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À J sur huit enfants sept moururent au bout de un, deux,
—— € Oui, fit-elle aussitôt. — L’avez-vous remarquée auparavant chez quelqu'un d’autre ? — Oui, chez sœur Cambridge, — Vous pouvez imaginer quelles furent mes impressions. Qu’il me suffise de dire que, peu après, je demandai les services de notre bon aumônier, »
II n’est pas besoin de dire que, du moment où M: Hardman a pu conter l'aventure, c’est que ses pressentiments ne se sont pas vérifiés. Malgré l’odor mortis, en effet, il ne mourut point : elle disparut peu à peu, vers le quinzième jour, et la guérison termina la maladie. Malgré son expérience personnelle, toutefois, et malgré d’autres cas observés par lui, où l’odor mortis bien caractérisée n’a pas empêché le mal de guérir, il. considère ce signe comme emportant un pronostic des plus défavorables.
Ce qu'il faut retenir, en tout cas, c’est que le signe n'est pas infaillible. On peut espérer encore, même quand il est survenu : et ceci est consolant, encore que la précision scientifique y perde.
Mais, dans la majorité des cas, il constituerait un indice
fort grave. M. Rowan, de T'roon, le connaît bien. Appelé
pour voir un enfant atteint de vomissements violents, il remarque l’odeur dès son entrée dans la maison. Quarante-huit heures plus tard, l’enfant meurt. Quelques mois après, nouveau cas du même genre. Percevant l’odeur, le docteur Rowan demande qu’on fasse venir un confrère en consultation.
Celui-ci juge le cas bénin : vingt heures après l’enfant n’est plus. Et ainsi de suite dans plusieurs autres où
quatre jours au plus. Un adulte, — atteint d’imbécillité — prit froid. Rien d’anormal dans son état ; mais l’ôdeur qui se manifeste engage le médecin à prévenir les parents que l’état est grave. En quarante-huit heures, le malade est fait cadavre.
Le phénomène paraît donc être très réel, bien que le nombre de ceux qui le perçoivent soit restreint, et ii semble indiquer un état grave.
C’est l'opinion d’un observateur allemand, O. Rüdel qui (1019) conseille de flairer l’air expiré par les sujets, très près de la bouche. L’odeur, dit-il, est ceile du sujet récemment décédé. Elle apparaît quelques heures, 36 au plus, avant le trépas. Maïs on ne l’observe pas chez tous les moribonds ; elle serait plus fréquente dans les maladies à suppuration. Quand elle se présente, la mort se produira, dit-il dans les quarante-huit heures au plus. Le signe est incontestablement mauvais.
Cette façon de voir est confirmée par des observations que m’a communiquées le docteur Lanoaïille de Lachèse. « I1 m'est arrivé quelquefois, dit-il, de me fonder sur l’odorat pour annoncer un trépas imminent, et cela en conséquence d’une perception olfactive précise, fort simple à définir. Incontestablement cadavéreuse, l’odeur alors sentie ne venait point de la surface tégumentaire : elle s’échappait avec l’haleine du moribond ». Par contre, il n’a point observé d’autre odeur spéciale, se produisant à une époque plus éloignée de
la mort. Du reste, il se peut fort bien qu’il y ait non pas une seule, mais plusieurs odeurs, selon les maladies, # et aussi selon le tempérament des malades. Il semble
bien, en effet, et ceci ressort de la lettre d’une corres-
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pondante de Versailles, que l’odor mortis s’observe plutôt dans les maladies chroniques. « Si je ne me trompe, c'était toujours auprès des malades atteints de maladies non aiguës ; les tuberculeux par exemple, les albuminuriques, etc.
Et pour la nature de l’odeur, il semble qu’elle soit autre que dans les cas observés par le docteur de Lachèse. Pour certains en effet cette odeur ressemble beaucoup à celle de la pâte du pain quand elle a commencé à lever : une odeur de fermentation, par conséquent, et que les campagnards connaissent tous. En effet, c’est une odeur connue, classée.
Quoi qu’il en soit, il est désirable que les observations se multiplient.
Un détail singulier m'’a été fourni par un correspondant disparu, M. William Martin, rappelant le fait que les enfants, il y a quarante ou cinquante ans, et sans doute à une époque plus reculée, comme à une époque plus rapprochée aussi, prétendaient faire naître à volonté l'odeur de la mort : le moyen était très simple : il consistait à frotter vigoureusement le dos d’une main avec la paume de l’autre : « et nous disions que l'odeur développée par cette friction était l’odeur de la mort ». Ceci montrerait que l’idée de l’odor mortis n’est pas née d’hier ; peut-être on trouverait des signes évidents beaucoup plus anciens. Les folk-loristes auraient peut-être quelques renseignements sur ce point ?
Pour ce qui est de la faculté qu’ont les animaux bien pourvus d’odorat — comme le chien — de flairer la mort, il ne manque pas de confirmations, ou du moins
de faits pouvant être considérés comme venant à l’appui de ceux que je citais.
« Passons au signe du chien, dit M. de Lachèse — qui baptisée ainsi de façon pittoresque le pronostic occasionnellement porté par l’ami de l’homme. Je sais une contrée (sans doute en est-il d’autres) où le hurlement du chien fait dire aux paysans que ce chien jappe à la mort. Un jour que j’assistais là-bas à une agonie, dans une maison en pleine campagne, le chien du logis hurlait non loin sans trève. Pénétré comme je l’étais de la pensée locale à ce sujet, l'incident ne passa point inaperçu pour moi, bien que jy visse uniquement une coïncidence fortuite, sinon l’ennui d’un pauvre animal dérangé dans ses habitudes par le grand trouble du foyer. Mais eux, les paysans, ils en reçurent avec résignation la confirmation mystérieuse de leur foi, » C’est en éflet une notion très répandue que le chien « hurle la mort », et que vers la fin de la vie des humains qui
le touchent de près — moralement ou matériellement —
il fait entendre de plaintifs hurlements, Comme je n’ai aucune raison de penser que même le plus métaphysique des chiens soit apte à se faire une idée de l’événement prochain, et de la mort, il paraîtra plus sage sans doute d'imaginer que ses sens sont frappés par quelque vibration ou quelque émanation qui lui déplaît, par une odeur spéciale par exemple. Quelques observations — quelques expériences même — pour-
raient être faites à ce sujet, et le résultat en serait ins-.
tructif,
Le signe du chien est sans doute très répandu. M. Aram Margossian, de Constantinople, m’a fait savoir qu’il existait sur les bords du Bosphore : « une supers-
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& OÜDOR MORTIS » 271
tition anglaise et très générale, écrit-il, veut qu’il y ait un mourant dans le quartier où un ct pleure la nuit », | C'était du temps où Constantinople avait beaucoup de chiens ; leur présence était non seulement tolérée, mais HN EUTs en raison des services qu’ils rendaient . à l'édilité.
N Autre fait dû au docteur E. Callamand, de Saintè Mandé : | «llya quelques mois, m’écrit-il, j'étais réveillé au " nulieu de la nuit par les hurlements d’un chien. Comme mil n’en finissait pas, au bout d’une heure, j'ouvre la fe- “ nètre, impatienté, et cherchant des yeux Île coupable » dans la rue ou le long du bois. C’est quelque chien perdu, . pensai-je. Pas du tout : le hurleur était dans la cour du ï Do voisin. C'était le chien d’en face, que ; ’aper- . cevais le jour dans sa niche, mais qui jamais n'avait | aboyé la nuit. I] faut dire ce que je ne savais encore que fe très vaguement, c’est que le maître du chien, soigné par un confrère de Paris, s’en allait de la poitrine. Je me recouchai donc un peu intrigué. Or la nüit suivante, la nuit qui suivit celle où se produisirent les hurements, on vint me chercher en toute hâte pour [e maade qui agonisait : il avait été pris brusquement de
lL Suffocation, et i ER ia piqûres de caféine et ses
Le cas de M. Callamand est de ceux qu’il faut retenir ; il est très admissible, en effet, que l'odeur de mort prochaine du malade ait diffusé jusqu’au chien et l’ait impressionné.
Un fait m’a été signalé encore, qui ne peut toutefois s'expliquer par l’odor mortis. Je veux parler des chiens du Jardin d’acclimatation qui, il y a quelques années hurlèrent toute une nuit sans que l’on comprit la raison de leur émoi. Elle apparut dans la matinée quand on découvrit un pendu dans un fourré à so mètres de distance de ceux-ci. Sans doute ces animaux avaient été émus en entendant ou en voyant le malheureux se préparant à mourir. L’odor mortis qui se produit avant la mort ne peut être invoquée dans ce cas, puisque le suicidé s’est tué en état de santé et non dans la dernière période d’une maladie.
Un fait qui me fut communiqué par MM. Oscar et Olivier de Watteville est, par contre, fort précis. Il s’agit d’un chat qui, à quelques mois d'intervalle, appartient à deux maîtres — à deux maîtresses plus exactement — et qui est recueilli par la dernière à la suite de la mort de la première. L'une et l’autre meurent à quelques mois de distance : dans l’un et l’autre cas, M le chat s'éloigne de sa maîtresse deux ou trois jours M avant sa mort. On peut croire qu’il percevait une odor mortis. C’est fort mauvais signe pour un malade que l'abandon de son chat. Car la bête est en réalité attachée — ou au moins habituée, cela dépend de la ma-w nière dont on l’a prise — et si elle se retire, c’est qu’elle perçoit du nouveau, et un nouveau qu’elle n’aime point. |
Voici enfin ce que raconte M. P. Bourdarie — « EM serait intéressant de faire, dit-il, à propos de l'odeur {
spéciale dégagée par lé corps humain qui va mourir, le rapprochement suivant qui m’est suggéré par un souvenir africain. Il permettrait peut-être de définir cette odeur d’une façon plus précise.
On sait l’odeur forte dégagée par les nègres et les négresses, — Ja nuit surtout.
51 le blanc en exprime son étonnement, le noir ne manque pas de lui répondre : Et toi, crois-tu sentir bon ?
Le noir ne nous apprend rien, ce disant, instruits que nous sommes du fait que chaque homme a une odeur propre que certains, pour ne pas dire la plupart, des animaux doivent reconnaître.
Mais demander à un noir de définir l’odeur particulière spéciale à un ou plusieurs individus de race blanche, ce serait l’embarrasser fortement. Le mieux est de lui demander une impression olfactive générale,
— Et quelle est l’odeur du blanc ?
— I] sent le mort, répond le nègre invariablement.
Désirant pousser plus loin, je fis un jour la petite expérience que connaissent bien les enfants, et qui consiste à frotter vivement avec la paume d’une main la face dorsale de l’autre main, après avoir légèrement mouillé celle-ci avec un peu de salive.
— Est-ce cela ?
— Oui, tout à fait cela.
— Cela ressemble-t-il à quelque dues que. t'as mangé ? ;
— Tout et rien. et puis un peu de sucre.
Faites la petite expérience : vous trouverez une odeur — fade et sucrée — qui fait saliver légèrement ».
Varigny. 18
Est-ce la même que les médecins ont trouvée chez les corps qui vont mourir ?
| Si oui, il deviendrait plus aisé de la définir, puisqu’on pourrait plus aisément la reproduire.
Peut-être ; mais la chose n’est pas certaine. Îl vau-
ai
drait la peine de faire des recherches à ce sujet.
On ne voit toutefois pas a priori que l’odor morts doive être nécessairement la même chez tous. L’odeur normale exhalée par le corps varie selon les personnes, et elle correspond évidemment à dés conditions et processus personnels. Et pendant les approches de la mort il pourrait aussi bien y avoir une « personnalité » d’ordre odorant autre que durant la vie. Il faut remarquer encore que l’odeur du malade varie selon la maladie dont il est atteint. Un médecin anglais parlait naguère de 1 « exploration nasale » des malades, des renseignements que l’odorat peut apporter à la séméiologie. Et même l’odorat permettrait de distinguer non seulement cettaines maladies, mais certaines conditions sociales.
Les asiles d’aliénés, les prisons, les workhouses, les casernes, les églises, les écoles présentent des odeurs différentes et catactéristiques. (11 faudrait voir, toutefois, à distinguer les éléments olfactifs émanant du milieu, et qui se rattachent à la cuisine, à linfirmérie, à tels objets qui existent ici et manquent ailleurs, à telles conditions qui varient d’un établissement à l’autre, etc, etc.) « Le nez le plus obtus, dit M. Mac Cassy, le défenseur de l’exploration nasale, distingue de suite un groupe d’aliénés d’un groupe de soldats, ou d’un groupe d’assistés ».
Mais cette odeur « sociale » se modifie aussitôt qu’intervient la maladie : celle-ci introduit un élément nouveau, spécial.
Dans les cas de favus, le malade exhale une odeur de souris ; le rhumatisant exhale une odeur acide, sûre, facile à reconnaître.
S'agit-il d’un cas de pyohémie ? L’haleine prend une odeur nauséeuse, De scorbut ? Odeur putride,
Elle est musquée dans la péritonite chronique : c’est celle de la vieille bière éventée dans le cas de scrofule : l’odeur est amoniacale dans la fièvre ordinaire. Dans le cas de fièvre intermittente, le caractère de l’odeur est autre : elle ressemble à celle du pain frais. Enfin les hystériques sentent la violette ou l’ananas : odeurs assurément plus agréables que la plupart de celles dont il vient d’être question.
Et M. Mac Cassy déclare qu’un médecin qui sait son métier doit, par le nez seulement, faire le diagnostic de la rougeole, de la diphtérie, de la fièvre typhoïde, de la phtisie, et même de l’épilepsie,
Voilà bien des éléments différents : l’odeur personnelle, l’odeur sociale, l’odeur pathologique... Dans ces conditions, il est probable que l’odor mortis doit varier dans des limites assez étendues, selon les personnes et selon la maladie dont elles vont mourir. Il y aurait des recherches intéressantes à poursuivre sur ce sujet. Mais notre odorat de civilisés est médiocre ; il a perdu de sa finesse, par suite de la multiplicité et de la continuité des excitations ; il est mal préparé pour une étude de ce genre.
Pour quelle raison une odeur spéciale se développerait-elle vers la fin de la vie ?
À cette question, on peut répondre de façon générale que les raisons ne font pas défaut. À priori, 1l-n°y a point d'arguments d’improbabilité à invoquer.
Le cadavre exhale une odeur ; le vivant aussi. Il n’y
a pas a insister sur le premier point, puisque aussi bien il ne s’agit pas de morts, mais de vivants.
. Le vivant a donc son odeur : les espèces animales ont la leur ; les nations aussi ; et bien des"cas ont été signalés qui montrent à quel point les animaux et l’homme même distinguent leurs congénères par l’odeur. J’ai déjà cité quelques exemples antérieurement. Un ballot de marchandises anglaises offre une odeur caractéristique facile à reconnäître, mais non à définir. De loin déjà, on flaire : l'approche du quartier chinois (x). Le limier prend la piste du prisonnier échappé de la veille, et le papillon mâle rejoint à grande distance la femelle, guidé par l’odorat seul. Dans ses Lettres inédites François Huber insiste sur la finesse de l’odorat des abeilles qui vont chercher à deux kilomètres de distance, dans des endroits où elles ne butinent pas d'habitude, des fleurs qui viennent d’éclore, et qui paraissent être attirées plus encore par l’odeur généralement imperceptible du pollen que par le parfum beaucoup plus fort, de la fleur.
Le vivant exhale un parfum — ou une odeur — et cela n’est pas douteux. Et si l’on considère que la-fin de la vie n’est que le commencement dela mort, et que dès les derniers temps de la première une partie des processus qui caractérisent la dernière ont commencé
(4) Cette odeur est due, en partie aux personnes, et en partie. aussi aux objets d’alimentation, de vêtement elc.,
à se produire, il n’y a rien de surprenant à ce qu’à l’odeur normale personnelle que présente chaque individu il s’en ajoute ou substitue une autre, l’odeur de la vie finissante, l’odeur du corps vivant dont certaines parties déjà sont mourantes ou même mortes. La vie se prolonge dans le cadavre, par différents tissus qui conservent leur activité pendant un temps parfois long ; mais inversement chez le vivant voisin de la mort, un cadavre partiel est installé : certaines parties sont mortes.
Il ést tout naturel qu’au voisinage du trépas, l'odeur se puisse altérer. |
Et elle s’altère certainement ; diverses observations, sont là pour le prouver. \
I1 en est qui concernent l’homme :je veux parler des cas où non seulement les différentes sortes de maladies donnent à ceux qui en sont victimes une odeur particulière connue de quelques médecins (odeur de fièvre typhoïde, odeur de petite vérole, etc.), mais où une odeur spéciale, bien caractérisée, se manifeste avant l'invasion du mal. C’est ainsi que quelques-uns des praticiens anglais affirment qu’une odeur particulière, qu'ils connaissent, mais ne définissent point, est caractéristique des personnes en apparence saines, qui vont être prochainement prises d’aliénation mentale.
Il y aurait donc une odeur prémonitoire de la folie pour certains.
D’autres observations sont fournies par les animaux. Certains d’entre eux perçoivent les approches de la mort chez l’homme. Souvent le chien ou le chat domestique fuient leur maître durant les dernières heures de
Sa vie : ils vont se cacher sous un meuble, au loin. Peut-
être, toutefois, sont-ils dérangés par l'agitation des persSonnes, par le désordre de la chambre d’agonie. Car on les voit souvent venir veiller le cadavre ; les journaux américains ont rapporté récemment deux ou trois cas où les compagnons du défunt lui faisaient si bonne garde qu'on ne put qu’à grand’peine approcher le cadavre.
D'autre part, même à une certaine distance, les bêtes | flairent la mort. Un témoin oculaire m’a dit avoir obsérvé un chien qui donna des signes d’inquiétude et Se mit à aboyer de façon tout à fait inusitée, sans motifs appréciables ; on sut plus tard qu’à l’heure où il agissait ainsi, un voisin, à l'étage inférieur, était mort. Peut-
être percevait-il une odeur qui échappait aux hommes ?
D'autres bêtes flairent la mort de façon surprenante. Apportez dans un champ ou sur le bord d’une route, un cadavre d’animal aussi frais qu’il vous plaira, et bientôt, de tous côtés, vous verrez apparaître des scarabées, des insectes divers, attirés par l’odeur, les travailleurs de la mort venus, les uns pour se repaître, les autres pour déposer leurs larves : toute la faune des
Cadavres qu'a décrite Pierre Megnin.
Et le noir corbeau — blanc autrefois, dit la légende, mais fait noir par Apollon, irrité qu’un corbeau lui eût appris les inconséquences de la nymphe Coronis —
le corbeau flaire de loin les cadavres : de tous côtés, il
accourt vers le champ de bataille encore fumant, pour
le festin que les hommes lui ont apprêté. Il flaire les morts à tel point que partout il a récolté la réputation d'oiseau de mauvais augure. C’est un messager de mort,
… The sad presaging raven that tolls The sick mans passport in her hollow beak,
dit Marlowe. Il se rapproche des mourants, et sans doute c’est l'odeur qui le guide : son flair de corbeau ne le trompe guère. C’est pourquoi, dans la légende, Frédéric Barberousse, ayant demandé si les corbeaux volent encore autour de la montagne, où il est enseveli, et ayant reçu une réponse affrmative, se retourne avec philosophie et se dit : « C’est qu’apparemment Je suis toujours mort », tandis que les mythologues se hâtent d’en conclure qu’il n’a jamais existé, et ne constitue qu’un mythe solaire de plus.
D’autres animaux ont l’odorat non moins développé en ce qui concerne l’objet particulier de ce discours, c'est-à-dire le cadavre où le mourant : et chacun sait de quel mauvais augure est l’insistance avec laquelle les mouches reviennent à la couche du mourant,
Il n’y a rien de déraisonnable, par conséquent, dans l’idée que la mort peut être annoncée et présagée par
| l'apparition de caractères particuliers d’ordre olfactif.
L’odor mortis n’a rien d’invraisemblable ; elle s’expliquerait sans grande difficulté par l’état de mort dont seraient déjà frappés certains tissus du corps, et par l’altération de certaines humeurs ; elle est confirmée
. par les observations précédentes et par d’autres rela-
tives aux animaux. Il serait intéressant de reconnaître si le phénomène est général, ou s’il ne s’observe que dans certaines maladies, et on aimerait voir définir avec quelque précision cette odeur dont la signification au
4 point de vue du pronostic est si redoutable,