, indescriptible, qui se fait | remarquer d’habitude trois jours avant la mort. « Mon attention fut attirée sur ce fait, ajoute-t-il, il y a dix

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huit ans dans les salles de l’infirmerie d’Edimbourpg, par Joseph Bell. Celui-ci fut même fort enuyé, à Pépoque, par les cinquante ou soixante étudiants qui se pressaient autour de chaque lit de moribond, flairant l’air pour mieux retenir le souvenir de l’odeur caractéristique et prophétique ».

Quand une fois cette odeur se présente, il n’y aurait plus d’espoir. |

Mais quelle est-elle ? Personne, par une comparaison avec une odeur connue, n’en donne une définition même approximative.

« Odeur lourde », dit l’un, « odeur particulière », dit

un autre. Un troisième parle d’une odeur swz generis, et un quatrième d’une odeur « particulière, lourde et douceâtre ». Tout cela ne dit rien de net ; et auprès de telles définitions, le signalement des passeports, avec .toute sa banalité, peut passer pour une œuvre de précision, ce qui est beaucoup dire.

Le moment où elle se développe, où elle commence à se faire remarquer de ceux qui la connaissent, n’est pas absolument fixe. Un praticien la constate d’habitude durant les quarante-huit dernières heures de ja vie ; c’est-à-dire que, dès qu’elle apparaît, la mort ne saurait guère tarder au-delà de deux jours pleins. Un autre la perçoit dès le troisième jour qui précède l’issue fatale. En tout cas, ce n’est que vers la fin de la maladie que le signe se montre : dans les deux ou trois derniers jours, en gros.

Sa signification, pour la plupart, est absolument fâcheuse. Une fois qu’elle s’est manifestée, tout espoir

… serait perdu. Je dois pourtant signaler une exception

notée par le docteur Hardman dans des conditions particulièrement intéressantes pour ce confrère.

T1 était médecin résident du Middlesex Hospital — c'est-à-dire interne — et l’une des sœurs du service confié à ses soins fut prise d’une fièvre typhoïde grave.

Au huitième jour environ, la malade commença à dégager une odeur assez « lourde » et désagréable, M. Hardman avait déjà remarqué celle-ci dans différents cas que la mort avait terminés ; il ne fut donc pas sans concevoir quelque inquiétude. Et pourtant, de façon générale, rien dans les autres symptômes ne la justifiait : la maladie paraissait suivre un cours trés normal. Mais brusquement, peu après l'apparition de l'odor mortis, une pneumonie se déclara, et en cinq ou six jours la malade passa de vie à trépas. Cette circonstance n’était pas faite pour diminuer l’opinion fâcheuse que le médecin avait conçue du signe en question.

Quelques jours plus tard il fut pris à son tour de fièvre typhoïde, Le mal était violent. Et bientôt un trait fà-

cheux se manifesta. « Je n’avais pas été malade long-

temps, dit-il, que j’eus conscience que j’exhalais la même odeur déjà observée par moi chez la sœur et dans d’autres cas fatals. Chaque jour l’odeur devenait plus forte, et mieux caractérisée, et comme toutes mes facultés étaient non pas seulement parfaites, mais particuliérement éveillées, il me vint à l’idée que cette sensation pourrait bien n'être que subjective et n’avoir d’autre base plus substantielle que la suggestion. Pour en avoir le cœur net, je tendis un piège très simple à la vieille garde sans malice qui me veillait durant la

nuit ». Le docteur lui demanda si elle remarquait qu’il |

exhalât quelque odeur ;

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