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LE RAJEUNISSEMENT EXPÉRIMENTAL

Résumé de quelques notions acquises. — Les récentes recherches « sur le rajeunissement artificiel par les sécrétions internes. — M Premier travaux de Brown Séquard. — Metchnikoff et lalutte M contre la flore intestinale. — Que peut-on attendre du sérum Cytotoxique de Bordet ? — Les expériences et résultats de: Steinach, — Les travaux de Voronoff. — Opérations diverses devant procurer le rajeunissement. — Que dure-t-il ? — Dans quelle mesure la durée de la vie est-elle accrue ? — Application possible des procédés Voronoff au cheptel.

Nous l’avons vu dans un chapitre antérieur, les organismes unicellulaires possèdent une sorte d’immortalité comparable à celle des cellules germinales qui se transmettent d’une génération à l’autre, en créant autour d'elles pour les contenir, nourrir et protéger, M des individus constituant des porte-flambeaux tempo- M raires. En cette affaire, nous, humains, nous considérons comme l'essentiel ; pour la nature, c’est le plasma M germinatif qui seul compte: nous sommes simplement des M véhicules momentanés. L’essentiel est non le porte-flam- M beau, qui change, mais le feu, qui passe de l’une à l’autre torche. Point de vue tout à fait différent. Est-il beau-

» coup plus intelligible ? Ceci est une autre affaire. Nous

ne Voÿons pas aisément pourquoi la nature tient tant à l'espèce, au lieu que notre amour-propre est flatté à la pensée qu’elle attache un grand prix à notre individu.

Mais il est bien évident que cet individu ne lintéresse guère. En tout cas les choses sont ainsi disposées, que c’est pour une brève durée. Il n’est pas fait pour se prolonger. La sénescence atteint tôt ou tard tous les organismes multicellulaires : les unicellulaires ne la connaissent pas, ou du moins, n’en font la connaissance qu'après un temps très long, même inconnu.

Les unicellulaires sont immortels, dans la mesure où l’on peut dire immortels des individus dont l’infinité-

simale individualité va sans cesse se divisant en frag-

ments. Mais ce qui peut rester d’un individu donné, à travers mille générations successives, est bien peu de chose, assurément.

Les cellules composant les organismes plus élevés et complexes, les organismes multicellulaires, semblent sinon immortelles, au moins capables d’une vie très prolongée, bien plus longue que celle de l’organisme même. Cela ressort des expériences sur la culture des cellules hors de l’organisme, en milieu sans cesse renouvelé, plus favorable que le milieu naturel, des expériences de Harrison, Burrows, Carrel, Champy, Strangeways. Le jour où l’on aura trouvé le moyen de cultiver in vitro certains éléments cellulaires jusqu'ici réfractaires comme la cellule nerveuse et la cellule musculaire striée, on conçoit très bien la possibilité de faire vivre à l’état dissocié, les tissus d’un organisme donné

bien au-delà du temps que vit celui-ci, normalement. À On conçoîit la possibilité de faire vivré des années toutes 4 les cellules, placées en milieu approprié, et éparpillées dans des cultures, qui, normalement, agrégées en individu autonome et complet, s’empoisonnent les uns les autres, et font que cet individu ne vit que des mois par exemple.

Les conditions faites aux cellules individuelles agrégées en organisme sont telles qu’une vie longue leur est interdite : voilà qui paraît bien établi. La vie et la vitalité de chaque cellule contrarie celles des autres. Et. voilà pourquoi un organisme, réduit à ses cellules isolées, éparpillées en des milieux appropriés, doit être conçu comme çapable de vivre ainsi dissocié et réduit à ses éléments, un temps très supérieur à celui que peut vivre l'organisme à l’état d’agrégation, c’est-à-dire d'unité complexe, supérieure. Les cellules somatiques adéquatement traitées, cultivées en milieux nourriciers, aseptiques, renouvelés ont peut-être l’immortalité des infusoires et des cellules sexuelles, Mais à vivre en société elles perdent leur vitalité : l’union ne fait pas chez elles, Ia force : mais elle impose la discipline et les restrictions. Et quand d’aventure elles trouvent à s'affranchir, c’est la mort de l’organisme, c’est le : cancer, l'anarchie organique (théorie de Cohnheim) M Poutefois le cancer lui-même est une preuve de la vitalité M des cellules somatiques : de la conservation de la faculté de régénération des unes, en même temps que de perte de résistance des autres. Car au fond, les diverses M | cellules seraient anarchiques ; l’organisme ne subsiste M que par les freins existant en lui, qui permettent d’em- M pêcher l’affranchissement. Donc les cellules indivi-.

duelles possèdent une vitalité très supérieure en tout cas à celle de l’organisme ; et on en voit qui, dans l'organisme déjà âgé témoignent d’une jeunesse qui devient fatale à ce dernier.Voilà un fait certain à joindre à celui que révèle l’expérimentation sur la culture des cellules isolées en milieu approprié hors de l’organisme. Et pourtant l'observation et l’expérimentation sont “d'accord pour nous montrer qu’assurément certaines conditions extérieures, de milieu, certaine « nurture » comme disent les biologistes anglais, sont favorables à la durée de la vie, et d’autres défavorables. II a êté parlé de ces conditions. Leur action est certaine, mais limitée. Elles font gagner du temps, un peu de temps : c’est à quoi se passe la vie d’ailleurs. On voit par exemple ‘une plante qui est annuelle en climat favorable devenir bisannuelle en climat plus froid. Mais l’étude expéri- “mentale des moyens par lesquels le milieu intérieur ‘dun organisme pourrait être rendu moins hostile aux cellules composant celui-ci, a été à peine ébauchée.

Cela n'empêche pas toutefois, de beaucoup. parler de procédés divers par lesquels les organismes âgés “pourraient être rajeunis. Ce rajeunissement est-il pos- »sible ? :

… L'idée a été pour la première fois exposée et dis- “Cutée sur la place publique par Brown Séquard. Dès 1869 celui-ci exprimait l'opinion que les glandes ont une sécrétion interne (ce qu'avait entrevu Bordeu) et que celle-ci joue un rôle dans la physiologie. En parti- “culier la glande sexuelle de l’homme — et de la femme ussi — déverserait dans la circulation une secrétion

“ont la rareté croissante, avec l’âge, engendrerait les

glandes sexuelles lui refusaient, et c’est ce que fit Bro Séquard par des injections sous-cutanées d’extr de ces glandes. Il tenta d’abord l'expérience sur même, et fut content ; il la tenta sur d’autres, et encore content. Car les injections dont il s’agit, déter-

minaient un réveil des forces physiques et intellec-

tuelles ; elles rendaient des services évidents dans verses he L’engouement fut grand. Mais il pas résisté à ce grand démolisseur qui est le tem Car c'était toujours à recommencer. L’action rajeu- nissante Pia très temporaire et brève. Dans ces condi- = tions, peu à peu l’enthousiasme tomba, et la méthode de Brown Séquard n’a plus qu’un intérêt historiqu Elle n’a pu s'installer dans la pratique quotidier On ne saurait en nier l'intérêt, pourtant ; elle a. le mérite de donner une base à la doctrine des secr tions internes qui, depuis, a pris une belle place da

la physiologie, la médecine, la psychologie mêm

dans toute la biologie en un mot.

à. rajeunissement que Brown Séquard avait en: demandé à l’hormone testiculaire, Metchnikoff, sb après, la demande aux microbes. | Son raisonnement était que la sénescence tient e tiellement à l’intoxication par les microbes dont pul notre intestin. On ne savait pas encore que lan | aseptique ne présente pas une longévité bien différer de celle de l’animal septique, et il imagina de | He l’âge en déclarant la guerre aux 1AICEQES

tinaux et même à l'intestin, au côlon, au gros intestin. Aux microbes, pour que leurs toxines ne soient plus absorbées par les parois de celui-ci, déversées dans le sang, et par lui promenées dans tout l'organisme, au contact de toutes les cellules. À l'intestin lui-même dont il proposait de supprimer une partie, pour enlever aux microbes un habitat très apprécié. Mais jamais il ne passa, en ce qui concerne la diminution de l'intestin, de la théorie à la pratique. Ce serait chose désirable que cette résection ; mais il ne la désira jamais au point de la demander. Que faisait-il contre les microbes ? Comment menait-il la guerre contre la flore intestinale ? Chacun le sait. Partant de ce fait que le petit-lait jouit de propriétés anti-putrides remarquables, et que dans le lait caillé deviennent prospères des microbes secrétant de l'acide lactique funeste à la croissance de diverses autres espèces, il conseilla — après l'avoir adopté — le jait caillé ou kephir, et les ferments lactiques (lactobacilline et autres préparations similaires). À. dire vrai, la méthode préconisée est heureuse ; elle donne de bons résultats, elle assainit l'intestin, mais n’assure nullement l’immortalité. Metchnikoff lui-même n'a pas atteint un âge avancé, malgré sa fidélité à sa propre

méthode. Au reste, dans son for intérieur, il ne s’atléendait nullement à l’immortalité, et songeait surtout h diminuer un peu un des inconforts de la vie, un des trés nombreux ennuis qu’il faut supporter quand on * est au monde.

# à Y fs

Metchnikoff a encore indiqué une autre voie, le jour où il a vu que la vieillesse vient d’une rupture d’har-

monie organique, de la sénescence des éléments nobles,

terminer — du sang, ou certaines cellules humaines”

concordant avec un réveil de l’activité des tissus con

jonctifs, au contraire. Pourrait-on artificiellement ren= forcer la résistance des premiers, ou diminuer la puis-4 sance des derniers ? La découverte par Bordet des. sérums cytotoxiques, c’est-à-dire toxiques pour des types.

déterminés de cellules, permettrait de l’espérer. Parmi.

ceux-ci les sérums hémolytiques sont fort actifs. En eux-mêmes ils ne pourraient guère être utilisés, mais À leur étude a révélé un fait de grande importance. C’est 1 qu'un sérum toxique peut être employé aussi bien ent faveur d’un type donné de cellules, que contre lui 50 comme allié que comme ennemi. Affaire de dose!) À doses forte, le sérum hémolytique ruine les globules de façon 4 foudroyante ; à dose moyenne il engendre l’anémie À à petite dose au contraire il stimule la formation de glo- J bules rouges. Trouvera-t-on des sérums capables de foudroyer, ou aussi bien, de galvaniser les éléments cel-" lulaires nobles, les cellules nerveuses, musculaires, etc ?M Il se pourrait. Assurément on ne saurait tenter l’expé | tience sur l’homme d’abord. Il faudrait au préalable opérer sur les animaux et voir ce que donne la mé- 4 thode. Après, malheureusement, il se présenterait des difficultés considérables pour l'application à l’homme. 1

Comment, en effet, prépare t-on un sérum cyto- 1 toxique, hémolytique, agissant sur les globules du sang « de lapin ? En injectant du sang de lapin à un cobaye. \ Le sérum du sang de cobaye acquiert peu à peu, après \ injections répétées, la propriété d’agir, de façon va-\ riant selon la dose, sur les globules du sang de lapin. Dès lors, si l’on veut agir sur les cellules de l’homme il

faut pouvoir injecter à un animal quelconque — à dé- D.

| triturces, fraîches. Or, il est très difficile — à moins d’utiliser les guillotinés — de se procurer ces éléments humains frais, qui sont indispensables. Aussi n’a-t-on ‘rien tenté encore dans cette voie. Au reste, il y a beaucoup à faire encore avant de s’y engager : il y a à voir si la méthode donne des résultats chez l’animal, à voir si elle retarde la sénescence et prolonge la vie. Une étude expérimentale intéressante se présente aux chercheurs. ‘ En attendant, les physiologistes ont cherché dans une autre direction, celle qu’a ouverte Brown Séquard, et où se sont engagés Steinach et Voronoff,

Voyons d’abord ce que dit Steinach (Rev. gén. des Sciences 15 oct. 1920).

On le sait, deux expérimentateurs français, Ancel et Boin, ont démontré que dans la glande mâle, à côté des cellules produisant les éléments fécondants, il existe

une glande dite interstitielle produisant une secrétion interne qui se répand dans l'organisme. Elle produit donc d’une part des cellules sexuelles, et de l’autre une hormone, deux éléments qui suivent des voies différentes et ont des fonctions très dissemblables,

L'hormone se trouve-t-elle véritablement dans Îa glande interstitielle ou bien dans la glande génitale proprement dite ? À dire vrai, on ne sait trop. Il y a des arguments en faveur de chacune des deux opinions. La question s’éclaircira sans doute avec le temps.

. … Quoiqu'il en soit, Steinach a imaginé de provoquer “Ja rétention dans l’organisme, et la surproduction de la secrétion interne. Ce fut d’abord par la ligature des canaux déférents, puis par celle des canaux sémi-

naux. La ligature a pour résultat l’accumulation M - de la secrétion sexuelle, d’où pression sur les éléments # producteurs de celle-ci, et atrophie de ces éléments, M ce qui permet aux cellules interstitielles de se déve-… lopper et de secréter davantage. À D'autre part, il faut voir qu’une opération toute dif-M férente, la vasectomie, telle que la pratique Sharp pour À stériliser les sujets qu’il est préférable de ne pas laisser 4 se reproduire en raison de leurs tares héréditaires, donne des résultats similaires à ceux de l’opération de Steinach. Car la vasectomie qui laisse intactes les appa-" rences, empêche seulement l’expulsion de la secrétion # fécondante. Celle-ci reste dans l’organisme, et exerce w une action bienfaisante. Beaucoup de « stérilisés » qui protestaient vigoureusement avant, ont, des mois après, M exprimé toute leur satisfaction, et leur bien-être. Stei- M nach à commencé par opérer sur des animaux, sur des rats, âgés de 27 mois, présentant divers signes de sénilité : perte de l’appétit et des poils, maigreur, somnolence, indifférence méprisante à l’égard des rats. L’opé-« ration était unilatérale. Par conséquent, l’animal n’était u stérilisé, comme il n’était rajeuni, que d’un côté par-… tiellement. Le résultat ne se fit guère attendre et fut trés net. f En moins de trois semaines, changement à vue. In- M tentions très manifestes, retour de l'efficience aussi, « au moins au microscope ; retour de l’appétit ; le poil M repousse, augmentation de poids ; activité ; les animaux sautent et grimpent ; ils sont batailleurs et jaloux autant que fringants : de vrais rats dans la force de l’âge. M L'opération unilatérale conserve à l’organisme toute la sécrétion de toute la glande d’un côté, laquelle paraît

*agit favorablement sur la glande du côté non opéré.

… Cette résurrection dure sept mois environ, le quart de la

durée normale de la vie du rat : après quoi la sénilité

reparaît, irrémédiable cette fois, l'animal mourant

bientôt dans le marasme. Et pourtant les apparences

microscopiques encourageantes subsistaient.

La réactivation, ayant pour résultat un rajeunissement réel, le retour de possibilités qui avaient disparu et semblaient oubliées, est manifeste.

Se produirait-il chez l’homme aussi ? Avec la collaboration d’un chirurgien, Steinach l’a cherché natutellement. Résumons : sujet de soixante et onze ans, abcès d’une des glandes nécessitant l’ablation ; on profite de l’occasion pour pratiquer la ligature de l’autre

! côté.

Dans ces conditions, naturellement, il ne p‘ut y avoir qu’un rajeunissement relatif : de forme, non de fond. Evidemment il est possible à l’ardeur de se réveiller :

mais il ne saurait plus être question de fécondation.

Mais le rajeunissement existe, Diverses manifestations imputables à l’âge, artério-sclérose, respiration difficile, faiblesse du cœur, fatigue, tremblement des mains; disparaissent : le sujet est devenu gai, respire bien,

mange de grand appétit, parle plus facilement, voit

sa barbe pousser avec une vigueur inaccoutumée et

même dispendieuse, et a des idées d’un âge plus jeune. (Notez qu'il n’est pas auto-suggestionné : il ignore

l'opération qu’on lui a faite).

Le sexe féminin pourrait-il rajeunir aussi ? Il le

Varigny. 19

mois de stérilité complète due à la sénilité, est devenue.

‘10 doubt.….

mère et a nourri ses jeunes (plus exactement ceux d la jeune femelle ayant fourni l'ovaire). C’est comme s la maternité revenait à une femme de soixante-dix ans, Est-ce là un résultat bien désirable ? À sentiment open | Notons en passant que le rajeunissement chez ei 1 sexe féminin n’a pas été étudié avec autant de suite que chez le masculin, et ajoutons que pour Steinachh le rajeunissement s’obtiendrait le mieux par irradia- W tion des ovaires aux rayons X. Maïs en ce cas, il y au-. raitstérilité fatale. Toutefois elle est déjatelle che femme . # de plus de 50 ou 55 ans, et c’est celle-ci qui solliciterait M

le rajeunissement, forcément. L’action sur la fécondit 1 serait donc sans importance.

Tout cela est Curieux. Mais les physiologistes n’ad=1

et les conclusions de l’auteur allemand. Ils feront des réserves justifiées et attendront de nouvelles expériences”

qui leur sont soumises ont toutefois un réel ‘intérêt pour la grosse question des sécrétions internes.

Mais il faut l’observer, s’il y a rajeunissement, à n’est que temporaire. La durée de la vie est bien un. peu accrue en ce qui concerne le rat ; mais pour ce qui. est de l’homme on ne peut rien dire encore. Et c’ests là qu’est toute la question, à notre point de vue. À

. vigoureux, actif ; son poil repousse, tout dans son exté-

rieur dénote la jeunesse. Et si l’opération a été unilaté-

rale, la fécondité revient en même temps que l’ardeur. Steinach ne s’est pas contenté d’expérimenter de la façon qui vient d’être indiquée. Il a encore tenté le ra- . jeunissement par la greffe à des animaux âgés de glandes sexuelles empruntées à d’autres jeunes, de la même espèce. L’implantation des greffes se faisait sous la peau du ventre. Ÿ avait-il greffe véritable ? C’est fort douteux d’après les résultats mêmes. Car après une opération de greffe suivie d’un rajeunissement on a vu la vieillesse revenir, pour <e dissiper à nouveau pour un temps à la suite d’une nouvelle implantation. S'il y'avait eu greffe véritable une seconde opération n’au- … rait pas été nécessaire. Sans doute il y a eu résorption, L'avec utilisation de ce qu’il existait d’agent actif : mais “il ny à pas eu renouvellement, nouvelle formation de celui-ci. À Steinach va manifestement trop loin quand il juge obtenue la victoire sur la vieillesse par le moyen des méthodes indiquées. Mais évidemment il y a intérêt à poursuivre les expériences et à s'engager plus avant dans la voie nouvelle. II ne faut pourtant pas méconnaître le fait qu’en divers cas l’opération n’a donné sur . l'homme que de médiocres résultats, et que d’autre … part, il y a un réel danger pour le vieillard à le trop persuader qu'il est redevenu un jeune homme, Il est … arrivé à l'opérateur de hâter la fin, au lieu de l’ajourner. … On restera donc sur la réserve : il ne faut pas se hâter - de conclure. L’enthousiasme que provoqua Brown D uard n’est pas si ancien, et pourtant, qu’en reste-

| Venons-en maintenant aux expériences de S. Voronoff.,

On connaît le principe de sa méthode. Il consiste ; greffer chez l’homme vieilli un testicule emprunté ‘au chimpanzé. La théorie est que le vieillissement tien drait en grande partie à la déchéance de ladite glande et à la suppression de sa sécrétion interne, de ses hormones : en en greflant une jeune, prise au singe, on

rendrait à l’homme une certaine jeunesse générale. | Des expériences sur les animaux ont fait voir à M. Voronoff que son raisonnement se tient, et, du bouc et du-bélier, le chirurgien a conclu à l’homme, n’hési tant pas à tenter sur ce dernier la même thérapeutique. Les résultats obtenus sont intéressants. Tout d’abord, des sujets d'apparence eunuchoïde — jus tifiée par les conditions, elles-mêmes rendues néces saires par une ablation inévitable — ont pris une appa | rence virile : les caractères sexuels secondaires ont re- paru. Puis cela a été le tour de divers sujets, et M. Vo ronoff a publié, entre autres, l'observation d’un auteur dramatique de 61 ans qui souffrait surtout de ne plus | pouvoir travailler, et chez qui, à la suite de la greffe, la facilité intellectuelle a été totalement rétablie. Et il a exposé longuement le cas d’un autre sujet de 74 ani qui lui a donné, dit-il, « le plus beau résultat » qu’il a jamais eu. En effet, à en juger par la description, con plétée par des photographies, la transformation à € étonnante, et, elle se maintenait. Le faciès, les allu J’endurance, l’activité témoignaient d’un rajeunissement incontestable, et les cheveux repoussaient. « Eta physique, intellectuel, virilité, tout a été radicaleme \ changé sous l’action de la grefie, qui a transformé vieillard sénile, impuissant, pitoyable, en homm

goureux jouissant de toutes ses facultés ». Dans ce cas, M. Voronoff estime que le sujet a rajeuni de 15 ou 20 ans, de toutes les façons. C’est un homme qui, physiquement et intellectuellement, par son caractère comme par ses aptitudes, s’est vu enlever 15 ou 20 ans.

Tout cela est fort curieux. On ne peut éviter la mort, — « la simple nécessité de mourir », disait Fontenelle, — mais si l’on pouvait s’épargner la vieillesse en une certaine mesure, ce serait beaucoup. M. Voronoff a-t-il trouvé le secret ? Le temps seul permettra de répondre. En attendant, il y a lieu de poursuivre les expériences et de les multiplier : c’est la seule façon de juger. Il serait absurde de conclure déjà ou de trancher a priori.

À noter d’après les expériences sur les animaux que, si une première greffe semble ne plus exercer une action favorable, rien n'empêche d’en faire une seconde.

Il va de soi que c’est sur des animaux que M. Voronoff a conduit ses premières expériences. Et la greffe de la glande surrénale d’un jeune mouton à un vieux bélier in situ a, d’après lui, donné des résultats extraordinaires. Le bélier était sénile : il est devenu jeune et robuste : et il l’a prouvé. Ceci fait, on lui a enlevé son greffon : il retombe dans sa sénilité : en six mois il était devenu piteux. Voronoff alors voulut lui rendre. une seconde fois la jeunesse, et pratiqua une nouvelle greffe. Ce fut avec plein succès : le vieillard revint derechef à une solide maturité ; et encore une fois il

« LA le démontra.

Assurément la greffe de glande séminale (ou plutôt de fragments ou de tranches de celle-ci) a des effets ‘de rajeunissement. De quelle durée ? Le temps le fera

FL résorption du greffon. C’est là un point sur lequel l’ave=

observé par des professeurs italiens, Marro et Sacchi,

voir. On peut se demander s'ils se greffent véritable- | ment et de façon durable, en produisant de l’hormone,« ou bien si l’effet ne dure que le temps nécessaire à Ia

nir nous renseignera. Il est vrai que si l’effet d’une première greffe s’épuisait on pourrait en tenter une seconde.

Les résultats obtenus ont incité S. Voronoff à diriger son activité dans une autre direction, à utiliser la greffe à modifier et accélérer le développement des animaux domestiques. Il semble bien, en effet, à avoir quelque chose à tenter ‘dans ce sens.

Vers la fin de 1923, la Presse Médicale publiait une figure représentant une petite Juive de 3 ans et 11 mois parfaitement apte à la maternité. En soi, c'était simplement affreux, comme on peut bien penser. Mais des animaux aptes à la reproduction au bout d’un an, au lieu de 3 ou 4 ans, présenteraient un intérêt économique.

Une autre figure égalenient reproduite dans un des livres que publie M. Voronoff (Greffe animale, applications utilitaires au cheptel), plaide dans le même sens. Elle représente un robuste gaillard avec barbe et collier, jambes velues, air intelligent d’ailleurs, semblant avoir | 20 ans — bien employés d’ailleurs. Or c’est un pie de 9 ans.

Dans l’un et l’autre cas, ces apparences — et ces in- . Contestables réalités — étaient dues à une hypertrophie de la glande reproductrice. Le sujet masculin qui fut

eut son hypertrophie corrigée chirurgicalement, Di coup, il perdit tout son revêtement pileux et vit di-

minuer sa musculature : même il présenta une régres-

sion du développement intellectuel. Car il avait atteint

. le développement de 20 ans : il revint, du fait de l’opé-

ration, à celui de 9 ans. |

Ces deux faits sont très instructifs, Mais ils ne sont :

pas seuls de leur espèce. On sait maintenant l'effet de

l'atrophie, de l’hypertrophie, de la lésion, de la destruc-

tion, de la greffe, de diverses glandes à sécrétion interne.

T'el trouble, naturel ou expérimental, provoque le gi-

gantisme, tel le nanisme, celui-ci l’adiposité, celui-là la maigreur, etc. Il existe de nombreux moyens d'agir profondément sur la physiologie et l’anatomie des animaux ; la plupart des glandes endocrines peuvent être supprimées, ou bien renforcées par la grefle.

Et déjà Voronoff a obtenu, par l’art, les pendants des deux anormaux signalés plus haut. Le sujet observé par Marro et Sacchi était tout velu. Un bouc qui reçut la greffe de glande génitale se couvrit rapidement d’une toison magnifique. À trois ans, ses poils avaient 20 centimètres de longueur, au lieu de 4 ou 6 présentés par le témoin. Il est certainement avantageux, et éco-

” nomique, d'obtenir rapidement une belle peau de bouc.

L'expérience donne le même résultat sur le mouton, et il est très intéressant de stimuler la production de la laine. Ajoutons que la orefle, chez le vieux bélier, raviva l'aptitude lainière qui fléchissait.

La laine, toutefois, n’est qu’un des côtés du mouton, si lon ose dire : il y a la viande aussi. Si, par une greffe À déterminer, on pouvait augmenter de façon notable le développement musculaire, on rendrait service à J’alimentation.

SU

Après tout, on verra bien. Mais, en somme, jusqu'ici, «

.tonoff ont certainement de l'intérêt pour les biolo- …

En somme, on croit discerner que, par la pratique des greffes et d’opérations diverses, il serait possible . d’accélérer considérablement l’apparition de l’âge dela M reproduction (et aussi de le prolonger, ce qui serait M intéressant pour les possesseurs d’étalons d'élite), d’augmenter le rendement en poil ou en chair, et de hâter | l’arrivée de l'animal à l’âge utile : d’où économie con- 1 sidérable d’aliments. Est-ce exact ? En tout cas, il n’y a rien d’invraisemblable en l'affaire. Mais seule l'expérience peut répondre. Elle se fait, Voronoff ayant intéressé à ses vues le gouvernement général de l'Algérie, M qui à promis tous les moutons et tous les vétérinaires À nécessaires. Attendons les résultats. El y à un point, \ toutefois, sur lequel les biologistes ne partageront pas « tous la confiance dont fait preuve Voronoff. ï

L'idée de celui-ci est que, si l’on greffe plusieurs « générations de suite dans le même sens, les descendants acquerront laptitude spéciale qui leur a été conférée expérimentalement, et la présenteront héréditairement à Sans qu’il soit besoin de continuer à greffer. Autrement À dit, Voronoff admet l’hérédité des caractères acquis. M

les preuves expérimentales de l’hérédité des caractères 4 acquis sont faibles. Au reste, cela n’a aucune impor- « tance. L'essentiel est de pratiquer, d’expérimenter, à Sans nul souci des théories. Les expériences de M. Vo-

gistes, et les éleveurs. |

Pour M. Lugaro aussi, qui (Scientia) rêve de corriger partie des ratés si nombreux de l'humanité par des sécrétions internes, ce qui n’est pas absolument." M Si invariablement déraisonnable.

Remarquons en passant que Georges Dumas le juge ainsi, dans son monumental Traité de Psychologie dont le dernier chapitre se rapporte au rôle que peuvent jouer les sécrétions internes dans la psychologie normale ou pathologique.

Ceci dit en passant, que faut-il conclure des expériences de Steinach et de Voronoff au sujet de la prolongation de l'existence par les opérations ayant pour pour effet d’accroître certaine sécrétion interne, celle de la glande génitale mâle ou celle de l’ovaire, car l’expérience a été faite sur la femelle aussi ?

À la vérité on n’en sait rien. Peut-être bien les rats de Steinach ont-ils vécu un peu plus longtemps que Îa moyenne des rats laissés au soin de la nature. Mais ce dont Steinach et Voronoff se préoccupent est non de prolonger la vie, c’est de combattre la vieillesse, c’est de ramener les apparences et les réalités de l’âge adulte ou de la jeunesse. Ce point de vue est tout à fait différent. Rien n'empêche d’ailleurs d’examiner les résultats sous les deux angles, et la chose sera facile, avec la multiplication des expériences ; c’est le temps qui donnera la réponse à la question. Fl sera très indiqué, soit dit en passant, d’autopsier avec soin les sujets soumis à la réactivation, au rajeunissement, pour voir si, chez eux la sénescence des tissus a été diminuée, si les lésions inhérentes à l’âge sont moindres ou plus rares.

Par conséquent il ne faut pas confondre rajeunissement avec prolongation de la vie. On a l'impression que le rajeunissement existe bien, mais est temporaire, ét suivi d’une chute à laquelle il n’est point de remède. Ce n’est pas encore la fontaine de Jouvence,

ce n’est pas l’immortalité, même très relative : par exemple il n'apparaît pas qu’un vieillard doive s’attendre à une prolongation de 5 ou 10 ans. Mais encore une fois, attendons ce que nous apprendront le temps et l’expérimentation. Il n’y a nulle nécessité de vaticiner : cela a si mal réussi à tant de soi-disant prophètes,

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